‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 165 sur 210 · LIMAÇON · texte numérisé non relu

LIMAÇON

Le limaçon , ou cochlée, ainsi appelé à cause de sa ressemblance avec les coquilles de ce nom, est la partie la plus antérieure du labyrinthe. C’est un canal ou une cavité conoïde, décrivant près de trois tours de spire sur un noyau osseux, et situé dans l’épaisseur du rocher entre le vestibule et le canal carotidien. Sa base répond au fond du conduit auditif interne, son sommet au conduit du muscle interne du marteau.

La torsion des deux limaçons (droit et gauche) ne se fait pas de la même manière : le droit est contourné de droite à gauche, comme une coquille ordinaire; le gauche l’est au contraire en sens opposé.

L’existence de la cochlée n’est pas constante dans tous les animaux : chez les oiseaux, les poissons et les reptiles elle est incomplètement développée ; on ne la trouve à l’état de perfection que chez l'homme et les mammifères.

Trois parties entrent dans sa construction: 1° la lame des contours, 2° la cloison spirale , 3° l 'axe ou columelle.

1° Lame des contours. — Elle forme les parois du limaçon. On peut s’en faire une idée, en supposant une lame triangulaire pliée en cornet et décrivant près de trois tours de spire autour d’un noyau central. La partie du cornet attenante à l’axe a reçu le nom de paroi interne; la partie convexe à l’extérieur, adhérente au tissu compacte du rocher, est la paroi externe.

Des trois tours du limaçon, le premier commence à la fenêtre ronde, descend un peu en dehors et en avant, marche directement dans ce dernier sens , puis monte et se contourne comme pour atteindre son point de départ. Près de son origine, il se traduit en dehors dans l’oreille moyenne, par la saillie du promontoire; en dedans il constitue avec le fond du conduit auditif interne la base du limaçon.

Le second tour est placé en dehors et un peu au-dessus du précédent, il répond au premier coude de l’aqueduc de Fallope.

Le troisième , situé au-devant du bec de cuiller, présente à l’intérieur des particularités remarquables. Si l’on enlève la coupole ou sommet du limaçon, on aperçoit dans ce troisième tour une sorte de demi-entonnoir ouvert inférieurement, évasé en dehors, étroit en dedans, qui se continue en avant avec la face excavée de la paroi externe, et se termine en arrière par un bord libre, concave en bas et légèrement contourné. Cet entonnoir a été longtemps décrit comme une dépendance de l’axe, comme sa lamelle terminale ; mais il est parfaitement établi qu’il est formé par la lame des contours, dont la paroi interne, plus courte, s’arrête à la fin du deuxième tour, tandis que la paroi externe, constituant à elle seule le troisième tour, s’enroule en demi-gouttière et va rejoindre la paroi interne au niveau du bord libre de la lamelle terminale.

2° Cloison spirale. — C’est une lamelle osseuse placée transversalement à l’intérieur du canal limacien qu’elle parcourt dans presque toute son étendue et qu’elle divise en deux cavités ou rampes On lui considère deux bords, l’un concave, l’autre convexe; une base, un sommet et deux faces.

Le bord concave ou interne répond à l’axe, autour duquel il s’enroule en spire, et lui adhère jusqu’à la fin du deuxième tour, c’est-à-dire jusqu’au bord libre de la lamelle terminale.

Le bord convexe ou externe, libre sur les os macérés, tourné vers la paroi externe du limaçon, donne attache, sur les pièces fraîches, à la lame spirale molle qui complète la séparation des deux rampes.

La base se voit à la fenêtre ronde et occupe presque toute la largeur de la cavité limacienne ; mais, à partir de ce point, la cloison spirale se rétrécit de plus en plus jusqu’à sa terminaison.

Le sommet est un petit crochet (hamulus) qui s’étend depuis le bord libre de la lamelle terminale jusqu’au milieu de l’entonnoir; par son bord convexe et par sa pointe, il se continue avec la lame spirale molle ; son bord concave intercepte, avec la concavité du bord inférieur de l’entonnoir, une petite ouverture en pas de vis (hélicotrème) faisant communiquer les deux rampes.

OliGANES DE L’OUÏE.

Des deux laces de la cloison, l’une appartient à la rampe vestibulaire, l’autre à la rampe lympanique; la première regarde en avant et en dehors, la seconde en sens opposé. Ces deux faces sont sillonnées par des canalicules qui se dirigent du bord concave vers le bord convexe, et livrent passage aux divisions de la branche limacienne du nerf auditif.

