‹ Névrologie ou description et iconographie du système nerveux et des organes des sens de l'hommeChapitre 153 sur 174 · USAGES DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

USAGES DE LA LANGUE

La langue est douée de contractions volontaires, de sensibilité tactile et de sensibilité gustative, et c’est au moyen de ces trois propriétés qu’elle sert à la gustation, à la succion, à la mastication, à la formation du bol alimentaire, à la déglutition et à la parole.

Considérée comme organe de motilité, elle peut se porter en haut, en bas, en avant, en arrière, à droite, à gauche, exécuter des mouvements de circumduction, incliner un de ses bords et relever l’autre ; se creuser en gouttière sur l’une ou l’autre de ses faces, soulever sa base comme dans les mouvements de déglutition, s’allonger ou se raccourcir, augmenter son diamètre transversal tandis qu’elle diminue son diamètre vertical, et vice versâ. Enfin, elle est encore entraînée par la mâchoire inférieure et l’os hyoïde, auxquels elle s’attache, et qui lui font subir des déplacements en masse. Je ne me propose point d’examiner ici quelles sont les fibres musculaires mises en jeu dans ces divers mouvements, ce serait sortir du cadre que je me suis tracé et empiéter sur la physiologie ; je crois d’ailleurs qu’il suffira de se reporter à la description des muscles intrinsèques et extrinsèques de la langue pour s’en rendre compte.

Au point de vue de la sensibilité tactile, la langue est parfaitement organisée, à cause de la grande quantité des papilles qui la recouvrent et des petits filaments {filaments gustatifs) dont cellesci sont surmontées. Toutes ces éminences sont pourvues de rameaux nerveux ; elles ont pour usage d’augmenter d’une manière considérable la surface sentante, de multiplier les points de contact, d’emprisonner, pour ainsi dire, les substances les plus ténues, afin de les forcer à se dissoudre dans les liquides qui les baignent et de les rendre aptes à être goûtées. La sensibilité tactile s’exerce sur toute la surface de la langue, mais elle est moins vive à sa face inférieure qu’à sa face supérieure, où elle est principalement dévolue aux papilles filiformes.

La gustation paraît limitée, sur la langue, à la base, aux bords et à la pointe, là où existent les papilles caliciformes et fungiformes, avec le nombre et le volume desquelles elle est en rapport direct. J’ai déjà dit qu’elle ne se bornait pas à la langue, qu’une portion peu étendue du voile du palais était aussi susceptible de percevoir les saveurs ; mais il ne faut pas oublier qu’un grand nombre de celles-ci passeraient inaperçues, si nous ne trouvions pas un auxiliaire puissant dans l'olfaction, qui apprécie l’arome et le bouquet. Dans ces derniers temps, on a prétendu que le mélange entre les impressions gustatives et olfactives s’opérait à la base de la langue.

Suivant Brillat-Savarin, le goût et l’odorat ne forment qu’un seul sens, dont l’un est le laboratoire et l’autre la cheminée. Ces deux sens se perfectionnent l’un par l’autre, tous deux nous invitent, par l’appât du plaisir, à réparer les pertes de notre individu ; tous les deux nous aident dans la recherche des substances propres à nous servir d’aliments, et nous indiquent en quelque sorte à distinguer celles qui sont nuisibles de celles qui ne le sont pas. Qui ne sait, en effet, que la plupart des poisons joignent à une odeur nauséabonde une saveur désagréable, et que certains d’entre eux produisent sur la langue une sensation de brûlure.

Cette dernière remarque nous montre que la langue perçoit la douleur ; j’ajouterai qu’elle est encore sensible aux impressions de température et au chatouillement.

DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

PliAXCHi; 89 .

Conformation extérieure de la langue, de la voûte palatine et du voile du palais.

Préparation. — Pour rendre les papilles et les glandules linguales, la glande et les glandules palatines, plusappréciables, jl est bon de faire macérer la cavité buccale pendant quelques heures dans l'eau tiède et de bien la laver après.

On détachera l’épiderme de la couche papillaire du derme eu plongeant la langue dans l'eau bouillante, ou en la faisant macérer pendant un temps plus ou moins long suivant la température de la saison.

