CIRCONVOLUTIONS ET ANFRACTUOSITÉS DU CERVEAU
Les circonvolutions ( gyri , meandri, processus anteruidei ) sont de nombreuses saillies oblongues et ondulées, placées à la surface des lobes cérébraux et séparées par des sillons diversement profonds qu’on nomme anfractuosités.
Le nombre des circonvolutions et des anfractuosités est beaucoup plus considérable chez l’homme que chez les animaux; mais il ne saurait être déterminé d’une manière précise, parce que la terminaison entre deux circonvolutions voisines n’est qu’apparente et qu’elles se continuent toujours sur un point plus ou moins éloigné.
L’étendue des circonvolutions ou des anfractuosités est variable dans tous les sens et se trouve toujours en rapport direct avec le développement général du cerveau , et par conséquent avec le volume et le poids de cet organe.
On admet des circonvolutions et des anfractuosités constantes, des circonvolutions et des anfractuosités variables.
La direction variée et la continuité des circonvolutions les ont fait comparer par les anciens aux circonvolutions intestinales.
Chaque circonvolution a deux faces, un bord adhérent et un bord libre. Les faces des circonvolutions correspondantes se moulent l’une sur l’autre et sont séparées par un double feuillet de la pie-mère.
Le bord adhérent (base) de chaque circonvolution est confondu avec le noyau médullaire des lobes cérébraux. Le bord libre , visible, en général , au dehors , forme avec celui de la circonvolution contiguë une petite dépression longitudinale. D’autres petites dépressions oblongues, d’une profondeur et d’une étendue variables, sillonnent dans le même sens le bord libre des circonvolutions. Tantôt la forme de ces dépressions est anguleuse et rayonnée à trois ou quatre branches; tantôt, au contraire, c’est une dépression superficielle ou un enfoncement profond et étroit, ou bien encore cette dépression n’est qu’une simple rainure.
La rencontre de trois circonvolutions forme toujours un espace triangulaire. Petits dans l’état normal, ces espaces s’agrandissent beaucoup par suite de l’atrophie des circonvolutions.
M. Cruveilhier divise toutes les circonvolutions en trois ordres.
Le premier ordre comprend les circonvolutions et les anfractuosités de la face interne des lobes cérébraux.
Le deuxième ordre est constitué par les circonvolutions et les anfractuosités de la face inférieure de l’hémisphère.
Le troisième ordre embrasse les circonvolutions et anfractuosités de la convexité.
Ier ordre. — Les circonvolutions et anfractuosités de la face interne sont ( voy . fig. I , pl. 23 , et fig. IV, planche 18) :
1° La grande circonvolution du corps calleux. Plus grande que toutes celles du plan interne de l’hémisphère, cette circonvolution entoure le corps calleux et s’étend en avant, depuis l’extrémité réfléchie de cet organe auquel elle adhère , jusqu’au bourrelet pour continuer son trajet sur la face inférieure du cerveau, après avoir recouvert la face supérieure du corps calleux.
Cette circonvolution, étroite à son extrémité antérieure, qui est considérée par Rolando comme la racine principale du nerf olfactif, s’élargit bientôt; arrivée au tiers postérieur du corps calleux, elle se redresse, devient encore plus large et se creuse de plusieurs sillons, les uns superficiels, les autres profonds. Du pourtour de cette portion redressée, que Rolando a nommée processo enteroido cristato , émergent plusieurs petites circonvolutions qui se continuent, les unes avec les circonvolutions supérieures de la face externe, les autres avec les circonvolutions postérieures et supérieures de la face interne des lobes cérébraux.