La cloison spirale est constituée par deux lamelles juxtaposées qui se séparent au niveau du bord concave pour se continuer avec les parois du limaçon. Ces deux lamelles laissent entre elles et l’axe un canal triangulaire [canal spiral de l'axe ) sur les parois duquel on voit les orifices des canalicules dont je viens de parler; du côté de la rampe tympanique, ces orifices sont séparés les uns des autres par des saillies osseuses appelées trabécules ou colonnes de la rampe tympanique.

Indépendamment de la cloison spirale, il existe encore sur la paroi externe du limaçon, dans la première moitié du premier tour, vis-à-vis le bord libre de la cloison spirale , une petite crête osseuse, décrite par M. Husclike sous le nom de cloison spirale accessoire (1).

3° Axe. — L’axe ou columelle est un noyau osseux, conique, couché horizontalement au centre du limaçon, dans l’étendue des deux premiers tours.

Sa surface adhère à la paroi interne de la lame des contours et à la cloison spirale; sa base répond au fond du conduit auditif interne ; son sommet est percé d’une petite ouverture circulaire (ouverture du canal central de l’axe), et tient au sommet de l’entonnoir de la lamelle terminale. Nous savons déjà qu’on a voulu regarder cette dernière comme un prolongement de l’axe, qui serait alors composé de deux cônes se touchant par leur sommet.

Le fond du conduit auditif interne présente plusieurs fossettes, dont la plus grande, placée en bas et en avant, sert de base à la columelle. Cette fossette est creusée d’une gouttière [tractus spiralis foraminal entus ) décrivant a peu près deux tours despire, et percée d’une multitude de petits trous à peine visibles, à l’exception d’un seul plus considérable, qui s’aperçoit au centre. Toutes ces ouvertures appartiennent a des canaux de l’intérieur de l’axe, qui, d’abord parallèles a la direction de ce dernier, s’infléchissent bientôt pour aller rejoindre les canalicules de la cloison spirale; les plus courts au niveau du premier tour, les autres au niveau du second. Le conduit correspondant à l’orifice central [canal central de l’axe ) gagne le sommet de la columelle, où il se termine par un orifice visible au sommet de l’entonnoir, mais bien distinct de l’hélicotrème, qui est placé plus en dehors et un peu en avant.

L’axe est formé non seulement par la paroi interne de la lame des contours, mais encore par un tissu osseux très facile à écraser, très poreux, à cause des nombreux canaux qui le parcourent.

Rampes du limaçon [scalœ). — Nous avons dit plus haut que la cavité limacienne était partagée par la cloison spirale eu deux rampes. On les distingue en supérieure [externe ou vestibulaire ), et en inférieure [interne ou tympanique) .

La première, plus étroite et plus longue, commence à la partie antérieure et inférieure du vestibule, par un orifice semi-elliptique ; vers le sommet du limaçon, elle est plus grande que la rampe tympanique.

La seconde, moins longue mais plus large, présente près de son origine l’orifice de l’aqueduc du limaçon ; elle commence a la fenêtre ronde et est séparée de la caisse du tympan par le tympanum secundarium.

Les deux rampes vont toujours en se rétrécissant à mesure qu’elles approchent du sommet du limaçon; un peu avant leur terminaison , elles communiquent entre elles par l’hélicotrème. Cet hiatus, compris entre le bord concave du crochet de la cloison spirale et le bord libre de l’entonnoir, est fermé en haut et en arrière par la lame spirale molle, qui va gagner la face excavée de la lamelle terminale et forme à elle seule la séparation des deux rampes.

EABYRINTHE MEMBRANEUX.

Le labyrinthe membraneux se compose : 1° du périoste , qui tapisse le vestibule, les canaux demicirculaires et le limaçon; 2° des canaux demi-circulaires membraneux ; 3° et 4° de deux poches

(.1) Encyclopédie anatomique , t. V, Splauclinologie. Paris, 1845, p. 798.

DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

placées à l’intérieur du vestibule, Yutricule et le saccule ; 5° du limaçon membraneux , ou portion molle de la cloison spirale. Il renferme encore deux liquides: l’un qui est contenu dans les canaux demi-circulaires, l’ulricule et le saccule ( endolijmphe ) ; l’autre qui entoure ces organes , les sépare du périoste et remplit le limaçon [péril ymphe) .

