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i(»ut ils demeurenl plus stables ; ils a augmentent des « appris chaque jour. Enfin, un acte qu'elle vient défaire nous parait de bon augure. Comme <- 1 1 «* reprenait son travail accoutumé au crochet, \*x me mus moqué de son éternelle dentelle, toujours la même, et je lui ai dit daller chercher un modèle, et <l«- bc mettre a «mi faire une autre. J'ai été bien surpris <!•' voir, les jours suivants, qu'elle m'avait obéi ; non seulement elle ;i réussi a copier un dessin nouveau el compliqué, m;iis elle est parvenue à l'apprendre et peut maintenant le faire de mémoire. Ce n'est rien, dira-t-on ; à mon avis, c'est beaucoup; suivant que cette faculté de percevoir les choses nouvelles el de b'v adapter assez pour fonder des souvenirs et des habitudes, se déi cloppera ou s'ari êtera, la mal sera guérie ou retombera dans son aboulie et ses idées fixes.
L'avenir de cette malade est en effet bien incertain. La plupart des auteurs qui ont décrit cotte maladie la considèrent eomme essentiellement périodique. L'amélioration de Marcelle, qui dure déjà depuis un certain temps, ne serait qu'une de ces interruptions dont parle Legrand du Saulle et la maladie devrait naturellement et spontanément recommencer. Nous ne pouvons certainement avoir une opinion arrêtée sur cette question qui demande une longue expérience, mais nous croyons que les rechutes signalées par Legrand du Saulle pourraient peut-être s'expliquer auti ment. Marcelle semble guérie, mais je sais qu'elle garde en réalité un esprit extraordinairement faible. Elle est encore hypnotisable et suggestible au plus haut point, comme elle l'était d'ailleurs le premier jour que je l'ai étudiée ; c'est une conséquence nécessaire <le sa laiblesse de pensée. Je puis, par un mot, provoquer toutes
G6 UN CAS l» AKui UE ET D'IDÉES FIXES
les modifications des mouvements ou des pensées. Elle conserve également des actes subconscients et même l'écriture automatique (jui n'a pas disparu. (Il est vrai que cette écriture automatique déclare que Marcelle est parfaitement guérie et pour toujours ; je voudrais avoir la même confiance.) Certaines personnes, il est vrai, considèrent ces phénomènes, la suggestibilité et l'écriture des médiums, comme des choses tout à fait naturelles, peut-être même comme des qualités d'un esprit solide. Nous ne pouvons partager cette opinion, et nous considérons ces deux caractères comme les signes d'une faiblesse persistante et fort dangereuse. Sans doute, je prends bien toutes les précautions possibles pour endiguer cette suggestibilité et pour empêcher Marcelle de subir les suggestions du premier venu, mais je crois ces précautions assez illusoires. Quand cette personne va retourner chez elle, ce qui arrivera bientôt, elle aura besoin de très grands efforts de pensée pour s'adapter à une situation qu'elle n'occupe plus depuis des années. Il est certain qu'elle en éprouvera une grande fatigue et que sa puissance de perception va encore baisser. Elle sera alors à la merci de toutes les émotions, de toutes les paroles, de tous les spectacles un peu frappants qu'elle pourra percevoir. Et je ne serai pas surpris que cette personne ne revînt de nouveau, avec une idée fixe, une émotion persistante quelconque qui ramènerait des accidents du même genre. La maladie n'est peut-être pas périodique par elle-même et fatalement, mais elle laisse les sujets pendant longtemps dans un état mental qui les prédispose aux rechutes. Une idée de ce genre a déjà été exprimée par M. Magnan, à propos des folies périodiques ; elle nous paraît surtout vraie pour le délire du doute et les idées fixes. Marcelle ne sera donc pas fatalement condamnée à retomber dans son délire, mais elle aura besoin, pendant longtemps, d'exercices déterminés, d'une véritable hygiène morale, et d'une foule de précautions pour protéger un esprit dont le caractère principal est la fragilité l.
i. Cette malade a présenté, en effet, pendant quelque temps un peu de faiblesse de volonté et d'attention, mais sans grands accidents. Elle a quitté l'hôpital en 1897 et j'ai appris qu'après être restée un an sans rechutes, elle s'est mariée. Je n'ai plus eu de ses nouvelles depuis cette époque; il est probable que cette amélioration considérable s'est maintenue, car cette jeune femme aurait été ramenée dans le service de M. J. Falret, si elle avait présenté de nouveau des symptômes graves.
