‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 132 sur 210 · STRUCTURE DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

STRUCTURE DES PAUPIÈRES

Les paupières sont formées par plusieurs couches membraniformes, superposées les unes aux autres, et par un squelette cartilagineux (cartilage tarse) ; elles contiennent encore des follicules, des glandules, et sont traversées par les conduits lacrymaux, des vaisseaux et des nerfs. Les couches sont au nombre de cinq pour la paupière supérieure et de quatre pour l’inférieure. Nous allons les décrire en allant de la superficie vers la profondeur.

1° Couche cutanée. — Elle est remarquable par son extrême finesse, qui la rend transparente ; par son adhérence à la couche subjacente, qui a lieu au moyen d’un tissu cellulaire lâche, séreux, susceptible d’infiltration, jamais chargé de gi'aisse; et par des follicules pileux et sébacés, situés le long du bord libre de chaque paupière , et que l’on peut mettre en évidence à l’aide de la macération.

2° Couche musculaire. — Dépendance du muscle orbiculaire, et commune aux deux paupières , cette couche est composée de fibres musculaires curvilignes concentriques les unes aux autres, concaves en bas pour la paupière supérieure, concaves en haut pour la paupière inférieure. Cette portion de i’orbiculaire ( portion palpébrale ) diffère de celle qui entoure la base de l’orbite ( portion orbitaire) par sa coloration qui est pâle, comme celle des fibres musculaires de la vie organique ; tandis que la portion orbitaire est formée de fibres rouges comme celles des muscles de la vie animale. Aussi la contraction delà portion palpébrale est-elle en partie soustraite à l’influence de la volonté, tandis que la portion orbitaire se contracte volontairement.

3° Couche fibreuse [ligaments larges des paupières, ligaments palpébraux). — Etendue depuis le pourtour de la base de l’orbite jusqu’aux cartilages tarses, cette lame aponévrotique qui forme la charpente des paupières est plus épaisse à son insertion orbitaire, où elle semble se confondre avec le périoste orbitaire, qu’à son insertion sur les cartilages tarses, où elle dégénère en tissu cellulaire; elle est aussi beaucoup plus dense en dehors qu’en dedans, où elle est remplacée par un tissu lamelleux rempli de graisse. Cette couche est percée en plusieurs endroits pour le passage des vaisseaux et des nerfs. La partie de cette membrane fibreuse, étendue horizontalement entre la base de l’orbite et la commissure externe des paupières, présente un épaississement notable, et constitue un raphé que M. Cruveilhier a comparé au tendon du muscle orbiculaire et qu’il a appelé ligament de l’angle externe des paupières. L’extrémité de ce raphé fibreux se bifurque pour aller s’insérer à la partie correspondante de l’un et de l’autre cartilage tarse. Immédiatement en arrière se trouve un trousseau fibreux très résistant, décrit par Ténon sous le nom de ligament angulaire externe des paupières. La lame fibreuse de la paupière supérieure est placée entre la portion palpébrale de l’orbiculaire et le muscle élévateur qui la sépare de la conjonctive; la lame fibreuse de la paupière inférieure se trouve entre la portion palpébrale de l’orbiculaire et la conjonctive. Il existe en outre dans les paupières d’autres couches fibreuses subjacentes à celle-ci; il en sera parlé plus loin. Nous rattachons à la description de la couche fibreuse celle des cartilages tarses.

Cartilages tarses. — On désigne sous ce nom deux petites lames cartilagineuses, minces, jaunâtres, flexibles et élastiques, aplaties d’avant en arrière, allongées transversalement, placées dans 1 épaisseur des paupières, au voisinage de leur bord libre, sur le même plan que la lame fibreuse, dont ils semblent être le prolongement. Ces cartilages paraissent tirer leur origine des deux

ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX

brandies de bifurcation du tendon direct de l’orbiculaire; ils se terminent en dehors en s’unissant entre eux vers l’angle externe de l’œil. Le supérieur est de forme semi-lunaire, à convexité tournée en haut; l’inférieur a l’apparence d’une petite bandelette allongée transversalement. Ils contiennent dans leur épaisseur les glandules de Meibomius, et répondent par leur face antérieure, qui est convexe à la portion palpébrale de l’orbiculaire, par leur face postérieure, concave, à la conjonctive, au travers de laquelle on aperçoit ces glandules. Un de leurs bords est tourné vers le bord libre des paupières, dont il détermine l’épaisseur, l’autre donne attache à la couche fibreuse de chaque paupière ; en outre, à la paupière supérieure, ce bord, qui est un peu recourbé, fournit des insertions au muscle releveur delà paupière supérieure. Ces cartilages ont pour principal usage de maintenir les paupières tendues au-devant des yeux: on peut les comparer, comme dit M. Cruveilhier, à des cylindres de bois que l’on place au bas des tableaux pour les empêcher de se plisser.

