‹ Névrose TraumatiqueChapitre 12 sur 29 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Troubles psychiques. — Très fréquents, ils constituent quelquefois à eux seuls toute la symptomatologie de la névrose traumatique.

L’insomnie existe souvent et presque toujours est accompagnée de cauchemars se rapportant soit à l'accident, soit à des événements analogues.

Les vertiges ou accès d’étourdissement, comme disent les malades sont un des symptômes les plus caractéristiques. Ceux qui en sont atteints insistent sur ce symptôme et la description qu'ils en donnent est à peu près toujours la même.

Vibert les décrit ainsi: « Le sujet est bien pris de

vertiges, mais ceux-ci ne sont ordinairement pas très violents et il est fort rare qu'ils occasionnent une chute. « Sile malade est souvent obligé de s’arrêter et même de s'appuyer sur un objet quelconque, ce n’est pas tant parce qu'il voit tourner les objets autour de lui, ou se sent tournerlui-même, que parce que la vue se brouille, s’obscurcit, ne laissant plus apercevoir les objets que confusément. En même temps, le sujet éprouve un mal de tête très violent et souvent des bourdonnements d'oreilles. Ses idées deviennent peu nettes, et surtout il ressent un malaise général qu'ilne peut définir mais quiest extrêmement pénible. Leur durée varie de quelques minutes à plus d’une heure. Dans les formes graves, ils se répètent plusieurs fois par jour.

Ils se produisent parfois sans cause appréciable, mais souvent ils sont provoqués par un excès de boisson même très léger et surtout par la fatigue intellectuelle. C’est ainsi que nous avons été fréquemment à même de les observer au cours de nos examens, à la suite d’un interrogaloire prolongé, ou bien pendant l’exploration de l'étendue du champ visuel. On voit alors le malade balbutier, demander à se reposer, prendre sa tête dans ses mains, répondre à peine quelques mots. Il pâlit et son pouls devient souvent faible et irrégulier. »

La faculté d'attention est amoindrie sans être touchée dans son essence même. Cet amoindrissement paraît résulter surtout de la fatigue que demande son exercice.

La mémoire est atteinte et d’une façon un peu spéciale, qui est, elle aussi, caractéristique de la névrose traumatique. La diminution de la mémoire ne porte pas sur les faits antérieurs à l'accident, mais plutôt sur les événements récents. On l'a appelé mémoire « à lacunes ou amnésie de fixation », parce que le malade a des oublis perpétuels sur le même sujet. Ces lacunes de la mémoire affectent gravement. C’est d’ailleurs pour ceux qui en sont atteints une source d’ennuis. Pour en citer quelques exemples classiques, un médecin oubliait ses rendez-vous, ne se rappelait plus ni les noms,ni la dose des médicaments ; un cocher était obligé de demander plusieurs fois à son client la rue où il devait le conduire ; une ménagère oubliait l'heure des repas; un commerçant faisait la même commande à plusieurs fournisseurs. Beaucoup ne lisent plus, parce qu’au bas de la page ils ont complètement oublié ce qu'ils ont lu auparavant.

Le caractère est modifié. Les traumatisés deviennent pessimistes, hypocondriaques, insociables. Ils se croient, sans qu'il y ait de leur part exagération consciente ni supercherie, plus gravement atteints qu'ils ne le sont en réalité. Tout les fatigue ‘une conversation même peu suivie, les jeux de toutes sortes; aussi fuient-ils la société. Ils ont conscience de cette infériorité et par suite deviennent irascibles. Ils sont aussi très émotifs et s’attendrissent pour des

événements insignifiants.

Troubles sensitifs. — La céphalalgie existe fré-

Chopard 3

quemment, céphalalgie en casque, comme celle des neurasthéniques. Elle n’est pas continue, mais existe par accès.

