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USAGES DE LA PEAU

Au point de vue physiologique, la peau est une membrane molle, élastique, contractile, qui revêt la surface extérieure du corps, et dont les actions organiques se rapportent principalement à la nutrition et à la sensibilité.

On peutla considérer comme une barrière active placée entre l’être vivant et le monde extérieur.

Sa grande étendue et son organisation complexes nous portent à lui attribuer, au premier abord, de nombreuses et d’importantes fonctions, et il en est réellement ainsi, comme nous allons essayer de le démontrer dans ce court aperçu.

La peau, étalée sur toute la surface du corps, protège par son épaisseur les parties quelle recouvre; cela est surtout sensible pour certains animaux, chez lesquels le tégument externe,

ORGANES DU TACT OU DU TOUCHER

encroûté de substances calcaires ou hérissé de produits épidermiques, constitue la seule arme défensive que leur ait accordée la nature. Mais la peau de l’homme s’accommoderait peu d’une semblable épaisseur, si contraire aux autres fonctions qu’elle doit accomplir; et cependant, malgré sa finesse, elle n’en est pas moins un organe de protection.

Quand on étudie sa structure, on observe une dégradation de vitalité dans ses couches les plus superficielles. L’épiderme est, comme le disait Bichat : « un corps inorganique que la nature a placé entre les corps bruts extérieurs et le derme qui est essentiellement organisé, pour leur servir de passage et de transition. » C’est à la présence de sa couche épidermique que la peau doit le rôle important de protéger l’économie. Cette lame si mince, de vernis inorganique, oppose en effet une barrière infranchissable aux substances toxiques les plus actives (celles toutefois qui 11e sont pas de nature à l’altérer chimiquement) et nous permet de les manier impunément. Sans elle ces substances seraient absorbées par les capillaires du derme; et entraînées par la circulation au sein de l’organisme, elles y détermineraient des effets promptement funestes.

Cependant il ne faut pas croire que les propriétés isolantes de l’épiderme soient telles que rien absolument ne puisse le traverser. Certains physiologistes ont nié l’absorption de la peau munie de son épiderme dans l’état d’intégrité ; mais un grand nombre, parmi lesquels on cite Haller, Home, Cruikshank, Abernethy et surtout Young, ont émis une opinion favorable à cette fonction.

De nos jours, les expériences de Keil et de W. Edwards ont parfaitement établi que la peau absorbe de l’eau dans l’air humide; on sait aussi qu’elle se laisse pénétrer par des sels solubles, par certaines matières odorantes et même colorantes, enfin par des gaz. Quant à ces derniers, il s’en fait un échange continuel à travers le tégument externe: l’air extérieur, contenant de l’oxygène, traverse la peau, qui exhale à son tour de l’acide carbonique, et aussi de l’azote et de l’hydrogène. Cette respiration cutanée, difficile à démontrer chez l’homme, devient d’une grande évidence chez les animaux inférieurs; et même chez certains reptiles, elleestplusactiveque la respiration pulmonaire.

L’exhalation gazeuse est une des voies par lesquelles l’économie se débarrasse de substances nuisibles ou devenues inutiles; mais il est un autre moyen d’élimination plus puissant encore, la transpiration. Celle-ci s’effectue sous deux formes : tantôt elle est lente et insensible (transpiration insensible) ; tantôt, au contraire, elle est abondante et prend le nom de sueur. Dans les deux cas, elle résulte d’un liquide sécrété par l’appareil sudoripare; seulement, dans l’un, ce liquide, apparaissant à la surface en petite quantité, s’évapore aussitôt, tandis que dans l’autre cas il s’y montre abondamment et s’y amasse en gouttelettes. Le premier de ces phénomènes est continu ; le second n’est qu’intermittent, et se manifeste sous l’influence soit de l’accélération de la circulation, soit d’une excitation de la peau elle-même. La transpiration sert à l’expulsion de certains principes délétères; il n’en faut pas d’autre preuve que les sueurs jaunes des ictériques, les sueurs urineuses observées dans les cas de rétention d’urine, les sueurs fétides qui accompagnent certaines maladies, comme le rhumatisme. Aussi les médecins grecs, et depuis eux tous les partisans de la doctrine des crises, ont-ils attaché une grande importance aux sueurs abondantes qui se montrent quelquefois dans le cours des maladies aiguës. La transpiration concourt, en outre, à maintenir l’équilibre entre les différentes humeurs du corps ; car elle est dans un rapport intime avec les autres sécrétions et surtout la sécrétion urinaire.

La peau ne borne pas là son rôle d’organe sécréteur; le pigment, l’épiderme, les ongles, les poils sont des produits du derme; de plus, il se forme dans les glandes sébacées une matière grasse, huileuse, qui est versée à la surface, s’ajoute à la transpiration, et sert en quelque sorte à lubrifier l’épiderme et à l’entretenir dans les conditions de souplesse nécessaires à l’exercice du tact et du toucher.

L’exhalation gazeuse, la transpiration, les sécrétions sébacée et épidermique, constituent par leur ensemble ce que l’on appelle l 'excrétion cutanée. De ces différents produits, les uns sont fixes et restent à la surface de la peau dont ils se détachent ensuite sous forme de crasse, les autres au contraire sont évaporés. Cette déperdition permanente, jointe à la transpiration pulmonaire, constitue le principal moyen de refroidissement par lequel le corps se maintient dans de certaines limites de température.

La peau est encore un organe de sensation ; dans tous les points de son étendue, elle peut être impressionnée par les corps extérieurs dont elle nous permet ainsi de reconnaître la présence, la consistance, la température : c’est le tact proprement dit. Mais elle est en outre le siège spécial du toucher, sens qui s’exerce d’une manière active, et dont la précision est telle que certains physiologistes l’ont appelé sens géométrique. Il réside, comme on sait, dans la main, organe éminemment propre à se mouler sur les corps extérieurs pour les emprisonner en quelque sorte dans une atmosphère nerveuse et nous transmettre tous les détails de leur forme.