h° Couche musculaire propre de la paupière supérieure , élévateur de la paupière supérieure. — Aplati, mince et triangulaire, ce muscle s’insère par son sommet, au fond de l’orbite, entre le périoste et la gaine du nerf optique, par sa base, au bord supérieur du cartilage tarse, derrière la lame fibreuse ; il envoie, en outre, un faisceau externe ( faisceau orbitaire externe ), se fixer à la partie inférieure de la fossette lacrymale, au niveau de la suture fronto-malaire, et un faisceau interne ( faisceau orbitaire interne ), qui s’attache autour de la poulie du grand oblique; ces deux faisceaux communiquent par une bandelette transversale. Ce muscle répond dans sa portion orbitaire, en haut , au périoste de l’orbite dont il est séparé par le nerf frontal ; en bas , au muscle droit supérieur de l’œil qu’il recouvre; dans sa portion palpébrale, où le releveur de la paupière supérieure s’épanouit en une large aponévrose dont la direction est presque perpendiculaire à celle de la portion orbitaire, il est placé entre la lame fibreuse et la conjonctive, mais séparé de cette dernière par un prolongement de l’aponévrose orbito-oculaire.

Comme son nom l’indique, le releveur de la paupière supérieure a pour usage d’élever cette paupière et de l’entraîner ensuite vers le fond de l’orbite, où est son point fixe; mais cette dernière action est limitée par les faisceaux orbitaires interne et externe.

Indépendamment des prolongements que l’aponévrose orbito-oculaire envoie aux deux paupières, on trouve encore dans la paupière supérieure une expansion aponévrotique du muscle droit supérieur, et dans la paupière inférieure une expansion analogue du muscle droit inférieur de l’œil.

5° Couche muqueuse ou portion palpébrale de la conjonctive. — La conjonctive [membrana adnata) est une membrane très mince, transparente, qui revêt à la fois la face postérieure des paupières et le segment antérieur du globe de l’œil. Cette membrane, qui se continue manifestement avec la peau amincie qui tapisse la lèvre antérieure des bords libres des paupières, recouvre ces bords dans toute leur étendue, où elle est percée par les orifices des conduits des glandes de Meibomius, et s’introduit dans les voies lacrymales, parles points lacrymaux. Des bords libres, elle gagne la face postérieure des paupières, qu’elle tapisse, puis se réfléchit en formant une rigole circulaire, pour s’étendre sur tout le segment antérieur du globe de l’œil, d’après les uns, ou, comme le soutient M. Ribes, sur tout le segment antérieur, à l’exception de la cornée transparente. Vers l’angle interne de l’œil , la conjonctive forme un repli semi-lunaire, à concavité externe, nommé membrane clignotante ; ce repli, très développé chez les oiseaux, où il constitue la troisième paupière, est, chez l’homme, à l’état rudimentaire, et ne devient apparent qu’en tournant l'œil du côté du nez.

La conjonctive présente deux faces, l’une adhérente, l’autre libre. La face adhérente, unie aux cartilages tarses par un tissu cellulaire très serré, tient à la couche fibreuse des paupières et à la sclérotique au moyen d’un tissu cellulaire très lâche; d’après ceux qui l’admettent sur la cornée transparente, elle y adhère si intimement qu’il est impossible de l’en séparer avec le scalpel. La face libre de la conjonctive est lisse et continuellement humide pour faciliter le glissement des paupières sur le globe de l’œil. La conjonctive appartient au système muqueux; elle est pourvue d’un grand nombre de vaisseaux capillaires sanguins, surtout dans sa portion palpébrale, dont les artères viennent de l’artère ophthalmique, et les veines de la veine ophthalmique. Sur le globe de l’œil, les vaisseaux n’admettent dans l’état ordinaire que la partie incolore du sang; ils ne deviennent visibles que dans les ophthalmies, ou bien à l’aide d’injections très ténues. La conjonctive reçoit des filets

ET DES ORGANES DES SENS DE L’IIOAIME

nerveux excessivement grêles des nerfs lacrymal, frontal et nasal externe; elle en reçoit peut-être aussi des nerfs ciliaires, qui, après avoir traversé la cornée transparente, se termineraient, d’après M. Giraldès, dans la conjonctive.

Follicules et glandes des paupières. — 11 est annexé à chaque paupière un appareil de sécrétion folliculaire et glanduleuse, qui a pour objet de fournir un liquide qui lubrifie les surfaces contiguës et flottantes des paupières et du globe de l’œil, et en facilite les mouvements. Cet appareil se compose : 1° de follicules sébacés ou glandes de Meibomius; 2° de la caroncule lacrymale, et 3° de la glande lacrymale-palpébrale.

lu Follicules sébacés. — Indépendamment des follicules signalés plus liant, et qui se trouvent à la lèvre externe ou cutanée du bord libre de chaque paupière, il en existe encore d’autres qui sont généralement connus sous le nom de glandes de Meibomius. Ces petits follicules ronds, blanchâtres ou jaunâtres, de nature sébacée, sont logés dans des sillons creusés dans l’épaisseur des cartilages tarses. Ils sont rangés les uns au-dessus des autres, de manière h représenter des lignes jaunâtres, verticales, parallèles, tantôt droites, tantôt flexueuses; chaque ligne est formée par un canal tortueux de chaque côté duquel viennent s’ouvrir, en alternant, les follicules. Tous ces canaux se terminent sur la lèvre postérieure du bord libre de chaque paupière par des orifices à peine visibles, disposés en rangée et au nombre d’un ou de deux pour chaque canal.