Une grande partie de la langue, de la voûte palatine et du voile du palais est visible dès qu’on ouvre fortement la bouche; pour la face supérieure il sulüt de tirer la langue tiors de la bouche et de l’appliquer contre le menton; pour la face inférieure, il faut relever la pointe en l’appliquant contre 1rs dents incisives supérieures. Mais si i’on désire mettre à nu toute la face dorsale de la langue, il serait nécessaire d’avoir recours aux coupes suivantes :

1° Prolongez l’incision des commissures des lèvres en arrière, détachez la langue de ses adhérences au maxillaire inférieur, et enlevez le corps de cet os par un trait de scie pratiqué de chaque côté, entre la seconde et la troisième grosse molaire, puis écartez fortement la langue de la voûte palatine.

2" Faites une coupe verticale antéro-postérieure des mâchoires supérieure et inférieure, un peu en dehors de la ligne médiane, et de manière à ne pas intéresser la langue. Ce dernier procédé a le double avantage de ne pas changer les rapports de la langue et de donner une connaissance exacte de ses deux portions pharyngienne et buccale.

Face dorsale de là langue, voûte palatine, voile du palais, ses piliers et amygdales.

Explication de la Usure 1.

a, a. Glandules linguales. — b, b. Papilles à calice disposées suivant deux lignes convergentes en arrière formant le V lingual. — c. Trou borgne manquant souvent. — d, d. Papilles fungiformes. — e, e. Papilles filiformes ou cylindriques. — f. Repli glosso-épiglotlique. — g. Épiglotte. — h. Repli glosso staphylin ou pilier antérieur du voile du palais.— ». Muscle glosso-stapbylin.— j,j. Pilier postérieur.— k, L*. Amygdale logée entre les deux piliers du voile du palais. — i. Isthme du gosier. — m. Luette. — n. Voile du palais se confondant avec O, la voûte palatine. — p. Cordon fibreux soulevant la membrane muqueuse. — q, q. Orifices des conduits excréteurs de la glande palatine. — r. Glande palatine mise â nu par l’ablation de la muqueuse. — s. Couche des glandules palatines. — t. Ces mêmes glandules vues par la transparence de la muqueuse. — u. Tubercule palatin bouchant le trou palatin antérieur de chaque côté duquel se voient les crêtes de la voûte palatine. — O, O. Section de la mâchoire inférieure.

Langue contenue dans la cavité bu cco-pharyngienne et vue de profil.

Explicatiou de la figure 2.

a. Moitié du V lingual. — b, b. Glaudules placées sur la portion pharyngienne de la langue et derrière le V des papilles caliciformes. — c, c, d, d. Papilles fungiformes et filiformes disséminées sur la portion buccale de la face dorsale de la langue. — e. Lignes parallèles formées par l’arrangement régulier des papilles et coupant perpendiculairement les bords de la langue. — f. Épiglotte fixée à la base de la langue par trois replis glossoépiglottiques, dont un médian et deux latéraux moins prononcés. — g. Glande sub-linguale. — h, h. Conduit excréteur de la glande sous-maxillaire (conduit de Warthon). — i. Voûte palatine. — j. Voile du palais. — k. Luette. — L Amygdale logée entre les deux piliers.

Face inférieure de la langue rendue visible par le renversement de sa pointe en haut,

u.rcpar liéveillC

Prépare par liUdOViC

ORGANES DU GOUT

Explication de la figure 3.

a. Repli muqueux appelé frein ou filet de la langue. — b, b. Veines ranines. — c, c. Lignes frangées. —

d. Glande de Blandin vue au moyen d’une échancrure faite à la surface inférieure de la pointe de la langue.—

e, e. Plancher de la bouche sur lequel on voit en relief la glande sub-linguale. — f, f. Orifices de ses conduits excréteurs. — g. Orifices des conduiis excréteurs de la glande sous-maxillaire. — h. Alvéoles dont on a extrait les quatre incisives afin de mieux faire voir les détails précédents.

Langue de profil sur laquelle on voit (a) l’épiderme détaché de la surface papillaire du derme (6) €t renversé en haut.

PEAIVCHE 90 .

Appareil musculeux et charpente osseuse, cartilagineuse et membraneuse de la langue.