Je puis ajouter aujourd'hui, en 190^, que cette jeune femme tout en présentant
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ConcluBion*
\olie i • h 1 1 1 I | III UIIC I M . I I . I ( I < ' . I M . • I 1 1 I ■ • d . I I > 1 1 1 1 I I « ■ « I 'I I
««si encore bieo incomplète el bioi le t< Xi
i\r (I upprofondii notre travail bu moyen de nauti math< iniih's, on par tl«s appareil! dune pré< i non ouvent t r « »i i . ; La psychologie n*- nous paraît pn pou ua-
ceptible de ces mesures: la nature général* de phéno leurs mille variations, leurs conditions changeantes ne lonl .isstv connues pour <|uc I <>n se vante de mesure] un d< isole des autres, Il est inutile et même dangereux de prendre un microscope pour faire la grosse anatomie, on - expo s.inoïi ce que l'on regarde. Pour nous, la psycholi : péri men-
tale e^t encore beaucoup plus BÎmple: «-Ile consiste avanl toul .1 bien connaître son sujet, dans sa vie, dans son tempérament, dans Bon caractère, dans ses idées, etc., et ;i être convaincu qu on ne le connaît jamais ;issez. Il lant ensuite mettre cette personne d des circonstances simples el déterminées, et noter exactement qu'elle fera et ce qu'elle dira. Examiner les actes el les paroles, voilà encore le meilleur moyen de connaître an homme, <'t nous ne trouvons ni inutile ni fastidieux d'écrire mot a mot les divagations d'une aliénée. Cette méthode nous a permis de revoir ou de découvrir, chez la malade que nous avons étudiée, bien deschoses q 11 i ne sont pas sans intérêt pour la psychologie pathologique. Nous les résumerons ainsi :
1° Les symptômes présentés par notre malade peuvent être rangés en deux catégories : des phénomènes épisodiques variables, que le traitement peut facilement modifier, et des phénomènes plus profonds, constants et qui ne se modifient (pie très difficilement.
2° Les phénomènes qui nous semblent accessoires sont les ici . fixes et les impulsions. Tout à fait analogues à des suooestions hvpnotiques, ces idées fixes prennent leur origine dans une émotion, dans un incident quelconque qui a un instant frappe l'esprit de la malade ; elles peuvent se développer jusqu'à envahir complètement la conscience, et paraître un moment la maladie
un caractère peu ferme et très émotionnable n'a plus eu d'accidents mentaux sérieux analogues à ceux que nous avons étudiés chez elle
principale ; elles peuvent varier, disparaître sous différentes influences : les émotions, les crises ou le traitement hypnotique.
3° II va, au-dessous de ces idées, un état psychologique permanent qui explique précisément cette suggestibilité. Cet état se manifeste par l'aboulie, l'amnésie continue, les troubles variés de la perception; il constitue le fond de la maladie. C'est lui qui a apparu le premier, qui a rendu possibles les idées fixes, qui subsiste au-dessous d'elles, et qui malheureusement semble persister encore en grande partie après la guérison de celles-ci.
4° Si on cherche h déterminer avec plus de précision la nature de ce «fonds maladif», on voit qu'il se rapproche beaucoup de cette faiblesse mentale que nous avons décrite autrefois chez les hystériques sous le nom de « désagrégation psychologique avec rétrécissement du champ de la conscience», mais il en diffère par plusieurs caractères qu'il n'a pas été possible d'étudier ici en détail. Nous avons seulement montré qu'il consiste essentiellement dans un affaiblissement de la faculté de synthèse qui doit, à chaque moment de la vie, coordonner dune manière nouvelle nos sensations et nos images. Il est inutile d'insister sur cette proposition trop évidente, c'est que cet état psychologique dépend d'un état cérébral particulier déterminé par l'hérédité et probablement aussi par la fièvre typhoïde. On peut désigner cet état par les mots d'épuisement, d'engourdissement, de sommeil: tant que l'histologie ou la chimie ne nous auront pas instruits davantage sur la nature de cette modification cérébrale, ces mots sont à nos yeux fort vagues et ne sont guère que des traductions des phénomènes psychologiques observés.
