‹ Nevrologie et esthesiologie (volume 2)Chapitre 230 sur 241 · DERME OU CHORION · texte numérisé non relu

DERME OU CHORION

(Derma seu chorion.)

Le derme est la couche fondamentale de la peau, celle qui en forme presque toute l’épaisseur, en détermine la résistance, l’extensibilité et la rétractilité. C’est la seule dont toutes les parties soient vivantes et organisées.

Le derme est placé entre l’épiderme et la couche cellulo-graisseuse et musculaire. Son épaisseur, variable suivant les régions du corps, l’âge et le sexe, constitue les différences que nous avons décrites plus haut, à propos de l’épaisseur de la peau: en général, elle est plus considérable dans les endroits destinés à supporter plus d'efforts et de frottements.

Sa coloration est toujours blanche ou un peu rosée, même chez les nègres, pourvu toutefois qu'on ait parfaitement enlevé la couche piginentaire située au-dessus.

J’ajouterai enfin qu'il est élastique, qu’il se resserre sous l'influence du froid, et, comme l’a démontré M. Brown-Séquard, sous l'influence de l'électricité.

On lui distingue deux faces, l’une interne, l’autre externe.

Face interne ou profonde (couche horizontale). —Elle forme la surface intérieure ou adhérente de la peau. Les alvéoles qu’on y remarque ne s'étendent pas au delà de la moitié de l'épaisseur du derme, et sont remplis par des prolongements coniques du tissu cellulo-graisseux sous-cutané. Cette face est percée d’un grand nombre de trous, pour le passage des vaisseaux lymphatiques et sanguins, des nerfs, des follicules pileux et des conduits sudoripares, qui sont situés audessous.

Külliker appelle la face interne ou profonde couche réticulée, par la raison qu’elle offre dans ses parties les plus profondes des couches très-prononcées de cellules.

Face externe ou super ficielle (couche papillaire). — Plus dense que la face profonde, recouverte par l’épiderme, elle est parsemée, dans toute son étendue, d’une multitude de petites saillies ou papilles, molles et pulpeuses, dont l’ensemble constitue le corps ou la couche papillaire. Celle-ci est d’une teinte gris rougedtre; son tissu dense, solide et élastique, renferme entre ses saillies des ouvertures destinées aux poils, aux conduits sébacés et sudoripares.

Des papilles. — Les papilles (papillæa) ne sont pas également répandues sur la surface du derme: ainsi, très-nombreuses et pressées les unes contre les autres sous forme de groupes de quatre à huit, à la paume des mains, à la plante des pieds, à la pulpe des doigts et des orteils, aux lèvres, aux mamelons et au gland, là où la sensibilité tactile est très-développée, elles sont disséminées partout ailleurs.

Leur direction est tantôt perpendiculaire au derme, tantôt oblique.

Leur forme est en général celle d’un cône, à base implantée dans le derme, à sommet plus ou moins arrondi, reçu dans une petite dépression de la face interne de l’épiderme. Cependant quelques-unes sont cylindriques ou filiformes, quelques autres ont l'aspect de petits champignons, attachés au derme par un pédicule court et étroit. Cette disposition, qui rappelle les papilles fongiformes de la langue, s’observe au mamelon et à la couronne du gland ; peut-être est-elle en rapport avec la sensibilité spéciale de ces organes.

Les papilles les plus grosses occupent la paume des mains, la plante des pieds, la pulpe des doigts et des orteils ; là elles sont accolées deux à deux, de telle sorte que chaque alvéole de l’épiderme renferme deux papilles de volume souvent inégal, séparées l’une de l'autre par un petit sillon à peine appréciable. Ces paires sont rangées régulièrement et se traduisent à la surface extérieure de la peau par des lignes et des sillons que nous avons déjà indiqués. A la paume des

DERME OU CHORION. 569 mains et à la plante des pieds, ces lignes sont habituellement parallèles aux plis de locomotion. A la phalange unguéale de chaque doigt, elles décrivent des courbes concentriques à concavité tournée en haut, paraboliques chez les uns, elliptiques ou même spiroïdes chez les autres. Ala première et à la deuxième phalange, les lignes sont obliques de haut en bas et de dehors en dedans pour le pouce et l'index, de haut en bas et de dedans en dehors pour l’auriculaire ; leur direction est variable pour les mêmes phalanges du médius et de l’annulaire. Pour tous les doigts, elles deviennent de plus en plus transversales à mesure qu'elles s’approchent des plis articulaires des phalanges et s'interrompent au niveau de ces plis.