1° Périoste. — C’est une membrane très mince, adhérente par sa surface extérieure aux parois du labyrinthe osseux, en contact par sa face intérieure avec la périlymphe.

Après avoir tapissé les canaux demi-circulaires et le vestibule, le périoste pénètre dans le limaçon par l’ouverture vestibulaire, recouvre les parois osseuses des deux rampes, ainsi que les deux faces de la cloison spirale, et vient se terminer sur le tympanum secundarium, dont il constitue le feuillet interne.

Il est formé d’une couche externe fibreuse et d'une couche interne épithéliale. On le considère comme un prolongement du feuillet externe de la dure-mère, avec laquelle il communique par l’aqueduc du vestibule; d’autre part il se continue par l’aqueduc du limaçon, avec le périoste de la face inférieure du rocher.

2° Canaux demi-circulaires membraneux. — Ces canaux , distingués par Brescliet en antérieur [canal vertical supérieur ), postérieur [canal vertical postérieur) et externe [canal horizontal) , ont une forme analogue à celle des tubes osseux, et présentent comme eux une branche simple et une branche ampullaire. Ils n’occupent guère que le tiers ou le quart de leur enveloppe osseuse, dans laquelle ils ilottent, entourés par la périlymphe et retenus seulement par quelques prolongements fibreux. Tous s’ouvrent dans Yutricule de la môme manière que les canaux osseux s’ouvrent dans le vestibule, c’est-à-dire' : Y externe par deux orifices distincts; Y antérieur et le postérieur par deux orifices ampullaires et par un tube commun dû à la jonction de leurs branches simples.

Les ampoules membraneuses ne sont pas exactement contenues dans les ampoules osseuses, qu’elles débordent vers le vestibule. A l’extérieur, chacune d’elles est excavée du côté de la concavité du tube, et. convexe en sens opposé; à la face convexe arrivent les filets nerveux, qui aboutissent, vers le milieu de la hauteur de l’ampoule, à une petite dépression. A l’intérieur, au niveau de cette dépression, on trouve une cloison semi-lunaire, libre par son bord concave et continue aux parois de l’ampoule par son bord convexe. Les nerfs se ramifient et s’anastomosent dans l’épaisseur de la cloison ; les uns s’y terminent en anses, les autres l’abandonnent pour se distribuer aux parties voisines.

Chaque tube membraneux ne reçoit d’expansion nerveuse qu’à son extrémité ampullaire; son extrémité simple n’est pas cloisonnée, à l’exception de celle du canal externe, qui est aussi un peu renflée, mais dépourvue de nerfs.

3° Utriculc [sinus médian de Breschet). — • C’est une poche allongée, située à l’intérieur du vestibule et maintenue en place par les filets nerveux , les tubes membraneux et le saccule. Sa face extérieure, en grande partie libre et entourée par la périlymphe, n’adhère aux parois osseuses qu’au niveau de la fossette semi-elliptique, où elle est retenue par les nerfs utriculaires. Sa cavité est remplie par l’endolymphe, et communique probablement avec le sac; on y voit, près de l’endroit où pénètrent les nerfs, un peu en arrière des ampoules antérieure et externe, un petit amas blanchâtre de matière calcaire, sur lequel je reviendrai tout à l’heure.

lv° Sac ou saccule. — Il est placé en partie dans la fosse ronde , à laquelle il est fixé par les filels sacculaires; son extrémité postérieure tient à l’utricule, et, d’après Scarpa , y est reçue dans une excavation particulière. Sa cavité, remplie par l’endolymphe, renferme également un petit amas calcaire.

Structure. — Les tubes membraneux, l’utricule et le saccule , offrent une structure analogue ; ils sont constitués par une membrane mince, transparente, plus épaisse là où s’épanouissent les filets nerveux, et formée d’un feuillet externe celluleux et d’un feuillet interne épithélial. Les vaisseaux et les nerfs ce ramifient dans la tunique celluleuse ; les nerfs s’y terminent en anses, et leurs extré- . mités n’arrivent jamais à l’intérieur des cavités: d’après Iluschke, elles sont toujours séparées de * l’endolympe, soit par l’épithélium , soit par les concrétions calcaires.

