‹ Nevrologie et esthesiologie (volume 2)Chapitre 165 sur 241 · USAGES DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

USAGES DU GRAND SYMPATHIQUE

Les physiologistes sont loin d’être unanimes sur la question de savoir quels sont les usages du grand sympathique; ces dissidences viennent, soit des difficultés que présentent les expériences de vivisection, soit de lincertitude des résultats fournis par le microscope sur la texture de ce nerf. Cependant on admet généralement qu'il tient sous sa dépendance la plupart des mouvements involontaires, qu'il est doué d’une sensibilité obtuse et qu’il préside aux fonctions nutritives et sécrétoires.

Nerf sympathique, comme conducieur du sentiment et du mouvement.

On ne peut mettre en doute les propriétés sensitives et motrices du grand sympathique, car on sait qu il tire son origine de toute la longueur de la moelle vertébrale; mais comment se fait-il que les mou-

NERF SYMPATHIQUE. 379 vements auxquels il préside soient involontaires, et que les impressions viscérales ne soient pas habituellement transmises à la conscience? Les uns, à l'exemple de Winslow et de Bichat, l’expliquent en disant que les ganglions sont comme de petits cerveaux capables de développer la force nerveuse, et de la communiquer aux viscères sans le concours de l’axe cérébro-spinal ; les autres regardent ces ganglions comme des isolateurs, comme des barrières posées par la nature à l'empire de l'âme, ainsi que le disaient Johnston et Volkmann. D’après Reil, si dans l’état ordinaire les impressions ne sont pas transmises au cerveau, il n’en est pas de même sous l'influence de certaines modifications pathologiques ; et alors les ganglions seraient ces demi-conducteurs qui arrêteraient ordinairement la propagation des impressions faibles, et ne laisseraient passer que celles qui ont beaucoup d'intensité. M. Béclard affirme que, pour éveiller la faculté du mouvement et confirmer la présence du sentiment dans le grand sympathique, il faut que l’excitant qu'on emploie agisse longtemps et avec une certaine intensité.

S'il faut en croire les physiologistes modernes, c’est dans la substance grise de la moelle que se passent toutes les actions réflexes venues des viscères ; elle est la source du mouvement ; c’est dans cette substance que s’évanouissent, dans l’état ordinaire, toutes les impressions; les ganglions ne sont plus, suivant l'expression propre de M. Longet, que des multiplicateurs de la force nerveuse.

Influence du grand sympathique sur les sécrétions.

Cette influence sur les sécrétions serait peut-être suffisamment démontrée par sa distribution anatomique, car on voit ce nerf répandre ses rameaux sur toutes les artères, et se distribuer dans les organes sécréteurs et dans les muqueuses qui sont le siége de sécrétions importantes; en outre, de nombreuses expériences viennent confirmer pleinement cette opinion. Si l’on voulait adopter les idées de Müller et de Remak, on trouverait aussi de nouvelles preuves dans l’existence de leurs fibres grises organiques, qui, d’après eux, président exclusivement aux actes de la sécrétion et de la nutrition; mais il ne nous est pas permis de puiser des arguments dans des résultats qui sont encore presque hypothétiques. Aussi nous bornerons-nous à relater brièvement les principales expériences qui ont été faites, et les résultats les plus certains qui soient connus, sur les fonctions du grand sympathique.

La plupart des physiologistes s'accordent à dire que toutes Jes sécrétions du tube digestif dépendent, en totalité ou en partie, du grand sympathique : ainsi, Ja sécrétion de la salive (puisque, suivant M. Longet, après la section des deux nerfs linguaux sur un chien, la salive coulait encore au-dessous de la langue) ; les sécrétions des glandules du pharynx, de l’æsophage et de tout le reste du tube digestif, y compris même celle du suc gastrique, d’après M. Bérard. M. Collin a remarqué également une augmentation dans la quantité de la sueur, et M. Schiff un épanchement dans le péricarde, après la section des parties du grand sympathique qui correspondent à ces organes. Suivant M. Bérard, le grand sympathique serait peut-être aussi susceptible de faire contracter, quoique bien faiblement, l'estomac, car cet organe devient flasque après la section des deux pneumogastriques. M. Longet ne se prononce pas sur les deux dernières questions, mais il range sous la dépendance du système nerveux ganglionnaire les sécrétions et les mouvements de la presque totalité de l'intestin, à l'exception du duodénum. Il professe la même opinion, quant aux contractions et aux sécrétions de la vessie, des vésicules séminales, des trompes utérines et de l'utérus ; la sensibilité de ce dernier organe dépend aussi du grand sympathique, ainsi que les sécrétions urinaire, spermatique et ovarienne,

Influence du grand sympathique sur la température du corps et sur les vaisseaux.

Les expériences suivantes, de M. Cl. Bernard, méritent de fixer tout particulièrement l'attention des physiologistes. Après la section de la partie cervicale du grand sympathique, la température du côté correspondant s'élève, et, en même temps, les artères voisines, comme paralysées, augmentent leur lumière, en un mot, offrent tous les indices d’un commencement d'inflammation, Au début, cependant, les artères du côté opéré augmentent de volume, et leurs battements acquièrent plus d'intensité. M. Brown-Séquard croit que les phénomènes précédents sont provoqués par une espèce de paralysie du grand sympathique, causée par la section même; et comme preuve, il mentionne que l'excitation, au moyen de courants électriques, produit des résultats diamétralement opposés.