L'hyperesthésie et l’anesthésie, symptômes hystériques, se rencontrent dans beaucoup de cas. L’anesthésie tantôt intéresse toute une moitié du corps, tantôt est limitée à un membre, sans correspondre au territoire d’innervation d’un nerf déterminé. D'autre fois, elle est localisée en des zones irrégulières correspondant au siège de la blessure. L'hyperesthésie est surtout lombaire et rachidienne.

Parmi les troubles de la sensibilité sensorielle, on a noté de l’asthénopieaccommodative. La vue devient confuse, les lettres s’embrouillent, survient un état de fatigue, un mal de tête, puis, si le malade persiste à lire, l'accès d’étourdissement dont nous avons parlé. L’acuité de l’ouie peut être plus ou moins diminuée, ou présenter de l’hyperacousie. Mais le plus important est le rétrécissement du champ visuel. Pour le rechercher, un examen campimétrique est nécessaire.

Les fonctions génitales sont très diminuées et quelquefois abolies. La diminution des réflexes est aussi la règle ; rarement on a constaté l’abolition ou l’hyperexcitabilité.

Troubles moteurs. — Les paralysies, les contractures sont analogues à celles que l’on rencontre chez les hystériques et qui sont bien connues de tous. On a noté aussi de l’amyosthénie et plus rarement du tremblement généralisé ou partiel.

Troubles viscéraux. — Les troubles digestifs consistent surtout en manque d’appétit, pesanteur d'estomac, aigreur après les repas. Ces troubles n’ont d’ailleurs que peu de retentissement sur la santé générale, et les malades les plus gravement atteints ont souvent les apparences extérieures d’une santé parfaite.

Un autre symptôme important c’est l’accélération permanente du pouls. Cette accélération ne peut être attribuée à l'émotion causée parl’examen, car répété à plusieurs reprises, lorsque l'attention du malade est détournée, elle reste la même. Elle peut atteindre 120, quelquefois 140 pulsations sans que le malade en ait conscience parce qu'elle ne se manifeste par aucun irouble.

Les principaux symptômes et les plus caractéristiques sont donc, comme nous venons de le voir, les vertiges, la diminution de la faculté d’attention, l’état particulier de la mémoire, le changement de caractère et comme troubles somatiques objectivement constatables, l’asthénopsie accommodative, le rétrécissement du champ visuelet l’accélération permanente du pouls.

Tous ces symptômes ne se rencontrent que rarement chez le même sujet. Mais de ce que l’un ou plusieurs manquent, ilne faut pas en conclure qu'il ne s’agit pas de névrose traumatique. On peut trouver toutes les gradations, depuis les troubles psychiques légers qui font dire du blessé qu'il n’est plus le même homme qu'avant son accident, jusqu'aux

= 40 = symptômes graves qui mettent l'individu dans l’impossibilité absolue de vaquer à ses occupations.

S'agit-il d'une forme hystérique, ce seront les symptômes hystériques qui seront prédominants, les paralysies fiaccides (monoplégies, paraplégies, paralysies segmentaires, hémiplégies), les contractures, les arthralgies.

S'agit-il d'une forme neurasthénique, ce seront les symptômes neurasthéniques qui occuperont la première place ; la céphalée, l’insomnie, les peurs ou phobies, les vertiges, la dépression générale des facultés intellectuelles, l’asthénie neuro-musculaire, l’amoindrissement des fonctions génitales.

A ces symptômes principaux peuvent s’en ajouter d’autres que l’on a appelés symptômes surajoutés. Ces derniers peuvent occuper le premier plan : il faut alors un examen minutieux pour dépister la névrose traumatique qui, dans ces cas, simule soit une autre névrose, Soit une maladie organique du système nerveux. Le diagnostic est dans certains cas rendu encore plus diflicile par ce fait que le symptôme surajoulé et prédominant est souvent un de ceux

que l’on ne rencontre que rarement dans la névrose traumatique, comme la dyspnée ou les troubles cardiaques.

Mieux que nous, les observations feront comprendre les différences que présentent les malades, suivant les formes de névrose. C’est pourquoi, à la fin de notre travail, nous donnons plusieurs observaüons correspondant aux principales variétés.

