‹ NévrosésChapitre 29 sur 126 · Traduit par Baudelaire · texte numérisé non relu

Traduit par Baudelaire

« argentés » leur succédèrent, accompagnés de maux de tête qui se prolongèrent aussi longtemps que l'eau fut « l'élément obsédant » de ses rêves. « Les eaux changèrent graduellement de caractère; les lacs transparents, brillants comme des miroirs, devinrent des mers et des océans. Et alors se produisit une métamorphose redoutable, qui se découvrit comme un rouleau lentement déroulé. » Ouincey connut ce qu'il appelle « la tyrannie de la face humaine », et ses précédents cauchemars n'étaient que jeux riants auprès de ce supplice. « Alors, sur les eaux mouvantes de l'Océan commença à se montrer le visage de Thomme; la mer m'apparut pavée d'innombrables tètes tournées vers le ciel; des visages furieux, suppliants, désespérés, se mirent à danser à la surface, par milliers, par myriades, par générations, par siècles; mon agitation devint infinie et mon esprit bondit et roula comme les lames de l'Océan '. »

Ensuite vinrent les rêves orientaux, évoqués par le souvenir d'un Malais en turbçm et costume oriental, qui avait frappé un soir à sa porte, dans sa solitude de Grasmere, et avait avalé goulûment un morceau d'opium « à tuer une demi-douzaine de dragons, avec leurs chevaux », après quoi il avait poursuivi sa route comme si de rien n'était, et Ton n'avait plus entendu parler de lui-. La face de cet étrange visiteur fut une de celles qui « tyrannisèrent » le plus cruellement les rêves de Quincey. Elle se multipliait à l'infini; elle était le vaste grouillement humain de l'Inde et de la Chine, de l'Asie entière, de l'immense Orient, officina gentium aux « religions monumentales, cruelles et compliquées », aux sentiments indéchiffrables pour l'homme de l'Occident. Quincey avait toujours abo-

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