CRISTALLIN
Le cristallin est le corps lenticulaire, transparent, situé en arrière de l’humeur aqueuse et audevant du corps vitré. Par sa consistance, il appartient plutôt aux parties solides qu’aux parties liquides de l’économie.
Sa forme est celle d’une lentille bi-convexe dont les surfaces ont de^ rayons inégaux; chez le fœtus, elle est à peu près sphérique.
La coloration, la consistance et le poids du cristallin , offrent de grandes variations : rougeâtre chez le fœtus, il est incolore et transparent chez l’enfant et l’adulte, légèrement jaunâtre et moins transparent chez le vieillard; sa consistance est plus grande dans l’âge adulte que dans l’enfance, où il est pulpeux; quant à son poids, il est en général de 16 â 27 centigrammes, et moins considérable chez l'Européen que chez le nègre.
On considère au cristallin une face antérieure, une face postérieure, une circonférence, un diamètre, un axe et deux pôles, l’un antérieur, l'autre postérieur,
La face antérieure est moins bombée que la face postérieure ; chacune d’elles ne reproduit pas un segment de sphère : d’après les recherches de F. Petit et de Krause, l’antérieure est elliptique et la postérieure parabolique. Le degré de convexité de ces deux faces présente de nombreuses variations individuelles. En général, la courbure de la première a un rayon de 6 â 8 millimètres; celle de la seconde, un rayon de â â G millimètres. Mais souvent cette différence de courbure est a peine sensible, la face antérieure ne paraît pas moins bombée que la postérieure, et il n’est pas très rare de rencontrer des cristallins dans lesquels la convexité est au contraire plus prononcée en avant qu’en arrière. La face antérieure, baignée par l’humeur aqueuse, est tournée vers l’iris, et limite en arrière la chambre postérieure ; l’intervalle qui la sépare de l’uvée et qui détermine la profondeur de celte chambre, n’a pas partout les mômes dimensions: au niveau du rebord pupillaire il est de 0,5 millimètre, tandis qu’à la grande circonférence irienne il est de 1,3 millimètre.
Dans l’état ordinaire de la pupille, la face antérieure du cristallin est en partie visible à travers la cornée et l’humeur aqueuse; mais elle apparaît tout entière, lorsque l’iris, par une dilatation considérable de son ouverture, se réduit à une bandelette circulaire.
La face postérieure repose dans une dépression du corps vitré auquel elle est simplement contiguë. Chez quelques animaux, on trouve en cet endroit un espace rempli de liquide et formant une troisième chambre.
La circonférence, arrondie, circulaire, quelquefois légèrement ovalaire, répond en arrière au pourtour de la dépression du corps vitré et en avant à la lame ciliaire, qui la recouvre et lui adhère fortement. Tout autour de cette circonférence règne le canal de F. Petit qui sera décrit à l’occasion de la membrane hyaloïde. Nous verrons aussi plus tard de quelle manière le cristallin, dont les faces sont libres de connexions intimes, est solidement fixé par sa circonférence dans le lieu qu’il occupe.
Le diamètre et Yaxe varient beaucoup suivant les individus, ordinairement ils augmentent et diminuent avec le volume de l’œil. Le diamètre, ou l’étendue en largeur du cristallin, est de 8,5 à 9 millimètres et même de 9,5 millimètres. L’axe ou l'épaisseur du cristallin est peut-être plus variable encore que le diamètre ; en moyenne, il est de 5 millimètres. Un axe trop grand déterminerait la myopie, un axe trop court serait la cause de la presbytie. L’axe du cristallin coïncide avec l’axe visuel ; à ses extrémités sont les pôles.
Le pôle antérieur , situé au milieu de la face antérieure, répond au centre de la pupille et se trouve à 2 millimètres 1/2 de la concavité de la cornée; le pôle postérieur occupe le centre de la face postérieure, sa distance au foramen de Sœmmerring est de 12 à 14 millimètres.
ET DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
Le cristallin se compose d’une membrane ou capsule et d'une substance propre, que la membrane enveloppe de toutes parts.