2° La circonvolution et anfractuosité internes du lobule antérieur du cerveau. Excentrique à celle du corps calleux dont la sépare une anfractuosité profonde , elle en suit la direction. Cette circon-
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
volution, très volumineuse à son origine, constitue la partie interne du lobule antérieur (frontal). Elle commence au-devant de la scissure de Sylvius , contourne la courbure antérieure de la circonvolution du corps calleux, et gagne la face interne de l’hémisphère; arrivée au-devant de la portion redressée de la circonvolution du corps calleux , elle monte pour se continuer avec les circonvolutions de la face externe de cet hémisphère. Cette circonvolution est séparée de la précédente, dans toute sa longueur, par une anfractuosité profonde et offre à sa superficie plusieurs anfractuosités secondaires.
3° La circonvolution et Y anfractuosité de la cavité digitale. Un sillon antéro-postérieur très profond, en rapport avec la cavité digitale du ventricule latéral , commence à la circonvolution du corps calleux , au niveau du bourrelet, se dirige d’avant en arrière et de bas en haut jusqu’au lobule occipital et le divise en deux moitiés, l’une supérieure et antérieure, l’autre inférieure et postérieure. Ce sillon est Y anfractuosité de la cavité digitale , et la portion postérieure et inférieure de ce lobule est la circonvolution de la cavité digitale ou circonvolution du lobule postérieur ( occipital ).
IIe ordre. — Les circonvolutions et les anfractuosités de la face inférieure sont ( voy . tig. II, pl. 24) :
1° Les circonvolutions externes du lobule antérieur. Les circonvolutions constantes de ce lobule sont : les deux petites circonvolutions antéro-postérieures, rectilignes, bornées par le sillon du ruban olfactif et la circonvolution flexueuse, oblique en avant et en dehors : celle-ci finit à la scissure de Sylvius et se continue, en arrière, avec la circonvolution externe, qui est l’origine du ruban olfactif.
2° Les circonvolutions du lobule postérieur. Elles sont formées par la circonvolution de la grande fente , qui est la continuation de la circonvolution du corps calleux, et qui se termine en avant par un renflement unciforme en rapport avec l’extrémité renflée de la corne d’Ammon ; elle est longée en dedans par la grande fente cérébrale.
La circonvolution du corps calleux et celle de la grande fente cérébrale, qui en est la continuation, représentent une ellipse interrompue par la scissure de Sylvius.
La circonvolution du lobule postérieur est limitée, en dehors, par une anfractuosité antéro-postérieure en rapport avec la paroi inférieure de la portion réfléchie du ventricule latéral, et circon scrite par ries circonvolutions antéro-postérieures, petites et flexueuses, qui émergent de la circonvolution de la grande fente cérébrale.
La plus externe de ces circonvolutions borne inférieurement l’anfractuosité qui correspond à la cavité digitale.
La circonvolution de la grande fente cérébrale de Bicbat donne il sa partie antérieure des circonvolutions extrêmement flexueuses , qui constituent la corne sphénoïdale et se confondent avec les circonvolutions de la face externe.
D’autres circonvolutions petites et superficielles, qui vont en rayonnant du sommet vers la base, sillonnent Yinsula de Red (lobule du corps strié).
Deux petites anfractuosités , qui résultent de la bifurcation de la scissure de Sylvius , isolent ce lobule des autres parties.
III' ordre. — Les circonvolutions et anfractuosités de la convexité de l’hémisphère , plus compliquées, forment trois séries correspondant «à autant de régions : ce sont les circonvolutions frontales, pariétales et occipitales {voy. fig. II, pi. 23, et tig. I, pl. 24).
1° Circonvolutions frontales. Au nombre de trois ou quatre, antéro-postérieures et très flexueuses, les circonvolutions frontales sont contiguës à elles-mêmes dans une grande partie de leur étendue ; leur volume, inférieur à celui des circonvolutions pariétales, est supérieur au volume des circonvolutions occipitales.
2° Circonvolutions pariétales. Au nombre de trois seulement , plus volumineuses que les autres et présentant plus de variétés, les circonvolutions pariétales, flexueuses, dirigées de dedans en dehors, se continuent avec la circonvolution qui limite en haut la scissure de Sylvius.
