Influence de la suggestion
De quoi dépendent ces phénomènes? Quel est le fait principal autour duquel les autres paraissent se ranger? Autrefois on insistait beaucoup sur les phénomènes physiques, sur les modifications organiques déterminées par le magnétisme animal. Il est incontestable que de tels phénomènes doivent exister, le somnambulisme lui-même dépend de certaines modifications cérébrales et quelquesunes de ces modifications doivent persister après le réveil; la fin de la période d'influence, la période de besoin doivent également correspondre à des modifications cérébrales.
Cette influence physiologique est surtout manifeste, si on tient compte des modifications qui dépendent de Ja durée du sommeil lui-même. Dans mon étude sur l'automatisme psychologique, j'ai déjà indiqué comment j'avais maintenu une personne immobile dans un état de sommeil profond, pendant quatre jours et demi, et comment j'avais pu guérir ainsi une paraplégie hystérique qui avait résisté à tous les autres procédés1. Récemment M. Wetterstrand s'est beaucoup occupe de cette question des sommeils artificiellement prolongés et de leur grande valeur thérapeutique. J'ai eu l'occasion de reprendre récemment cette expérience et j'observe encore aujourd'hui des métamorphoses véritables qui surviennent chez certains malades après des sommeils provoqués que l'on prolonge pendant plusieurs jours. Chez certains de ces malades, qui livrés à eux-mêmes ont un sommeil tout a fait insuffisant, il faut ainsi reposer le cerveau avant de chercher à réveiller son activité et le sommeil ainsi déterminé a évidemment une action physique. Tout cela est incontestable ; mais il est non moins incontestable que nous ne savons rien de ces phénomènes physiologiques. Ils ont lieu dans l'intimité des cellules corticales, ce sont des modifications dans la quantité ou la répartition de l'influx nerveux, c'est-a-dire que ce sont des choses encore inaccessibles à notre observation. Nous devons nous bornera constater les faits manifestes et ceux-ci sont encore presque uniquement d'ordre psychologique.
Il semble facile d'expliquer alors ces faits d'influence somnam- I. Automatisme psychologique, 1889, p. i3/j et p. !\b!\.
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On sait que la suggestion dite posthypnotique s'exécute un certain temps après le somnambulisme, soit à un signal détermina . le point de repère, soit après une période plua ou moins loni calculée subconsciemmenl par le sujet. Mais quelle est la longueui de cette période, pendant combien de temps la suggestion pc hypnotique peut-elle Be conserver dans l'esprit du sujet ?Ce poinl ne me semble pas avoir été étudié avec assez de précision. Beaucoup d'auteurs ont signalé à titre <lc curiosité des suggestions très prolongées qui ne. s'exécutaienl qu'après cent jours, deux cents jouis, un an. J'ai constaté sur bien des sujets, en particulier sur celte somnambule que j'ai décrite antre I ia - ms le nom île Léonie, bien des faits semblables. Je lui faisais une suggestion
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pendant le dernier somnambulisme avant son départ, - ion
qui ne s'exécutait qu'un an après, au moment de son retour. Il est dans ces cas assez inutile de préciser exactement le nombre des jours, car, chez certains sujets et dans certains cas, la du d'une suggestion semble indéfinie. Léonie exécutait encore très correctement au premier signal et d'une façon subconsciente dés suggestions qui lui avaient été faites trente ans auparavant par M. le Dr Perrier (de Caen), son premier hypnotiseur. Mais il faut bien savoir que cette prolongation est un lait particulier à quelques sujets et dans certaines conditions, et que ce n'est aucunement une loi générale de la suggestion, o or»
Pour étudier la iréquence du phénomène et ses conditions j'ai disposé l'expérience de la manière suivante. Pendant l'état de somnambulisme, au moment, constaté antérieurement, de la plus grande suggestibilité, je donnais au sujet une série de suggestions
i',-2 INFLUENCE SOMNAMBULIQUE
devant être exécutées à diverses dates de plus en plus éloignées. Par exempte, immédiatement après le réveil, le sujet devait déchirer un morceau de papier placé sur la table ; le lendemain il devait écrire une lettre; ; deux jours ou huit jours après il devait chercher une personne et lui dire un moteonvenu, etc., etc. Dans d'autres cas je me suis borné à commander la continuation indéfinie d'un même acte : tous les jours le sujet devait me saluer d'une certaine manière ou faire un certain détour pour entrer dans la salle. Mais la première forme de l'expérience m'a paru plus intéressante et je l'ai répétée surplus de trente somnambules. Pour que cette expérience ait toute sa valeur il faut prendre certaines précautions, il faut éviter d'endormir de nouveau le malade avant l'exécution des suggestions, car un nouveau somnambulisme contribuerait nécessairement à rappeler et a répéter les commandements donnés; il est même bon que le sujet livré à lui-même et observé à son insu ne voie plus son hypnotiseur.
En procédant de la sorte j'ai constaté certains cas curieux de prolongation de la suggestion : Rose, après avoir quitté l'hôpital sans être de nouveau endormie et sans me voir, a exécuté régulièrement des suggestions pendant quatre-vingts jours, et ce n'est qu'après cette longue période qu'elle a cessé d'obéir et qu'elle a commencé à m'oublier, mais dans mes observations des cas de ce genre sont tout à fait exceptionnels.
