PRONOSTIC
Quel sera le pronostic d’une pareille maladie? I n'y a pas certainement à craindre que le malade en meure ; mais on peut se demander si son état restera stationnaire pendant longtemps, s’il empire”a, ou si au contraire il est permis d'espérer une amélioration.
Il est de la plus haute importance de ne se prononcer qu'avec réserve lorsqu'on est consulté sur la durée probable d'une névralgie en général; mais pour ce qui est d’une névralgie syphilitiqne, il est bien souvent très aisé d'indiquer à l'avance quelle sera sa marche et quelle sera sa durée. Tout dépend de la précision du diagnostic.
Lorsque le diagnostic sera bien avéré, qu’on sera parfaitement sûr qu'on à affaire à une névralgie syphilitique, voici les éléments qui devront entrer en ligne de compte pour fixer le terme de la névralgie :
1° Il faudra d’abord s’enquérir de la période à laquelle se trouve la maladie ; |
2° Il faudra ensuite rechercher s’il y a des manifestations syphilitiques concomitantes.
Si le malade est en pleine période secondaire, on n’aura pas encore de lésions bien constituées à combattre, et on pourra espérer une guérison très rapide, de quatre jours à trois semaines.
Toutefois il ne faut pas oublier que déjà, à cette période, la coïncidence de la névralgie avec d’autres manifestations syphilitiques, telles que plaques muqueuses, syphilides cutanées, ete., constitue une aggravation de la maladie et exige déjà un temps un peu plus long.
La névralgie certainement peut disparaître après dix ou quinze jours de traitement spécifique, alors même qu’il y ait des éruptions cutanées ; mais On est exposé à la voir reparaitre à très courte échéance si le traitement n’est pas continué jusqu’à la guérison complète de ces manifestations concomitantes.
Si le malade se trouve à la période tertiaire, la chose est bien différente. [ci la névralgie peut être due et est due même le plus souvent à la compression exercée par une gomme ou une 6x0s-
tose, et on comprend que dans ce cas, pour guérir la névralgie, il faut d’abord guérir la tumeur qui lui donne naissance.
Or une tumeur, même syphilitique, ne disparait pas du Jour au lendemain, et il faut bien souvent des semaines et des mois pour en amener la résolution complète.
Ces névralgies de la troisième période persisteront donc d’une facon générale beaucoup plus longtemps que celles de la période secondaire.
Cependant, même dans les cas de syphilis très avancée, les faits prouvent combien vite s'opère la guérison et combien grande aussi doit être la confiance du malade et du médecin.
C’est ainsi qu'au milieu d'accidents tertiaires d’une très grande gravité, nous voyons des malades guéris de leur névralgie en quinze jours.
Notre capitaine de navire en est un exemple. D’autres fois néanmoins, la névralgie dure de vingt-cinq à trente jours et même peut dépasser un mois; mais alors ce sont de vieilles névralgies enracinées, et dues à la compression d’un nerf par une tumeur. Quelle que soit la facilité avec laquelle on est arrivé à guérir la névralgie, supposons ce résultat obtenu. Doit-on craindre des récidives? Nous répondrons tout de suite : Oui.
Il suffit en effet que l’on ait eu une névralgie pour que l’on soit prédisposé à en avoir de nouvelles. Et ce n’est qu’en combattant pendant quelque temps cette diathèse nerveuse par les moyens que nous indiquerons au chapitre du Traitement, que l’on peut mettre son malade à l'abri de ces récidives si pénibles. Il est bien rare que la névralgie ne revienne pas, si on a suspendu les antisyphilitiques, aussitôt après la disparition de la douleur.
Celle de nos observations personnelles qui a pour sujet un étudiant en médecine nous montre un bel exemple de ces récidives.