‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 149 sur 210 · CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

CORPS VITRÉ

Le corps vitré, limpide, transparent, apparaît comme un globe de cristal lorsque les membranes de l’œil ont été enlevées. Il occupe les trois quarts postérieurs de la cavité oculaire, et répond, dans la plus grande partie de son étendue, à la rétine, qui se moule sur sa surface et lui forme une enveloppe immédiate. En avant, il présente une fosse ou excavation d’un diamètre de 9 ou 10 millimètres, qui s’adapte exactement à la convexité postérieure du cristallin ; entre la rétine et le cris

ET DES OliG/YiNES DES SENS DE L’UüMME.

tallin, les procès ciliaires s’appliquent sur lui et le recouvrent à la manière d’une bandelette circulaire. Le corps vitré est presque partout libre déconnexions intimes, mais en arrière il tient à la papille du nerf optique par les vaisseaux capsulaires, et, au niveau du pourtour de l’excavation, il adhère aux procès ciliaires et «à la capsule cristalline. Son épaisseur, mesurée du centre de l’excavation antérieure à la tache jaune, est de 12 ou 14 millimètres; son diamètre en largeur, vers le milieu de l’œil, est généralement de 2 centimètres. D’après Petit, il pèse 5,51 grammes; tandis que Krause ne lui a trouvé en moyenne qu’un poids de 3,78 grammes. Son pouvoir réfringent est représenté par le nombre 1,335, celui de l’air étant 1 .

On distingue dans le corps vitré la membrane hyaloïde et Y humeur vitrée.

1° La membrane hyaloïde forme une enveloppe complète à l’humeur vitrée. C’est un feuillet très mince, parfaitement incolore, assez résistant, dépourvu de nerfs et de vaisseaux sanguins, se troublant par l’action de l’alcool et des acides. Sa surface extérieure, convexe et lisse, est en rapports directs avecla rétine, qui s’applique surelle sans y adhérer. De sa surface intérieure part une multitude defdaments qui plongent et s’entrecroisent dans toute l’épaisseur de l’humeur vitrée, dont ils sont difficiles h isoler.

Arrivée h la circonférence externe du corps ciliaire, la membrane hyaloïde semble s’épaissir et se plisser, contracte des connexions intimes avec les procès ciliaires, les abandonne ensuite et se porte en avant pour se diviser en deux lames qui embrassent la capsule cristalline. Toute cette portion de la hyaloïde qui s’étend depuis Yora serrata jusqu’au pourtour du cristallin constitue une couronne rayonnée, teinte par des globules pigmentaires, moins large du côté nasal que du côté temporal, et offrant la forme et l'aspect des procès ciliaires delà choroïde, quoique d’une étendue plus considérable. Cette couronne, appelée zone de Zinn, lame ciliaire , procès ciliaires du corps vitré , se compose de lignes radiées, alternativement noires et transparentes ; les premières représentent des plis saillants, les autres des dépressions qui correspondent aux intervalles de ces mêmes plis.

Le corps ciliaire de la choroïde et la zone de Zinn s’unissent d’une manière intime; quand on vient à les séparer, on voit qu’il existe entre eux un véritable engrènement, de sorte que les rayons saillants de l’un sont reçus dans les intervalles de l’autre, et réciproquement; aussi la plupart des anatomistes considèrent-ils la lame ciliaire comme l’empreinte des procès ciliaires de la choroïde sur la membrane de l’humeur vitrée. Tout à fait en avant, la zone de Zinn ne contracte pas d’union avec les procès ciliaires et se trouve simplement recouverte par leurs sommets renflés. On doit donc lui considérer une partie adhérente et une partie libre: la première, beaucoup plus considérable, placée en arrière; la seconde, très petite, située à la région antérieure.