5° L'étude de cet affaiblissement nous a permis de passer en revue bien des choses qui sont intéressantes pour le psychologue: l'importance de la nouveauté des actes pour la volonté, le rôle de cette volonté dans les perceptions en apparence les plus simples, la nécessité de la synthèse volontaire pour fonder des habitudes et des souvenirs, le rapport entre le doute et le défaut de perception, le développement de diverses hallucinations. Nous croyons donc que cette étude, bien qu'étroite et limitée à une seule personne, n'est pas inutile pour la psychologie. Nous remercions M. le Dr Falret qui nous a autorisé à la faire et qui, avec tant de bienveillance, nous a permis de profiter de son enseignement sur les maladies mentales.
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L'attention joue un rôle considérable dans la formation de la pensée, d'autre pari son altération au coins des maladies nerveuses el mentales tienl sous >;i dépendance une foule d'autres symptômes el semble surtoul étroitement liée avec le développement îles idées fixes. Aussi serait-il très important el pour le pédagogue el pour le psychiatre de pouvoir dans chaque i particulier déterminer exactement la force ou la faiblesse de l'attention.
J'ai fait sur ce point un assez grand nombre de recherches pratiques, car je me suis fréquemment trouvé en présence d< problème : la mesure de l'attention chez un sujet donné. ( i recherches ne mont pas jusqu'à présent inspiré une grande confiance dans la plupart des procédés qui ont été préconisés et je dirai volontiers avec beaucoup d'auteurs, que « la recherche meilleures méthodes pour mesurer l'attention est encore à l'ordre du jour2 ». Cela tient probablement h la complexité des fonctions supérieures que nous réunissons vaguement sous ce nom d'atten-
i Une partie de ce travail a fait l'objet d'une communication au Concrès de psychologie de Munich, août 1896 et n'a été publiée qu'en résumé dans le compte renHu du Congrès.
2. A. Binet et V. Henri, Psychologie individuelle. Année psychologique, 189G,
70 l. ATTENTION E l LE GRAPHIQUE DES II WPS DE RÉACTION
lion, et je ne suis pas disposé ii croire que l'on découvre rapidement une méthode unique et mathématique pour résoudre un problème qui, tel qu'il est posé, est beaucoup trop complexe.
Aussi n'ai-je aucunement l'intention d'étudier ici d'une manière générale la théorie de l'attention, ni ses perturbations, ni même sa mesure. Mais au cours de ces recherches, j'ai pu constater un certain nombre de laits intéressants qui en eux-mêmes ont toujours leur valeur, qui peuvent mettre en garde contre les inconvénients de certaines méthodes et nous aider à analyser les fonctions de l'attention. Je voudrais surtout signaler ici ceux que l'on constate en étudiant les relations qui semblent exister entre les altérations de l'attention et les modifications des temps de réaction.
i. — Mesure de l'attention par le travail mental, par l'examen du champ visuel.
Avant d'expérimenter cette méthode ingénieuse et séduisante qui consiste à mesurer la puissance d attention d'un sujet par la rapidité de ses temps de réaction simple, je me suis longtemps et souvent servi de procédés plus élémentaires et en apparence beaucoup moins rigoureux qui m'ont permis cependant d'obtenir des renseignements assez précis.
