‹ Névroses à DéchargeChapitre 15 sur 20 · LL A ANS · texte numérisé non relu

LL A ANS

Chez ce dernier, le délit (vol d'une paire de chaussures) revêlait les caractères d'une véritable action automatique. En passant devantun magasin de chaussures, ils'arrèêta quelque temps à en contempler deux ou {rois paires, puis, sans s'inquiéter s'il était observé, il S'emparait d'une et poursuivait son chemin, Vu et signalé aux gardiens, arrêté et con-

duit à la questure, il admet qu'il a pris les chaussures, mais

24007 es

ne sait pas dire pourquoiil l’a fait,en possédant assez et étant suffisamment fourni d'argent par son père, qui était riche.

Ce jeune homme avait grandi en peu de mois de plus de dix centimètres. À l'augmentation de sa taille avaient succédé des troubles de sa santé, se rattachant à la maladie de Basedow,tachycardie,hypertrophie du corps thyroïde, tremblement général, teint ictérique, avec altération du caractère irritabilité et tendance à vagabonder sans but. IL était revenu depuis peu à l’école, amélioré en apparence, lorsque le fait s'est accompli.

Dans ces deux observations, hystérie, épilepsie, Basedowisme, sont-ils différenciabies ? Et pouvonsnous les caractériser autrement que par les caractères généraux qui font l'objet de cette étude ?

OBSERVATION IV (personnelle).

A... B..., 43 ans. Pas d’hérédité autre qu’un père nerveux, une mère asthmatique. Frères et sœurs nerveux et bien portants. A toujours été délicate, intelligente et nerveuse.

Somatiquement, ocliques néphrétiques et ancienne métrite. Bonne santé générale. Bien réglée. Superbement constituée. Aucun signe de dégénérescence physique. Pas de convulsion dans l'enfance. Réglée à dix ans avec quelques troubles anémiques.

Timide, obéissante et un peu sauvage. Pleure très facile-

ment, très grande émotivité, tout l'impressionne. Ses émotions se traduisent. La syncope vient vite ; paleur ou rougeur du visage constantes. La malade est une véritable sensitive sur laquelle son entourage exerce beaucoup d'influence. Très éducable, elle est entre les mains de ses maîtres un instrument intelligent dont ils tirent le meilleur parti. Mystique et réveuse,

Elle se développe dans ce sens impressionnable, suggestionnable, Grandes qualités de cœur. Plutôt négative qu'active. Manque de volonté et de sang-froid. Traductions émotionnelles : larmes par crises, migraine, syncope. Absences de mémoire courtes. Excellent caractère. Développement intellectuel remarquable.

À 22 ans, sans aucune infection ni intoxication, en pleine et parfaite santé, à la suite de traumatismes moraux considérables, les syncopes deviennent plus fréquentes et plus longues, larmes par crises, le caractère devient irritable, malgré tous les efforts de la malade pour se dompter, un rien l’impressionne malgré elle. Elle se rend compte de son état nerveux instable et maladif et qu'elle ne peut dominer. Elle est la première à le déplorer et fait tout, si elle en souffre, pour éviter d'en faire souffrir autour d'elle.

Un soir, à la suite d'une nouvelle émotion, première crise nerveuse à allure hystérique franche, mouvements toniques et cloniques. Pas de délire ni d'altitude passionnelle. L'habitude des crises s'installe, mais des crises avortées ; la malade perd connaissance lotalement, à quelques mouvements toniques, c'est tout ; à la moindre contrariélé, à la moindre émotion, au moindre bruit subit, la crise arrive en miniature, jamais la grande explosion. Cet état dure plusieurs années.

Entre Lemps apparaissent coliques néphrétiques et

métrile après accouchement, Pas de troubles spéciaux pen-

dant la grossesse. La malade erre de gynécologues en spécialistes des voies urinaires. L'amélioration ne se fait ni dans un sens, ni dans l’autre.

La malade, traitée enfin par la psychothérapie bien comprise, sans isolement et chez elle, voit ses crises diminuer, puis disparaitre totalement. Elle n’en a pas repris depuis dix ans. Reste émotive, souffre toujours des reins et de l'utérus. Les syncopes ont disparu, les migraines persistent,

De temps à autre, absences de mémoire.

Nous pouvons étudier là un exemple ; nous en pourrions citer bien d’autres. Examinons-le en détail. Il a ceci d'intéressant, que nous sommes sur les frontières. Nous voyons là tous les degrés de la maladie comme en voient tous les praticiens. Au début, un être dont les neurones se mettent facilement en hypertension et se déchargent à la plus petite émotion. Cette malade aurait pu longtemps, sinon toujours, rester dans cet état limite. Le traumatisme est arrivé. L’habitude de la crise ébauchée se prend. Elle aurait pu demeurer ou s’aggraver.

Là intervient cette suggestionnabilité dont avait ioujours fait preuve la malade et qu'avait encore exagéré l'état pathologique. Le remède se trouve dans le mal.

Mais nous pouvons imaginer tous les degrés entre l’état normal et l'état initial de cette malade comme toutes les transitions entre son état à un moment donné et l’hystérie franche typique.

UC

OBSERVATION V (Personnelle).

L. R., 37 ans, hérédité très chargée, père nerveux, instable, entreprenant, très intelligent, à passions fortes, sans continuité dans les idées et sans volonté définie.

Le père a un frère tuberculeux, une sœur aliénée, une de ses filles tuberculeuse, un fils qui se suicide et celui dont nous rapportons l’observation.

Pas de convulsion dans l'enfance et rien de pathologique que son état mental. Enfant instable, capricieux, fantasque. Fait tout de facon exagérée, incapable de se dominer en rien.

