CORPS VITRÉ
Le corps vitré, limpide, transparent, apparaît comme un globe de cristal lorsque les membranes de l’œil ont été enlevées. 11 occupe les trois quarts postérieurs de la cavité oculaire, et répond, dans la plus grande partie de son étendue, à la rétine, qui se moule sur sa surface et lui forme une enveloppe immédiate. En avant, il présente une fosse ou excavation d’un diamètre de 9 ou 10 millimètres, qui s’adapte exactement à la convexité postérieure du cristallin ; entre la rétine et le cris
ET DES ORGANES DES SENS DE LTIOIVIME
tallin, les procès ciliaires s’appliquent sur lui et le recouvrent à la manière d’une bandelette circulaire. Le corps vitré est presque partout libre déconnexions intimes, mais en arrière il lient à la papille du nerf optique par les vaisseaux capsulaires, et, au niveau du pourtour de l’excavation, il adhère aux procès ciliaires et à la capsule cristalline. Son épaisseur, mesurée du centre de l’excavation antérieure à la tache jaune, est de 12 ou IA millimètres; son diamètre en largeur, vers le milieu de l’œil, est généralement de 2 centimètres. D’après Petit, il pèse 5,51 grammes; tandis que Krause ne lui a trouvé en moyenne qu’un poids de 3,78 grammes. Son pouvoir réfringent est représenté par le nombre 1,335, celui del’air étantl.
On distingue dans le corps vitré la membrane hyaloïde et l’humeur vitrée.
1° La memh-ane hyaloïde forme une enveloppe complète à l’humeur vitrée. C’est un feuillet très mince, parfaitement incolore, assez résistant, dépourvu de nerfs et de vai.sseaux sanguins, se troublant par l’iiction de l’alcool et des acides. Sa surface extérieure, convexe et lisse, est en rapports directs avec la rétine, qui s’applique surelle sans y adhérer. De sa surface intérieure part une multitude defdaments qui plongent et s’entrecroisent dans toute l’épaisseur de l’humeur vitrée, dont ils sont difficiles à isoler.
Arrivée à la circonférence externe du corps ciliaire, la membrane hyaloïde semble s’épaissir et se plisser, contracte des connexions intimes avec les procès ciliaires, les abandonne ensuite et se porte en avant pour se diviser en deux lames qui embrassent la capsule cristalline. Toute cette portion de la hyaloïde qui s’étend depuis Yora serrata jusqu’au pourtour du cristallin constitue une couronne rayonnée, teinte par des globules pigmentaires, moins large du côté nasal que du côté temporal, et offrant la forme et l’aspect des procès ciliaires delà choroïde, quoique d’une étendue plus considérable. Cette couronne, appelée zone de Zinn, lame ciliaire, procès ciliaires du corps vitré, se compose de lignes radiées, alternativement noires et transparentes ; les premières représentent des plis saillants, les autres des dépressions qui correspondent aux intervalles de ces mêmes plis.
Le corps ciliaire de la choroïde et la zone de Zinn s’unissent^’une manière intime; quand on vient à les séparer, on voit qu’il existe entre eux un véritable engrènement, de sorte que les rayons saillants de l’un sont reçus dans les intervalles de l’autre, et réciproquement; aussi la plupart des anatomistes considèrent-ils la lame ciliaire comme l’empreinte des procès ciliaires de la choroïde sur la membrane de l’humeur vitrée. Tout à fait en avant, la zone de Zinn ne contracte pas d’union avec les procès ciliaires et se trouve simplement recouverte par leurs sommets renflés. On doit donc lui considérer une partie adhérente et une partie libre : la première, beaucoup plus considérable, placée en arrière; la seconde, très petite, située à la région antérieure.
Au moment où la membrane hyaloïde se dégage du corps ciliaire, elle se divise en deux feuillets : l’un antérieur, l’autre postérieur. Le feuillet antérieur, qui forme la portion libre de la lame ciliaire, passe sur la circonférence du cristallin et va se continuer avec la paroi antérieure de la capsule. Le feuillet postérieur se dirige vers l’axe de l’œil, tapisse l’excavation du corps vitré, et s’applique sur la paroi correspondante de la membrane capsulaire. Mais tandis que le feuillet antérieur se confond intimement avec celle-ci et ne peut en être distingué qu’au pourtour de la lentille, le feuillet postérieur, au contraire, est seulement contigu à son segment postérieur dont il est facile de le détacher à l’aide d’une macération prolongée. Les deux feuillets, à partir du point de leur origine, se portent en divergeant l’un en arrière et l’autre en avant, de manière à limiter tout autour de la circonférence du cristallin un espace prismatique qui porte le nom de canal godronné, ou canal de F. Petit. Cet espace circulaire, dont les dimensions en profondeur et en largeur ne dépassent jamais un millimètre, contient, dit-on, quelques gouttelettes de liquide. Ses parois affaissées et presque contiguës sont formées, l’antérieure, par la portion libre de la zone de Zinn ; la postérieure, par la partie la plus externe du feuillet postérieur de la membrane hyaloïde ; enfin la paroi interne, par le bord de la capsule cristalline.