Dans certains cas l'examen de l'attention semble relativement facile, c'est quand il s'agit de malades chez qui cette faculté est excessivement affaiblie. Il est alors aisé de constater cet affaiblissement en examinant les troubles de la sensation consciente qui souvent, je ne dis pas toujours, dépendent d'une modification de l'attention, en examinant surtout la facilité plus ou moins grande avec laquelle le sujet peut par un effort d'attention retrouver la sensibilité consciente d'une région de son corps, quand on l'y encourage. Quand le sujet ne présente pas d'anesthésies ou quand ses anesthésies sont profondes, tenaces et paraissent être au moins pour le moment présent indépendantes d'une altération de l'attention, on arrive au même résultat en étudiant les troubles de la perception, troubles surtout manifestes quand il s'agit de la perception des objets nouveaux qui n'ont pas encore été perçus de la même manière. Certains sujets, comme Marcelle que je viens d'étudier dans le chapitre précédent, ne peuvent plus reconnaître les objets même les plus simples, ou bien ils ne les reconnaissent
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ogi ou oc phénomène était auisi net, Maria, femnu de k) m atteinte de dipaomanie de forme hystérique I une femme
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contact), Fa., femme d< ma obaeaaiona verbales, idé< 1
de jalousie , Rou., jeune homme de 29 ans 1 li\ itériqu<
sont t <»n 1 à lait comparables .1 Marcelle el ne comprennent p Il lecture un article de journal, même le plus simple. D'aul malade^ Boni un peu moins atteints el ne manifestent leur insuffisance d'attention que si on leur demande des exercices an peu plus compliqués. Bon., jeune Elle de 19 ans anorexie et vomii ments hystériques . s'est aperçue du trouble de son esprit en suivant des cours scientifiques; elle ne peut plus suivre un raisonnement même simple, quoique elle comprenne bien la conversation banale; Duv., femme de 38 ans, qui présente depuis deui ana un délire mélancolique à la suite d'une émotion violente, Ren jeune fille de » 1 ans (attaques de chorée rythmique hystérique, tics, imitation du cri des animaux, etc. , ne présentent le trouble de l'attention (Tune manière très nette que si on leur propose d>petites opérations arithmétiques ; même chez Tune quelqi réflexions mathématiques suffisent pour déterminer une attaque. Au contraire, chez d'autres qui sont plus gravement atteintes, laprosexie se manifeste spontanément, trouble leur perception des objets surtout s'ils sont nouveaux, et même les empêche de comprendre les paroles qu'on leur adresse. Marcelle, Berthe, jeune fille hystérique de 19 ans, M... surtout ^contractures du tronc et vomissements hystériques incoercibles), restent dans certains moments au milieu de la salle ou dans la cour très embarrassées, car malgré leurs efforts elles ne peuvent rien comprendre de ce qui se passe autour d'elles
1. Voir le chapitre v de cet ouvrage, « Les idées fixes de forme hystérique », observation \ .
Ces procédés paraîtront évidemment puérils aux partisans fervents de la psychoiuétrie, j'oserai cependant les délendre un peu. Ils mettent bien en évidence ce qui à mon avis est esseniiei dans l'attention, la puissance de synthèse mentale, la puissance du sujet pour former une perception nouvelle, un jugement, pour fonder un souvenir, une habitude. Ces procédés sont plus qu'on ne le croit susceptibles de graduations précises. Le sujet comprendil la parole entendue dans la conversation vulgaire? Reconnaît-il un objet usuel? Reconnaît-il un objet peu usuel? Comprend-il à l'audition, à la lecture à voix basse, a la lecture à voix haute un petit paragraphe simple, une petite anecdote? Peut-il résumer dans un titre simple et juste les quelques lignes qu'il vient de lire? Combien de temps lui faut-il pour se fixer sur un petit travail de ce genre? Peut-il faire une opération arithmétique? Laquelle peut-il bien faire ? Pendant combien de temps peut il continuer des travaux de ce genre ? Peut-il résoudre comme autrefois un petit problème d'arithmétique, ou même d'algèbre? Comment écoute-t-il et comment comprend-il un petit raisonnement simple scientifique ou même moral qu'on lui expose? Fait-il des objections justes? Garde-t-il le souvenir de ce qu'il a compris, etc. ? On peut avec ces procédés un peu antiques, j'en conviens, obtenir plus de précision qu'on ne le croit et je m'en suis heureusement servi pour constater des modifications délicates de l'attention, chez divers sujets et dans différentes circonstances, par exemple avant, pendant ou après un somnambulisme provoqué, dans un cas avant et après une douche. Les résultats sont beaucoup plus nets qu'on ne le croirait et nous exposent peu à l'erreur.
