I. Stigmates mentaux des hystériques, iSijS
INI l.l ENCE SOMNAMBULIQUE
observés chez les hystériques hypnotisés, en les rapprochant d'autres faits moins complets présentés par d'autres malades. Si
nous observons les personnes atteintes de ces variétés de délire désignées sous le nom de délire du doute, délire du contact, folie du scrupule, obsessions, etc., que j'ai souvent réunis sous le nom de psychasthèniques, nous allons trouver chez elles un fait tout à fait analogue à l'influence somnambulique, quoique l'on ne provoque pas chez elles le sommeil hypnotique proprement dit et quoique l'on ne détermine pas chez eux de véritables modifications de la sensibilité. Legrand du Saulle avait déjà remarqué le bonheur singulier que ces malades éprouvent, quand ils font une visite à leur médecin ; ils lui posent chaque fois les mêmes questions, ils reçoivent les mêmes réponses et s'en vont satisfaits. D..., atteinte de folie du scrupule, me demande si réellement elle est très méchante, si tout ce quelle fait est mal, je lui certifie qu'il n'en est rien et elle s'en va contente. Ls. vient me voir pour me dire qu'elle a consacré ses enfants au démon et me demander si ce vœu va être pris au sérieux et s'il est dangereux pour ses pauvres enfants ; je lui cause du diable et des pactes ridicules et elle est rassurée. Qes. rêve à tuer sa mère et craint d'exécuter un jour cet affreux rêve, il faut lui prouver que cette idée ne se développera pas davantage et elle s'en va satisfaite, etc., etc. Tous ces malades, après avoir avoué leur délire, l'avoir entendu contredire, avoir été sévèrement grondés, sortent tout transformés. Quelques-uns comme Ls., par exemple, sont fatigués, énervés un jour ou deux, comme les malades hypnotisés. Cette courte période traversée, ils ont recouvré la volonté et l'attention, ils sont débarrassés de leurs préoccupations, ils sont heureux. Mais ce bonheur est passager : bientôt, après un temps variable, les obsessions et les angoisses reviennent et des troublés absolument analogues à la passion somnambulique des hystériques se développent. Le malade ne peut plus résister et il revient se faire consoler et gronder pur son médecin.
Beaucoup de ces psychasthèniques ne se rendent pas compte de leur maladie et ne s'adressent pas au médecin, mais ils trouvent cependant une personne à qui ils confient la direction de leur esprit. Bk., âgée de 20 ans, fille d'un père alcoolique et épileptique, ayant déjà des attaques et des contractures hystériques, va voir un jour l'aumônier d un hôpital et en reçoit quelques admonestations et quelques bons conseils. Elle se sent heureuse
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Quelquefois, ces malades qui ont tellement besoin d'une affirmation étrangère tourmentent un de leurs proches pour obtenir cette direction jusqu'à lui rendre la vie insupportable, sœur que Ls... demandait s nfants seraient damnés et elle la poursuivait de Bes questions fatigantes. Bu un hommede quarante-cinq ans. craint a chaque moment pour sa vie et il n rassuré que si sa femme lui assure qu'il n'\ a aucun danger: ai ne peut-il faire un pas sans avoir sa femme auprès de lui ; il faut qu'elle l'accompagne même quand il va aux cabinets. Quand dans une même famille ou dans un même milieu se trouvent deux malades semblables, ils se disputent les soins d'un.' certaine personne ; ils veulent tous les deux que cette personne s'occupe constamment et uniquement d'eux : de là des luttes et des jalousies extraordinaires dont j'ai vu bien des exemples. Ces jalonsont absolument comparables à celles qui se développent d'une manière si intense chez les somnambules quand leur hypnotiseur se permet d'endormir également une autre personne.
Pour obtenir cette assurance, cette direction, il n'est pas d'efforts que ne fassent les malades, de situations pénibles auxquelles ils ne consentent à se soumettre. Am.. une femme actuellement âgée de 58 ans, est enfermée depuis trente ans dans le service de M. Jules Falret, à la Salpêtrière et elle est enfermée
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volontairement. Elle a peur tic faire du mal, de faire des sottises, quoiqu'elle ait toujours eu une conduite parfaitement raisonnable et elle est venue autrefois demander à Legrand du Saulle de l'enfermer. Sur son refus elle « a fait la folle » jusqu'à réussir d;m-> «on projet d'entrer à la Salpètrière. Dans le service, elle a toujours mené une existence parfaitement correcte, mais pour rien au monde elle ne consentirait à sortir. C'est toute une aflaire de lui (aire accepter un jour ou deux de sortie: si le congé était plus long elle commettrait des actes absurdes et délirerait pour rentrer. 11 faut qu'elle voie des grilles, quelle sente des infirmières auprès d'elle « pour la protéger contre elle-même ». Qes..., âgée de vingt-deux ans, commence en ce moment une destinée pareille : lorsqu'elle habite chez ses parents elle est tourmentée par toutes les impulsions les plus terribles à l'homicide et au suicide, elle ne comprend plus rien et délire presque complètement. Est-elle amenée a la Salpêtrière, sans aucun hvpnotisme elle devient parfaitement raisonnable. « Ici, je sais bien qu'on ne me laissera pas faire de sottises, je n'y pense plus, je dors tranquille et je suis heureuse; j'ai besoin d'une règle, d'une domination. » Si elle sort de l'hôpital, le délire recommence au bout de quelques jours. Cette pauvre jeune fille, quoique d'un milieu assez délicat, se trouve heureuse de la captivité au milieu dune salle d'épileptiques pour échapper au supplice d'être libre et d'avoir peur d'ellemême.
En un mot nous voyons ici des faits fortnombreux qui semblent comparables à ceux de l'influence somnambulique. Ici encore nous voyons une affirmation, un commandement étranger rendre aux malades le calme de l'esprit pour un certain temps qui malheureusement est souvent trop court, puis nous voyons croître démesurément ce besoin de domination, les deux faits semblent s'éclairer l'un l'autre et dépendre au fond d'une même cause.