Les papilles moyennes forment des séries linéaires et parallèles audessous de toute la portion épidermique de l’ongle ; elles sont filiformes et obliques à la surface du derme.

Les petites papilles s observent sur le tronc et les membres; leur forme est conique comme celle des papilles des doigts, mais leur sommet est plus arrondi que celui de ces dernières.

Structure. — Chaque papille est constituée par un prolongement de la partie la plus superficielle du derme. Elle renferme une petite branche artérielle qui se recourbe en anse à son sommet, pour se changer en capillaire veineux et reporter le sang au réseau veineux du derme. Suivant M. Sappey, elle contient aussi un petit rameau lymphatique qui se subdivise de manière à former un réseau capillaire des plus fins ; quant à la disposition des nerfs à l’intérieur de chaque papille, les opinions varient beaucoup.

D'après Pappenheim, les filets nerveux forment tantôt une anse, tantôt un plexus à la base de chaque papille, sans y pénétrer. MM. Todd et Bowman ont pu les poursuivre jusqu'au milieu de la hauteur de la papille, et les ont perdus au delà. Gerber les fait se terminer en anse au sommet de la papille ; il n’y a qu’une anse dans les petites papilles ; on en compte dans les grosses six à neuf, épanouies en rosette.

Une opinion tout à fait nouvelle a été émise par MM. Rudolphe Wagner et Meissner, et reproduite par Külliker avec des modifications de texture et une interprétation physiologique différente. D’après M. Rudolphe Wagner, ce qu'on a appelé jusqu’à présent les papilles du toucher présente deux formations distinctes : 1° les papilles qui ne recoivent que des anses vasculaires (papillæ vasculares) ; 2° celles qui recoivent des nerfs et qui sont placées entre les premières (papille nerve).

1° Les papilles vasculaires sont les plus nombreuses ; elles sont constituées par une enveloppe et par une anse vasculaire juste assez large pour laisser passer un filet simple de globules du sang.

2 Les papilles nerveuses ne reçoivent pas elles-mêmes de vaisseaux ; elles contiennent un petit corps ovalaire, qui y est enchassé comme un noyau dans sa cellule.

Ce petit corps est formé de membranes horizontalement superposées, séparées les unes des autres par des grains oblongs et d’un contour foncé: le tout recouvert par une enveloppe striée excessivement fine.

Chacune des fibrilles nerveuses primitives situées dans l'épaisseur du derme, au-dessous des papilles, se divise en un grand nombre de petites branches au bout desquelles les corpuscules sont attachés ; de telle sorte qu'une seule fibrille règne sur un certain nombre de corpuscules du toucher, Le total de ces points divers qui appartiennent à une fibrille correspond à un point simple dans le cerveau et dans la moelle épinière ; ils ne produisent qu'une seule impression de sensibilité, qu'ils soient touchés isolément ou dans leur ensemble.

Structure du derme.— Le derme est en majeure partie formé par l'intrication de faisceaux blancs de tissu conjonctif condensé, s entrecroisant dans tous les sens, de manière à circonscrire des espaces losangiques. Ces espaces deviennent de plus en plus étroits de la profondeur vers la superficie; là il est impossible de ies reconnaitre, et l’on ne voit plus qu'une couche finement granuleuse, sans structure apparente, constituée plutôt par des fibrilles de tissu conjonctif entrecroisées que par des faisceaux proprement dits.

Dans certaines régions, où la peau a besoin d'une grande élasticité, on trouve, tout à fait à la face profonde du derme, des fibres jaunes de tissu élastique, contournées en spirale.

Enfin, dans les parties susceptibles d’érection, comme le mamelon, on a constaté la présence de fibres musculaires organiques, que l'on rencontre également autour des bulbes pileux et des follicules sébacés.

C'est à l’arrangement des faisceaux blancs de tissu conjonctif que la peau doit son extensibilité ; ces faisceaux se réduisent en gélatine par la coction, et c’est à eux qu'il faut rapporter les changements que la peau subit pendant l'opération du tannage.

Page 1