Pas de signe de dégénérescence. Côtés latéraux du crâne un peu bombés. Physionomie ouverte, œil vif et intelligent. Facultés d’assimilation et de création remarquables, sentiments excessifs ; travaille, comme il fait tout, par poussées, suivies de périodes de relâchement, de laisser aller où d’apathie.

A des colères brusques, violentes et sans cause suffisante. Après il le regrette, pleure, fait des excuses. Il dit qu'il ne peut dominer ses nerfs.

S'il essaye, il survient des migraines atroces qui le mettent au litet dans l'obscurité avec des vomissements constants. Névralgies au moindre courant d'air. Est la proie des impressions qui agissent sur son système nerveux. Il ressent les moindres contacts de son milieu et les rend de façon exagérée. Syncopes, absences de mémoire, vertiges, mais très rares, impulsions fréquentes qu'il n'arrive pas

toujours à dominer.

= HUles

Evolue de cette façon, reste un exagéré réactionnel, un anormal au point de vue sensitif et moteur. Arthritique, a du sable rouge dans les urines. Passions vibrantes et qui le dominent complètement, incapable de se surmonter, tout entier à ses sentiments affectifs dont il est l’esclave et qu'il trouble par l'irrégularité de son caractère emporté.

Un jour, brusquement, dans la rue, en causant à un ami, chute sur la têle, écume sanglante, morsure de la langue, perte des urines, mouvements toniques et cloniques, coma. La crise se répète une autre fois, sans cause apparente.

Les urines sont examinées quelques mois après par un autre médecin. Gros disque d’albumine. Régime et traitement. ,

Depuis six ans, le malade n’a pas repris de crise. Reste comme avant névralgique, migraineux et anormal.

Ces observations ont ceci d'intéressant, qu'elles nous montrent des cas limités, des individus arrivant rarement jusqu à la décharge à forme de crise franche et s’en tenant là. Il est évident qu'au point de vue théorique, entre eux et les cas francs, la distance n’est pas grande; nous pensons quelle est énorme au point de vue pratique,

Nous croyons qu'il y a toute une classe d'individus à système nerveux peu touché, susceptibles de rester toute leur vie des Aystérogènes ou des éprileptogènes, sans pour cela devenir hystériques ou épileptiques francs. Ils rentrent dans le cadre de ceux que l’on a appelé des cérébraux; ce sont des cérébraux à décharge.

Prenons les observations précédentes. Est-il pos-

AD

sible de dire, avant la signature donné, par la crise, ce malade fera de l’épilepsie ou de l'hystérie. Ce sont des individus à décharge facile, traduisant vite et trop, incapables de dominer leurs réactions et devenant la proie de leurs émotions.

OBSERVATION VI (Personnelle).

A. L., 62 ans. Père colérique et éthylique, mort à 82 ans; mère admirablement intelligente et équilibrée, morte d'accident. À une nièce dans un asile. L'internement est arrivé à la suite de déceptions affectives chez une jeune fille hypersensible et passionnée à l'excès. Quatre enfants, un garcon mort de diarrhée infantile, deux autres actuellement en bonne santé, l’un un peu anormal, quoique très intelligent ; l'autre a donné quelques inquiétudes pour sa santé pulmonaire au moment de la puberté, très équilibré et réussissant bien. Une fille hypersensible et délicate. La mère est une femme de grande valeur, qui passe sa vie à corriger les écarts de son mari.

Celui-ci s'est toujours bien porté. De souche montagnarde, élevé à la dure, a donné une grosse somme de travail physique et intellectuel {oute sa vie. Pas d'autre maladie que deux érysipèles et des poussées de rhumatisme. Migraineux et névralgique. Jouit pour son âge d'une excellente santé physique ; même pas très scléreux.

Est un type net d'individu à décharge ou colérique ou émotive. S'il a des ennuis ou des contrariétés commercia-

At

les ou autres, ne sait que se lamenter d’une façon exagérée ou entrer dans des colères, dit son entourage, de fou furieux. Il casse tout dans ces moments-là.

S'il essaye de dominer ses colères, prend des maux de tête ou des migraines à répétition qui l'obligent à garder la chambre dans l'obscurité. Pour une excitation donnée, il semble que la décharge soit nécessaire. À bu un peu, ne boit plus ; la boisson exagère simplement ces symptômes.

Est intelligent, très actif, honnête, bon père, mais instable, irritable, instinctif et impulsif; change d'opinion brusquement; ses employés disent qu'avec lui on ne sait jamais sur quel pied danser.

Passions irrégulières auxquelles il est {totalement soumis. Type net d'incomplet. Sénilité morale commencçante, amours ancillaires. À toujours été d’une suggestibilité et en même temps d’un orgueil ridicules. À eu constamment des parasites ; en le flattant, dit-on, on en obtient tout. Certains prennent cette faiblesse mentale pour de la bonté. Cette suggestionnabilité s’exagère tellement avec l’âge que son entourage est obligé de veiller constamment sur lui et de ne point laisser à sa disposition des sommes d'argent importantes.

Ses colères, avec l’âge, sont plus rares, mais ont davantage un caractère pathologique. Elles surviendront brusquement, sans cause ou pour des riens. Le malade entre alors dans des rages froides, contenues, où il ferait du mal. Il essaye encore de se dominer, mais y arrive bien rarement depuis l'accident suivant, survenu il y a un mois.

A la suite d’une discussion provoquée par ses écarts de caractère, il sent venir la crise colérique habituelle. Se rendant compte pourtant qu’il est dans son tort absolu, il se raidit, échappe à la colère, mais, nous dit-il, immédiatement après, il est paralvsé côté gauche de la figure et côté

Page 1