L'Artiste, 13 juillet
Il n'allait pas jusqu'à Irouver du génie à Scribe; mais il écrivait, à propos de la pénurie d'auteurs comiques : <c Bertrand et Ruton, et peut-être In Camaraderie, sont encore ce que nous avons de mieux depuis Beaumarchais ^ ». Il parlait sans respect du drame romantique et en sonnait déjà le glas il y a plus d'un demi-siècle. Latour de Saint-Ybars venait de donner sa Virginie à la Comédie-Française. Gérard de Nerval fut de l'avis du public, qui avait trouvé la pièce mauvaise; mais il n'en dissimula point son regret : « Nous voudrions de tout notre cœur, disait-il, admirer ce qu'on nous présente comme une restauration de la tragédie après les saturnales du drame, et nous admettons volontiers qu'on soit aujourd'hui fatigué du moyen âge et de l'histoire moderne, comme on l'était il y a quinze ans des Grecs et des Romains -.
Les articles de fantaisie sont très supérieurs aux articles de critique. Quelques-uns ^ sont exquis, et ont pu être rapprochés des RèveHes du Promeneur solitaire sans être trop écrasés sous la comparaison. Tous émanent du Gérard de Xerval poète et bohème, et sont remplis de lui, et de ce que le « frère mysticfue » lui chuchotait à l'oreille pendant leurs courses solitaires. Ils nous disent à bâtons rompus, dans un désordre où s'enchevêtrent la poésie et la vérité — comme elles s'entremêlaient dans l'esprit de l'auteur, — le conte bleu que fut sa propre existence, et le seul qu'il ait jamais su inventer. En effet, ses œuvres nous
1. La Presse, 10 août 184o. Gérard cl-e Nerval faisait le feuilleton dramatique à la Presse ^pendant les absences du titulaire, Théophile Gautier.