RÉTINE
La rétine , ou la membrane nerveuse de l’œil , est placée entre la choroïde et le corps vitré. Elle est semi transparente , d'un gris légèrement jaunâtre, d’une consistance très faible et d’un aspect pulpeux; elle s’altère promptement après la mort. La rétine est très mince; son épaisseur, comme celle des autres membranes de l’œil, diminue depuis l’extrémité postérieure jusqu’à l’extrémité antérieure, l’endroit où elle est le plus marquée correspond a la tache jaune. Sa face externe , convexe, se moule sur la concavité de la choroïde, sans cependant y adhérer; sa face interne recouvre l’humeur vitrée dont elle est séparée par la hyaloïde. Cette dernière face présente des particularités remarquables ; on y distingue, en arrière, le pli transversal , la tache jaune et le trou central.
l° Le pli centra ! ou transversal de la rétine ( Michaelis) est formé par un repli de la membrane dont les parties affaissées font saillie a l’intérieur de la rétine, tandis qu’a l’extérieur, adossées l’une à l’autre, elles ne laissent entre elles aucun vide, aucune dépression ; un léger sillon indique seulement leur point de réunion. Le pli commence à la papille du nerf optique et se dirige du côté externe en décrivant une courbe irrégulière; il est long de h ou 5 millimètres et se divise le plus ordinairement en d’autres plis radiés très vagues.
2° La tache jaune ( macula flava centralis retince ) a été décrite et figurée par Sœmmerring. Elle est de forme ovalaire et placée transversalement en dehors de la papille, au niveau même du pli ; son grand diamètre est de 3 millimètres. Sa couleur s’affaiblit à partir du centre et diminue peu a peu jusqu’à la circonférence , de sorte que celle-ci n’est pas nettement marquée et ne tranche pas sur le fond grisâtre de la rétine. Cette tache ne présente pas d’ailleurs le même degré de coloration dans tous les yeux ; d’un jaune-serin chez les adultes et surtout chez les adultes aux yeux noirs, elle est d’une teinte plus claire chez les enfants et les vieillards.
3° Le trou central ( foramen centrale Sœmmerringii ) est situé au milieu de la tache jaune, sur le pli transversal, et répond a l’extrémité postérieure de l’axe visuel. Pour beaucoup d’anatomistes la rétine n’offrirait pas de trou en ce point, mais un simple amincissement de ses différentes couches,
ET DES ORGANES DES SENS DE L'HOMME
amincissement qui donnerait lieu à une petite fossette transparente à bord inégal et légèrement ovalaire. Cette opinion est confirmée par des observations microscopiques. La fossette centrale n’est pas constante, ou du moins il n’est pas toujours possible de constater sa présence. La tache jaune et le foramen de Sœmmerring n’existent que chez l’homme et les quadrumanes.
Limite antérieure. — Tous les anatomistes ne donnent pas à la rétine les mêmes limites en avant : les uns la font aboutir à la circonférence du corps ciliaire; les autres la prolongent jusqu’au pourtour du cristallin et même jusqu’à la pupille. Isolée des parties environnantes, la rétine présente un bord sinueux [ora serrata retince ) qui répond à la naissance des procès ciliaires, auxquels il adhère intimement; mais ce bord doit- il être considéré comme son extrémité antérieure ou seulement comme le résultat d’une déchirure? Nous venons de dire que les opinions étaient partagées à cet égard. Huschke, qui ne voit là qu’une terminaison apparente, l’attribue à un amincissement brusque et considérable de la membrane nerveuse et aux adhérences que celle-ci contracte avec la hyaloide et le pigment du corps ciliaire. En admettant la continuation de la rétine au delà de Y ora, il resterait encore à savoir si elle se prolonge tout entière ou seulement par quelqu’une de ses parties élémentaires; et dans cette dernière hypothèse quelle est la nature de la couche qui arrive jusqu’à la circonférence du cristallin, si c’est la membrane de Jacob, la substance médullaire ou la couche vasculaire? Ges questions ne nous paraissent pas résolues d’une manière satisfaisante, aussi nous contenteronsnous de les avoir indiquées. Nous ajouterons que pour ceux qui ne font pas finir la rétine à Y ora, il existe des procès ciliaires de la rétine, de même qu’il existe des procès ciliaires du corps vitré.
