‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 145 sur 210 · IRIS · texte numérisé non relu

IRIS

L'iris est cette membrane qui, suspendue verticalement au milieu de l’humeur aqueuse, partage l’espace compris entre la cornée et le cristallin en deux compartiments ou chambres , l’une antérieure , l’autre postérieure. A sa partie moyenne est pratiquée une ouverture à travers laquelle s’établit la communication des deux chambres de l’oeil. Fixé seulement par sa circonférence externe, l’iris s’étale de dehors en dedans, libre de tout contact et de toute adhérence. Sa formelle saurait être mieux comparée qu’à celle d’un disque circulaire, aplati et perforé au milieu. La largeur de cette membrane varie avec la grandeur de son ouverture , elle est en raison inverse de celle ci et toujours en rapport direct avec le diamètre du cercle ciliaire; son épaisseur surpasse un peu celle de la choroïde, elle diminue de la circonférence au centre.

On considère à l’iris deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure; et deux circonférences, l’une extérieure et l’autre intérieure qui limite l’ouverture nommée pupille ou prunelle.

La face antérieure apparaît à travers la cornée avec cette diversité de nuances qui lui a mérité plus spécialement le nom d'iris. Elle est plane , d’un aspect rugueux et comme crevassée, et présente une multitude de stries radiées, saillantes, qui partent du bord extérieur et vont se perdre au niveau de la pupille; rectilignes pendant la contraction de la pupille, elles deviennent, à mesure que celle-ci se dilate, de plus en plus llexueuses. Deux zones concentriques se partagent cette surface et diffèrent entre elles de teinte et d’étendue ; l’interne, moins large, est ordinairement d’une teinte plus foncée que l’externe. La face antérieure de l’iris revêt les couleurs les plus variées ; elle offre presque toutes les nuances du noir, du vert, du bleu, et peut même quelquefois être colorée d’une manière différente dans les deux yeux. En général , elle est d’une nuance claire chez les blonds et d’un brun plus ou moins foncé chez les individus à cheveux noirs. Certains états pathologiques influencent la couleur de l’iris: ainsi dans l’ictère, elle devient légèrement jaunâtre; dans la syphilis, elle prend une teinte rouge cuivrée.

La face postérieure, appelée aussi nuée, est sillonnée par des lignes radiées analogues à celles de la face antérieure. Placée au-devant du cristalein, recouverte vers sa grande circonférence par les procès ciliaires , cette face est enduite d’une épaisse couche de pigment qui se continue avec celui de la choroïde par les intervalles du corps ciliaire. Lorsque le pigment a été enlevé , elle est d’un aspect lisse et blanchâtre.

Le bord extérieur , ou grande circonférence, est fixé en avant au ligament ciliaire, en arrière aux

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procès ciliaires. L’union qu’il contracte avec ces parties est si faible qu’il sullit, pendant la vie, d’un violent ébranlement imprimé à l’œil pour déterminer un décollement partiel de 1 iris. C est sur ce peu d’adhérence qu’est fondée l’opération de la pupille artificielle.

Le bord intérieur, ou petite circonférence , parfaitement circulaire chez l’homme, détermine les limites de la pupille. Ce bord, ordinairement lisse , présente quelquefois de petites dentelures d’une longueur variable qui peuvent persister ou disparaître au bout d’un certain temps, selon qu’elles constituent une anomalie ou qu'elles tiennent à un état morbide. Le centre de la pupille ne correspond pas au centre de l’iris, il est plus rapproché du côté interne que du côté externe ; le diamètre de cette ouverture varie continuellement par suite des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation dont est agitée la petite circonférence : en moyenne, il est de 2 millimètres 1/2 à 3 millimètres. Sous l’influence d’une vive lumière la pupille se resserre ; dans l’obscurité, au contraire, elle se dilate considérablement; certaines maladies, quelques préparations narcotiques, produisent aussi l’un ou l’autre de ces phénomènes. Les chambres de l’œil communiquent entre elles au moyen de la pupille.

Membrane pupillaire. — Pendant une grande partie de la vie embryonnaire, la communication des deux chambres est interrompue par une membrane plane, transparente, très mince, qui obture l’ouverture de l’iris: c’est la membrane pupillaire. Elle est formée de deux lames dont la plus antérieure estime dépendance de la membrane de Demours. Adossées l’une à l’autre, ces deux lames contiennent dans leur intervalle beaucoup de vaisseaux sanguins disposés en arcades à convexité centrale, et ne s’anastomosant pas d’un côté à l’autre. Vers le troisième mois de la vie extra-utérine, la membrane pupillaire commence à se montrer; au septième mois elle se déchire et disparaît complètement. On explique cette rupture par le redressement des anses vasculaires du centre vers la circonférence, redressement qu’on pourrait peut-être attribuer à l’influence de la circulation, devenue plus active à cette époque.