Lorsqu’on insuffle le canal de Petit, la paroi antérieure se .soulève et paraît ondulée ; elle présente une série circulaire de bosselures placées de distance en distance, à des intervalles réguliers et simulant autant de cellules distinctes. Cette disposition est due à la présence d’un grand
ANATOMtE 1)U SYSTÈME NEIIVEUX
nombre de brides ou faisceaux fibreux qui se dirigent de l'extrémité des procès ciliaires à la cap suie du cristallin et qui étranglent le canal distendu par l’insuftlation.
M. Dugès rejette l’existence d’un conduit circulaire unique,et décrit à la circonférence du cristallin une rangée de canalicules coniques, antéro-postérieurs, disposés les uns à côté des autres. Le canal godronné, suivant lui, se trouve ainsi divisé, par des plis ou cloisons dont le nombre égale celui des procès ciliaires, en une multitude de compartiments qui s’ouvrent au moyen d’une fente dans les intervalles des faisceaux fibreux et établissent une libre communication entre l’iiumeur vitrée et la chambre postérieure.
M. Hibes admet également des canalicules distincts, destinés au passage de l’humeur aqueuse (ju’il regarde comme un produit du corps vitré. A l’appui de cette opinion, il cite une expérience qui consiste à suspendre l’œil par le nerf optique après avoir détaché la cornée; l’humeur vitrée suinte alors au pourtour du cristallin et s’écoule à moitié ou aux deux tiers dans l’espace de vingt-quatre heures.
La membrane hyaloïde, au niveau de la papille du nerf optique, se réfléchirait sur elle-même, d’après M. Jules Cloquet, et formerait autour de l’artère capsulaire une gaine infundibuliforme [eanal hyaloïdien) qui traverserait d'arrière en avant le corps vitré pour venir se terminer à la fosse cristalline. (
2“ Vhumeur vitrée est le liquide incolore, légèrement visqueux, qui remplifrle sac clos de toute part, formé par la membrane hyaloïde. Un peu plus dense que l’humeur aqueuse, elle offre avec elle une grande analogie dans sa composition chimique. L’adhérence qu’elle contracte à la surface interne de son enveloppe, adhérence telle qu’on ne peut en détacher celle-ci, la disposition qu’elle présente après avoir été congelée, son écoulement presque toujours incomplet à la suite d’une incision, ont fait penser qu elle n’était pas uniquement composée de liquide, et qu’un tissu solide se trouvait disséminé dans toute sa masse. La membrane hyaloule enverrait de sa surface interne une. multitude de prolongements lamelleux qui s’entrecroiseraient et formeraient des loges ou cellules dans toute l’épaisseur du corps vitré. Les cellules et le liquide qu’elles contiennent seraient 1 m parties constituantes de l’humeur vitrée. Dans l’œil soumis à la congélation, le corps hyaloïdien se réiluit en elfet en petits glaçons qu’il est facile d’isoler au bout d’un certain temps, lorsque l’œil commence à dégeler. D’après Demours, on parvient, à l’aide d’une aiguille, à enlever de leur surface une pellicule membraneuse qui les enveloppe et représente les parois des cellules qu’ils remplissaient.
On croit généralement que toutes ces cellules communiquent entre elles, parce qu’il suffit d’une piqûre faite à la hyaloïde pour que son contenu s’écoule presque en totalité. Le corps vitré prend dans l’alcool une teinte opaline; placé dans l’eau bouillante, il disparaît bientôt et laisse un petit noyau de substance colorée qui est sans doute formé par la membrane et les parois des cellules de l’humeur vitrée.
VAISSEAUX ET NERFS DE L’ORBITE ET DE L’Cffilt,.
1» ARTÈRE OPHTHALMIQÜE.
Née de la carotide interne, cette artère pénètre dans l’orbite par le trou optique et passe successivement au-dessous, en dehors, au-dessus et en dedans du nerf optique. Dans son trajet, qui est ordinairement flexueux, elle fournit treize branches principales, dont onze collatérales et deux terittinales.
: Des branches collatérales, deux, la lacrymale et l’artère centrale de la rétine, naissent en dehors du nerf optique; cinq, la sus-orbitaire, les musculaires supérieures et inférieures, les ciliaires postérieures et antérieures, prennent leur origine lorsque l’artère principale est au-dessus du nerf optique; quatre naissent en dedans de ce nerf, ce sont les elhmoïdales postérieure et antérieure, et les palpébrales supérieure et inférieure. Les deux branches terminales sont la frontale et la nasale.
