I. — Édifices religieux
L'église Saint-Pierre. — L'église des Minimes. — La chapelle de la Visitation. — La chapelle de l'Oratoire. — La chapelle de l'Hôpital-Général.
Nevers possède encore, à l'exception d'une seule, toutes les églises qui y ont été construites au cours du xyii^ siècle.
La première en date est l'église Saint- Pierre, rue des Ardilliers. Elle fut élevée par les Jésuites, en 1612, sur les plans présumés du P. Martellange, dont on a conservé quelques dessins au cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale. I^e collège des Jésuites avait été fondé en 1572 par I^ouis de Gonzague. Fermé en 1595 après l'attentat de Châtel sur Henri IV, il fut réouvert en 1611 sous les auspices de Charles de Gonzague qui posa la première pierre des nouvelles constructions en 1612. Les bâtiments du collège ont été, depuis, aménagés en lycée et l'église y attenante est devenue paroissiale sous le vocable de saint Pierre.
LES MONUMENTS DU XVI"-" AU XIX« SIÈCLE
Son plan a la forme d'une croix grecque. Elle est surmontée d'une coupole. La façade se compose de deux étages d'ordres superposés. L'étage inférieur présente quatre pilastres doriques reposant sur un soubassement très élevé et supportant un entablement à corniche saillante, dont la frise est décorée
Photo Neuideia.
Eglise Saint-Pierre (xvii" siècle).
des instruments de la Passion. Entre les pilastres du milieu s'ouvre une vaste baie vitrée en plein cintre ; la porte d'entrée est surmontée d'un petit fronton orné d'une couronne soutenue par un chérubin. Entre les pilastres extrêmes deux niches contiennent les statues de la Vierge et de saint Jean. L'étage supérieur se compose de deux pilastres ioniques flanqués de consoles et encadrant une large baie. L'intérieur frappe par la richesse affectée de sa décoration en trompe-l'œil. Les parois sont ornées d'un double étage de pilastres ioniques en stucs simulant le marbre. Le maître-
autel comprend un soubassement en marbre blanc décoré d'incrustations polychromes, sur lequel s'élèvent 'quatre colonnes de marbre noir à chapiteaux corinthiens, supportant un entablement et un fronton brisé orné d'urnes flambantes. Le tableau d'autel, œuvre du xyii^ siècle, représente
une Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus à un chevalier qui est peut-être saint lyouis de Gonzague. Le groupe est entouré de chérubins et de colombes. La coupole est décorée de fresques, peintes en 1684, par l'Italien Giovanni Gherardini, aidé sans doute du Bolonais Giovanni Battista Sabatini, dont la présence est signalée à Xevers vers 1680. Les sujets représentent \e Christ en gloire, l'Assomption de la Vierge, et vraisemblablement les apothéoses de quelquesuns des fondateurs de la Compagnie de Jésus, saint Louis de Gonzague, saint Ignace de Loyola ou saint François-Xavier.
Après les Jésuites ce fut le tour des Minimes à se faire bâtir une église.
Le couvent des Minimes fut fondé, en 1617, par le duc Charles I'''' de Gonzague, au coin de la rue Félix-Faure et de l'avenue Marceau actuelle, sur l'emplacement du premier couvent des Cordeliers, dont nous avons parlé. Par un acte de vandalisme injustifiable, dont une nmnicipalité « béotienne » portera éternellement la responsabilité, tous les bâtiments, y compris l'église, qui avaient été désaffectés, furent abandonnés, en 1895, au pic des démolisseurs. Il n'en reste plus rien aujourd'hui que quelques rares photographies.
Photo licrlhaud.
Eglise Saint-Pierre. — Intérieur.
I^'église était cependant intéressante. La façade ne manquait pas d'élégance. Divisée en deux étages, elle était flanquée de deux ailes renfermant les escaliers qui conduisaient à la tribune ducale. Ces tours d'escaliers étaient primitivement surmontées de hauts clochers pointus, ainsi que le montrent les croquis de Martellange conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale. Au-dessus de la porte un bandeau cintré abritait une inscription et deux statues de la Force et de la Charité. De chaque côté, sur des cartouches, deux écussons présentaient, dans un encadrement de guirlandes de fleurs et de fruits, les armes de Charles I^r de Gonzague et de sa femme. Une frise décorée de rinceaux portait les emblèmes et les chiffres des ducs de Gonzague : le mont Olympe, des aigles, des croix cantonnées de croisettes et des C enlacés. Au-dessus de la porte régnait un entablement soutenu par deux couples de colonnes cannelées à chapiteaux composites, ly'étage supérieur de la façade offrait une grande baie ogivale surmontée de deux anges soutenant un écusson avec le monogramme du Christ. A droite et à gauche de cette fenêtre s'ouvraient deux niches à statues. Un fronton aigu percé d'un œil-de-bœuf dominait la façade i.
I,es parois de la nef, ajourées de baies également ogivales, étaient soutenues par des arcs-boutants. Au milieu du toit s'élevait un clocheton octogonal.
ly'intérieur de l'église était assez original. I,e plan était carré, terminé par un chevet à pans coupés et divisé par trois colonnes rondes en deux nefs
I. La façade de l'église des Minimes, démolie et vendue à l'ancan, a été acquise par M. de Barrau, qui l'a réédifiée en partie dans son parc d'Imphy.
i'hoto des .Mouuiii'jnts lii:'torinues.
Ancienne église des Minimes (xvii"-' siècle) (Détruite par décision municipale en 1895).
inégales, couvertes de charpentes. Au-dessus de la porte d'entrée s'élevait l'ancienne tribune des ducs, reposant sur une voûte en anse de panier fort basse soutenue par des nervures. Cette tribune se composait d'une balustrade de marbre et de colonnes surmontées d'un entablement, dont la frise était
décorée de rinceaux, d'oiseaux et de deux figures tenant des palmes. I^e maître-autel était, d'après la description qu'en a laissée Dubuisson-Aubenay ^ vers 1640, une œuvre remarquable de marbre jaspé. I^e devant était incrusté de lapis. l,e tabernacle à colonnes était également orné d'incrustations. Le pavement du sanctuaire était en mosaïque et la clôture du chœur formée d'une balustrade de marbre polychrome. Sous le chœur était aménagé le caveau où fut enterré, en 1622, le duc de Réthelois, fils de Charles I^' de Gonzague.
En 1620, était fondé, dans la rue Saint-Martin, le couvent de la Visitation, occupé depuis 1806 par les sœurs de la Charité et Instruction Chrétienne de Nevers. On y conservait le cœur de la bienheureuse mère de Chantai. C'est ce couvent que Gresset, alors régent de rhétorique au collège des Jésuites, immortalisa dans Vert-Vert. La chapelle, que l'on a récemment dégagée, a été construite de 1639 ^ 1641. La première pierre en a été posée par Louise- Marie de Gonzague. C'est un spécimen très caractéristique de l'architecture baroque au xvii^ siècle. La façade rappelle, par la surcharge des ornements,
l'hoto rstiurdcin.
Chapelle de la Visitation (xvii° siècle).