I DO
bête fut retirée et écrasée par terre devant Marcelle. J< ue l*ai pas interrogée au réveil sur cette idée, c'est une chos* après ces Bortes de suggestions, ,';,, nn risque «le réveiller I i fixe mal effacée. M;iis j'ai constaté que depuis cinq mois Marcelle
n'a plus jamais parlé île sa bête dans la tête. Nous voyons donc
ici tous les caractères inverses des précédents, !<• sujet ne doute pas de son idée fixe, il n'interroge personne, il ne se laisse pas convaincre par les procédés ordinaires, mais la guérison une l«>i> obtenue si* maintient beaucoup plus stable.
Cette comparaison est intéressante, car elle nous montre une manière de comprendre les obsessions de la maladie du doute cette discussion, cette « rumination psychique n qui l< pagne. Ces obsessions ont, du moins pour le cas présent, leur origine dans un état plus profond : elles étaient dans cet état nette affirmatives, elles avaient la forme d'idées fixes et d'hallucinations Mais maintenant l'état qui leur a donné naissance est disparu, elles ne subsistent qu'à demi effacées, mais tenaces, et elles doivent alors entrer en lutte avec la conscience et le bon sens normal. M. le Dr Chaslin a signalé plusieurs idées fixes de ce genre avant leur origine dans un rêve1 ; Legrand du Saulle en citait également du même genre. Mais ce qui est certain pendant le rêve, devient douteux pendant la veille, et l'idée fixe avec conviction se transforme en obsession avec doute. Nous pouvons maintenant comprendre la singulière façon dont Marcelle parle de ses parents pendant ses intervalles lucides. Elle ne sait que penser sur eux ;
i. Ph. Chaslin, Du rôle du rêve dans* l'évolution du délire, 1897.
30 UN CAS D'ABOI Ui: ET D'IDEES K1XES
elle discute et s'interroge perpétuellement : « Est-ce vrai, se ditelle, que mes parents m'en veulent ? C'est bien étonnant. Pourquoi m'en veulent-ils? Qu'est-ce que je leur ai fait? Pourquoi cette petite a-t-elle peur de moi ? Pourquoi me fuit-on ? Est-ce que j'ai commis des crimes ? Est-ce que je suis dangereuse ? » Quelquefois elle arrive à des réponses, mais qui ne la satisfont pas et provoquent de nouvelles questions. « Si mes frères me persécutent, c'est qu'ils y ont intérêt. Si ma mère m'en veut, c'est que je ne suis pas sa fille. Mais je suis pourtant la fille de mon père. Comment m'a-t-il apportée à la maison ? A quel moment s'est fait le changement d'enfants? » Ajoutons que cette jeune fille, au début de sa maladie, lisait avec passion tous les romans-feuilletons et l'on comprendra à quelles constructions romanesques, à quelles divagations elle arrive dans cet ordre de questions. Mais quelque extravagantes que soient ces discussions, je répète que, à mon avis, elles ne sont pas pathologiques. Elles sont la réaction naturelle et nécessaire de tout esprit contre l'idée fixe qui s'impose. Le point de départ seul était maladif, et il est du à la persistance de cette hallucination kinesthésique verbale, constatée pendant les crises.
Après ces bavardages intérieurs, nous noterons une troisième conséquence du nuage, c'est qu'elle exécute malgré elle, pendant les états lucides, les commandements que lui donnent ses hallucinations pendant le nuage. La voix lui a dit : <c Tu n'as plus de parole, tu ne peux plus parler », ou bien: « Tu ne peux plus manger ;), et la voici qui ne peut plus nous parler ou qui refuse obstinément de manger. Elle a beau reconnaître que c'est absurde, me faire toutes les promesses possibles, tout est inutile ; dès qu'elle se met a table, elle serre les dents et ne peut plus ouvrir la bouche. Alors arrive encore la période d'interprétation : « Si elle ne peut pas manger, c'est qu'elle n'en a pas besoin ; elle n'a plus l'estomac comme autrefois; elle n'a pas faim; elle a l'estomac en carton; elle est toute changée, etc. » Tout naturellement ces interprétations, qui sont d'abord exprimées avec doute, hésitation, pour expliquer sa résistance, vont se transformer, à la prochaine crise de nuage, en hallucinations, et ainsi une fois la maladie entrée dans ce cercle vicieux, les crises seront de plus en plus fortes et les intervalles de moins en moins lucides.