ET DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
Branches qui naissent en dehors du nerf optique .— 1“ La lacrymale se distribue à la glande lacrjraale et à la paupière supérieure. 2“ \Jartère centrale de la rétine s’enfonce dans le nerf optique et se distribue dans la rétine dont elle constitue la couche vasculaire; elle fournit l’artère centrale du corps vitré, et les divisions de cette dernière forment un réseau qui double la capsule du cristallin.
Branches qui naissent au-dessus du nerf optique. — 1“ La sus-orbitaire longe la partie moyenne de la voûte de l’orbite, sort de cette cavité conjointement avec le nerf frontal externe par l’échantrure sourcilière, et se distribue dans l’épaisseur des parties molles du front et même dans le périoste et le diploé de l’os frontal. 2“ Les ciliaires ont été divisées en ciliaires antérieures (émanées des branches musculaires), et en ciliaires postérieures longues et courtes, suivant qu’elles perforent la sclérotique en avant près de la cornée , ou en arrière près du nerf optique. Les postérieures longues et les antérieures vont former le grand cercle artériel de l’iris ; les postérieures courtes se distribuent à la sclérotique, à la choroïde, à la circonférence externe du cercle ciliaire, aux procès ciliaires; et quelques unes de leurs ramifications vont s’anastomoser avec de petites branches fournies par le grand cercle de l’iris. 3» Les musculaires forment habituellement d'eux faisceaux, l’un supérieur, l’autre inférieur : le premier se distribue dans les muscles droit supérieur, droit interne, grand obliqué de l’œil et élévateur de la paupière supérieure; le second se perd dans les muscles droit externe, droit inférieur et petit oblique.
Branches qui naissent en dedans du nerf optique .— 1" Artères ethmoïdales antérieure et postérieure. La première s’engage dans le trou orbitaire interne et antérieur, conjointement avec le fdet etlirnoidal de la branche nasale du nerf opbthalmique de Willis ; la seconde pénètre dans le conduit orbitaire interne et postérieur. Toutes les deux se dirigent, de ces conduits, vers la lame criblée de l’ethmoïde, où elles se divisent en rameaux méningiens destinés à la faux du cerveau , et en rameaux nasaux qui pénètrent dans les fosses nasales parles trous de la lame criblée. Ces rameaux se distribuent dans la membrane muqueuse pituitaire, où ils s’anastomosent un grand nombre do fois entre eux et avec les divisions dé l’artère sphéno-palatifte (branche de la maxillaire interne). 2° Artères palpébrales supérieure et inférieure. Celles-ci, nées de l’ophthalmique, au niveau de la poulie cartilagineuse du grand oblique, se distribuent l’une <à la paupière supérieure, l’autre à la paupière inférieure; chacune d’elles forme, dans toute la longueur de la paupière qui lui correspond, une arcade située entre le cartilage tarse et la portion palpébrale de l’orbiculaire. La palpébrale inférieure s’anastomose avec la branche orbitaire de la sous-orbitaire, et de cette anastomose naît un rameau qui se répand dans la muqueuse du canal nasal.
Branches terminales de l’ophthalmique. — 1” \]artère nasale, née à la partie antérieure et interne de l'orbite, en sort au-dessus du tendon de l’orbiculaire ; après avoir fourni quebjues ramuscules au sac lacrymal, elle se divise en deux rameaux, dont l’un (rameau angulaire) s’anastomose par inosculation avec l’artère faciale, tandis que l’autre (dorsal du nez) se distribue sur le dos du nez et s’anastomose avec l’artère de l’aile du nez ( émanation de la faciale ). 2" L’artère frontale se réfléchit de bas en haut sur le front, parallèlement à l’artère sus-orbitaire, avec laquelle elle s’anastomose fréquemment, et se distribue dans tous les téguments du front.
2» VEINE OPHTHALMIQÜE.
Très volumineuse, elle commence par une forte anastomose avec l’angulaire, sur le dos du nez, et se jette en s’élargissant (sinus opbthalmique), dans le sinus caverneux, formant ainsi une large voie de communication entre les veines extérieures et intérieures du crâne. Dans son trajet, elle reçoit toutes les veinules de l’œil et de l’orbite, qui correspondent aux divisions des artères. Suivant M. Denonvilliers, les deux veines qui correspondent aux artères ciliaires antérieures sont formées par quatre ou cinq petites veines venues de chacun des groupes de vaisseaux tourbillonnés [vasa uorficosa), vaisseaux qui reçoivent eux-mêmes le sang des veines iriennes.
