CORDONS LOMBAIRES
Nous avons vu plus haut que les cordons thoraciques étaient placés sur les têtes des côtes; mais au niveau de la tête de la neuvième côte, ils commencent à se dévier un peu en dedans et à se rapprocher de la colonne vertébrale. Parvenus vers la première vertèbre lombaire, ils descendent, appliqués sur les parties latérales et antérieures de la colonne lombaire, plongent dans l’excavation du bassin, et se continuent avec le cordon sacré.
Chaque cordon lombaire occupe l’intervalle qui sépare la dixième vertèbre dorsale de la symphyse sacro-iliaque, en décrivant toutefois une courbe elliptique à convexité tournée en avant. 11 longe les insertions internes du psoas, derrière l’aorte à gauche et la veine cave à droite; il est donc placé plus antérieurement que le cordon thoracique correspondant. Ce cordon se compose ordinairement de trois à cinq ganglions, allongés, fusiformes, de même volume à peu près que les ganglions thoraciques, mais un peu plus distincts, et souvent plus gros d’un côté que de l’autre. Ces ganglions sont réunis ensemble, tantôt par de gros rameaux gris, d’autres fois par des cordons longs et grêles. Le premier ganglion lombaire se réunit au dernier dorsal par un rameau grêle, et le dernier ganglion lombaire se continue au-devant de la base du sacrum, avec le premier sacré. Les rameaux fournis par tous ces ganglions sont aussi distingués en supérieurs, inférieurs , externes et internes.
1° ltameaux supérieurs et inférieurs. — Destinés à établir la communication entre les ganglions, ils se portent de l’un à l’autre; ils sont souvent gros et fasciculés, d’autres fois au contraire longs et grêles; quelquefois il en manque un ou deux; dans ce cas, il y a eu rapprochement et réunion immédiate de deux ganglions, ou bien solution de continuité, c’est-à-dire que la communication est entièrement interrompue. Le premier de ces cordons réunit le dernier ganglion thoracique au premier lombaire ; le dernier fait communiquer le dernier ganglion lombaire avec le premier sacré.
2" Rameaux externes . — Au nombre de deux ou trois pour chaque ganglion, ils naissent du côté externe de chacun d’eux, soit d’un tronc commun, soit isolément. Ces rameaux sont plus longs et plus grêles que ceux des autres ganglions , à cause de la situation des ganglions lombaires, placés plus loin des trous de conjugaison et sur un plan plus antérieur. Leur direction est variable: les supérieurs sont légèrement obliques en haut, les inférieurs obliques en bas, et les moyens plus ou moins transversaux. Leur trajet s’effectue en traversant de petits anneaux ostéo-fibreux qui existent entre les vertèbres lombaires et les attaches internes du psoas. Les uns sont accompagnés par les vaisseaux lombaires, les autres marchent isolément ; tous se jettent, au niveau des trous de conjugaison et dans l’épaisseur du psoas, dans les branches antérieures des nerfs lombaires, avec lesquelles ils communiquent en plusieurs points différents.
3° Rameaux internes. — Naissant de la partie interne des ganglions lombaires et de leurs cordons de communication, ces rameaux, très nombreux, se portent obliquement en bas et en dedans : les droits entre les vertèbres lombaires et la veine cave ; les gauches, un peu plus courts, immédiatement au-devant de l’aorte. Tous, en se divisant et en s’anastomosant les uns avec les autres et avec les radiations du plexus solaire, forment au-devant de l’aorte abdominale un entrelacement compliqué, mêlé de ganglions plats, qu’on désigne sous le nom de plexus lombo-aortique.
ET DES ORGANES DES SENS DE L’IIOMME
Plexus lombo-aortique ( aortique abdominal, inter-mésentérique) . — Ce plexus enlace la partie de l’aorte abdominale comprise entre l’origine de l’artère mésentérique supérieure et celle des deux iliaques primitives; dans l’écartement triangulaire de ces deux dernières artères, et un peu audessous de la bifurcation de l’aorte, il se termine en se séparant en deux cordons plexiformes à larges mailles, l’un droit, l’autre gauche, qui occupent les côtés du rectum , et contribuent à la formation des plexus hypogastriques droit et gauche.
Les nerfs qui forment le plexus lombo-aortique viennent de plusieurs sources. Les principaux émanent des ganglions des cordons lombaires droit et gauche, dont les rameaux internes, dirigés en baset en dedans, au-devant de l’aorte, s’anastomosent entre eux, avec ceux du côté opposé et avec un prolongement considérable des plexus solaire et mésentérique supérieur. Le plexus qui en résulte, formé par l’entrelacement de plusieurs couches nerveuses superposées à mailles très serrées, renferme plusieurs ganglions plats ; ses rameaux sont plus nombreux sur les parties latérales que sur la portion médiane de l’aorte. Ceux du côté gauche se portent presque verticalement en bas, vers le plexus mésentérique inférieur et vers le renflement plat situé sur l’aorte (ganglion mésentérico-aortique droit). Ceux du côté droit descendent obliquement a gauche sur la face antérieure de l’aorte et sur celle de l’iliaque primitive droite, près de son origine, pour se rendre à un autre renflement aplati et oblong (ganglion mésentérico-aortique inférieur).