Pour mieux comprendre ces deux états et l'influence qu'ils ont l'un sur l'autre, une comparaison paraît s'imposer. Marcelle, à la
ii 1 1 «■ (I uni- cnt6 ipontanéo de nua n porte comme un
personne qui aurait reçu, pendant un somnambulisme, un<
i mu .1 effet poil li \ |>n«»i ique I i I ion en i \ïï i m
iilii pai toujours fatalement comme paf u 1 1 < dé< la i> b
lieu iiinsi, comme ie I ni moritr^i nilleui i, qn«' chei le ijctn anesthésiques <>u très distraits. Chei une personne len ible el non distraite, la tion tourmente I esprit, se pn ente comme
une idée li\<%; l<- sujel (interprète, la discute, chercha • r< ter, etc. I * < > 1 1 1* justifier cette comparaison, j ai fait l'expérienc< suivante. Pendant l<- somnambulisme, je donne ;i Marcelle une suggestion posthypnotique, mais je choisis un acte assez difficile pour qu'il ne soii |kis exéctité brutalemenl et sans conscience. f< lui ai dit de venir enlever un tablier que j avais Bur moi, ce qui, étant donnée sa timidité, est pour elle un acte compliqué et grave. Aussi ne le fait elle pas au réveil, mais elle cesse <!<• parler, me regarde en dessous d'un air Bombre; en un mot prend toul à l'ait l'attitude qui la caractérise quand elle est tourmentée par une obsession. Si je l'interroge, elle me répond : a C'est encore une de mes idées qui me tourmente. » Elle est parfaitement couvaincue de l'identité de ma suggestion avec ses idées fixes et m sent aucune différence, dette expérience m'ayant semblé intéi saute, je l'ai répétée avec une autre malade, D..., qui est tourmentée par des impulsions analogues aux obsessions de Marcelle. Une suggestion, que je lui ai donnée pendant le somnambulisme, a été prise par elle pour une de ses impulsions naturelles, et cette personne n'en a pas senti davantage la différence. (Il est inutile de dire qu'après cette expérience, il faut rendormir les sujets pour leur enlever cette impulsion artificielle qui augmenterait leurs tourments.) Nous voyons donc que ces deux choses, les obsessions et les suggestions posthypnotiques, ont de fortes analogies, les lois maintenant connues des unes peuvent donc nous être utiles pour comprendre les autres.
Cette influence des idées fixes sur toute la conduite de Marcelle étant bien comprise, on peut se demander si elle ne suffirait pas à expliquer toute la maladie de cette personne et ne pourrait pas rendre compte du premier symptôme signalé, de l'aboulie ellemême et de tous les autres troubles psychologiques et physiologiques que nous avons observés. C'est là une question grave: est-ce l'aboulie qui est antérieure aux idées fixes, ou bien sont-ce
32 UN CAS DABOl'LIE ET D'IDÉES FIXES
les idées fixes qui ont provoqué ce trouble, cette hésitation Je» mouvements ? Au premier abord, on pourrait être séduit par cette dernière hypothèse. En effet, nous avons constaté à plusieurs reprises, pendant la crise de nuage, des hallucinations verbales disant à Marcelle : « Tues paralysée, tu ne peux plus bouger. » Elle-même nous a raconté de singuliers rêves quelle fait la nuit; elle se croit malade et atteinte d'une paralysie complète. Pour qui connaît maintenant cette personne, il est facile de prévoir que de semblables rêves vont avoir sur tous les mouvements une influence déplorable. On peut se demander s'ils ne suffisent pas pour expliquer tous les symptômes d'hésitation et d'impuissance. Marcelle serait tout simplement une malade ayant des idées fixes et, entre autres, ayant l'idée fixe qu'elle est paralysée. Resterait à expliquer l'origine de ces idées fixes de paralysie. Or, dans un traité fort remarquable de psychologie, M. Paulhan a émis une hypothèse pour expliquer l'origine de ces idées fixes d'impuissance dans la folie du doute. Ces idées seraient dues, suivant l'auteur, à une exagération de X association par contraste* . Au moment d'accomplir un acte, les malades auraient dans l'esprit, automatiquement, l'idée opposée à l'acte qu'ils veulent faire, ou mieux l'idée qui contraste avec leur tendance dominante. Une personne honnête (M. Paulhan rapporte l'ancienne observation d Esquirol) penserait au vol, une personne chaste aurait des idées impudiques, etc. Ces idée& opposées entreraient alors en lutte avec la pensée de l'action que l'on veut faire, et de là naîtrait le doute ou l'aboulie. En un mot, si je comprends bien le passage de M. Paulhan sur le délire du doute, les idées fixes seraient primitives et dues à une exagération de l'association par contraste, le doute ou l'aboulie seraient secondaires.