1° Capsule du cristallin. — C’est un sac sans ouverture, hyalin , transparent, très mince, qui renferme la substance propre du cristallin. Sa surface interne s’applique sans adhérence à la couche la plus superficielle de la substance cristalline; sa surface externe est reçue en arrière dans la dépression du corps vitré et proémine en avant dans la chambre postérieure de l’œil ; sa circonférence s’unit à la zone ciliaire et forme la paroi interne du canal de F. Petit. La capsule du cristallin est parfaitement lisse tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; elle n’offre ni lames ni fibres dans sa texture (Henle), et rappelle sous beaucoup de rapports le feuillet qui recouvre la concavité de la cornée. Comme ce feuillet, elle est sèche , ferme, rigide, se roule sur elle-même lorsqu’on l'isole de son contenu, ne s’altère et ne se trouble pas par l’action de l’alcool , des acides et de l’eau bouillante. Elle est pourvue en avant d'un épithélium pavimenteux. Cette capsule qui renferme la substance cristalline est à son tour logée dans un dédoublement de la membrane de l’humeur vitrée; au niveau de la zone ciliaire, la hyaloïde se partage, Rinsi que nous le verrons, en deux lames qui se moulent sur la capsule et contribuent principalement à la maintenir en place : l’une, superficielle, se confond d’une manière intime avec son segment antérieur; l’autre, profonde, est au contraire simplement accolée à son segment postérieur, donton peut toujours l’isoler par la macération. Les deux segments ou parois n’ont pas la même épaisseur, la paroi postérieure est deux ou trois fuis plus mince que la paroi antérieure. A leur point de réunion il existerait, suivant M. Ribes, une série de fentes transversales qui occuperaient tout le pourtour de la membrane cristalline.
On décrit généralement autour de la capsule un réseau artériel formé par les ramifications de l’artère centrale de la rétine, après qu’elle a traversé le canal hyaloïdien. Cette disposition, si elle existe chez l’enfant, doit être très rare chez l’adulte, car il ne m’a pas encore été donné de l’y rencontrer.
2° Substance du cristallin. — Une masse incolore, visqueuse, collante, dont la densité s’accroit de la périphérie au centre, constitue la presque totalité du cristallin. Cette masse, qu’on appelle humeur ou substance propredu cristallin, est formée de cellules et de fibres, et se décompose en un grand nombre de lames inégales en courbure et en épaisseur qui s’emboîtent les unes dans les autres.
Lorsqu’on pratique une ouverture à la capsule, celle-ci parait se contracter, une gouttelette de liquide transparent s’écoule et la substance de la lentille s’échappe aussitôt de son enveloppe. Le liquide qui apparaît alors a été désigné sous le nom d 'humeur de Morgagni; il est en très petite quantité et se trouve répandu entre la face interne de la capsule et la superficie de la masse cristalline. A la partie antérieure, il est plus abondant qu’à la circonférence et surtout qu’a la partie postérieure, où souvent même il semble manquer entièrement.
L’humeur de Morgagni n’a pas de propriétés spéciales, elle ne diffère de la substance du cristallin que par une plus grande fluidité, et renferme des cellules identiques avec celles qui constituent la couche subjacente.
Ces cellules à parois minces, incolores, d’un volume variable et d’une forme hexagonale, sont superposées, serrées les unes contre les autres, et s’accumulent principalement à la région antérieure; elles sont moins nombreuses en arrière et seulement dispersées en amas irréguliers à la circonférence.