Structure. — L’iris présente une grande analogie de structure avec la choroïde. Nous y trouverons, comme dans cette dernière tunique, du tissu cellulaire, des globules de pigment, beaucoup de vaisseaux et peu de nerfs; mais à ces différentes parties vient s’ajouter ici un nouvel élément qui préside à la contraction et à la dilatation de la pupille. On peut distinguer trois couches dans le tissu de l’iris, une postérieure ou pigmentaire, une antérieure ou séreuse, et enfin une moyenne, formée principalement de vaisseaux sanguins, de nerfs et de fibres musculaires.

Le pigment de l’iris se continue sans interruption avec celui du corps ciliaire et de la choroïde.

La couche séreuse est une portion de la membrane de Demours; intimement unie à la couche moyenne dont elle revêt la face antérieure, elle ne peut en être détachée que chez certains animaux. Pour quelques anatomistes elle ne se terminerait pas au bord de la pupille, mais se réfléchirait à travers cette ouverture, et irait, sous forme d’une pellicule transparente, recouvrir la lame pigmentaire.

La couche moyenne est la plus épaisse; les fibres musculaires qui entrent dans sa composition sont pâles, très déliées, et disposées en faisceaux dont les uns sont rayonnants et les autres circulaires. Les faisceaux radiés se dirigent delà grande circonférence, au niveau de laquelle ils semblent s’insérer, vers le bord pupillaire qu’ils n’atteignent jamais; ils se placent les uns à côté des autres en constituant un plan qui occupe les deux tiers externes de l’iris et qui répond à la grande zone colorée qu’on remarque sur la face antérieure. Les faisceaux circulaires sont concentriques, entrelacés et forment autour du bord interne une sorte de sphincter qui occupe l’espace limité par la petite zone colorée. A l’aide d’une forte loupe il n’est pas difficile de reconnaître cette disposition qui a été décrite pour la première fois par Maunoir, de Genève. Les anciens avaient constaté ou du moins admettaient la nature musculaire de l’iris; cette opinion, diversement contrôlée pendant longtemps, a été confirmée par les observations d’un grand nombre d’anatomistes distingués. Des laits physiologiques, l’existence de nerfs moteurs dans l’iris, sont d’ailleurs autant de preuves qui militent en sa faveur. Aussi la plupart des physiologistes actuels font-ils dépendre les mouvements de l’iris de l’action d’un tissu musculaire, et non pas de la turgescence de vaisseaux sanguins ou de la contraction des fibres cellulaires.

Les artères iriennes proviennent des deux ciliaires longues postérieures, des ciliaires antérieures

ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX

et de quelques ramuscules qui se portent directement des procès ciliaires dans l’iris. Ces artères, très fines, très rapprochées, sont en partie radiées, en partie flexueuses et circulaires. Au voisinage de la pupille elles se divisent, s’anastomosent entre elles et forment un réseau circulaire qu’on a nommé petit cercle artériel de l'iris. Le grand cercle artériel de l'iris occupe le bord du ligament ciliaire où les divisions des ciliaires longues se réunissent en arcade pour constituer un autre réseau circulaire plus grand et moins délié dans lequel viennent se jeter les ciliaires antérieures. C’est de ce grand cercle que partent les artères iriennes, qui reçoivent au niveau des procès ciliaires quelques anastomoses des ciliaires courtes postérieures.

Les veines sont en général disposées comme les artères; elles se rendent dans les veines tourbillonnées de la choroïde [vasa vorticosa).

Les nerfs émanent du plexus ciliaire et se dirigent avec les vaisseaux vers le bord intérieur, où ils se termineraient par des anses d’inflexion ; quelques anatomistes prétendent que ces nerfs sont très nombreux, mais contrairement à celte assertion , l’examen microscopique nous a décelé, à M. Ch. Robin et à moi, fort peu de nerfs dans l’iris. Il existe encore dans cette couche moyenne des fibres de tissu cellulaire qui accompagnent les vaisseaux et les nerfs et les unissent entre eux. Ces fibres sont toujours flexueuses, qu’elles soient rayonnées ou circulaires, tandis que les fibres musculaires sont rectilignes et moins déliées.

Usages — L’iris, par sa forme, sa disposition et son enduit noirâtre, est comparable à ces diaphragmes qu’on place dans les instruments d’optique afin de régler la quantité de lumière qui doit y pénétrer. Les rayons qui pourraient être réfléchis après avoir traversé la pupille sont absorbés par le pigment de la face postérieure, de sorte que celui-ci, de même que le pigment choroïdien, empêche le trouble de l’image et assure la netteté de la vision. Le resserrement et l’élargissement de la pupille ne paraissent pas étrangers à la faculté que possède l’œil de s’accommoder aux différentes distances.

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