Xous n'avons pas l'intention de discuter toute la théorie du contraste que donne M. Paulhan, elle nous semble d'ailleurs vraie sur bien des points. Mais nous voulons montrer que l'auteur fait un abus de cette théorie, quand il prétend expliquer par elle une maladie psychologique aussi complexe que la folie du doute ou l'aboulie.
i. M Paulhan, L'activité mentale et les éléments de l'esprit, 1889, 34i-357. Paris, F. Alcan. Une explication analogue de la folie du doute avait déjà été proposée en Italie : A. Raggi, Fenouieni di contrasto psichico in un'alienata. Arch* ital. p. I. mal. nerr., 1887.
i \<»iis ,i\ ..us d abord •■ présentai ■ pr< i que
nérale: M. I *aul bon oppose i omme deu !» olu n
liitinctet, au point de vue psychologique, l< !«iiqu<
tibles el les maladei itteinti de II folie «lu « i * » • 1 1 . I . pi sri. unit caraotériaéi pai une diminution ou une iuppr< îo l'association par contraste, ce qui expliquerai! leui iu • l b l.s seconds présenteraient, au contraire, une i.iti<»n de i
Lation par contraste, qui sérail ls raison de leui doute. Nous ne croyons pas « 1 1 1 « - l'observation des malades Justine cette « » j >j »* >sition, «'i bien au contraire doua serions disposés i rapproche) le délire du «Imite el I hystérie jusqu'il en Faire peut être deux formes d'une même maladie mentale. De toute manière, une chose est certaine, cest que certains abouliques au moins, comme Marcelle, sont tout aussi suggestibles que «les hystériques, et par conséquent, selon la théorie de M. Paulhan, les associations par contraste ne devraient être développées ni chei tes uns, ni chez les autres.
a0 Peut-on admettre que les idées fixes, les obsessions qui naissent dans l'esprit de ces malades soient réellement eu conti Hvec l'action qu'ils veulent faire? Pour l'examiner, prenons ensemble un certain nombre de ces malades, plaçons-les tous dans une seule et même situation, et voyons l'idée fixe qui va naître dans l'esprit de chacun d'eux. Ces personnes sont dans leur chambre et, pour une raison quelconque, elles veulent ouvrir la fenêtre : aussitôt Ain. va avoir l'idée fixe de se jeter par la fenêtre, Du. a envie de prendre un meuble et de le jeter sur un passant pour l'écraser, F. est convaincue qu'elle va casser les carreaux si elle approche, Vi. a l'idée fixe de faire signe à un homme de monter, et enfin, Marcelle va tout simplement se dire au'ellë ne peut pas ouvrir la fenêtre, et que ce n'est pas la peine d'essaver. Ce ne sont pas là des exemples inventés à plaisir, mais des faits réels observés sur des malades du service ou de la consultation. Comment ces idées peuvent-elles être toutes le contraste de lacté d'ouvrir la fenêtre ? en quoi l'action de faire signe à un passant pour qu'il monte est-elle en opposition avec l'acte d'ouvrir la fenêtre? Elle est en opposition, dira-t-on, avec la tendance principale de Vi., qui est la pudeur. Je me demande alors pourquoi la pudeur de Vi. s'éveille au moment d'ouvrir la fenêtre et pourquoi cette malade serait considérée comme la seule pudique.
Si nous mettons nos malades dans une autre situation, nous
3i l \ CAS D'ABOULIE ET D'IDÉES FIXES
verrons que leurs idées fixes, au lieu de varier avec les circonstances, comme elles devraient le faire, si elles étaient toujours en contraste avec l'action présente, restent toujours les mêmes, chez le même malade. Am. n'a que des idées fixes de suicide, Du. d'homicide, Vi. d'adultère, etc. C'est qu'en réalité l'idée fixe n'est pas amenée par l'action présente, elle a une origine bien plus lointaine et bien plus profonde.