On pourrait compliquer ces observations en demandant au sujet de faire plusieurs opérations a la fois. M. Santé de Sanctis a tiré un bon parti de cette méthode dans son analyse de l'état intellectuel du jeûneur Succi avant et après le jeûne1. Je trouve très net et très intéressant ce fait que dans les conditions données et assez complexes le sujet ait bien pu faire une addition et une multiplication au début et qu'il n'ait pas pu les faire à la fin dans les mêmes conditions. Cela est à mon avis aussi et plus démonstratif que le graphique qui accompagne l'expérience. Si je n'ai pas eu
i. Sanle de Sanctis, Lo studio sperimentale dell' attenzione. Bolleitino délia Societa lancisiana degli ospedali di Borna, anno XIV, 1875.
Ml m,i r \i. i i rit A V AH IIKM'AI.
ivenl i ecou ri i cette méthode de* opération imultm que ohei benucoup de met sujet c< i>p uiiiIih :
, ntant foi I bien •■ la « ondi! ion que I une devienn ul»-
consciente, ce qui h mon ivn complique II tiu< ttion l touten comprenant 1 intérêt des recherches d< M S d < sur l.i distribution de I attention, je i roi qu< I i i nti< I dan tention ce n est ni de se nxei sur un objet unique ni de se divi trop Incilement sur des objets multiples, mais de partit d'ob multiples pour les ram< nei .1 I unité, de savon vntl ( 1 on
m- i*i trompe pas, l'analyse d'un objet en apparent e impl< dans l'esprit un travail de synthèse. Le grand mérite des re< herohes de M. S. de Sanctis, c'est de reconnaître la variété des fonctions de l'attention el de cherchai s varier les expériences pour mesurer ou même pour constater chacune «I elles séparément. I es méthodes précédentes d'observation «lu travail mental dans dés conditions adoptées a chaque cas ont assez de souplesse poui prêter à ces diverses recherchi
Je ne me dissimule pas cependant que ces méthodes ont bien des défauts. Elles donnent des résultats vagues qu'il eat difficile de traduire en chiffres Binon par des notations artificielles analogues aux notes des devoirs de lycéens que. j'ai employées quelquefois. Kilt-, demandent de la pari «le l'expérimentateur une grande patience, el beaucoup de temps, car elles exigent des observations longues et répétées. J'ai donc souvent cherché s'il m» serait pas possible de les remplacer par une mesure équivalente, mais plus simple et plus précise.
A plusieurs reprises j'ai étudié comme caractéristiques de l'attention quelques phénomènes présentés par la vision des malades. Je signale ici rapidement un petit phénomène qui me semble curieux et que je compte reprendre plus tard avec plus de détails dans une autre étude. Les malades qui ont peu d'attention et qui (ont difficilement les synthèses mentales présentent très souvent un trouble de la vision binoculaire, de cette vision qui exige évidemment une synthèse des images fournies par les deux veux. On met le fait en évidence au moyen des images stéréoscopiqnes et on est surpris de constater que bien des hystériques et des ps\chasthéniques qui ne présentent aucun strabisme ne savent plus regarder dans un stéréoscope et n'éprouvent plus l'illusion du riiet.
74 l/ATTKNTION l.T \A- Ml Al'lllnl I. DES J 1MPS DE HÉAGTION
Le fait peut être bien mis en évidence, si on se sert du procédé si curieux et si amusant décrit sous le nom <T Anaglyphes par M. Ducos de Ilauron. On sait que les anaglyphes * consistent en deux photographies stéréoscopiques superposées dont l'une est de couleur bleue, l'autre de couleur rouge. Si on applique sur l'un des yeux un verre rouge et sur l'autre un verre bleu, chacun des yeux ne peut voir que l'une des deux photographies, l'autre étant annihilée par la couleur du verre. La synthèse de ces deux images légèrement différentes donne une curieuse illusion du relief. J'ai observé que plusieurs malades, des psychasthéniques obsédés ou des hystériques, n'obtenaient pas cette illusion. Quoique ayant les deux yeux ouverts, ils voyaient uniquement avec un œil, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, ce qu'ils manifestaient en disant que le papier était tout rouge ou tout bleu, mais que le dessin n'avait aucun relief particulier. Quelques-uns d'entre eux retrouvaient la vision du relief après un somnambulisme quand leur pouvoir de synthèse était plus fort. C'est pourquoi je suis disposé à croire que l'on pourrait tirer de l'étude de la vision binoculaire, quelques renseignements intéressants sur l'attention et la synthèse mentale.