Telles sont les principales fonctions de la peau; elles établissent un rapport physiologique intime entre cet organe et le reste de l’économie, et nous donnent raison de ses sympathies nombreuses.

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ORGANES DU TACT OU DU TOUCHER

Elle présente la peau, ses différentes couches et ses annexes (ongles, poils, glandes sébacées et sudoripares).

Préparation. — Je renvoie, pour les différentes préparations, aux ouvrages des savants micrographes Todd et Bovvman, Koelliker et Ilenle, auxquels j’ai emprunté la plupart des figures de cette planche, en leur faisant subir seulement quelques modifications.

Saillies et sillons papillaires vus sur la face palmaire d’un index de grandeur naturelle.

Lambeau de peau de la paume de la main, montrant par sa face extérieure, et à un grossissement de 20 diamètres, les sillons et les saillies papillaires, ainsi que les orilices des conduits sudoripares.

Elle montre sous un grossissement de 20 diamètres l’épiderme détaché du derme par la macération et renversé.

Explication de la figure 3.

a. Epiderme. — b, h. Étuis papillaires disposés en doubles séries, pour recevoir les papilles. — c. Derme hérissé de d, d, papilles. — e, e. Gaine épidermique qui tapissait l’intérieur d’un conduit sudoripare, et qui a été entraînée par la séparation du derme et de l’épiderme.

Cellules de la face superficielle de l’épiderme grossies 300 fois.

Papilles vasculaires et nerveuses, vues à un grossissement de 350 diamètres.

(Le défaut d’espace ne nous permettant pas de donner les deux sortes de figures de MM. Rudolphe Wagner et Koelliker, concernant les papilles du toucher, nous avons jugé à propos de représenter ici seulement la figure de M. Koelliker, afin de suppléer par le dessin à la description que nous n’avons pas reproduite.)

Explication «le la figure 5.

a, a. Papilles vasculaires dans chacune desquelles on voit la terminaison d’un capillaire sanguin. — b. Papille nerveuse au milieu de laquelle on trouve, c, le corpuscule du toucher. — d. Fibre nerveuse terminée en anse.

Coupe perpendiculaire de la peau du scrotum d’un blanc, grossie 250 fois.

Explication «le la figure 6.

a. Portion superficielle de l’épide rme formée par des cellules aplaties. — b. Couche profonde ou corps muqueux constitué par des cellules plus jeunes et arrondies. — c. Pigment. — d. Derme surmonté de deux papilles au centre desquelles on voit une anse vasculaire.

Deux branches nerveuses collatérales de la face palmaire du doigt indicateur, auxquelles sont appendusdes corpuscules de Pacini (grandeur naturelle).

Corpuscule de Pacini grossi 100 fois.

Ongle de l’indicateur droit vu par sa face superficielle.

364 DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

Face profonde et adhérente d'un ongle détaché de sa matrice.

Derme sous-unguéal et matrice de l’ongle.

Coupe verticale et médiane d’un doigt, montrant les rapports de l’ongle avec le derme et l’épiderme.

Coupe perpendiculaire et transversale de l’ongle et de sa matrice, grossie 2 fois.

Explication «le la figure 13.

? a. Matrice ou derme sous-unguéal et ses papilles filiformes. — b. Derme sur les bords de l’ongle. — c. Stratum de Malpighi, intermédiaire au derme et 5 l’épiderme sur les bords de l’ongle. — d. Stratum de Malpiglii entre l’ongle et le derme. — e. Couche superficielle de l’épiderme. — f. Couche cornée de l’ongle.

Racine d’un poil et son follicule, sous un grossissement de 200 diamètres.

Explication «le la figure \h.

a. Follicule. — b. Gaine externe. — c. Gaine interne. — d. Substance corticale du poil. — e. Substance médullaire devenant de plus en plus pâle à mesure qu’elle s’approche du, f , bouton ou tête. — g. Stries transversales (épiderme du poil) qui s’arrêtent un peu au-dessus du bouton. — h. Fibres longitudinales de la substance •corticale; elles dégénèrent en stries plus courtes et plus larges, à mesure qu’elles descendent vers le bouton, •où l’on ne trouve plus que des noyaux arrondis.

Poil accompagné par deux glandes sébacées.

Explication «le la figure 15.

fl. Follicule du poil. — b. La papille. — c. Poil. — d, d. Glande sébacée s’ouvrant par un orifice évasé et versant son contenu entre le poil et sa gaine interne. — e. Couche superficielle de l’épiderme qui se continue avec la gaine interne, et se prolonge dans le conduit de la glande sébacée.

Glandes et conduits sudoripares vus sur une coupe de la peau de la paume de la main, et grossis 20 fois.

Explication «le la figure 16.

a. Epiderme. — b. Corps muqueux. — c. Papilles accouplées. — d. Derme. — e. Glande sudoripare proprement dite (pelote), entourée de, f, f, vésicules adipeuses, et se continuant avec, g, le conduit sudoripare. Celui-ci, d’abord flexueux, se redresse au niveau des papilles, passe dans le sillon de séparation de deux papilles accouplées, se contourne en tire-bouchon dans l’épiderme, et vient s’ouvrir en s’évasant à la surface.

Glandes sudorifères de l’aisselle vues à un grossissement de 2 diamètres.

Explication «le la figure 17.

a, a, a. Poils avec leurs glandes sébacées. — b, b, b. Glandes sudorifères très-volumineuse, et descendant toujours au-dessous des glandes sébacées.

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