CHAPITRE II
| Les intoxications qui font l’objet de ce chapitre occasionnent également une diminution de l'acuité visuelle avec formation d'un scotome central, mais elles diffèrent de celles que nous avons vues dans le chapitre précédent, par un rétrécissement du champ périphérique et des lésions du fond d'œil très marquées, principalement des altérations vasculaires. Ainsi que nous l'avons dit, il s’agit des intoxications résultant de l’emploi de la quinine, l’atoxyl, la fougère mâle, l’antipyrine, le salicylate de soude, l'aniline. f
Différents travaux ont été publiés sur l'amaurose quinique : Graefe, Baldwin, Uthoff. On recherche les lésions anatomo-pathologiques produites par cette substance : Nuel constate la chromatolyse des cellules de la rétine dans un cas de cécité datant de 24 heures. Ward Holden observe même, au
troisième jour d’une intoxication, la dégénérescence du nerf
optique qui a suivi la destruction des cellules ganglionnaires de la rétine. Druault, dans sa thèse P. 1900, expose les résultats obtenus après expérimentation $ur l'animal. On observe de la diminution de la vision accompagnée de mydriase; des modifications du fond d'œil consistant principalement en vaso-constriction des vaisseaux rétiniens et anémie au niveau des papilles. Microscopiquement on voit une dégénérescence
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très rapide des cellules multipolaires de la rétine ; mais toutes ces cellules ne disparaissent pas; il en persiste au milieu de la région centrale : fait intéressant qui explique pourquoi la vision centrale peut persister alors que le champ périphérique . peut être très rétréci. !: TUE
Les observations suivantes sont caractéristiques de la névrite quinique :
Zanotti a rapporté : à la Société française d' APM
en | 1899 le cas suivant :
Résumé : H..., 38 ans, qui, étant ivre, fait le pari d’absorber 12 grammes de sulfate de quinine, Perte de: connaissance et convulsions jusqu'au lendemain. Pupilles dilatées ne réagissant plus. Perte de la vision complète pendant dix jours. Abolition partielle de l’ouïe.
Zanotti l’examine deux mois après lé début de l'amaurose. Acuité : 1/4. Champ visuel très rétréci ; achromatopsie pour . le vert et dyschromatopsie pour les autres couleurs. A l’ophtalmoscope : papilles blanches, vaisseaux filiformes.
Deux mois après cet examen, l'acuité est de 2/3 et le champ visuel s’est élargi, mais ne s'étend pas au delà de 30°. Un an après l’acuité a un peu diminué : 3/5 et les artères sont filiformes, veines un peu dilatées ; le champ visuel reste rétréci,
Un autre cas a été observé par J. A. Ballantyne. Résumé : Une femme de »2 ans absorbe deux cuillers à café de sulfate de quinine. Elle éprouve en quelques heures des bourdonnements, devient sourde et aveugle. Au bout de quatre jours, elle entend à nouveau, mais l’'amaurose: est complète. Pupilles
dilatées, immobiles. Le 9° jour, après l'intoxication, papilles
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un peu pâles, vaisseaux amincis. Puis amélioration: de la vision, mais le champ visuel est très réduit. Au bout de sept
mois : acuité : 4/9. Champ visuel rétréci concentriquéement.
Perception des couleurs normale au centre. Papilles blanc d'ivoire.
Malgré cet aspect ophtalmoscopique sérieux indiquant des altérations du fond d'œil, l’auteur remarque que la vision
peut se rétablir d’une façon satisfaisante.
Tel est aussi l'avis de Frank Parker (Archives of Opht.). Il cité le cas d’un homme de 43 ans atteint de cécité presque complète avec bourdonnements d'oreille, délire et collapsus,
après ingestion par erreur de 12 grammes de sulfate de qui-
nine-en une fois. Sa vision est réduite à la sensation lumi-
neuse ; ses pupilles sont d'un blanc nacré ; il y a également de grosses lésions vasculaires. Et cependant, malgré tous ces signes accentués, ce malade, après quatre mois de traitement, voit son acuité remonter à l'unité; son champ visuel étant,
il est vrai, rétréci concentriquement.
Frank. Parker déduit de cet exemple et des résultats expérimentaux de Schweinitz, que le pronostic de la névrite quinique est généralement favorable. |
Mais il est des cas où la terminaison est loin d'être aussi bonne, bien que la quantité de sulfate de quinine ingérée soit beaucoup moins élevée que dans le cas ptécédent.
Ainsi, D Terrien et Aubineau publient (Arch. Opht., 1913) l'observation d'une amaurose quinique déterminée ‘par l'ingestion en une fois de 7 gr. 5o de sulfate de quinine et ayant abouti, après une période d'amaurose complète, à un rétrécissement considérable du champ visuel pour le blanc, à la disparition de la perception des couleurs ; puis à une