3° Quoique l'idée fixe remonte plus loin que l'action actuelle et ne soit pas éveillée par elle, il ne faut pas non plus la faire remonter jusqu'au début du délire, et dire que la maladie a commencé avec les obsessions. En réalité, les malades ont été pendant longtemps dans le doute ou dans l'aboulie, ils ont été longtemps des impressionnables, des émotifs avant d'être des obsédés. Marcelle a senti son hésitation de la volonté, dès la convalescence de sa fièvre typhoïde, c'est-à-dire à l'âge de quinze ans, et elle n'a commencé à avoir des idées fixes qu'à l'âge de dix-neuf ans. On ne peut donc pas dire que ce soient ces idées qui provoquent les hésitations des mouvements puisqu'elles leur sont postérieures au moins de trois ans. C'est en réalité l'inverse qui est vrai, c'est en se voyant si hésitante et si impuissante que Marcelle en est venue à penser à la paralysie. Tous ces commandements négatifs apparus dans la crise : « Ne parle pas, ne bouge pas, etc. », ne sont que la constatation de l'état d'impuissance où était déjà la malade. Sans doute, ils augmentent l'aboulie, mais ils ne l'ont pas créée1. Il en est de même pour d'autres idées de cette malade, quand elle nous dit qu'elle « a l'estomac en carton, qu'on a mis en elle une mauvaise machine, » ces idées augmentent et précisent pour un moment les troubles digestifs et le refus des aliments, mais ne sont elles-mêmes que l'expression exagérée de troubles digestifs antérieurs, d'altérations des sensations viscérales, en rapport avec la fièvre typhoïde, les émotions consécutives et l'aboulie elle-même. C'est là ce cercle vicieux pathologique sur lequel j'ai déjà eu si souvent l'occasion d'insister.
D'ailleurs l'interprétation de ces rapports entre l'aboulie et les
i. Ces remarques que nous faisions en 1891 nous semblent avoir encore aujourd'hui leur importance : bien que souvent, chez les hystériques, les idées fixes déterminent des accidents, il est vrai aussi que dans certains cas, les idées fixes ne sont que le résultat, l'expression, de troubles psychologiques et physiologiques antérieurs. Ni 1 une ni l'autre de ces deux observations ne doit être transformée en théorie générale et absolue.
i i . |[)| i KIXI
idées fixes constitue un des problèim m plu imi
l'étude, In cla • \\R( ntion cl • I»- traitement «l« rnulnd< - ••' t<
d'obseï lion \ mon nvis, un certain de n d'en nu , ,i .lu .il portonl peut 61 pe lui lout< U n ions d< I • i principalement lur U régions* lupérieures d a lion l< fi
taies probablement et u manife tant surtout pai un état j>l i moius prononcé d aboulie existe primitivement chez tou n il en est, et nous en verrons plus loin des exemples, chez qui l< idées fixes survenues rapidement constituent un symptôme plus grave ci plu ■ fondamental et contribuent énorm< menl mentei
cette aboulie elle même, tandis que chez les autres, les ici < fixes restent un symptôme secondaire surajouté s I aboulie cl cette insuffisance des fonctions cérébrales supérieures peut p sister complètement même après la disparition des idées G
Pour résumer cette discussion, nous pensons que l<-s idées fixes ne nous donnent pas encore I explication définitive de I aboulie de Marcelle. Elles forment un pouveau symptôme, comme un second degré de la maladie, qui s'ajoute au trouble des mouvements. !)<• même que certains mouvements, les mouvements anciens déj i organisés, étaient chez elle automatiques et Be produisaient sans que la volonté actuelle impuissante pût les arrêter; de même les idées anciennes, les souvenirs, autrefois acquis, sont devenus automatiques e1 se répètent indéfiniment sans que la pensée actuelle puisse les arrêter. Cette reproduction automatique des id anciennes se lait de deux façons: tantôt elle est complète pendant une sorte" de crise, tantôt elle est incomplète et se fait pendant la veille quand persiste encore en partie la pensée normale. Dans le premier cas, ces idées dominent seules, elles s'accompagnent d'hallucinations qui ne laissent place à aucun doute. Dans le second, ces idées entrent en lutte avec les pensées du moment présent et provoquent alors les doutes, les discussions, les interrogations interminables qui caractérisent ce genre de délire. Xous avons donc constaté dans l'intelligence un trouble parallèle à celui que nous avions vu dans les mouvements impulsifs et suggérés; il faut chercher s'il n'existe pas un autre trouble intellectuel parallèle cette fois à l'aboulie elle-même, et qui nous promette de la mieux comprendre.
36 IN C\S h AlîMllJi; KT DIDKKS FIXES