3° Circonvolutions occipitales. Elles sont antéro-postérieures, et commencent, soit à la circonvolution pariétale la plus postérieure, soit au bord postérieur de la scissure de Sylvius. Ces circonvolutions, les plus grêles de toutes, ont aussi leurs sinuosités plus petites et plus courtes.
ET DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
Les recherches de M. Leuret l’ont amené à diviser les circonvolutions en plusieurs groupes, qu il distingue en grands et en petits.
Les grands groupes sont constants dans leur direction , et susceptibles d’une description rigoureuse.
Les petits groupes appartiennent aux ondulations ou sinuosités de la surface du cerveau de l’homme; mais, infiniment variables, ils ne peuvent être décrits que d’une manière générale. Le même anatomiste distingue encore des circonvolutions additionnelles ou de perfectionnement , situées non pas à la région antérieure du cerveau, comme on l’a prétendu , mais sur les côtés et vers les parties postérieure et interne.
M. Leuret , s’appliquant à ramener les circonvolutions à un type spécial , a pris le cerveau du renard pour point de départ de ses études comparatives.
D’après la même manière de voir, M. Longet distingue les circonvolutions de l’homme en circonvolutions de !a face latérale externe , et en circonvolutions de la face latérale interne.
Les circonvolutions de la face latérale externe forment trois ordres, savoir : 1° circonvolutions frontales , 2° pariétales et 3° occipitales , groupées toutes autour d’un centre commun, qui est une anfractuosité constante, profonde, un peu oblique d'arrière en avant, de dedans en dehors, et désignée sous le nom de scissure de, Rolando. Cette anfractuosité est intermédiaire à deux circonvolutions qui lui sont parallèles : l’une est en avant, l’autre en arrière. Derrière celle-ci on voit une autre circonvolution plus petite, qui se continue avec le système de circonvolutions qui surmonte la grande circonvolution du corps calleux. On nomme ces trois circonvolutions, circonvolutions transversales ou pariétales. La circonvolution antérieure à l’anfractuosité (scissure de Rolando) est la circonvolution pariétale antérieure ; celle qui est placée immédiatement derrière, a reçu le nom de circonvolut ionpariétale postérieure; e nfm la plus postérieure est la circonvolution pariétale rudimentaire.
Le bord antérieur de la circonvolution pariétale antérieure donne naissance à trois ou quatre pédicules de circonvolutions sinueuses, antéro-postérieures : ce sont les circonvolutions frontales.
Le bord postérieur de la circonvolution pariétale postérieure donne deux circonvolutions principales, et du bord postérieur de la circonvolution pariétale rudimentaire s’en détachent aussi quelquefois une ou deux, appelées circonvolutions occipitales. Elles sont llexueuses, et confondues avec les circonvolutions de la face latérale interne du lobe cérébral.
Les circonvolutions de la face latérale interne sont : 1" La grande circonvolution qui entoure le corps calleux. Elle commence en avant, au-dessous de la courbure antérieure de cet organe, la contourne, marche d’avant en arrière, et devient de plus en plus épaisse. Arrivée au niveau du bourrelet, elle se redresse, et finit par un renflement quadrilatère, qui constitue un groupe de circonvolutions confondu avec les circonvolutions occipitales de la face latérale externe; au-dessous du bourrelet, elle se réunit à la circonvolution de l’hippocampe. Une anfractuosité profonde limite dans toute son étendue le bord supérieur de cette circonvolution. En arrière et au-dessous de la portion redressée (renflement quadrilatère) delà circonvolution du corps calleux, immédiatement derrière le bourrelet, on rencontre une autre anfractuosité plus courte, et parallèle à la portion redressée de la première anfractuosité. On voit donc que le petit groupe de circonvolutions est toute la portion circonscrite par ces deux anfractuosités. 2° Une autre circonvolution qui décrit la même courbure, et s’arrête à la portion redressée, surmonte la circonvolution du corps calleux. Elle appartient au groupe des circonvolutions transverses de la face externe. Quant à la scissure de Syl vins , et aux circonvolutions de Yinsula de Red , elles sont décrites à part.
