INTRODUCTION
VUE D'ENSEMBLE SUR L'ÉVOLUTION HISTORiaUE ET MONUMENTALE DE LA VILLE
La question de\'emp\a.cementdu Noviodunum yEduoriun de Jules César. — La ville aux époques gallo-romaine, mérovingienne et carolingienne. — La « cité » primitive. — • Nevers érigé en évêché au vi° siècle. — Saint Colomban à Nevers. — Les évêques saint Jérôme et Hériman. — • Le xi° siècle : le comte Guillaume I'"' ; l'évêque Hugues le Grand ; le comte Pierre de Courtenay. — La ville sous les maisons de Donzy, de Flandre, de Bourgogne, de Clèves et de Gonzague. — La maison de Mazarin-Mancini. — Les temps modernes. — Nevers vu des Ponts de Loire.
Les villes ont un genre de coquetterie particulière : elles sont toujours portées, par amour-propre, à se vieillir. Elles croient gagner en noblesse ce qu'elles perdent en jeunesse. Nevers n'a pas échappé à la tentation. Longtemps ses historiens ont affirmé que la ville existait avant la conquête romaine, parce qu'ils l'identifiaient avec le Noviodunum Mduorum de Jules César.
Mais cette identification, trop simpliste, n'est pas fondée. Elle repose sur une vague similitude de noms dont la philologie moderne a fait justice en démontrant qu'il y a impossibilité radicale à faire dériver Nevers de Noviodunum.
Tant qu'on n'aura pas mis au jour une inscription, un texte précis ou les substructions mêmes de cet « oppidum » éduen, que César situe « dans un endroit avantageux sur les bords de la Loire » et où il établit son intendance, l'existence de Nevers à l'époque celtique ou gauloise demeurera hypothétique.
Pour l'époque gallo-romaine, la question s'éclaircit. Deux ou trois grandes voies de communication aboutissent à Nevers. L'Itinéraire d'Antonin, au 11^ siècle, mentionne Ncvirntim, en descendant la Loire, au-dessous de Decize. La Table de Peutinger, dressée vers le iv^ siècle, porte Ebirno sur l'emplacement actuel de notre ville. Différents objets, une inscription votive déterrée en 1492, rue de la Coutellerie, des tuiles à rebord, des poteries, des fragments de sculpture et d'architecture, et, surtout, une grande quantité de monnaies et de médailles, trouvés çà et là en creusant, confirment ces documents et attestent que la ville participa sensiblement à la civilisation gallo-romaine. L'inscription votive de la rue de la Coutellerie, qui (au témoignage de ceux qui l'ont vue, car elle a disparu depuis plus d'un siècle) débutait par les mots ANDE CAMVLOS..., a été imparfaitement déchiffrée, mais on peut supposer qu'elle provenait d'un sanctuaire païen dédié à Mars ou à Mercure. On a retrouvé des sépultures par incinération, qu'on rapporte au 11^ siècle, dans les fondations des marchés Carnot et Saint- Arigle. Les fouilles conduites sur ce dernier point, en 1898, ont été particulièrement fructueuses en débris de céramique gallo-romaine, poteries dites « samiennes », à couverte rouge, décorées d'ornements en relief (chasses au lion, mimes, guirlandes de feuillages, etc.), ou vases en terre noire très tendre, à reflets de mica ou de quartz, ornés parfois de rayures géométriques. Quant aux monnaies et médailles, il en est plusieurs qui sont frappées aux effigies d'Auguste, de Tibère, de Claude, de Néron, de Vespasien, de Domitien, de Trajan, etc. Une chose peut étonner, cependant, c'est que, en dépit de son admirable situation géographique et stratégique, le Nivcrnum gallo-romain n'ait jamais été qu'une pauvre bourgade de second ordre à côté de villes florissantes comme Entrains et Saint-Révérien. La localité ne semble prendre quelque importance que vers le début du v'' siècle, époque où elle est recensée, enfin, sur les Notitiae fiscales, au rang des « cités ». Mais, déjà, les Barbares avaient envahi le territoire gaulois. Vers le milieu du v'' siècle, les Burgondes occupent la région qui sera plus tard le Nivernais. En 534, ils sont eux-mêmes refoulés par les Francs venus du Nord et Nevers tombe sous la domination des fils de Clovis.
Ce devait être alors un « pagus » d'une certaine étendue, puisque, dans les premières années du vi<' siècle, on l'avait érigé en évêché. Au surplus, on a retrouvé deux types de monnaies, frappés au nom de la cité de Nevers (NEBERNO CIVI-NIVENII), qui semblent dater du règne de Clotaire II (613-629). Il nous est néanmoins complètement impossible, en l'absence de toute donnée archéologique, de nous représenter la physionomie de cette cité au cours de la période mérovingienne (511-714). La création de l'évêché entraînait la construction d'une cathédrale, et nous savons, en effet, que, vers l'an 500, le premier évêque de Nevers, saint Eulade, en fit bâtir une, qu'il plaça sous le vocable de saint Gervais et saint Protais, martyrs de Milan. Après la cathédrale, s'élevèrent d'abord des couvents de femmes. l,e premier fondé à Nevers le fut à la fin du vi'^ siècle, par l'évêque Agricola, devenu saint Arigle (581-594). L'église conventuelle était dédiée à saint Vincent, patron des vignerons et des mariniers. Au début du vii^ siècle, deux autres couvents de filles sont fondés, l'un par le célèbre moine irlandais, saint ColombaU; qui le dédia à saint Etienne, le premier martyr du christianisme, l'autre par le savant abbé de Saint-Maur-les-Fossés, Théodulphe Babolein, qui établit cette nouvelle abbaye sous les vocables de saint Genest, puis de Notre-Dame, à l'endroit même où, suivant la tradition, avait péri, en 274, saint Révérien, le premier missionnaire martyrisé en Nivernais.
Sous les Carolingiens (715-987), au milieu du viii"^ siècle, s'élève la première abbaye d'hommes, le couvent Saint-Martin. Les rois eux-mêmes donnent plus d'une marque de sollicitude à leur ville de Nevers, qui était pour eux la clef de l'Aquitaine. C'est, par exemple. Pépin le Bref qui fait bâtir, vers 765, la première égHse Saint-Pierre. C'est, si l'on en croit une tradition, Charlemagne qui fonde le prieuré Saint-Sauveur. Et Charles le Chauve manifestera aussi sa prédilection pour la grande cité nivernaise, en y faisant de fréquents séjours et en y installant un de ses ateliers monétaires. A la fin du viiie et au début du ix^ siècle, l'évêque saint Jérôme (795 ?-8i5) se signale entre tous par son activité de grand bâtisseur. A l'aide des libéralités qu'il avait su obtenir de Charlemagne, il reconstruit la cathédrale, qu'il place sous le vocable de deux martyrs d'Asie Mineure, le jeune saint Cyr et sa mère sainte Julitte, et après avoir relevé de leurs ruines les monastères de Saint- Genest et de Saint-Martin, il fonde l'abbaye Saint-Trohé, l'abbaye Saint- Gildard et Saint-Loup, l'oratoire de Saint-Didier. Quelques années plus tard, un de ses successeurs au trône épiscopal, l'évêque Hériman, fondera deux maladreries aux portes de la ville, l'une dédiée à saint Lazare (quartier de Mouësse), et l'autre à saint Antoine (route de Lyon). De sorte qu'au ix*^ siècle Nevers est déjà doté de la plupart des grands établissements rehgieux qu'il