USAGES DU BULBE CRANIEN
Quand, chez les animaux, on enlève le cerveau et le cervelet, on aperçoit aisément que le sentiment et la volonté ne disparaissent pas complétement ; de manière que la présence seule de la moelle allongée paraît être suffisante pour entretenir quelques fonctions de l’organisme. Les mouvements respiratoires semblent dépendre surtout du bulbe rachidien, comme on peut s’en convaincre par les expériences de M. Flourens, qui a même limité dans le bulbe crânien (moelle
allongée de quelques auteurs) un endroit qu'il appelle centre respiratoire ou point vital supérieur. L'intégrité de cet. endroit est indispensable à la respiration, par la raison que celle-ci cesse lorsque ce centre a été lésé ou coupé. Le point vital se trouve immédiatement au-dessus de l’origine du nerf pneumogastrique, et s'étend dans une longueur de 6 millimètres plus bas. À ce niveau, on peut détruire les pyramides antérieures et les corps restiformes, sans interrompre la respiration. Mais, au contraire, par la lésion du seul faisceau olivairé où intermédiaire, on provoque la suspension de la respiration, et par suite, la mort.
Le bulbe rachidien, conjointement avec la protubérance, constitue un foyer dans lequel s'unissent, pour ainsi dire, les fonctions des nerfs crâniens et rachidiens. C’est pour cette raison que ces deux renflements encéphaliques appartiennent aux parties du centre nerveux les plus compliquées, et se composent d’un mélange intime des substances blanche et grise.
Le bulbe rachidien est sensible dans sa partie postérieure, et au contraire, dépourvu de sensibilité dans sa partie antérieure, et sert d’intermédiaire pour communiquer à l’encéphale les impressions qu'il a reçues lui-même de la moelle épinière et des nerfs rachidiens. En outre, il possède au plus haut degré la propriété de provoquer les mouvements réflexes ou excito-moteurs. Nous avons dit précédemment que la moelle allongée, ou plutôt le bulbe rachidien est un centre de respiration, ajoutons qu'il est en même temps un régulateur de cette fonction. Outre cela, il exerce une influence prépondérante sur les mouvements du cœur. En effet, en faisant passer un courant électrique à travers le bulbe rachidien, on voit que le cœur tombe dans un état de contraction tétanique, et que ses battements cessent. En coupant le nerf pneumogastrique d’une grenouille, les mouvements du cœur perdent la régularité qui leur est propre, et c’est pour cela que Bidder pense que le bulbe crânien en régularise le nombre et la durée, quoique, d’après toutes les probabilités, ces mouvements dépendent des ganglions nerveux sympathiques.
Les effets des altérations morbides du bulbe cranien se montrent sur son côté correspondant, ou bien aussi sur le côté opposé ; ils se manifestent sur le côté correspondant lorsque les faisceaux postérieurs sont lésés, et au contraire, ces effets sont croisés dans le cas où les pyramides et les faisceaux olivaires ont été altérés. a
Dans ces derniers temps, le bulbe crânien a attiré l'attention toute particulière des physiologistes, par suite des expériences faites par
MOELLE ALLONGÉE. 77 M. Claude Bernard: Ce savant illustre, en piquant la paroi antérieure du quatrième ventricule au niveau du bec du calamus scriptorius, a pu produire du sucre dans l'urine, et a ouvert ainsi la voie à une nouvelle branche de la science appelée par lui « pathologie expérimentale » .