‹ Névrose TraumatiqueChapitre 15 sur 29 · SE DAS · texte numérisé non relu

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De même Kræpelin dit dans sa Psychiâtrie : «On a constaté que la névrose traumatique depuis la loi de l'assurance contre les accidents a augmenté non seulement en fréquence mais aussi en gravité. Auparavant les malades paraissaient se rétablir plus vite et plus facilement. Il parait y avoir dans notre Code civil des causes d’aggravation qui empêchent la guérison rapide après les accidents. Ces causes d’aggravation doivent être recherchées dans le combat pour la rente. Mais, en même temps, il faut tenir compte de ce que ces faits surviennent chez des individus qui n’ont pas la force de résister à diverses influences, à savoir : le désir d’avoir une rente plus élevée, de rester inactifs, l'influence de l'entourage, la défiance contre les compagnies et les médecins, l'incertitude sur la terminaison du procès, et souvent la misère profonde dans laquelle se trouve l’accidenté avant la solution. »

Il est incontestable que les soucis engendrés par le procès, la crainte de ne rien obtenir et de se trouver sans aucun moyen d'existence, car nous l’avons vu, ces malades sont persuadés qu'ils ne guériront jamais, créent, chez ces malheureux, un véritable état d’obsession. Si, à ces préoccupations légitimes, nous ajoutons encore la répétition des examens médicaux, le traitement médical lui-même, et aussi l’oisiveté continuelle, on comprendra facilement que cette auto-suggestion, comme dit Charcot, joue un rôle considérable.

Dans les cas de ce genre, la terminaison du procès

étant la fin de cette obsession ne peut avoir qu’une heureuse influence pour le malade; et, le cerveau, délivré de ces soucis, est en meilleure situation pour revenir à l’état normal.

De là à poser en principe que les malades ne gué-. risseni pas avant la terminaison du procès occasionné par l'accident mais qu'ils guérissent certainement après, il n'y avait qu'un pas. C’est là assurément un procédé commode, qui dispense de chercher un pronostic pour chaque cas particulier, mais ce n’est malheureusement pas exact.

Des cas de névrose traumatique ont été rencontrés chez des individus, à la suite d'accidents dont personne n’était responsable et pour lesquels il n’y avait donc rien à espérer d'un procès quelconque. Bouveret cite le cas d'un de ses malades hystéroneurasthénique depuis dix ans ; la question de son indemnité avait été tranchée huit ans auparavant. il avait gagné son procès et n’était pas guéri. Dire aussi que l’état du malade ne change jamais avant la terminaison du procès est exagéré ; souvent on constate des améliorations.

Pour connaître ce pronostic nous ne disposons actuellement d’aucun critérium et nous devons nous contenter de quelques données générales.

S'il s’agit d’hystérie pure la guérison, généralement subite, ne peut être prévue en aucune façon. Elle peut avoir lieu aussitôt après le règlement de l'indemnité ou seulement plusieurs années après. C’est peut-être le cas de ce malade dont parle Raymond,

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qui obtient une grosse indemnité et va le soir même du procès danser au Moulin-Rouge.

La forme hystéro-neurasthénique de gravité moyenne guérit habituellement. Si au moment de l'examen, les symptômes ne sont ni très nombreux, ni très accentués, et surtout si les plus importants, se sont notablement atténués, on peut pronostiquer avec peu de chances de se tromper, que l’amélioration continuera et que la guérison s’ensuivra, mais rarement avant une année. Les certificats médicaux établis à diverses dates, s'ils sont suffisamment complets, rendront de grands services. [ls permettront de comparer l’état du traumatisé au moment de l’expertise avec les différents états au moment de la rédaction de ces certificats.

Si les divers troubles, surtout des fonctions psychiques, sont au contraire nombreux et accentués ; si l'on constate un grand découragement, une très profonde dépression morale, le pronostic est plus sombre.

Certains symptômes font-ils soupçonner des lésions matérielles persistantes, le pronostic doit être réservé, contrairement aux autres cas, comme nous le verrons.

Nous ne parlons pas de ces malades dont les troubles cérébraux aboutissent au délire et à l’aliénation mentale. Nous avons affaire alors à des psychoses. L'existence même peut être en jeu, le suicide -pouvant être la conséquence de cet état morbide.

€ Si j'avais à condenser.ma pensée.sur le, pronos-

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tic et l'avenir de la neurasthénie traumatique, dit M. le professeur Thoïinot, je vous dirais, d’après ce que j'ai lu, et d’après ce que j'ai vu : sur cent cas de cette sorte quatre-vingt-dix guérissent soit spontanément, soit sous l'influence du règlement de l'indemnité légale ; mais dix ne guériront pas ou s’amélioreront seulement, ne laissant au blessé qu’une valeur industrielle limitée, et sur ces dix, un peut être voué aux plus graves troubles cérébraux. Et sachez que dans un cas donné d’hystéro-neurasthénie et de neurasthénie ; j'entends un cas typique, sérieux ; nous ne disposons d’aucun critérium qui nous fournira sûrement la formule du pronostic à établir. »

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