DIAGNOSTIC
I semble que le diagnostic des névralgies syphilitiques ne doit pas être très facile à poser, puisque, au dire de Gros et Lancereaux, « aucun symptôme spécial ne permet de les distinguer des autres névralgies ». Aucun symptôme, pris isolément, ne permet en effet d'affirmer la nature de la névralsie ; mais nous dirons tout de suite que l’ensemble symplomatique permet d'arriver tout de même à la certitude. Il suffit de donner pour base au diagnostic l’étude des commémoratifs, celle des symptômss actuels que présente le malade ei les effets du traitement.
C’est donc sur l’étiologie, la symptomatologie et le traitement que doit reposer le diagnostic.
Par son interrogatoire, le médecin cherchera à savoir si le malade à eu la syphilis. Il ne faut pas oublier toutefois que celui-. ci peut fort bien ignorer qu’il est syphilitique. Chez les femmes en particulier, il est très commun de voir l'accident primitif passer inaperçu, et c’est de bien bonne foi, la plupart du temps, que la femme prétend n’avoir jamais rien eu. Il est bon de se rappeler ce fait et d’en tenir compte. D’autres fois cependant elle cache à son médecin les accidents qu’elle a eus, et c’est ce qui a fait dire au D' Jumon que les syphilis sans antécédents étaient des syphilis dissimulées (Jumon, Thèse de Paris, 1880). Enfin, chez d’autres individus, l'accident primitif peut dater de très longtemps, ne plus laisser de traces, el avoir été oublié même des malades s’il n’y a pas eu depuis des manifestations qui soient venues prouver l’existence de la syphilis. Et il ne faut pas croire que ce fait soit très rare, car plus d’une fois la névralgie est le premier et l’unique symptôme qui trahisse la
vérole.
Les signes tirés de la symptomatologie, sans avoir par euxmêmes une valeur suffisante, en ont une réelle cependant lorsqu'ils viennent s'ajouter aux signes précédents : ainsi, le caractère nocturne des douleurs, leur tendance un peu moins grande à présenter des irradiations, leur siège particulier à la branche de Willis pour le trijumeau, à la partie fessière et crurale pour le sciatique, etc...
Viennent enfin les signes tirés du traitement. Geux-là sont des plus importants, et ils constituent la meilleure pierre de touche. On a tout essayé, je suppose, pour guérir une névralgie ancienne, et on n’a obtenu aucun résultat. On donne à tout hasard le traitement spécifique, et la douleur s’efface. Que conclure, sinon que la douleur était syphilitique ? Natuwram morborum curationes ostendunt.
Telles sont donc les bases sur lesquelles doit reposer le diaguostic.
Son but est de reconnaître l’existence de la névralgie, de rechercher sa nature et de savoir à quelle altération elle correspond. C’est donc un diagnostic symptomatique, nosologique et pathogénique qu'il faut établir.
1° On doit se demander d'abord s'ily à névralgie. — Nous ne redirons pas ici tous les signes que nous avons donnés au chapitre de la Symptomatologie. Nous nous sommes suffisamment étendu sur les caractères que présente la douleur névralgique, au point de vue de son type, de sa forme, des influences qui l’exagéraient ou la diminuaient, des heures où elle se reproduisait, du siège qu'elle pouvait occuper, etc., et il suffira de voir les réponses que nous avons données à chacune de ces questions pour être édifié sur l'existence de la névralaie.
2° Sila névralgie existe, quelle est sa nature? — Quels sont les signes qui permettent d'affirmer qu’elle est syphilitique? — Le
NT
caractère le plus important qui permette de répondre à cette dernière question est tiré dela tendance, non pas absolue, mais très marquée qu'a la douleur à se reproduire la nuit, de présenter des irradiations beaucoup moins nettes et moins étendues que les névralgies ordinaires. — Les douleurs rhumatismales siègent de préférence au niveau des grandes articulations ; elles se produisent indistinctement le jour et la nuit, s’'accompagnent de phénomènes congestifs qu’on ne retrouve pas dans les névralgies syphilitiques. — Il en est à peu près de même pour les douleurs goutteuses qui siègent au niveau de l'articulation du gros orteil ou au niveau des viscères. — Les douleurs dues à la scrofule, à la tuberculose, ne présententpas le caractère nocturne, ou, sielles le présentent, ce n’est que très rarement, et elles coincident, en tout cas, avec des altérations organiques qu’il est facile de constater. — Le saturnisme et l'hydrargyrisme présentent aussi des douleurs qu’on pourrait confondre avec les névralgies dont nous parlons, mais elles ont un siège spécial au niveau des extenseurs de l’avant-bras, par exemple pour le saturnisme, et elles s’accompagnent, soit de liseré gingival, soit de coliques, soit de tremblement, qui permettent de les rattacher à leur vraie cause.
Enfin on peut avoir à faire aussi le diagnoslic différentiel avec les douleurs dues à l'alcoolisme, à l’hystérie et à la chloro-
anémie.
30 Si la névralgie existe, par quelle altération est-elle produite ? Nous disons au chapitre de la Pathogénie combien il est difficile de trancher la question de l’altération anatomique ou de l’altération fonctionnelle. Nous disons que c’est un sujet qui mérite d’être approfondi à mesure que nos moyens d’investigation deviendront plus complets ; mais que dans l’état actuel de la science il est à peu près impossible de dire dans un cas déterminé, sauf exception, si la douleur est essentielle, sympa.
thique ou symptomatique, et, en supposant qu’elle soit symplomatique, nous ne pouvons pas affirmer qu’elle l’est de gommes, d’exos‘oses, ou bien d’une névrite inflammatoire, à moins qu'il n'existe simultanément quelques manifestations autres que la douleur et traduisant la présence d’un néoplasme.
Ailleurs, nous avons donné le diagnostic différentiel des névralgies simples et des douleurs ostéocopes, et ncus n’y reviendrons pas; cependant nous devons dire l'opinion de Trousseau à ce sujet. Pour l'éminent Professeur de l'Hôtel-Dieu , le grand signe différentiel entre une névralgie pure et les douleurs ostéocopes consiste en ce que, dans la première, on trouve toujours le point apophysaire, qui manque dans les secondes. Dans cellesci, la douleur ne siège qu’au point même où existe la lésion osseuse, et, à mesure qu'elle s'éloigne circulairement de ce point central, cette douleur diminue d'intensité, absolument comme dans un furoncle Pour ce qui est des névralgies par compression, lorsque la tumeur siège sur le trajet du nerf, Trousseau se demande si la névralgie ainsi produite n'aura pas de point apophysaire. Les observations lui faisant défaut, il se borne à poser la question.
Le diagnostic de siège dans les névralgies syphilitiques, bien que très difficile, peut être néanmoins porté d’après l'étendue de la douleur, d’après l'existence simultanée de troubles du côté de la motilité, des sécrétions, etc...