Dans tout son trajet, le plexus intermésentérique fournit un grand nombre de rameaux collatéraux qui contribuent à la formation des plexus spermatiques droit et gauche, des plexus de la veine cave inférieure et de l’artère mésentérique inférieure.
a. Plexus de la veine cave inférieure. — Il tire son origine des plexus lombo-aortique, solaire, rénal, capsulaire et mésentérique supérieur, situés du côté droit. Constitué par une multitude de rameaux longs et grêles qui offrent assez souvent à leur émergence un ganglion plat (épatement), il se dirige en dehors et en bas, au-devant de la veine cave inférieure, et se perd en partie dans le plexus spermatique droit, en partie dans les tuniques de la veine cave inférieure.
b. Plexus spermatiques. — Testiculaires chez l’homme, ovariques chez la femme, les nerfs de ces plexus (droit et gauche) proviennent, de chaque côté, des plexus rénal, lombo-aortique et hypogastrique; le plexus de la veine cave inférieure envoie aussi à droite quelques filets. Les nerfs de chacun de ces plexus s’accolent, les uns aux vaisseaux spermatiques dont ils suivent la marche descendante, les autres au canal déférent avec lequel ils remontent vers les vaisseaux. Parvenus à l’orifice péritonéal du canal inguinal, ces différents nerfs s’accolent aux autres éléments du cordon spermatique avec lesquels ils traversent le canal inguinal, pour se rendre au testicule correspondant. Chez la femme, ils ont un trajet moins compliqué et se distribuent à l’ovaire et à l’utérus, où ils s'anastomosent quelquefois avec les nerfs utérins.
c. Plexus mésentérique inférieur. — Il est constitué à la fois par des radiations du plexus solaire, par un prolongement du plexus mésentérique supérieur, et par le plexus intermésentérique (par conséquent par des rameaux émanés des ganglions lombaires). Du côté gauche, il reçoit en outre huit a dix gros rameaux de renforcement qui émanent en partie du plexus mésentérique supérieur, et en partie du plexus solaire. Ces rameaux, qu’on peut appeler intermésentériques superficiels , descendent verticalement le long des parois antérieure et latérale gauche de l’aorte ventrale, et audevant du plexus intermésentérique, dont ils sont séparés par du tissu cellulaire; ils parviennent ainsi jusqu a 1 origine de l’artère mésentérique inférieure, sur laquelle ils se confondent avec le plexus du même nom.
Ce plexus entoure l’artère mésentérique inférieure, s’engage avec elle entre les deux feuillets du mesocôlon iliaque et du mésorectum, où il se prolonge sur les artères coliques gauches supérieure, moyenne et intérieure) et hémorrhoïdales supérieures ; se distribue à toute la moitié gauche du gros intestin, et se termine dans le rectum. Constamment il envoie dans l’excavation du bassin et au-devant des artères hypogastriques deux faisceaux de nerfs qui se jettent chacun dans le plexus hypogastrique correspondant. Il s’anastomose aussi en haut, sur l’arc du côlon, avec le plexus mésentérique supérieur.
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
PLEXUS HYPOGASTRIQUES.
Ceux-ci, au nombre de deux, l’un droit et l’autre gauche, occupent les parties latérales et postérieures de l’excavation du bassin, en arrière et sur les côtés du rectum et de la vessie chez l’homme, du rectum, du vagin et delà vessie chez la femme.
Les plexus hypogastriques tirent leur origine de plusieurs sources, mais surtout de la bifurcation du plexus lombo-aortique. Ce dernier, parvenu au niveau de l’angle sacro-vertébral, ou de l’origine des deux artères iliaques primitives, offre un large ganglion duquel émanent deux cordons aplatis et allongés, constitués par un mélange d’une multitude de rameaux anastomosés les uns avec les autres, et de ganglions plats en nombre indéterminé. Ces cordons se présentent' sous l’aspect d’un réseau nerveux, lâche et aplati, à larges mailles remplies de tissu cellulaire; quoique distincts l’un de l’autre, ils communiquent entre eux par des anastomoses médianes placées entre le sacrum et le rectum; ils sont encore renforcés par deux gros faisceaux venus du plexus mésentérique inférieur. Arrivés sur les parties latérales des organes contenus dans l’excavation du bassin, les cordons de bifurcation du plexus lombo-aortique, renforcés par plusieurs rameaux grêles émanés des ganglions sacrés correspondants, constituent, conjointement avec la plupart des branches viscérales des plexus sacrés (branches antérieures des troisième, quatrième et cinquième paires sacrées), les plexus hypogastriques droit et gauche.
