‹ Névrologie ou description et iconographie du système nerveux et des organes des sens de l'hommeChapitre 152 sur 174 · APPAREIL SÉCRÉTEUR DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

APPAREIL SÉCRÉTEUR DE LA LANGUE

La langue est continuellement baignée par le liquide buccal, qui provient de la sécrétion glandulaire et folliculaire. Les organes chargés de cette fonction peuvent aussi être distingués en extrinsèques et en intrinsèques.

Les premiers, groupés autour de la cavité buccale, on disséminés sur plusieurs de ses parois, versent, à l’aide de leurs conduits excréteurs, leurs produits de sécrétion dans l’intérieur de la bouche ; ce sont: les glandes parotides, sous-maxillaires, sublinguales, palatines, labiales, buccales, molaires, et enfin les amygdales.

Les seconds appartiennent à la langue même et sont placés dans son épaisseur. Nous décrirons seulement ces derniers, comme entrant dans la composition intime de la langue.

Glandes linguales.

Deux petites glandes (glandes de Blandin), se trouvent constamment à la pointe de la langue, sur les côtés du frein et dans l’épaisseur des muscles stylo-glosse et lingual. Elles ont la forme et le volume d’une petite olive; leurs extrémités antérieures répondent à la pointe de la langue et sont presque contiguës, leurs extrémités postérieures sont écartées l’une de l’autre. Comme les autres glandes salivaires, elles sont constituées par l’agglomération de granulations, desquelles émanent en nombre indéterminé plusieurs conduits excréteurs. Ceux-ci s’ouvrent, d’après M. Blandin,

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•à la face inférieure de la pointe de la langue, sur les bords libres des deux franges muqueuses qu’on y remarque. Les vaisseaux de ces glandes proviennent des artères ranines et se jettent dans les veines du même nom. Les nerfs lingual et hypo glosse de chaque côté leur fournissent une grande quantité de fdaments qui forment dans leur épaisseur des anastomoses plexiformes.

Indépendamment des glandules mucipares situées à la base de la langue, et dont nous avons déjà parlé, il existerait, selon Weber, dans la profondeur de la substance charnue, et au niveau du trou borgne, deux autres petites glandes analogues à celles que nous venons de décrire.

TISSO CELLÜLO-GRAISSEtIX.

Le tissu cellulaire graisseux, fin et peu résistant, interposé aux fibres musculaires, existe plus particulièrement en arrière et vers la face inférieure de la langue. Il a pour usages de contribuer aux changements de forme de cet organe, en fuyant les points où les fibres musculaires se contractent, pour se placer là où elles sont dans le relâchement.

Les observations d’œdème de la langue prouvent qu’elle contient aussi du tissu cellulaire séreux, que l'on trouve à sa partie antérieure.

Il existe encore, suivant Fleischmann, sous la face inférieure de la langue, de chaque côté du frein, derrière le conduit de Bartholin, une bourse muqueuse dont les parois, habituellement affaissées et presque transparentes, peuvent être facilement démontrées par l’insufflation. Ces bourses muqueuses sont rondes ou ovalaires, à compartiments multiples; la droite est généralement plus volumineuse que la gauche. Le même anatomiste prétend que leur tuméfaction peut produire lu grenouillette ; cette opinion est d’ailleurs parfaitement d’accord avec les faits observés par G. Breschet, qui a disséqué chez les enfants nouveau-nés des kystes séreux tout à fait indépendants du conduit de Warthon.

Ces bourses aimaient pour usage de faciliter les mouvements de la langue.

MEMBBA.XE MUQUEÜ.sE GUSTATIVE.

La langue est recouverte d’une membrane muqueuse, continuation de celle qui tapisse la cavité buccale, et se confondant avec la peau par l’intermédiaire de la muqueuse labiale. Cette membrane revêt entièrement le dos, les bords, la pointe et la partie antérieure de la face inférieure de la langue Unie aux fibres charnues de cet organe par un tissu cellulaire très fin et très court, elle est beaucoup plus mince sur la face inférieure, où elle n’offre aucune particularité d’organisation, que sur la face supérieure, où l’on remarque les glandules et les trois espèces de papilles dont nous avons parlé plus haut. Toute celte face est recouverte par une couche limoneuse blanchâtre ou jaunâtre, dont ra.spect et la quantité sont variables, suivant l’état de santé ou de maladie.

La muqueuse linguale est formée, comme la peau, d’un épiderme ou épithélium et d’un derme ; Malpighi y avait encore décrit une couche intermédiaire, à laquelle il avait donné le nom de corps réticulaire ou muqueux.

