DIAGNOSTIC
La description clinique que nous avons faite de la névrose traumatique, le cachet spécial que lui imprime dans la majorité des cas l’accident rendent, en général, le diagnostic facile, sauf, comme nous l’avons vu, lorsqu'il y a des symptômes surajoutés ou des lésions en foyer concomitantes. Si ces troubles sont consécutifs à un traumatisme chez un individu, n'ayant jusque-là présenté aucun symptôme de ce genre, le post hoc ergo propter hoc paraît s’imposer. Le principal écueil est la simulation.
Simulation
Les simulateurs ont, de tout temps, existé. Autrefois, c’étaient des criminels qui voulaient échapper à un châtiment ; des conscrits effrayés par la caserne ; mais ces cas étaient assez rares, et, d’ailleurs, il s'agissait de simulation de psychoses ; la névrose aurait été insuflisante pour obtenir le résultat désiré. La loi de 1898 ne pouvait manquer d’avoir comme
— conséquence cette nouvelle forme du parasitisme social.
Nous verrons dans le pronostic les bons effets obtenus par ce qu’on a appelé la thérapeutique judiciaire, c’est-à-dire la fin du procès. Les compagnies d'assurances sont, naturellement, portées à traiter de simulateurs ces individus qui se disent gravement malades, et dont l’état s'améliore, si rapidement, lorsqu'ils ont obtenu une indemnité. C'est faire preuve d’une ignorance complète de la question. Les malades sont de bonne foi en jugeant leur état pire qu'il ne l’est réellement. Il s’agit là d’une autosuggestion, d’un état psycho-pathologique qui est, au contraire, un symptôme de la névrose traumatique.
M. le professeur Joffroy a, avec raison, insisté, dans une de ses leçons, sur cette fausse simulation.
A côté de ces malades sincères dans leurs aflirmations, on en trouve d’autres qui, sachant que leur infirmité leur vaudra une rente, cherchent à l’augmenter pour que la rente soit augmentée d'autant. Ils agissent comme le trafiquant qui, pour conclure un marché avantageux, surfait sa marchandise. Ceuxlà sont répréhensibles.
Nous avons, enfin, les vrais simulateurs qui forgent, de toutes pièces, leur névrose et cherchent à se faire des rentes, aux dépens d’un traumatisme qui est souvent lui-même provoqué.
Les médecins, peu au courant de cette question, sont volontiers portés à voir partout de la simulation.
Comme le dit Becker, ce sont les moins instruits qui disent avoir rencontré le plus de simulateurs. Il est très facile, en effet, d’éconduire un plaignant dont on n'arrive pas à définir le mal, en soutenant simplement qu'il simule. Bouveret cite le cas de deux malades qui suspectés de simulation se sont suicidés au cours des procès qu'ils avaient engagés pour obtenir une indemnité. N’exagérons donc pas le nombre des simulateurs ; mais il n’en est pas moins vrai qu'ils existent et que leur nombre est appelé à croître avec nos idées de vulgarisation scientifique.
L'ouvrier, isolé, est par lui-même incapable d'inventer la névrose avec assez d’habileté pour tromper un expert. Mais les hommes d’affaires véreux, les tenanciers de cabinets louches, des agences de renseignements, qui sont devenues de véritables écoles de simulation, viennent à son aide. Les ouvrages de médecine, les revues, les journaux sont achetés et étudiés ; on fait alors l'éducation du prétendu traumatisé. On lui suggère les réponses qu'il doit faire au médecin, on lui indique le faciés, l’attitude qu'il doit avoir pendant les différentes épreuves de l’expertise. Si l’ouvrier n’est pas un bon élève, et que l’on ait des doutes sur la fidélité de sa mémoire, un petit résumé lui est remis pour qu’il puisse bien se pénétrer de son rôle. Un de ces simulateurs, au cours d’une expertise, s’est laissé prendre ainsi un exposé très complet, rédigé sous forme de questionnaire, des différents symptômes de la névrose traumatique.