Au moment où la membrane hyaloïde se dégage du corps ciliaire, elle se divise en deux feuillets : l’un antérieur, l’autre postérieur. Le feuillet antérieur, qui forme la portion libre de la lame ciliaire, passe sur la circonférence du cristallin et va se continuer avec la paroi antérieure de la capsule. Le feuillet postérieur se dirige vers l’axe de l’œil, tapisse l’excavation du corps vitré, et s’applique sur la paroi correspondante de la membrane capsulaire. Mais tandis que le feuillet antérieur se confond intimement avec celle-ci et ne peut en être distingué qu’au pourtour de la lentille, le feuillet postérieur, au contraire, est seulement contigu h son segment postérieur dont il est facile de le détacher à l’aide d’une macération prolongée. Les deux feuillets, à partir du point de leur origine, se portent en divergeant l’un en arrière et l’autre en avant, de manière à limiter tout autour de la circonférence du cristallin un espace prismatique qui porte le nom de canal godronne , ou canal de F. Petit. Cet espace circulaire, dont les dimensions en profondeur et en largeur ne dépassent jamais un millimètre, contient, dit-on, quelques gouttelettes de liquide. Ses parois affaissées et presque contiguës sont formées, l’antérieure, par la portion libre de la zone de Zinn ; la postérieure, par la partie la plus externe du feuillet postérieur de la membrane hyaloïde ; enfin la paroi interne, par le bord de la capsule cristalline.

Lorsqu’on insuffle le canal de Petit, la paroi antérieure se soulève et paraît ondulée; elle présente une série circulaire de bosselures placées de distance en distance, à des intervalles réguliers et simulant autant de cellules distinctes. Cette disposition est due à la présence d’un grand

anatomie du système nerveux

nombre de brides ou faisceaux fibreux qui se dirigent de l’extrémité des procès ciliaires à la cap suie du cristallin et qui étranglent le canal distendu par l’insufflation.

M. Du gès rejette l’existence d’un conduit circulaire unique, et décrit à la circonférence du cristallin une rangée de canalicules coniques, antéro-postérieurs, disposés les uns à côté des autres. Le canal godronné, suivant lui, se trouve ainsi divisé, par des plis ou cloisons dont le nombre égale celui des procès ciliaires, en une multitude de compartiments quj s’ouvrent au moyen d’une fente dans les intervalles des faisceaux fibreux et établissent une libre communication entre l’humeur vitrée et la chambre postérieure.

M. Hibes admet également des canalicules distincts, destinés au passage de l’humeur aqueuse qu’il regarde comme un produit du corps vitré. A l’appui de cette opinion, il cite une expérience qui consiste a suspendre l’oeil par le nerf optique après avoir détaché la cornée; l’humeur vitrée suinte alors au pourtour du cristallin et s’écoule à moitié ou aux deux tiers dans l’espace de vingt-quatre heures.

La membrane hyaloïde, au niveau de la papille du nerf optique; se réfléchirait sur elle-même, d’après M. Jules Cloquet , et formerait autour de l’artère capsulaire une gaine infundibuliforme ( canal hyaloïdien ) qui traverserait d’arrière en avant le corps vitré pour venir se terminer à la fosse cristalline.

2" L 'humeur vitrée est le liquide incolore, légèrement visqueux, qui remplit le sac clos de toute part, formé par la membrane hyaloïde. Un peu plus dense que l’humeur aqueuse, elle offre avec elle une grande analogie dans sa composition chimique. L’adhérence qu’elle contracte à la surface interne de son enveloppe, adhérence telle qu’on ne peut en détacher celle-ci , la disposition qu’elle présente après avoir été congelée, son écoulement presque toujours incomplet à la suite d’une incision, ont fait penser qu’elle n’était pas uniquement composée de liquide, et qu’un tissu solide se trouvait disséminé dans toute sa masse La membrane hyaloïde enverrait de sa surface interne une multitude de prolongements lamelleux qui s’entrecroiseraient et formeraient des loges ou cellules dans toute l’épaisseur du corps vitré. Les cellules et le liquide qu’elles contiennent seraient les parties constituantes de l’humeur vitrée. Dans l’œil soumis à la congélation, le corps hyaloïdien se réduit en effet en petits glaçons qu’il est facile d’isoler au bout d’un certain temps, lorsque l’œil commence à dégeler. D’après Demours , on parvient, à l’aide d’une aiguille, à enlever de leur surface une pellicule membraneuse qui les enveloppe et représente les parois des cellules qu’ils rem plissaient.

On croit généralement que toutes ces cellules communiquent entre elles, parce qu’il suffit d’une piqûre faite a la hyaloïde pour que son contenu s’écoule presque en totalité. Le corps vitré prend dans l’alcool une teinte opaline; placé dans l’eau bouillante, il disparaît bientôt et laisse un petit noyau de substance colorée qui est sans doute formé par la membrane et les parois des cellules de l’humeur vitrée.

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