Il résulterait des expériences de M. le docteur Armand Moreau, que la section du nerf grand sympathique accolé aux artères et se rendant à la vessie natatoire des poissons (tanche) produit des modifications

INFLUENCE DU GRAND SYMPATHIQUE. 381 qui amènent une augmentation de l'oxygène contenu dans ce réservoir. D’après cet habile expérimentateur du Collége de France, la chaleur qui se développe dans le pavillon de l'oreille du lapin, ainsi que M. Cl. Bernard l’a expérimentalement démontré, et l'augmentation du gaz oxygène dans la vessie natatoire de la tanche, sont des phénomènes déterminés par la section du grand sympathique.

Influence du grand sympathique sur les mouvements de la pupille.

Budge, Kolliker et Schiff soutiennent que le filet nerveux symp:thique, qui se rend au ganglion ophthalmique, et, de la, par l’intermédiaire des nerfs ciliaires, à la pupille, préside aux mouvements de dilatation de cette dernière. Nous savons, en effet, que l'iris se compose de deux sortes de fibres musculaires : les unes, se trouvant à son centre, sont circulaires, forment une espèce de sphincter qui rétrécit ouverture pupillaire, et dépendent du nerf moteur oculaire commun ; les autres, placées à la grande circonférence de l'iris, sont rayonnantes et agissent d'une manière inverse à celle des fibres circulaires, c'est-à-dire qu’elles effectuent la dilatation de la pupille ; ces fibres sont pourvues de filaments nerveux provenant du grand sympathique.

D'après M. CI. Bernard, indépendamment du resserrement de la pupille, lequel accompagne la section correspondante du ramuscule du grand sympathique, on remarquerait en mème temps une rougeur dans la conjonctive, et une espèce de recul du globe oculaire dans le fond de l'orbite : par suite, la paupière rudimentaire se montre au devant de l'œil. En outre, la fente palpébrale affecte une forme plus elliptique, et s’allonge dans le sens transversal ; la cornée devient plate, et, de cette manière, tout l'œil semble plus petit; enfin la narine et langle de la bouche correspondants au côté opéré se rétrécissent.

Influence du grand sympathique sur les mouvements du eœur et de la respiration.

Nous avons déjà mentionné plus haut, à propos du nerf pneumogastrique, qu'il est difficile jusqu'a présent de déterminer d’une manière décisive les limites où cesse l'influence du nerf vague, et où commence celle du nerf sympathique. Cette délimitation devient d’autant plus difficile, qu'on fait plus @hypothéses sur l'identité des

systèmes cérébro-spinal et sympathique. Aussi tout ce que nous pouvons dire sur ce sujet n’est pas décisif, et s’appuie seulement sur quelques expériences faites d’une manière consciencieuse. Toutefois, comme le soutient M. Béclard, l'influence du grand sympathique sur les mouvements du cœur varie dans les différentes classes du règne animal ; elle est la plus prononcée chez les mammiféres, à cause de la présence de nombreux petits ganglions cardiaques.

D'après les anciennes expériences de M. Brachet, de Lyon, les mouvements du cœur tout à fait indépendants du cerveau seraient principalement sous l'influence du ganglion cardiaque, puisque : 4° le cœur bat chez certains fœtus, malgré l'absence du cerveau et de la moelle épinière (il est vrai que ces fœtus ne vivent pas d’une vie propre, et que chez eux les ganglions sympathiques sont trèsdéveloppés); 2° le cœur continue à battre lorsqu'on a interrompu toutes les communications avec le cerveau, par la section de la moelle cervicale et des pneumogastriques ; mais il faut avoir soin d'entretenir artificiellement la respiration; on arrête instantanément les mouvements du cœur en enlevant avec soin le ganglion cardiaque et les ganglions coronaires antérieur et postérieur. Legallois range les mouvements du cœur sous la dépendance de la moelle spinale, car il les abolit par la destruction brusque de cette dernière; mais des expériences plus récentes ont prouvé qu’en détruisant la moelle peu à peu, le cœur continue à battre tant que le système ganglionnaire reçoit suffisamment l'influence nerveuse cérébro-spinale : ajoutons encore que (voyez Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 4850, t. II, p. 26) M. Brown a pu enlever sur des pigeons au moins la moitié de la moelle, sans remarquer le moindre trouble dans la circulation, la respiration, la digestion etles autres fonctions, gue paraissaient exister comme a l’état normal.

Malgré toutes ces expériences, quelques physiologistes de ces derniers temps refusent au grand sympathique toute influence sur les mouvements du cœur (Valentin, Budge, Schiff et Ludwig), tandis que d’autres la renferment dans des limites très-étroites (Bidder, Béclard, Fowelin), et considèrent principalement le nerf pneumogastrique, et par conséquent, le centre nerveux céphalo-rachidien, comme le centre des mouvements du cœur. |

Nous ne pouvons pas non plus déterminer avec certitude l'influence du nerf sympathique, sur la respiration, et il semble que si le nerf sympathique prend une part quelconque à cette fonction, on ne puisse l’attribuer qu’à sa jonction avec le nerf pneumogastrique. :

Page 1