Limite postérieure. — A son passage à travers la sclérotique, le nerf optique éprouve une constr action , une sorte d’étranglement au delà duquel il forme un mamelon aplati qui apparaît à la face interne de la rétine et qu’on a appelé papille du nerf optique. Suivant quelques auteurs, la rétine serait simplement accolée à la papille et constituerait par conséquent une membrane distincte. Cette opinion est rejetée par la plupart des anatomistes, dont les observations tendent au contraire à faire regarder la rétine comme un épanouissement du nerf optique. La disposition fibril laire qu’elle présente, visible à l’œil nu chez certains animaux et qu’on peut constater à l’aide du microscope chez l’homme, ne laisse aucun doute sur sa continuité avec ce nerf dont les fibres primitives s’étalent en rayonnant pour lui donner naissance.
Structure. — La structure de la rétine n’est pas parfaitement connue ; les difficultés qu’offre l’étude intime de cette membrane ne tiennent pas seulement à sa texture déjà très compliquée, mais encore à l’impossibilité de se procurer des yeux humains avant qu’ils aient subi les promptes altérations qui surviennent après la mort dans leurs tissus les plus délicats.
Les descriptions qu’on a données de la rétine ont été faites généralement d’après les yeux des animaux; nous n’entrerons pas dans leurs nombreux détails, d’ailleurs très différents, une pareille tâche nous conduirait trop loin; nous ne devons ici qu’exposer d’une manière succincte la nature et la disposition des parties qui constituent surtout la rétine de l’œil humain.
La superposition des éléments qui entrent dans la composition de cette membrane y fait reconnaître plusieurs couches, sur le nombre desquelles les auteurs sont loin de s’entendre. Les uns en admettent deux : l’une externe, nerveuse, formée par l’épanouissement du nerf optique; l’autre interne, vasculeuse, constituée par les ramifications des vaisseaux centraux de la rétine. Les autres, avec Langenbeck, y distinguent trois couches, dont les deux premières représentent les substances corticale et médullaire du cerveau, tandis que la troisième est vasculaire. Enfin, Huschke compte dans la rétine cinq couches, qui sont de la superficie vers la profondeur : 1° la couche des bâtonnets, ou membrane de Jacob; 2° la couche fibreuse, produite par l’épanouissement des fibres primitives du nerl optique; 3" la couche des globules ( globules ganglionnaires de Valentin)-, k" la couche grenue interne ; et 5” la couche vasculeuse. Cette dernière division, basée sur des recherches microscopiques exactes, nous semble la plus satisfaisante, aussi l’adoptons-nous entièrement.
1° Couche des bâtonnets, ou membrane de Jacob. — Assez adhérente a la couche subjacente lorsque la rétine est très fraîche, cette membrane peut en être détachée sons forme de lambeaux minces et larges quelque temps après la mort; plus tard elle s’altère profondément, se liquéfie et semble se changer en un mucilage grisâtre. Cette membrane répond immédiatement à la choroïde, mais ne
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
contracte avec elle aucune union. Sa texture remarquable lui a valu le nom de couche des bâtonnets sous lequel on la désigne fréquemment. Elle est composée de corpuscules hyalins, à peu près cylindriques, serrés les uns contre les autres et disposés à la manière des crins d’une brosse; ces corpuscules, parallèles entre eux , sont obliques à la surface de la rétine et se terminent en pointe à leur extrémité externe. D’après quelques anatomistes, ils n’ont pas tous la même longueur ni le même volume : les plus gros, qui sont en même temps les plus courts, représentent les jumelles ou cônes géminés de Hannover, on les regarde comme formés par l’accolement de deux bâtonnets ; les autres, beaucoup plus nombreux , sont les bâtonnets proprement dits. Cette distinction n’est exacte qu’autant qu’on l’applique aux éléments superficiels de la rétine de certains animaux, les poissons par exemple ; chez les mammifères, il n’est pas certain, malgré l’assertion de Valentin, qu’il existe des jumelles , c’est à peine si l’on trouve quelque chose d’analogue. Les bâtonnets ne se rencontrent pas à la papille du nerf optique ; en avant ils se terminent à la zone ciliaire, selon Valentin, tandis (pie Pappenheim les fait arriver à la circonférence du cristallin.
