‹ Névroses et idées fixesChapitre 108 sur 116 · I \ MM MMI. M II 'II · texte numérisé non relu

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Sa vie cependant est complètement transformée ; elle n'estplus capable de laire aucun travail, aucune action raisonnable, elle ne peut se décider à rien. Cependant elle ne reste pas immobile ; mais sort, va, vient, s'agite continuellement, sans savoir, ce qu'elle veut faire et sans arrivera rien. Au contraire, il lui semble que si elle désire une action elle fait précisément le contraire : aussi a-t-elle 1 air absolument déséquilibré et contradictoire. Peu à peu les choses s'aggravent, car elle pe peut plus ni manger, ni dormir, elle pleure, crie ou rit à tort et à travers, ne se souvient plus de rien, et commence à ne plus comprendre ce qu'on lui dit.

La seule pensée nette quelle conserve, c'est celle de son amant qu'elle croit voir devant elle, qu'elle appelle jour et nuit. En somme: aucun stigmate hystérique, mais désordre des actions, aboulie énorme, amnésie continue et idée fixe obsédante de l'amant.

Le cas de Bs. étant absolument semblable peut se résumer en deux mots. Il s'agit d'un homme de !\o ans qui, pendant cinq ans. a été dirigé par sa maîtresse, celle-ci a pris sur son esprit un ascendant énorme et a réussi à le laire travailler. Depuis leur se-

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paration Bs. ne fait plus que gémir et l'appeler en hurlant, il ne mange plus, ne dort plus et essaie de se tuer.

Dans le cas de Pv., les troubles mentaux sont encore plus accusés. Il s'agit d'une femme de 36 ans, fille d'une mère hystérique. Elle a présenté dans sa jeunesse des attaques et toutes sortes d'accidents hystériques; tout a disparu de 25 à 32 ans pendant qu'elle a vécu avec un amant. A l'âge de 32 ans elle fut abandonnée par celui-ci et tomba dans un violent désespoir. Elle devint exigeante, insupportable, entra sans raison dansdes crises de colère terribles. Peu à peu elle devint incapable de faire son travail, perdit la mémoire et l'intelligence. Elle reste maintenant des heures entières debout, immobile, le regard fixe, elle ne s'intéresse plus à rien et ne parait plus comprendre ce qu'on lui dit. C'est ici, non une mélancolie véritable, mais un état de confusion mentale presque permanent.

Ces trois cas se rapprochent par un trait commun, c'est qu'il s'agit du regret d'un amant ou d'une maîtresse et que par conséquent on peut plus ou moins les rapprocher des délires erotiques. Voici deux autres cas où cet élément erotique, bien qu'il existe encore, semble plus réduit.

Zy., jeune fille de 23 ans, sans antécédents héréditaires bien nets, mais d'un caractère faible et très émotive, n'a présenté aucun accident sérieux jusqu'à l'année dernière. A cette époque elle fut fort affectée par le départ d'une religieuse qui dirigeait l'ouvroir où elle allait souvent travailler. Elle entreprit des démarches bizarres auprès des autorités ecclésiastiques pour faire revenir à Paris cette religieuse partie dans une ville de province. Quand elle fut bien convaincue de l'inutilité de ses démarches, elle entra dans un violent désespoir, refusa de manger, de se coucher, essaya de se tuer et ne tarda pas à délirer. Elle pleure et crie constamment, a de violentes attaques d'hystérie dans lesquelles elle voit cette religieuse et la presse dans ses bras. Ces crises se reproduisent cinq ou six fois par jour. La malade n'a encore aucune anesthésie permanente, mais la mémoire diminue et toute activité disparaît.

Zy. semble bien actuellement avoir un délire erotique, elle veut même se sauver dans la rue et s'offrir aux passants, mais ce délire est évidement surajouté. Il semble bien qu'il n'y ait eu aucune excitation génitale au moment où cette religieuse dirigeait son esprit. Celle-ci fort âgée et au-dessus de tout soupçon se bornait à faire travailler la jeune fille, s'occupait d'elle, la dirigeait et la

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Dans les observations suivantes, l'érotisme fait encore plus complètement défaut et cependant tous les phénomènes restent semblables.

