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Pichon, loc. cit

2. Il esta remarquer que les préparations peuvent être plus ou moins fortes. Ces chiffres n'indiquent donc rien de précis.

QUTNCEY. 99

Kant et Schelling rtaiont relégués sur leur rayon : il

ne les comprenait plus. Tout travail était « odieux à

son cœur », tout effort d'attention impossible à son

cerveau. C'était presque de l'imbécillité, sauf sur un

point, un seul : son sens moral ne fut jamais obscurci.

11 vit toujours très nettement ce qu'il aurait fallu faire

ou ne pas faire, bien que cela n'eût plus aucune

inlluence sur sa conduite. La conscience avait gardé

son activité, elle avait même redoublé d'acuité; la

volonté, supplice effroyable, était devenue inerte; elle

était anéantie, annulée. Quincey se compare, pendant

cette descente aux enfers, à un paralytique qui voit

entrer les assassins de ceux qu'il aime et ne peut

faire un mouvement pour les secourir. Des angoisses

impossibles à décrire le déchirent : « Il donnerait sa

vie pour pouvoir se lever et marcher »; mais il ne

bouge pas, ne bougera pas, ne fera même pas un

effort pour bouger.

Autour de lui, son bonheur s'écroulait. Sa petite fortune avait fondu, par générosité d'abord — il avait donné 300 livres sterling, anonymement, à Coleridge, — et puis par désordre et incurie; il n'était plus en état d'écrire une lettre ni de s'occuper d'une affaire. La misère était entrée dans la maison, et les enfants arrivaient. Ouincey les voyait pâtir, il voyait sa femme s'épuiser, et son cœur saignait, mais il était le paralytique qui ne peut pas.

Il n'était plus question de « béatitudes » pour compenser ces tortures et cette dégradation. L'opium avait perdu ses vertus « divines ». Plus de « débauches intellectuelles », plus de voluptés inédites; rien qu'une torpeur stupide et d'horribles tourments. Éveillé, les hallucinations l'obsédaient; endormi, il avait des rêves terrifiants : « La nuit, quand j'étais éveillé dans mon lit, d'interminables, pompeuses et funèbres proces-

Univertig^

sions défilaient continûment devant mes yeux, dérou lant des histoires qui ne finissaient jamais et qui étaient aussi tristes, aussi solennelles, que les légendes antiques d'avant OEdipe et Priam ». Il s'assoupissait, et c'était alors « comme si un théâtre s'ouvrait et s'éclairait subitement dans son cerveau ». La nuit se passait en « représentations d'une splendeur supraterrestre », qu'accompagnaient « une angoisse profonde et une noire mélancolie,... Il me semblait, chaque nuit — non pas métaphoriquement, mais à la lettre, — descendre dans des gouffres et des abîmes sans lumière au delà de toute profondeur connue, sans espérance de pouvoir jamais remonter. Et je n'avais pas, quand je me réveillais, le sentiment cWHre remonte. Pourquoi m'appesantir sur ces choses? II est impossible de donner avec des mots une idée, même éloignée, de l'état de sombre tristesse, de désespérance voisine de l'anéantissement, qui accompagnait ces spectacles somptueux. » Les notions d'espace et de durée avaient subi de puissantes déformations. « Monuments et paysages prirent des formes trop vastes pour ne pas être une douleur pour l'œil humain. L'espace s'enfla, pour ainsi dire, à l'infini. Mais l'expansion du temps devint une angoisse encore plus vive; les sentiments et les idées qui remplissaient la durée d'une nuit représentaient pour moi la valeur d'un siècle ^ » Il raconte quelques uns de ses rêves et leur progression dans l'angoissant et l'effrayant. Au commencement, il vit des architectures monstrueuses et vivantes, qui grandissaient sans fin et se reproduisaient sans fin, chaos d'édifices mouvants dont les masses « sans repos » s'élançaient vers les cieux et se précipitaient dans des abîmes sans fond. Des lacs I

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