Aux cellules qui forment la couche extérieure succèdent, sans transition bien marquée, une immense quantité de fibres disposées régulièrement à côté et au-dessus les unes des autres : ce sont les véritables éléments de la substance cristalline. Les fibres voisines de la surface sont moins pressées et moins déliées que celles qui se rapprochent du centre de la lentille; chacune représente un prisme hexagonal, aplati, allongé, parfaitement hyalin, terminé en pointe à ses deux extrémités. De la réunion de ces fibres résultent des lames à peu près concentriques, excessivement multipliées, plus minces aux pôles que vers la périphérie, et se recouvrant à la manière des tuniques de l’oignon. Cette stratification, déjà visible à l’état frais, devient évidente après l’immersion du
A NATO MI K DU SYSTÈME NEIIVEÜX
cristallin dans l’eau bouillante et les réactifs capables de coaguler l’albumine; on aperçoit alors sur une coupe transversale une série de couches minces, superposées ou mieux emboîtées les unes dans les autres, qui répètent plus ou moins régulièrement la forme de la lentille, s’amincissent au niveau de l’axe, se pressent et se resserrent de plus en plus à mesure qu’elles s’éloignent de la superficie. Les fibres d’une même couche s’unissent entre elles par leurs bords latéraux , qui présentent des granulations ou dentelures au moyen desquelles elles s’engrènent réciproquement; les fibres de deux couches contiguës, au contraire, se correspondent par leurs faces superficielle et profonde, se recouvrent exactement dans toute leur étendue et ne contractent pas d’adhérence aussi intime. De cette disposition, résulte la possibilité de partager le cristallin en lames circulaires etsuperposées, surtout lorsqu’il a été préalablement endurci par lacoction dans l’eau ou l’immersion dans l’alcool, un acide étendu, etc.
11 faut en outre remarquer que les fibres de ces diverses couches se comportent comme des méridiens, qu’elles se dirigent d'un pôle à l’autre, en coupant perpendiculairement l’équateur ou la circonférence de la lentille. Elles n’aboutissent pas toutefois à deux points fictifs situés sur l’axe, mais viennent se perdre dans une substance peu étudiée encore, qui occupe le centre du cristallin et apparaît sur ses deux faces, comme des espaces ou des vides parfaitement circonscrits (Werneck). Ces espaces, qui ne sont autre chose que les pôles, affectent en avant et en arrière une disposition différente. Le pôle antérieur a l’aspect d’une figure triangulaire à côtés concaves en dehors, dont l’un des angles est dirigé en haut et les deux autres latéralement et en bas. Le pôle postérieur se présente sous la forme d’un quadrilatère, dont les côtés sont courbes et se regardent par leur convexité. Les fibres se terminent au pourtour de ces figures sur le prolongement de leurs angles et de leurs bords, de sorte qu’elles occupent à la face antérieure trois segments triangulaires adossés par les côtés, et à la face postérieure, quatre de ces mêmes segments, mais d’une moindre étendue. Aussi le cristallin, faiblement comprimé entre les doigts, se partage-t-il avec une grande régularité en trois ou quatre portions, qui diminuent d’épaisseur de la superficie au centre et qui convergent toutes vers les points de terminaison des fibres. Mais comme la substance qui remplit l’espace médian envoie des prolongements secondaires dans toute l’épaisseur de la lentille, chacun des trois ou quatre segments triangulaires peut être subdivisé à son tour autant de fois qu’il existe de ces cloisons rayonnantes.
Nous venons de voir que la substance cristalline se compose de deux couches principales : l’une, mince, superficielle, formée de cellules dont une partie est libre au milieu d’un liquide assez rare et dont le plus grand nombre se réunit et se superpose irrégulièrement; l’autre, profonde, très épaisse, constituée par des fibres qui s’arrangent et se dirigent de manière à produire des lames d’une épaisseur variable et d’une courbure déterminée, s’emboîtant toutes les unes dans les autres.
Sous le rapport de sa consistance, on a divisé le cristallin en trois couches ou segments concentriques, qui sont, de la périphérie au centre : 1° une couche très mince, en partie molle, en partie liquide (cellules, humeur de Morgagni) ; 2° une couche beaucoup plusépaisse, collante, visqueuse, s’écrasant facilement : c’est V écorce ou la couche corticale ; 3° enfin une couche assez dure, analogue à une petite boule de gomme, et désignée sous le nom de noyau du cristallin.
Usage. — Le cristallin est l’organe principal de la réfraction; son pouvoir réfringent surpasse celui des autres milieux de l’œil : Brewster le porte à 1,384. Mais il n'est pas également réfringent dans toute son étendue: les couches profondes, qui sont les plus solides et les plus denses, sont aussi les plus réfringentes.