Quel que soit l'intérêt de cette petite expérience, c'est à l'examen d'un autre caractère de la vision, à l'étude du champ visuel que j'ai eu plus souvent recours pour déterminer les altérations de l'attention. J'ai déjà montré à plusieurs reprises au congrès de psychologie de Paris en 1889, et dans quelques travaux plus récents2 qu'il y avait un rapport étroit entre la puissance de l'attention et l'étendue du champ visuel. Le simple rétrécissement du champ visuel chez l'hystérique est déjà, à mon avis, comme toutes ses anesthésies d'ailleurs, une marque de la faiblesse de son attention. Les stigmates indiquent un épuisement de l'activité cérébrale qui ne peut continuer à s'exercer simultanément de la même manière sur tous les points de l'écorce et qui n'attend qu'une occasion pour se localiser plus particulièrement sur un point ou sur un autre. Le rétrécissement est d'ordinaire concentrique parce que le malade dont le cerveau est fatigué, engourdi, ne
r r. E. Demole, Les anaglyphes, d'après les travaux de M. Louis Ducos de Hauron. Revue scientifique, i8g4, II» 19.
a. Stigmates mentaux des hystériques, 1892, p. 70.
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M. us on peul par un srtinci p< i isl mettre mieux en évident c tciic influence de l attention lur les limites «lu champ visuel
Je prépare l'expérience de mai ï mesurer le champ visuel
pendanl que !«• sujet fail un effort d'attention pour comprendre oe qu'il lit. Pour \ parvenir, je dispose au centre du périmètre quelques lignes d'écriture que le sujet doit lii attention
ou quelques chiffres sur lesquels il doit exécuter une petite opération et je promène en même temps un petit papier blanc sur le périmètre pour déterminer les limites du champ visuel pendanl ce travail. Ce procédé qui chez l'homme normal détermine s peine un rétrécissement de 5 à to° détermine chez quelques malades des rétrécissements considérables, I si déjà indiqué plusieurs cas de ce genre, j'en ai depuis observé beaucoup de nouveaux dans des circonstances variées en modifiant l'objet ou le dessin placé au centre du périmètre, en pliant le sujet de lire ou de compter les signes ou les chiffres inscrits sur le papier qu'il fixait. Je ne puis les rapporter en détails, le principe avant déjà été exposé, je n'en cite qu'uu exemple nouveau et bien net. Vel..., un homme de 3o ans, ayant des tics de la face déterminés par des idées fixes subconscientes'1, présente, quand on 1 examine de la façon ordinaire sans attirer trop l'attention au centre, un champ visuel à peu près normal pour chacun des yeux, 85° du côté externe, 6o° du côté interne, etc. ; si on mesure le champ visuel par le procédé précédent on ne trouve plus pour l'œil droit que 2O0 dans le sens horizontal et io° dans le sens vertical, et pour l'œil gauche io0 dans tous les sens : en d'autres termes. Vel... ne voit absolument rien en dehors du mot qu'il lit et qu'il essaie de comprendre. Il est facile de comparer dans la figure i les deux champs visuels obtenus par ces deux procédés différents. On sait que d'autres malades dans ces mêmes conditions deviennent en plus tout à fait
I. L'observation de ce malade se trouve dans les accidents mentaux des i. tériques, 1S93, p. 102.
anesthésiques sur tout le corps. Quel que soit le mécanisme par lequel l'effort d'attention détermine cette anesthésie, épuisement, fatigue, direction particulière donnée à L'activité nerveuse, une anesthésie semblable n'en est pas moins la marque d une attention faible et difficile et peut servir à mettre cette faiblesse en évidence. En effet, il est intéressant de noter que ces phénomènes ne sont pas permanents chez Vel... Quand son état psychasthénique s'améliore, ce caractère disparait et l'attention ne restreint plus le champ visuel que de quelques degrés. Il s'agit donc dans ce cas d'un véritable symptôme clinique qui nous montre bien l'affaiblissement de l'attention et le rétrécissement du champ de D G
Fig. i. — Champ visuel de Vel. A Jimile du champ visuel sans effort d'attention. B limite du» champ visuel au moment d'un effort d'attention pour additionner des chiffres placés au point central du périmètre. L'expérience laite successivement sur les deux veux donne des résultats analo-ues.