Préparation. — Les muscles extrinsèques de la langue doivent être mis à nu en pratiquant avec une scie deux sections sur la mâchoire inférieure, dont une passerait un peu en dehors de la symphyse du menton, et l’autre immédiatement au-devant du muscle masséter ou dans l’articulation temporo-maxillaire. Comme le nerf lingual se trouve appliqué à la face interne de la mâchoire inférieure au niveau du masséter, il convient, si l’on pratique la section à cet endroit, d’introduire préalablement la pince à dissection entre cet os et le nerf afin d’empêcher sa section. On reuverse en bas ou l’on enlève avec le fragment détachéles muscles digastrique et mylo-hyoïdien, derrière lesquels les muscles de la langue ne sont masqués que par la muqueuse buccale, la glande sub-linguale, le conduit de Warthon, le nerf lingual et par un peu du tissu cellulaire graisseux. Cela fait, tirez avec uneérigne la pointe de la langue hors de la bouche, et poursuivez ses muscles extrinsèques, de leurs insertions styloïdienne, hyoïdienne et maxillaire vers l’épaisseur de cet organe.

Les fibres intrinsèques s’obtiennent, en pratiquant sur une langue détachée et bouillie dans l’eau salée, plusieurs coupes. Ainsi: par une section verticale médiane et antéro-postérieure, on met à nu les fibres verticales et longitudinales; par une section verticale et transversale, on découvre les fibres transverses, obliques et verticales.

Le lingual longitudinal inférieur sera recherché sur la face inférieure de la langue, entre les muscles hyoglosse et génio-glosse.

Le lingual longitudinal supérieur, le glosso-slaphylin et le glosso-épiglottique seront mis à nu en enlevant, sur une langue bouillie ou macérée, la muqueuse papillaire.

FIGURES 1, 2 et 3.

Os hyoïde vu par ses faces et par ses bords.

Explication des figures 1, 2 et 3.

a, a, a. Corps de l’os hyoïde convexe en avant, concave en arrière. — 6, b, b, 6, b, — Grandes cornes. — c, c, c, c, c. Petites cornes placées au point de jonction du corps avec les grandes cornes.

Muscles extrinsèques.

Explication de la figure 4.

a. Stylo-glosse naissant de 6, l’apophyse styloïde, conjointement avec c, les muscles stylo-hyoïdien et stylopharyngien coupés ici. —d. Division du muscle stylo-glosse en deux portions : l’une se porte àla pointe en longeant le bord de la langue, l’autre s’enfonce dans l’épaisseur de sa base entre les fibres de l’hyo-glosse et se confond avec les fibres transversales.—e. Hyo-glosse prenant son origine, f, sur le corps de l’os hyoïde (basio-

DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

glosse), g, sur sa petite corne (chondro-glosse), et, h, sur sa grande corne(cérato-glosse). — i. Génio-glosse, naissant de j, l'apophyse géni de la mâchoire inférieure. — k. Partie du muscle lingual longitudinal inférieur. — l. Glosso-staphylin, se confondant sur le bord de la langue avec le slylo-glosse. — m. Pharyngo-glosse ou portion du constricteur supérieur du pharynx. — n. Constricteur moyen. — o. Génio-hyoïdien.

FIGÜRE 5.

Elle est destinée à faire voir, sur une coupe médiane antéro-postérieure de la langue, l'épanoitisscment en éventail du muscle génio-glosse ainsi que le cartilage médian (cartilage de Blandin).

Ex|slication de la Usure 5.

a. Muscle génio-glosse s'attachant à 6, l'apophyse géni supérieure de la symphyse du menton, à c, corps de l’os hyoïde et à d, épiglotte. — e. Cartilage médian Oxé au bord postérieur de l’os hyoïde par f, membrane hyo-giossienne. — g. Fibres longitudinales supérieures.— h. Fibres verticales.

Face inférieure de la langue tenant à l’os hyoïde et montrant principalement l’entrecroisement lies deux génio-glosses.

Exitlication de la flsure 6.

a, a. Muscles génio-glosses coupés près de l'insertion à la mâchoire; le gauche est déjeté en dehors afin de faire voir leur entrecroisement sur la ligne médiane. — b. Bord libre du cartilage lingual; à ce niveau l'entrecroisement des génio-glosses manque. — c, c. Muscles stylo-glosses détachés de l’apophyse styloïde. — d, d. Muscles byo-glosses.— e, e. Muscles linguaux profonds ou inférieurs.— f. Os hyoïde.