M. Foville admet dans le cerveau de l’homme quatre ordres de circonvolutions.
Au premier ordre appartient une seule circonvolution qu’il nomme ourlet. Elle commence au bord antérieur du quadrilatère perforé, contourne le corps calleux, la portion transversale de la fente cérébrale deBichat, le pédoncule cérébral, et finit au bord postérieur de ce même quadrilatère, en formant une ellipse interrompue par la scissure de Sylvius. Cette circonvolution est, à quelques modifications près, celle que M. Cruveilhier décrit sous le nom de circonvolution du corps calleux.
Le deuxième ordre comprend deux grandes lignes circonvolutionnaires, décrivant des anses <‘l liptiques'et concentriques, antéro-postérieures, dont la plusgrande convexité est dirigée en arrière.
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
La première et la plus grande de ces lignes ( grande circonvolution dJ enceinte de l'hémisphère) marche du bord antérieur de l’espace perforé , sur la face inférieure et interne et jusqu’à l’extrémité antérieure du lobule frontal ; change de direction , s’élève vers la face supérieure de l’hémisphère, pour former la limite de la convexité et de la face latérale interne, gagne l’extrémité postérieure du lohule occipital , se réfléchit sur sa face inférieure , longe le bord externe de la circonvolution terminale (circonvolution de l’hippocampe) de la ligne du premier ordre, atteint l’extrémité antérieure du lobule sphénoïdal et se termine au bord postérieur et externe du quadrilatère perforé.
La seconde [circonvolution d'encainte de la scissure de Sylvius) , concentrique à la première, commence sur le bord antérieur et externe de l’espace perforé , se porte obliquement en avant et en dehors pour former le côté externe de la surface orbitaire, et partant la lèvre antérieure de la scissure de Sylvius ; se dirige en arrière sur la convexité, où elle constitue les lèvres supérieure , postérieure et inférieure de cette même scissure , à l’extrémité de laquelle elle se termine , sur le sommet du lobule sphénoïdal et au niveau du bord externe de l’espace perforé.
On voit , par ce qui précède , que la circonvolution du premier ordre et les deux du second ordre forment des anses elliptiques antéro-postérieures , la première sur la face latérale interne, les deux autres sur la face latérale externe ; que toutes les trois commencent et finissent à l’espace perforé et sont interrompues par la scissure de Sylvius.
Le troisième ordre unit entre elles la circonvolution du premier ordre et les deux lignes circonvolutionnaires du second.
Le quatrième ordre comprend toutes les circonvolutions de la convexité de l’hémisphère, lesquelles remplissent l’espace intermédiaire aux circonvolutions du second ordre.
La plupart des anatomistes et les philosophes de l’antiquité ont attribué la supériorité intellectuelle de l’homme sur les animaux à l’étendue plus considérable des circonvolutions.
Gallet Spurzheim, adoptant cette opinion, ont imaginé un système d’après lequel, à chacune des facultés de l’âme dont ils admettent la pluralité, correspondrait un point déterminé, précis, plus ou moins étendu des circonvolutions, qui serait lui-même l’instrument matériel, l’organe chargé d’émettre, de produire, en un mot, de sécréter cette faculté dont la nature se révèle par la fonction. De sorte qu’à un certain nombre de points de la convexité correspondrait un nombre égal de facultés. D’après ces mêmes auteurs, les lobes antérieurs du cerveau seraient le siège des facultés les plus nobles de l’homme.
On a opposé à ce système de nombreuses objections dont je m’abstiens d’examiner ici la valeur.
Préparation. — Divisez l’encéphale en deux parties égales par une section verticale antéro-postérieure.