Nous n'avons pas le monopole de ce genre d’indus-
trie qui existe aussi en Allemagne. « Des conseillers, sans aveu, séduisent les blessés déjà partiellement ou même entièrement rétablis ; ils font luire à leurs yeux l'espoir du gain, ils leur enseignent le moyen de tromper le médecin. Les rapports médicaux, dont ces individus arrivent facilement à avoir connaissance, la part qu'ils peuvent prendre aux débats judiciaires, dans lesquels les moyens de déceler la simulation sont écrits, en toutes lettres, leur apprennent toutes les finesses de leur odieuse industrie », dit un auteur allemand.
D'après une statistique, Hoffmann compte 33 o/o de simulateurs, Sehultze 36 0/0 ; par contre Oppenheim n’en admet que 4 0/0.
Comment dépister cette simulation et découvrir cette véritable escroquerie ?
Autrefois on soumettait les individus suspects à une série d'épreuves, piqûres, moxas, cautérisations par le fer rouge où les agents chimiques, douches violentes, sommeil hypnotique ; ces pratiques sont justement abandonnées. Actuellement on a plutôt recours à une observation prolongée ; le séjour dans un asile sera quelquefois nécessaire parce qu'il permeltra une observation de tous les instants. .
Les symptômes psychiques sont relativement faciles à simuler quoiqu'il nous paraisse difficile d'admettre que le simulateur ne laisse pas échapper, au cours d'examens prolongés et répétés, des erreurs qui mettront sur la voie de la supercherie. Ce rôle pour être bien joué demande une intelligence et une volonté peu communes.
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Ce sont les symptômes physiques qui serviront à dépister la simulation. L’anesthésie, l’asthénopie accommodative, le rétrécissement du champ visuel et surtout l'accélération permanente du pouls. Ces différents troubles, objectivement constatables, devront être étudiés de près.
La recherche de l’anesthésie sera faite les yeux couverts ; si elle est véritable, la peau peut être traversée en séton de part en part et aucune goutte de sang n'apparaît tout d’abord, par spasme des vaisseaux cutanés. L’accélération permanente du pouls presque impossible à simuler sera comptée à plusieurs reprises.
Un grand nombre de signes ont été donnés comme pathognomoniques. Le signe de Mannkopf qui consiste à compter le pouls en même temps que l’on éprouve la sensibilité. Tandis que le visage du simulateur reste insensible à une piqüre très forte, le nombre de ses pulsations augmente de 25 à 30. Le signe de Thiem pour les faux trembleurs. Si l’on ordonne au sujet de décrire dans l'air des figures avec le membre sain, le tremblement simulé s’arrête, car les deux membres supérieurs ne peuvent exécuter deux mouvements différents simultanés. Rumpf a décrit aussi un caractère très spécial de réaction au courant faradique qu'il a appelé réaction traumatique de la musculature.
Un procédé ou plutôt un truc beaucoup plus simple, qui ne demande aucune instrumentation, donne souvent de bons résultats.
Il consiste pour celui qui fait l'examen à paraître s'étonner, tout en causant avec son entourage, que tel symptôme soi-disant important et facile à simuler, mais qui en réalité n’a aucun rapport avec la névrose, manque au tableau clinique. Si le malade est examiné à nouveau après quelques jours, il n'est pas rare de voir ces symptômes occuper le premier plan. La supercherie est alors découverte.
Krœæpelin en Allemagne et Toulouse en France ont récemment étudié un mode d’examen complet des fonctions psychiques au moyen des tests et des poses. Le procédé consiste en une série d’exercices sur l'attention, les différentes mémoires des sons, des lettres, des phrases, l'imagination, l'association des idées, en un mot sur toutes les formes de la vie psychique.
Sil'on veut étudier, par exemple, la résistance du malade à la fatigue intellectuelle, on lui fait résoudre une série d'opérations mathématiques identiques ou tests, avec des périodes de repos mesurées exactement ou pauses. Plus le travail est fatigant, plus l’action du repos est manifeste. Chez les nonsimulateurs les résultats obtenus sont assez constants.
Ce qui fait la supériorité de cette méthode, c'est que les individus même prévenus et au courant de la question ne peuvent prévoir les résultats normaux. Malheureusement ces recherches, demandant de nombreuses séances et une instrumentation spé-
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