ETioLoGiE

Deux facteurs interviennent dans l’étiologie de la névrose traumatique : le choc physique, c’est-à-dire le traumatisme ; le choc moral, c’est-à-dire l’émotion.

Erichsen, qui, le premier, en 1866, donna une description clinique des iroubles consécutifs aux traumatismes, admit l'existence de lésions cérébrales et surtout médullaires. Les traumatismes étudiés par lui étant principalement consécutifs à des accidents de chemin de fer, on donna le nom de Railway- Spine à ces troubles morbides. Puis, les symptômes cérébraux ayant paru prédominants, on substitua à ce nom celui de /tailway-Brain. On admettait donc une lésion organique cérébro-médullaire. On fit ensuite jouer au choc moral le rôle prédominant et on alla jusqu’à nier l'influence du traumatisme.

Actuellement, les opinions sont encore très partagées. Beaucoup, avec Kræpelin, veulent que « les psychoses traumatiques aient essentiellement une origine psychique », tandis que d’autres ne veulent pas admettre que cette entité morbide n'ait pas pour substratum une lésion organique.

D'après Vibert cette affection ne se développe

guère ? que chez les blessés, qui ont subi un traumalisme spécial, de nature à causer un ébranlement physique des centres nerveux. Dans certains cas, cet ébranlement n’a pas occasionné de lésions matérielles ; dans d’autres, au contraire, ces lésions existent. « Cette opinion, dit-il, est basée sur les résultats fournis par les autopsies d’accidentés. Souvent, en effet, chez les individus qui ont succombé à un traumatisme, ayant occasionné un ébranlement de tout le corps, on observe des foyers de

contusions cérébrales, siégeanttoujours dans l'écorce,

des hémorragies méningées circonscrites. Ces lésions

-sont parfois fort minimes. Ces petits foyers de contusion, intéressant exclusivement l'écorce, les poussées de méningo-encéphalite qu'ils occasionnent, les altérations définitives qu'ils laissent, nous apparaissent comme le substratum des symptômes si graves et si tenaces que l'on observe chez certains des sujets, qualifiés d'hystéro-neurasthéniques. »

A l'appui de sa thèse, il donne les motifs suivants. Dans certains cas de névrose, le blessé n’a pu avoir aucune émotion. L’émotion la plus violente ne suflit pas à créer l'hystéro-neurasthénie. Les individus, qui, au cours d’une rixe, d'une attaque nocturne, reçoivent des coups de couteau ou des balles de revolver, subissent, outre le traumatisme, une émotion violente, et cependant, dans ces cas, on n’observe pas de névrose.

Abstraction faite des cas d'hystérie pure pour lesquels le shock nerveux, ou traumatisme psychique ,

joue manifestement le premier rôle, il semble bien que pour les autres le traumatisme physique est la . Cause principale.

Si les lésions matérielles sont insignifiantes, les troubles seront de courte durée et guérissables ; si elles sont, au contraire, plus importantes, nous avons affaire à ces néyroses graves et tenaces qui servent d'intermédiaire aux psychoses. « Je crois à la fréquence d’une lésion initiale peu grave, dit Brouardel. »

La prédisposition, qui joue un si grand rôle dans toutes les affections médicales, ne parait pas avoir une part importante dans l’étiologie de la névrose traumatique. Dans un accident de chemin de fer, par exemple, les personnes nerveuses nesont pas particulièrement atteintes, la prédisposition intervient seulement pour faire évoluer, soit dans le sens hystérique, soit dans le sens neurasthénique les différents symtômes.

Le médecin n’aura pas à en tenir compte car un arrêt de la Cour de cassation du 23 juillet 1902 est formel. « L'état d’infirmité dans lequel se trouvait la victime avant l'accident importe peu au point de vue de la détermination de son état actuel, et par suite de l'indemnité à laquelle elle a droit. »

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