Concrétions calcaires. — Dans les ampoules, le saccule et l’utricule , on voit, là où pénètrent les

ORGANES DE L’OUIE

nerfs, de petits amas d’une poudre crétacée, désignée par Breschet sous le nom d 'otocorde. Cette poudre n’est que le rudiment de véritables pierres auditives (otolithes), qui existent chez certains poissons ; examinée au microscope, elle est formée de petits cristaux prismatiques appliqués sur la couche celluleuse, et affectant des rapports immédiats avec les extrémités nerveuses. M. Husclike la regarde comme une transformation particulière de l’épithélium.

Liquides du labyrinthe. — J’ai déjà dit qu’il y avait à l’intérieur du labyrinthe deux liquides appelés par Breschet périlymphe et endolymphe.

La périlymphe ( humeur de Cotugno ), indiquée par Valsai va, mais étudiée principalement par Cotugno, qui lui a laissé son nom , est une humeur limpide et transparente, légèrement troublée par l’alcool, qui entoure les tubes membraneux, le saccule et l’utricule, et remplit les deux rampes du limaçon. Elle est plus abondante chez l’homme et les mammifères que chez les oiseaux et les reptiles, où elle disparaît presque entièrement. On la considère comme un produit de sécrétion du périoste.

L’ endolymphe , découverte par Scarpa , est renfermée dans les tubes membraneux , le saccule et l’utricule ; chez l’adulte, elle ne diffère pas sensiblement de la périlymphe, mais chez le fœtus elle s’en distingue par une couleur roussâtre. Sa consistance varie dans les différentes espèces; fluide comme de l’eau chez l’homme et les mammifères, elle est plus visqueuse dans l’oreille des oiseaux et des reptiles, et principalement chez les poissons chondroptérygiens, où elle ressemble à une petite masse gélatineuse.

5° Limaçon membraneux. — Il se compose du périoste et de la portion molle de la cloison spirale.

Le périoste est la continuation de celui du vestibule, et a déjà été décrit; nous n’avons donc plus à nous occuper que de la portion molle de la cloison spirale.

Celle-ci, examinée dans son ensemble, tient par son bord concave au bord convexe de la cloison osseuse, et par son bord convexe à la paroi externe du limaçon. Étroite à son origine dans le vestibule, elle s’élargit de plus en plus jusqu’au sommet du limaçon, où elle complète en haut et en arrière l’hélicotrème, et sépare à elle seule les deux rampes. On la divise en deux zones, l’une cartilagineuse, l’autre membraneuse.

La zone cartilagineuse ou moyenne , intermédiaire à la cloison osseuse et à la zone membraneuse, est mince, transparente, et de nature fibro-cartilagineuse. Vers son bord convexe, elle semble se partager en deux lames qui interceptent entre elles un sillon visible seulement sur la face vestibulaire. Une des lames se continue avec la zone membraneuse, l’autre est libre dans la rampe vestibulaire , saillante en forme de crête , recourbée et surmontée de petites éminences placées les unes à côté des autres comme des dents ( crête auditive ). Le sillon est le vestige d’un canal complet qui existe chez le fœtus et communique avec le saccule. M. Corti, dans un travail publié récemment, décrit aussi la crête auditive et le sillon qui sépare les deux lames, mais il indique en outre, sur la face vestibulaire de la seconde lame, une nouvelle rangée de dents [dents de la deuxième rangée). D’après cet anatomiste, les filets nerveux limaciens n’aboutissent pas à ces nombreuses saillies, ils sont appliqués sur la face tympanique de la zone cartilagineuse, où ils forment un réseau ; les divisions de ce réseau s’entrelaçent avec des ramifications vasculaires qui s’ouvrent à angle droit dans un petit vaisseau ( vas spirale de M. Huschke) situé au niveau des dents de la deuxième rangée.

La zone membraneuse , transparente, plus mince à son bord concave qu’à son bord convexe, où elle est percée , d’api ès Breschet , d’un sinus veineux , est formée de trois couches superposées, deux superficielles, épithéliales, et une moyenne, fibreuse.

Les couches épithéliales ne sont probablement qu’un prolongement du périoste aminci ; la couche fibreuse résulte, suivant Breschet , de l’entrecroisement des gaines névrilématiques des filets nerveux limaciens, mais les autres anatomistes n’y ont vu que des fibres parallèles dirigées de la zone cartilagineuse vers la paroi externe du limaçon. M. Corti a noté un épaississement remarquable de la zone membraneuse au moment où elle se continue avec le périoste; celui-ci présenterait à cet endroit des plis ou des espèces de colonnes.

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