Qb., une femme de Vi ans, quoique d'une famille en apparence normale, a toujours été disposée à des troubles psychasthéniq voisins de l'hystérie : mais la disparition et la réapparition de ces symptômes surviennent toujours dans des circonstances de sa vie qu'il est curieux de noter. Vers 20 ans elle s'ennuie dans sa famille, sou fifre de faiblesses, de fatigues, de maux de tète et ne marche plus qu'avec difficulté. Tout disparait quand elle se marie à 21 ans. A 3o ans elle perd son mari et les accidents qui avaient disparu recommencent, tremblements, étoufifements, souffrances dans la tète au moindre bruit. Ces troubles s'amendent peu à peu et elle s'habitue à vivre avec son fils qui devient son seul soutien. Qb. se portait assez bien depuis plusieurs années, quand il y a deux ans son iils fut obligé de partir pour faire son service militaire. Aee moment, nouvelle rechute excessivement grave, car h tous les troubles pré-

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cédents s'ajoutent les altérations de la perception qui montrent une grande diminution delà synthèse mentale: « Je ne me reconnais pins dans la rue, il me semble que tout est changé, on dirait que c'est une ville nouvelle ou une ville que je n'aie pas vue depuis très longtemps. » Il faut qu'elle se fasse conduire dans son quartier habitue] car elle se perd complètement. Enfin l'amnésie continue devient presque complète comme dans les cas étudiés dans un chapitre précédent. En effet, comme dans le cas de Mmt D...,. les souvenirs des événements récents disparaissent et ne réapparaissent qn an bout d'un certain temps, dix ou quinze jours. Il suffit d'une visite du fils, ou môme dune lettre pour diminuer énormément tous ces symptômes.

Ici encore la seconde observation est très rapprochée de la première : Vo., une femme âgée de /jo, ans, fille d'une mère très nerveuse et elle-même toujours très impressionnable, présente depuis un an les symptômes d'une maladie bien connue. C'est, au premier aspect, une agoraphobe, remplie de terreur dès qu'elle sort de sa chambre, obligée de regarder ses pieds pour marcher, de suivre les gens, de toucher les murs, éprouvant des vertiges dès qu'elle traverse une place, etc. A ce syndrome s'ajoutent un état émotif persistant, des tristesses, des craintes chimériques, une grande instabilité de sentiments et d'idées, une indécision perpétuelle et un certain nombre de phénomènes hystériques, petites attaques, spasmes de la déglutition, météorisme abdominal, léger rétrécissement du champ visuel, etc.

Ce qui est intéressant, c'est l'évolution psychologique de ces accidents qui est assez facile à suivre. Cette femme avait perdu son mari il y a quelques années, elle restait avec deux filles et un lils. Le mariage des deux filles ne troubla pas trop la mère, mais le fils s'est marié l'année dernière laissant Vo. absolument seule. Celle-ci présenta bientôt quelques troubles de caractère, détesta sa bru et se montra insupportable avec elle, bientôt elle se désespéra de sa solitude, trouvant que toute action devenait difficile à décider quand elle était seule « tandis que tout serait facile si elle pouvait en causer à quelqu'un ». L'agoraphobie n'est que l'expression de cette indécision causée par l'isolement. « Je marche très bien dès que quelqu'un est avec moi, je marcherais même très bien si je savais quelqu'un a la maison. )) Il doit en être souvent ainsi pour les agoraphobes, chez lesquels le langage est assez habituel et cette maladie, malgré son apparence plus pré-

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menl délaissées psi leurs marii i i il la maladie 'I' jeu m ?60s séparés de leurs parents ou de leurs amis J'ai recueilli une dizaine d'observations <!<• jeunes Femmes tourmentées poi des idée fi* atteintes de 1**1 1 * - du doute, <l hypocondrie, <1 h cidents hystériques parce que leur mari na pas m ou pu prendre la direction qui étail indispensable s leur esprit. Ce -><>ni des personnes qui depuis longtemps ressentent une horreur instinctive <l<- lu solitude font des efforts désespérés pour retenir quelqu'un auprès d'elles.

L'observation de Qe., jeune femme hystérique de 23 ans, sérail à cepoinl de vue très curieuse a étudier. I lie tombe malade, commence des accidents hystériques, parce que son mari est obi d'aller travailler loin d'elle et la quitte plusieurs jours pai semaine. Par suite de circonstances assea romanesques ••11'' esl pendant quelque temps complètement séparée du mari. « Je nu- sentais

seule comme dans un grand vide, comme si 1<- monde [l'a VU il p.t^

existé ; je n'avais plus qu'une vie machinale, je révais tout éveillée, j'étais comme une somnambule, comme grise. » Quand elle prend un amant, tout à tait au hasard d'ailleurs, je ne crains pas d'affirmer une chose bizarre, c'est qu'elle a cède non au besoin physique, mais au besoin moral d'avoir quelqu'un auprès d'elle et d'obéir a quelqu'un. Les accidents, en effet, et les stigmates disparaissent immédiatement, dès qu'elle n'est plus seule. On verra bien d'autres exemples de ce besoin dans les études cliniques qui tonnent le second volume de cet ouvrage.