Epithélium [péri-gloite d'.Albinus). —Celui-ci, qui se détache des parties sous-jacentes par l’ébullition et la macération, embrasse exactement toutes les papilles en leur fournissant des gaines ou des étuis cornés proportionnés à leur forme et à leur volume. Quand on l’examine par sa face inférieure, on voit, au sommet des étuis qu’il fournit'aux papilles, des ouvertures correspondant aux fila gustutiva, qui sont également recouverts d’épiderme. L’épithélium, très épais chez certains animaux (chat, tigre), très mince chez l’homme où il est en rapport direct avec la délicatesse et le développement du goût, est formé par la stratification des cellules épithéliales; il est entièrement dépourvu de vaisseaux et de nerfs.

Derme oueborion. —Lechorion lingual, très dense et très épais, contribue à former la charpente delà langue. Il est constitué par des fibres albuginées entrecroisées, qui ont quelque analogie avec le tissu jaune vers la base de la langue, et dans la trame desquelles sont logées les glandules et les papilles. Par sa face inférieure, le derme sert d’insertion à un grand nombre de fibres musculaires ; sa face supérieure est recouverte par les papilles. Celles-ci, qui sont séparées les unes des autres par

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(le petits intervalles remplis par les prolongements de l’épiderme, sont formées par l’épanouissement des fibres les plus profondes (lu derme; elles renferment un grand nombre de vaisseaux lymphatiques et sanguins, et chacune d’elles reçoit un filetnerveuxquis’y termineprobablernenten formant uneanse.

Corps muqueux ou réticulaire. —Malpighi a décrit sous lenom Aoreticulum, une couche glutineuse inorganique, intermédiaire au derme et à l’épiderme, grisâtre chez l’homme, présentant des taches noirâtres chez certains animaux, percée d’autant de trous qu’il y a de papilles et remplissant les intervalles de celles-ci. Ce corps muqueux n’est autre chose que la partie la plus profonde de l’épiderme, qui, comme nous l’avons déjà dit, envoie des prolongements entre chaque papille ; et cette couche doit son apparence glutineuse à ce que les cellules épithéliales qui la constituent sont plus jeunes, moins serrées et plus transparentes que celles de la couche superficielle de l’épiderme, qu’elles doivent remplacer un jour.

vaisseaux et nerfs de la langue.

Ils sont très nombreux et très volumineux, eu égard au peu de volume de cet organe.

Les artères proviennent, de chaque côté, de la carotide externe, et principalement de sa branche linguale, qui fournit les artères dorsale de la langue, ranine et sublinguale. La thyro-hyoïdienne supérieure, par l’intermédiaire de sa branche laryngée, envoie aussi quelques rameaux à la langue, qui en reçoit également delà pharyngienne inférieure et de l’artère faciale, dans le cas où la sublinguale naît de cette dernière. Quelques ramuscules de l’artère palatine, de la maxillaire interne, se distribuent encore à la base de la langue.

Les veines sont plus nombreuses et plus grosses que les artères. Il y en a de superficielles, placées sous la muqueuse, qui ont un trajet indépendant des artères ; et de profondes qui accompagnent ces vaisseaux. Presque toutes aboutissent aux veines pharyngienne et faciale de chaque côté, ou vont directement dans l’une des veinesjugulaires et principalement dans l’interne. Parmi les veines de la langue, la ranine se distingue par son volume considérable et par sa position superficielle audessus de la muqueuse delà face inférieure; elle marche parallèlement au nerf grand hypoglosse: c’est sur elle que les anciens pratiquaient la phlébotomie.

Les vaisseaux lymphatiques aboutissent aux ganglions sous-maxillaires, ainsi qu’à ceux situés sur les parties latérales du cou.

Nerfs de la langue.Sepl branches nerveusesprincipales se distribuent dans chacune des moitiés latérales de la langue. Ce sont :

1° Le grand hypoglosse ;

2° Le lingual du maxillaire inférieur (émanation du trijumeau) ;

3° La portion linguale du glosso-pharyngien ;

k° La corde du tympan ;

5° Le rameau lingual du facial ;

6“ Un ou plusieurs rameaux émanés du laryngé supérieur (branche du pneumo gastrique);

7” Quelques filets du grand sympathique.

1* Le grand hypoglosse est exclusivement le nerf moteur : les vivisections, l’anatomie pathologique l’ont démontré ; l’anatomie descriptive le prouve d’une manière irrécusable, puisqu’il est le seul qui se distribue dans les muscles de la langue.

2 Le nerf lingual du trijumeau a été considéré par quelques physiologistes comme un nerf de sensibilité gustative, par d’autres comme un nerf de sensibilité générale et tactile, et par d’autres enfin comme jouissant deces deux propriétés à la fois. Il se distribue dans la muqueuse et dans les papilles des deux tiers antérieui-s de la langue ; comme tous les nerfs sensitifs, il est volumineux, plus gros que l’hypoglosse, et présente un aspect plexiforme. On ne peut mettre en doute qu’il préside à )a sensibilité générale et tactile des deux tiers antérieurs de la langue, mais son influence sur cette

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S'iO

partie, comme nerf spécial de la gustation, me semble pouvoir être contestée, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.