Beaucoup plus nombreux sont les sujets qui exécutent seulement les suggestions les plus prochaines ; ils accomplissent très bien l'acte qui doit être fait au réveil, à la rigueur celui qui doit être fait le lendemain matin, et c'est tout; les autres suggestions pour les jours suivants, quoique ayant été acceptées de la même manière, sont complètement sans effet.
Enfin la plupart des autres sujets exécutent bien des suggestions dont l'échéance est reculée à huit jours, quinze jours ou même un mois, mais ne dépassent point ces dates. Chose curieuse, la date la plus éloignée reste approximativement la même pour chaque sujet au moins pendant une certaine période de sa maladie; 6... ne peut exécuter que des suggestions avec délai maximum de trois jours, tandis que Justine exécute bien des suggestions dont l'échéance est reculée à six semaines.
Ce fait dépend de bien des conditions, en particulier de l'état de la mémoire et particulièrement de la mémoire subconsciente ; mais le fait important à relever ici c'est que cette période pendant
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relation entre la suggestion el I influence, noua pourriom ajoutci d'autrei petites r< marquai Les sujets, commi on sait, onl b I i de veille une aptitude très inégale « recevoii des su elie/ le même sujet cette Buggcstibilité varie < ncore luivant le moment où on l'observe. Sion étudie les sujets immédiatement ai le réveil <>n constate qu'ils sont étonnamment suggestible obéissent immédiatement à celui qui vient de les endormir. si on répète la même expérience sur le même sujet huit jours <>u quinze jours plus tard, sans hypnotisme intermédiaire, bien eut (Mi du. on constate que certains sujets sont encore aussi sugf tibles et que d'autres ne le sont plus. Dans un cas tout particuliei cette vérification est très rapide; on sait que les hystériques atteintes d'anesthésie profonde tactile et musculaire onl une <li> position à laisser leur bras dans des postures cataleptiques quand il est soulevé par leur hypnotiseur. Il s'agit là d'un phénomène suggéré qui reste tout à l'ait subconscient. Ce fait, très net apr< 3 le réveil, disparaît chez plusieurs sujets au bout de Quelques jours ; à ce moment, le bras soulevé par l'hypnotiseur retombe flasque comme s'il était soulevé par une personne étrangère. Enfin la production du somnambulisme est chez les sujets accoutumés un véritable l'ait de suggestion, le sujet s'endort immédiatement au moindre signe. Eh bien, ce somnambulisme n'est ainsi facile que pendant quelques jours après le somnambulisme précédent. G..., qui vient d'être réveillée, peut être rendormie en un instant; il en sera de même demain et après demain ; mais dans quelques jours tout est changé, il va être long et difficile de la rendormir, le signal ne suffira plus et il faudra recourir aux procédés classiques. A de certains moments même, Marguerite, dans lesjournées qui précèdent ses attaques, devient impossible à hypnotiser. Cette période de suggestibilité, de catalepsie partielle, d'hvpnotisation facile, correspond encore, on le devine, à la période d'influence
dont les caractères se précisent de plus en plus, et on pourrait presque dire que cette période est l'œuvre de la suggestion.
Cette solution simple est cependant loin de me satisfaire complètement. En effet on constate, et pendant la période d'influence et pendant la période de passion qui la suit, bien des faits qui n'ont pas été suggérés. J'ai défendu a Marguerite d'avoir des attaques et c'est tout, et cependant sa sensibilité, sa mémoire, ses mouvements, tout son caractère et toute sa conduite ont été modifiés Bien souvent il m'est arrivé d'endormir Justine en évitant de lui faire aucune suggestion, et le bien-être de la période d'influence n'en a pas moins existé. Il faudrait au moins ajouter qu'il V a des auto-suggestions, des idées spontanées du sujet qui se transforment en suggestion et il faudrait chercher quelles sont ces idées. D'autre part il y a dans ces périodes des choses contraires à la suggestion, par exemple leur durée limitée. On suggère toujours au sujet d'être sage le plus longtemps possible ; si tout dépend de la suggestion elle-même, pourquoi tous ces phénomènes disparaissent-ils au bout de peu de jours ? Pourquoi ces suggestions faites toujours de la même manière ont-elles une influence et une durée si inégales chez les différents sujets ?
Faut-il croire que cette limite à l'action thérapeutique, ces modifications dans l'action des suggestions ont été elles aussi suggérées ? Faut-il croire que par maladresse, j'ai toujours suggéré, sans m'en apercevoir, à tant de sujets atteints de maladies différentes et dans des conditions si différentes les phénomènes désagréables de la passion somnambulique ? Que de fois, cependant, n'ai-je pas souhaité d'être débarrassé de malades perpétuellement identiques à eux-mêmes et que de fois n'ai-je pas fait tous les effort» possibles pour rendre la suggestion définitive et supprimer le besoin de la répéter sans cesse. Une simple réflexion peut, je crois, trancher cette question : s'il en était ainsi, s'il suffisait de suggérer un peu mieux que je ne l'ai fait pour éviter définitivement toute rechute, toutes les hystériques qui avant d'entrer à l'hôpital ont passé entre les mains d'une foule de médecins auraient été guéries depuis longtemps " et il ne serait jamais nécessaire de les conserver à l'hôpital. Qui ne connaît au contraire la fréquence et la facilité désespérante des rechutes chez ces malades. Ce sont ces rechutes que j'ai étudiées, ce sont ces rechutes bien connues qui prennent sous l'influence du traite-
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