Face supérieure ou dos de la langue montrant les fibres musculaires subjacenles à la muqueuse linguale.

Explication de la figure 7.

a, a. Stylo-glosses. — 5, 6. Glosso-staphylins. — c. Muscle glosso-épiglottique. — d. Lingual superQciel ou longitudinal supérieur. Tous ces muscles, en se réunissant par leurs bords, constituent un plan supciTiciel qui se termine en partie à la face profonde de la muqueuse dorsale de la langue. — e. Fibres obliques, appartenant au chondro-glosse, mises à nu, par une section du plan superficiel. — /. Fibres obliques. — g. Voile du palais et luette.

FIGURES 8 et 9.

Coupes transversales et verticales de la langue faites la première à sa partie moyenne, la seconde près de sa pointe.

, Explication dea figures 8 et 9.,

a, a. Muscles génio-glosses, on voit par ces coupes que ces muscles, entrecroisés par leurs faisceaux internes, s'incurvent en haut et en dehors sans s’entrecroiser par leurs faisceaux externes. — 6. Coupe perpendiculaire du muscle longitudinal inférieur. — c. Coupe du muscle hyo-glosse. — d. Coupe du stylo-glosse. — e. Coupe perpendiculaire du cartilage lingual. — f, f. Section de l’artère linguale, — g, g. Muqueuse linguale. — h. Section perpendiculaire des fibres longitudinales des génio-glosses.

PL.iH

Préparé par iiUdOVIC

Dessiné d’après natnrepar LéveÜle

OnCANES DU GOUT.

PliAlVCHE 91 .

Vaisseaux et nerfs de la langue.

Préparation. — Étant à peu de chose près la même que celle de la planche précédente, celle-ci ne mériie aucune indication spéciale des coupes ; seulement ici les muscles ont été un peu sacrifiés afin de bien voir les vaisseaux et nerfs, et dans la planche précédente le contraire a eu lieu, La seule indication propre à cette préparation, c’est de poursuivre les vaisseaux après les avoir injectés avec des matières colorantes dilTérentes pour les artères et les veines, et de disséquer les nerfs après les avoir plongés pendant quelque temps dans un hain acidulé.

Artères.

Exiilicalion ale la figure 1.

A. Artère carotide externe (coupée ici aux deux extrémités) fournissant, B, l’artère linguale. Dirigée d’abord horizontalement entre a, le constricteur moyen du pharynx, et b, le muscle hyo-glosse (dont une portion est ici renversée en has), elle devient ascendante et se divise en deux branches terminales qui sont : G, la ranine, et D, la sublinguale ; et en deux branches collatérales, savoir: E, branche dorsale de la langue, et F, branche hyoïdienne.

Veines linguales profendes.

Satellites de l'artère linguale, les veines profondes, au nombre de deux de chaque côté, suivent la direction de l’artère en s’anastomosant plusieurs fois au-devant d’elle.

FIGURES 3, 4 et 5.

Nerfs de la langue émanant de sept origines différentes.

Explication dea figures 3, A et 5.

1, 1, 1. Grand hypoglosse. — 2, 2, 2. Branche linguale du trijumeau. — 3. Branche linguale du glossopharyngien. — 4. Corde du tympan. — 5. Rameau lingual du facial, qui, après s’être anastomosé avec le glossopharyngien, parvient à la langue. — 6. Rameau lingual émané de la branche laryngée supérieure du pneumogastrique. — 7, 7. Enfin un plexus nerveux, né du plexus inter-carotidicn, accompagne l’artère linguale et ses divisions dans toute l’étendue de la langue.

8, 8, 8. Ganglion sous-maxillaire donnant des ramifications à la glande sous-maxillaire. — 9, 9. Ganglion sublingual fournissantquelques rameaux grêles à la glande sublinguale. —10. Plexus très délié, émanant à la fois des nerfs lingual du trijumeau, de l'hypoglosse et du plexus lingual sympathique et se distribuant à la glande de Blandin. — 11,11,11. Anastomoses du nerf lingual avec le grand hypoglosse. — 12, Nerf facial. — 13. Épiderme détaché du derme et déjeté en haut.

Sà6

DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

ORGANES DU TACT OU DU TOUCHER

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