T Couche fibreuse. — A la face interne de la membrane de Jacob sont répandues les fibres primitives du nerf optique. Elles partent en rayonnant de la papille et se dirigent à peu près uniformément d’arrière en avant ; très serrées à leur origine, elles s’écartent à mesure que leur trajet augmente, et deviennent en même temps de plus en plus grêles. Il est probable qu’elles s’anastomosent entre elles pour former un vaste plexus et qu’elles se terminent par des anses comme tous les nerfs. Treviranus, qui considérait la couche des bâtonnets comme une membrane nerveuse, la croyait formée par les inflexions de ces fibres, mais aucune observation positive ne vient à l’appui de cette hypothèse.
3° Couche des globules. — A l’expansion du nerf optique succèdent des cellules arrondies, demitransparentes, renfermant un noyau pourvu d’un ou plusieurs nucléoles. Ces globules, qui constituent la couche globuleuse [stratum globulosum de Krause), ne se trouvent pas seulement en dedans des fibres nerveuses; ils remplissent leurs intervalles ou plutôt les mailles du plexus qu’elles forment et les recouvrent même en dehors.
â° Couche grenue interne. — Plus profondément, au côté interne des globules, on a décrit des granules jaunâtres, anguleux, comparables pour la forme et le volume aux corpuscules du sang. Huschke en a fait une couche particulière qu’il appelle couche grenue interne. Henle rejette l’opinion de Valentin, qui regarde les globules comme identiques avec les globules ganglionnaires : ils n’ont de commun, dit-il, que les caractères propres à toutes les cellules animales, ils diffèrent sous le rapport de la forme, du volume et parla manière dont ils se comportent avec les réactifs chimiques. L’analogie qui existe entre eux et les cellules extérieures du cristallin lui fait penser qu’ils appartiennent plutôt aux parties transparentes de l’œil.
5° Couche vasculaire. — L’artère et la veine centrales de la rétine, ainsi que quelques rameaux provenant des vaisseaux ciliaires de l’ophthalmique , produisent par leurs divisions et leurs anastomoses un réseau vasculaire extrêmement délié qui tapisse toute la face interne de la substance médullaire et envoie dans les couches voisines, à l’exception de la membrane de Jacob, ses branches les plus fines et les plus délicates. Les artères sont moins flexueuses et bien moins nombreuses dans ce réseau que les veines; toutes paraissent se terminer avec la rétine à la zone ciliaire; Huscbke cependant les prolonge jusqu’à l’iris où elles constituent la couche vasculaire de l’uvée. D’après cet anatomiste, tous les vaisseaux de la rétine sont accompagnés par de très petites branches nerveuses qui viennent du plexus carotidien et des nerfs ciliaires.
De ce qui précède il résulte qu’entre deux couches extrêmes, l’une externe, en rapport avec la choroïde et formée de corpuscules presque cylindriques ou bâtonnets, et l’autre interne, vasculaire, appliquée sur la membrane hyaloïde, se trouve l’expansion du nerf optique au milieu de cellules superposées, différentes par leur forme et leur nature, ce qui permettrait, à la rigueur, de ne considérer à la rétine que trois couches.
Usage. — La rétine est, de toutes les membranes de l'œil, la plus importante, en ce sens qu’elle transmet au cerveau, par l’intermédiaire du nerf optique, les impressions produites sur elle par les images qui sont venues se peindre à sa surface,
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