A.\ATOMIt: DU SYSTÈME NEUVEEX
3° NERFS DE l’orbite ET DE l’oEIL.
Indépendamment du nerf optique (nerf de la deuxième paire) et des nerfs ciliaires, qui sont entièrement destinés au globe oculaire, on trouve encore dans l’orbite le moteur oculaire commun (nerf delà troisième paire), le pathétique (nerf de la quatrième paire), la branche opbthalmique de Willis (portion de la cinquième paire), et le moteur oculaire externe (nerf de la sixième paire).
Ces quatre derniers se rendent aux parties accessoires de l’œil, et ont été désignés sous le nom de nerfs de l’orbite; on rattache encore à leur description celle du ganglion ophthalmique.
1° Nerf optique. — A partir du chiasma, où ce nerf se sépare de celui du côté opposé, il pénètre dans l’orbite par le trou optique, environné par une gaine fibreuse de la dure-mère; atteint la partie postérieure, inférieure et interne du globe de l’œil, traverse la sclérotique et s’épanouit en rayonnant pour former la rétine.
Nous savons déjà quelle est la texture du nerf optique, Jusques et y compris le chiasma ; à partir de cet endroit, le nerf s’enveloppe d’une gaine névrilématique formée d’abord par les trois membranes du cerveau ; l’arachnoïde l’abandonne au niveau du trou optique et se réfléchit sur la dure-mère ; celle-ci traverse le trou optique et se partage en deux feuillets, dont l’un, externe, se continue avec le périoste de l’orbite, tandis que l’interne accompagne le nerf jusqu’à la sclérotique. Quant à la pie-mère, non seulement elle entoure le nerf optique, mais elle envoie encore dans son intérieur des prolongements ou cloisons qui le divisent en canaux longitudinaux de plus en plus ténus, dans lesquels est contenue la substance nerveuse ; aussi est-ce avec raison que M. Cruveilhier a comparé la structure de ce nerf à celle de la moelle de jonc.
Au centre du nerf optique, on trouve l’artère centrale de la rétine et sa veine satellite, mais ce ne sont pas les seuls vaisseaux que l’on puisse signaler dans son intérieur. D’après Hyrtl, l’artère ophthalmique lui fournit encore deux branches : l’une, externe ou vaginale, qui pénètre sa gaine; l’autre, interne ou interstitielle, qui passe entre la gaine et la substance nerveuse, se divise en rameaux flexueux et déliés qui décrivent autour de cette substance, des tours distants de un quart à une demi-ligne, pénètrent dans son intérieur et se placent entre les fibres nerveuses, avec lesquelles elles marchent parallèlement.
2° Nerfs de l'orbite. — Ils pénètrent dans l’orbite par la fente sphénoïdale, en passant, les uns (moteur oculaire commun, nasal et moteur oculaire externe) dans l’anneau des muscles droits, les autres (pathétique, lacrymal et frontal) au-dessus de l’anneau. Les nerfs moteur oculaire commun, pathétique et moteur oculaire externe, fournissent à tous les muscles de l’œil, ainsi qu’à l’élévateur de la paupière supérieure, des rameaux répartis de la manière suivante: ceux du moteur oculaire commun se rendent aux muscles droit supérieur, droit inférieur, droit interne, petit oblique et élévateur de la paupière supérieure; le pathétique est uniquement destiné au muscle grand oblique; enfin le moteur oculaire externe se distribue entièrement dans le muscle droit externe. Les nerfs frontal, lacrymal et nasal, tous rameaux de l’ophthalmique de Willis (branche du trijumeau), se rendent à la glande lacrymale, à la paupière supérieure, aux téguments cutanés du front et du nez et à la muqueuse nasale ; le nasal envoie au ganglion ophthalmique un filet qui constitue sa racine sensitive.
Ganglion ophthalmique. — Rectangulaire, situé au côté externe du nerf optique, immédiatement au-devant du trou optique, ce renflement reçoit par son angle postérieur et supérieur un rameau long et grêle du nerf nasal, et par son angle postérieur et inférieur un rameau gros et court d’une des branches du moteur oculaire commun (branche du muscle petit oblique) ; entre ces deux filets, qui sont considérés comme les racines sensitive et motrice du ganglion, on voit aboutir une troisième racine, émanée du ganglion cervical supérieur, et envisagée à cajse de cela comme racine nutritive. Des deux angles antérieurs du ganglion ophthalmique, naiss:n les nerfs ciliaires très grêles, rassemblés en deux faisceaux qui traversent la sclérotique autour au nerf optique et se rendent dans le cercle ou ganglion ciliaire.
ET UES Or.GA.\ES UES SENS UE L'HOMME.