3" La portion linguale du glosso-pharyngicn se divise ccnstammcnt en deux branches, l’une interne et l’autre externe. La première, plus considérable, se distribue dans la muqueuse de la base delà langue, et envoie des filets aux papilles caliciformes. La seconde se prolonge en avant sur le bord delà langue et se voit à l’œil nu, jusqu’au quart antérieur de cet organe.

On regarde habituellement le glosso-pharyngien comme le nerf de sensibilité tactile et gustative de la base de la langue; mais l’existence de la branche externe, qui pourrait peut-être, à l’aide d’un verre grossissant, être poursuivie jusqu’à la pointe, me fait pencher vers l’opinion de Pa'nizza, suivant lequel le glosso-pharyngien serait le nerf spécial de la gustation.

A* La corde du tympan, branche de communication du lingual avec le facial, envisagée tour à tour comme une émanation de l’un ou de l’autre de ces deux nerfs, fait partie du lingual au delà du ganglion sous-maxillaire. Chez l’homme, il est impossible de l’en séparer, passé ce renflement, sans solution de continuité; mais chez certains animaux (cheval, mouton, porc), d’après M. Demarquay, elle s’isole facilement du lingual et se perd dans la muqueuse de la face dorsale.

Les opinions sont nombreuses et contradictoires sur les fonctions de cette branche nerveu.^e. Bellingeri la regarde comme destinée à transmettre à l’encéphale les impressions gustatives; Biffi etMorganti en font un rameau de sensibilité tactile, opinion que .M. Duchesne a de nouveau mise à l’ordre du jour, par suite de l’application directe de l’électricité sur la membrane du tympan. Enfin,M. Cl. Bernard prétend que la corde du tympan n’est qu’une branche motrice ajoutée au nerf lingual ; qu’elle se perd dans les fibres longitudinales supérieures, mais qu’elle joue toutefois un rôle important dans la gustation, en imprimant aux papilles une sorte d’érection, comme le disait Haller, qui leur permette de s’emparer des molécules sapides et de rendre leur appréciation instantanée.

5° Le nerf que j’ai désigné sous le nom de rameau lingual du facial s’anastomose autour et dans l’épaisseur du muscle stylo-pharyngien, avec le glosso-pharyngien; il se distribue dans les fibres musculaires subjacentcsà la muqueuse de la base de la langue [muscle lingual longitudinal superficiel].

Il a pour usage de faire raccourcir la langue dont il recourbe la pointe en haut et en arrière. 11 me semble qu’il pourrait exercer sur la gustation l’influence que M. Bernard attribue à la corde du tympan, vu qu’il se distribue manifestement à la face dorsale de la langue, tandis que la corde du tympan ri’y arrive jamais directement. D’après les recherches de M. Davaine, la paralysie de ce rameau aurait pour résultat une imperfection dans la prononciation des lettres linguales.

6« Rameau lingual du laryngé supérieur. Après qu’il a traversé la membrane thyro hyoïdienne, le laryngé supérieur de chaque côté fournit un ou plusieurs rameaux grêles qui s’insinuent sous la muqueuse de la base de la langue, en dedans du glosso-pharyngien, et s’y perdent.

C’est par cette petite branche du pneumo-gastrique qu’on explique les rapports sympathiques qu’il y a entre la langue et l’estomac; c’est à elle que l’on rapporte le sentiment de dégoût et l’envie de vomir que l’on éprouve, si l’on titille la base de la langue ; enfin, on pense encore que l’impression produite sur les filets du laryngé supérieur ou du glosso-pharyngien, par la présence alu bol alimentaire sur la base de la langue, provoque les mouvements de déglutition.

7° Les filets linguaux du grand sympathique émanent du plexus inter-carotidien et s’enlacent Jiutour de l’artère linguale, qu’ils accompagnent dans l’épaisseur de la langue. Ils président à la jiutrition de cet organe et aux sécrétions.

Il me reste encore à signaler de nombreux petits ganglions que Remak a trouvés sur l’expansion des nerfs de la langue, tant sur les filets destinés à la substance charnue que sur ceux qui s’épanouissent dans la membrane muqueuse. Avant que j’aie eu connaissance de la découverte de ce savant et habile anatomiste, j’ai vu, à l’œil nu, sur les dernières divisions du nerf lingual, des renflements d’où partaient des houppes de filaments qui se rendaient dans les papilles des bords de la langue.

A l'aspect de tant de nerfs d’origines si différentes, réunis dans un si petit organe, doit-on s’étonner SI la langue possède à la fois des fonctions si nettes et si variées, des mouvements si prompts et en même temps si précis, des sensations si vives et si délicates, des sympathies si rapidesetsi nombreuses.

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