Ceux-ci, formés par l’entrelacement de gros rameaux et de ganglions plats, sont un mélange de nerfs de la vie de relation et de nerfs du grand sympathique; ils sont remarquables par une disposition aréolaire qui les fait ressembler aux plexus pharyngien, cardiaque et solaire. Ils se distribuent à tous les organes pelviens sur lesquels ils forment autant de plexus secondaires , distingués en hémorrhoïdaux, vésicaux , prostatiques chez l’homme , utérins et vaginaux chez la femme.
Plexus hémorrhoïdaux inférieurs. — Ainsi nommés par opposition aux plexus hémorrhoïdaux supérieurs (émanations du plexus mésentérique inférieur), ils embrassent les parties antérieures et postérieures du rectum, auquel ils se distribuent après s’être anastomosés avec les plexus hémorrhoïdaux supérieurs. Ils communiquent aussi vers l’anus avec des nerfs venus directement des plexus sacrés.
Plexus vésicaux. — Ils naissent des parties latérales et inférieures des plexus hypogastriques droit et gauche; leurs rameaux, très nombreux, longs, grêles, se portent en divergeant sur les côtés de la vessie, sur ses laces antérieure et postérieure , et s’y divisent plusieurs fois de distance en distance pour s’anastomoser ensuite. Ils offrent presque constamment, sur chaque côté de la vessie, au niveau de l’embouchure des uretères, un ganglion plat duquel émanent plusieurs longs rameaux qui tous se partagent entre la vessie, l’uretère, la prostate et les vésicules séminales chez l’homme, en formant sur chacun de ces organes des plexus secondaires, au milieu desquels on trouve des ganglions épars. On peut suivre quelques uns de ces rameaux, à travers la prostate et la partie voisine de l'uretère, jusqu’à la partie postérieure des corps caverneux de la verge.
Plexus des vésicules séminales et plexus déférent iels. — Ils viennent des parties les plus inférieures des plexus hypogastriques ; ils enlacent les vésicules séminales par un grand nombre de fdets grêles d’un volume inégal, leur laissent quelques uns de ces filets, puis se portent de bas en haut et entourent les canaux déférents d’un riche réseau nerveux. Parvenus aux orilices supérieurs des canaux inguinaux, ils s’associent aux plexus spermatiques supérieurs et moyens, émanés, les premiers des plexus rénaux, les seconds du plexus lombo-aortique, avec lesquels ils vont se perdre, dans les testicules.
Plexus vaginaux et utérins. — Ils sont constitués par des rameaux déliés très nombreux, anastomosés ensemble et entremêlés de renflements oblongs ou arrondis. Ces rameaux se dirigent entre les deux feuillets des ligaments larges, leo uns vers le vagin, les autres vers l’utérus; arrivés sur ces organes, une partie se répand sur leurs deux faces, une autre partie pénètre leurs bords et arrive jusque dans leur épaisseur, où, chez la femme non enceinte, ils échappent bientôt à l’œil le plus exercé. Dans leur trajet, les uns sont accolés aux vaisseaux, les autres marchent dans leurs intervalles. Indépendamment de ces nerfs émanés des plexus hypogastriques, l’utérus, et surtout
ET DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
la trompe et l’ovaire, reçoivent aussi quelques filets du plexus qui entoure l’artère ovarique (émanation du plexus lombo-aortique) ; tous ces rameaux nerveux, de sources différentes, s’anastomosent les uns avec les autres au niveau des orifices des trompes.
L’existence des nerfs du corps de l’utérus étant bien constatée, malgré les dénégations de quelques anatomistes très compétents d’ailleurs, tels que Lobsteiu et autres, il reste maintenant une autre question à résoudre : existe-t-il des nerfs dans le col de l’utérus?
Tout le monde connaît les débats que cette question a soulevés dans ces derniers temps parmi les anatomistes les plus distingués. Robert Lee a fait représenter un plexus nerveux se rendant au museau de tanche; M. Jobert (de Lamballe) soutient n’avoir jamais rencontré de nerfs dans la partie vaginale du col utérin ; depuis les travaux de ces derniers anatomistes, les opinions sont partagées : les uns admettent ces nerfs, les autres les rejettent.
S’il m’est permis, au milieu de ces dissidences scientifiques, de conclure de mes propres recherches, je dirai que le col, aussi bien que le corps de l’utérus, est pourvu d’un système nerveux émané des nerfs de la vie organique et de ceux de la vie de relation, mais principalement des premiers. Quanta l’augmentation de volume des nerfs utérins pendant l’état de gestation, soutenue par Robert Lee et niée par M. Jobert et ses partisans, c’est une question jugée à l’heure qu’il est et qui ne souffre aucune discussion. En effet, tout nerf qui a été soumis à une macération prolongée augmente de volume ; sous l’influence de la grossesse, tous les liquides étant appelés vers l’utérus, qui devient un centre de fluxion, les nerfs utérins subissent une véritable macération et prennent de l’accroissement. Cet accroissement de volume n’est pas dans le tube nerveux même, mais dans son névrilème (fibres nerveuses de Remak), qui est proportionnellement très développé dans les nerfs du grand sympathique, dont il est un des éléments essentiels, une partie intégrante.