Les lignes jaunes verticales que l’on aperçoit à la face interne de chaque paupière sont plus nombreuses à la paupière supérieure, où il y en a trente ou quarante, qu’à l’inférieure, où l’on n’en compte que vingt ou trente; elles parcourent toute la hauteur des cartilages tarses et sont plus longues à la paupière supérieure qu’à l’inférieure; elles sont aussi plus longues vers la partie moyenne de chaque cartilage qu’à ses extrémités. Quelquefois deux de ses lignes se réunissent, d’autres fois l’une d’elles se bifurque.

L’humeur onctueuse et grasse sécrétée par les glandes de Meibomius est connue sous le nom de chassie; elle a pour double usage d’adoucir le frottement des paupières sur le globe de l’œil et de s’opposer à l’écoulement des larmes sur les joues. Cette humeur, liquide dans l’état normal, s’épaissit dans certaines maladies et après la mort ; alors, en pressant les cartilages tarses, on la voit sortir, par les petits orifices du bord libre des paupières, sous forme de petits vers contournés sur eux -mêmes.

2° Caroncule lacrymale. — C’est un petit corps oblong, rougeâtre, situé dans l’angle interne des paupières, en arrière de leur bord libre, et à la partie antérieure et interne du globe oculaire, immédiatement en dedans de la membrane clignotante. Plus apparente sur le vivant que sur le cadavre, la caroncule a la forme d’un cône dont la base serait dirigée en dedans et en arrière, et le sommet en avant et en dehors, mais sans dépasser, toutefois, les points lacrymaux. Elle est formée d’un amas de follicules sébacés, analogues aux glandes deMeibonius, réunis entre eux par du tissu cellulaire et revêtus par la conjonctive, à la surface de laquelle ils offrent de petits pertuis ; elle renferme encore quelques bulbes qui donnent naissance à des poils blonds et très fins.

Les anciens croyaient à tort que les larmes étaient sécrétées par les caroncules : on sait maintenant qu’elles ont pour principal objet de s’opposer à l’écoulement des larmes sur la joue.

3° Glande lacrymale palpébrale. — On a donné ce nom à un amas de grains glanduleux situés dans l’épaisseur de la paupière supérieure, entre les couches musculaire et fibreuse, au niveau de l’extrémité externe et du bord supérieur du cartilage tarse. Ces grains, qui font saillie à la face interne de la conjonctive, sont pourvus de conduits excréteurs qui s’ouvrent à la surface de la conjonctive par sept ou huit pertuis, comme l’a démontré M. Gosselin, et non pas par onze ou douze, comme le disait Sténon.

Vaisseaux et nerfs des paupières. — On remarque sur chaque paupière une arcade artérielle sans flexuosités, placée entre le muscle orbiculaire et le cartilage tarse, et formée pour la paupière supérieure, par la branche palpébrale supérieure de l’ophthalmique et par la branche palpébrale de la temporale superficielle; pour la paupière inférieure, par la branche palpébrale inférieure de l’ophthalmique anastomosée avec la faciale et avec une des divisions du rameau orbitaire de la branche sous-orbitaire. La paupière supérieure reçoit encore de l’artère lacrymale quelques rameaux qui

ANATOMIE DU SYSTÈME N EU VEUX

se perdent dans la conjonctive et le muscle élévateur; enfin, la seconde division du rameau orbitaire de la branche sous-orbitaire se jette directement dans la paupière inférieure.

Les veines des paupières offrent une disposition analogue à celle des artères, dont elles prennent les noms ; elles se jettent dans la veine ophthalmique et dans les veines temporale et faciale, soit directement, soit par des rameaux intermédiaires.

Les vaisseaux lymphatiques des paupières se rendent tous aux ganglions sous-maxillaires.

La peau et la conjonctive de la paupière supérieure sont animées par des filets de l’ophthalmique de Willis, fournis par les branches lacrymale, nasale et frontales interne et externe; elles reçoivent encore quelques filets du nerf orbitaire du maxillaire supérieur; la peau et la conjonctive de la paupière inférieure doivent leur sensibilité aux branches terminales du nerf sous-orbitaire ; le facial envoie de nombreuses divisions dans les muscles sourcilier et orbiculaire.

Usaije des paupières. — Les paupières, par leur occlusion plus ou moins complète et par le mouvement de clignement, mettent l’œil à l’abri d’une lumière trop vive, empêchent les petits corps qui voltigent dans l’air de venir s’attacher à sa surface et le protègent contre l’action de l’air ; elles sont encore aidées dans cette dernière fonction par les larmes, qu’elles étendent uniformément à la surface de l’œil ; enfin, par leur écartement plus ou moins considérable, par leurs mouvements, elles concourent au jeu de la physionomie et à l’expression des passions.

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