La plus grande difficulté que présente l'interprétation de ces observations et que la dernière met bien en relief, c'est de distinguer ces phénomènes de l'amour physique proprement dit. On est en ellet essez disposé h expliquer ces malades en disant : <c Ce sont des amoureux et il s'agit du délire de l'amour. » Si on se borne à considérer les choses d'une manière vague, cela est juste, il s'agit dans tous ces cas d'une espèce d'amour: mais il est es-

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sentie! de remarquer qu'il s'agit d'une espèce très particulière. Si Ton précise et si l'on parle de l'amour proprement dit qui est en rapport avec les fonctions génitales et les désirs erotiques, je crois que cette interprétation est complètement insuffisante.

Sans doute dans plusieurs de ces cas, dans les premiers surtout, des images et même des hallucinations erotiques jouent un grand rôle. Mais ce sont là des phénomènes en quelque sorte accessoires qui peuvent être totalement absents, comme on le voit dans les dernières observations. Quand les phénomènes erotiques se présentent ils dépendent d'une coïncidence, fréquente j'en conviens, mais non nécessaire, qui résulte de ce fait que la personne qui dirige l'esprit est en même temps l'amant ou la maîtresse ; ou bien ils dépendent d'une association d'idées, d'une interprétation délirante, comme dans ces cas où des jeunes filles pour remplacer leur institutrice veulent se donner à un amant. Dans d'autres cas ces phénomènes résultent de singulières nécessités sociales: Qe. ne peut trouver le maître qu'elle cherche qu'en acceptant un amant. « C'est désolant, me disait une autre malade du même genre, j'étais seule après la mortde mon mari ; j'ai voulu trouver quelqu'un qui me comprît, qui s'occupât de moi; j'ai voulu prendre M. X., puis mon cousin comme ami, et ils finissent toujours par vouloir m'épouser, ce que je ne veux pas. »

Un autre phénomène psychologique me paraît beaucoup plus important dans toutes ces observations, c'est que tous ces malades regrettent une volonté, une autorité qui les dirigeait et qu'ils se sentent isolés et abandonnés. « Ce qui me désespère, dit sans cesse Qbs., c'est que personne ne s'occupe de moi, ne me dit : où vas-tu ? que fais-tu ? ne me dit ce que je dois faire dans la journée. Je me sens seule ! » « Plus d'amis, plus personne, hurle Bs., dire que personne ne songe à moi, ne m'attend. Seul! seuil! seul! ! !» Ce qui résulte de cet isolement, c'est toujours la même chose, l'incapacité d'agir, de se décider à quoi que ce soit, Taboulé sous toutes ses formes avec tous les troubles de l'attention, de la perception, de la mémoire et quelquefois de la sensibilité qui s'y rattachent, en y ajoutant le regret et l'évocation perpétuelle de cette personne qui autrefois dirigeait la volonté.

Ces symptômes et surtout les conditions dans lesquelles ils se développent me semblent tout à fait comparables aux faits qui ont été observés au début de ce travail, après la cessation trop brusque ou l'interruption trop prolongée des somnambulismes

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(lue bien des m. il. cl.- présentent nu plui haut point la pai (ion "in nambulique, se sont guéru facilement et m ont plui eu d'hypnotisme quand lia ont trouvé d'une autre manière la dii tion qui leur était nécessaire. Marguerite, que i aipréat ntée comme type de la passion somnambulique, n'a plu- eu besoin d'hypnotisme après -«m mariage, Berthe .t remplacé I hypnotiseur pai un amant, et Qb. ne vient plus à I hôpital d< - qu on lui rend son fils.

Je crois donc pouvoir tirer une conclusion importante de deux études sur le besoin d'affirmation chez lea douteura et sur 1rs maladifs par Isolement, c'est qu il existe en dehors de l'hypnotisme et de la suggestion, chez dea malades particuliers, bien en le ml u, des phénomènes psychologiques absolument comparables a ceux de l'influence somnambulique et de la passion somnambulique. Ce n'est donc pas le somnambulisme ni I estion qui déterminent ces faits, tout au plus leur donnent-ils une précision particulière cl dans certains cas heureux une valeur thérapeutique plus grande. 11 faut chercher la raison de ces modifications psychologiques dans un phénomène d'ordre plus général appartenant ii la fois aux deux groupes de malades.

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