conscience qui en dépend et en même temps bien entendu, l'engourdissement cérébral, la diminution de la quantité disponible de force nerveuse qui déterminent ces phénomènes. Je suis très heureux de voir que M. Santé de Sanctis dans un travail lort intéressant1 a repris cette expérience avec le même résultat et en a tiré comme moi une méthode assez juste pour mesurer J'allaiblissement de l'attention.
Des expériences que je poursuis depuis quelque temps me montrent que l'on pourrait peut-être pousser plus loin cette méthode. On définit d'ordinaire le champ visuel en disant que c'est l'étendue, c'est-à-dire l'ensemble des sensations visuelles que le
i. Santé de Sanctis, Lo studio delf altenzione conativa. Atti délia Societa Romatia di anlkropologia, vol. t\ , lasc. 11, 1896.
Ml ii.i Dl i \ i m m ION PAU Ll h h |)| 1.1 iCTH
i peut i"-' ' i n "ii 'I un lêul < oup d'œil, I étant immobile II ne doit pas être que lion dini cette définition île li itimiili de 01 n il io n In effet, quniqui la champ vi ici étende a
du . ..t.- intei ne «•! « no* û'u côt< externe, la n,. ure telle . 1 1 1 «m I . i | » i . 1 1 1 1 j 1 1 < ■ ne « I • • 1 1 1 <• 1 1 1 1 ■ ■ 1 1 n du i « » 1 1 1 1 1 1 1 1 • le m j c I • « • lemen! dune manière nmultanée un objel plac< i
externe ci un iiutrc placé •" (»"' du côté interne, Bile démonta leulement qu en attirant successivement ion attention d'un co puis de (autre, I obiI étant immobile, il peut \<>n ôo' d'un côté i qo de I autre. J'ajouterai <|n il eit même probable que la vision précise des diflérentei parties du champ visuel d réellement que successive et non limultam
II v ;i donc lieu de rechercher ce <|u<' serait !«• champ visuel li on ne tenail compte que «I»' l'étendue, de l'ensemble <!<*-> sensations visuelles perçues réellement d'une manière simultanée : «m peut désigner cette nouvelle mesure sous le nom de champ visuel simultané. Ce champ visuel simultané, autant que j'ai pu en iui dans des conditions imparfaites, est beaucoup plus restreint que l'autre et varie énormément avec le degré de L'attention des sujets. Quoi qu'il en soit, il semble juste de se servir quelquefois de L'étude du ehamp visuel pour mesurer L'attention. Cette mesure peut dans certains cas s'ajouter dune manière utile aux précé lenl
2. — Mesure de l'attention par le calcul des temps de réaction.
Il faut savoir reconnaître que toutes les méthodes précédentes ont
beaucoup d'imperfections et ne nous conduisent pas à des chiffres bien nets pour déterminer rapidement la puissance d'une attention. Aussi ai-je cru devoir étudier avec soin une méthode nouvellement introduite par la psychométrie, la détermination de la puissance de L'attention par la mesure des temps de réaction.
11 est lacile de constater que l'attention communique une plus grande rapidité aux phénomènes psychologiques. Wundt a été 1 un des premiers à démontrer que le temps de réaction, le temps qui s'écoule entre une impression périphérique et le petit mouvement par lequel le sujet manileste qu'il a éprouvé une sensation, diminue considérablement quand le sujet est attentif. Le temps de réaction que l'on obtient quand on impressionne un sujet qui n'a pas
78 L'ATTENTION El LE GRAPHIQUE DES TEMPS DE RÉACTION
été prévenu est beaucoup plus long que celui que l'on constate quand ou prévient le sujet par un signal quelques instants avant delui (aire subir une impression. Citons comme exemples les chiffres suivants
donnes par AVundt : l'impression est auditive et assez forte, le temps de réaction pour le sujet non prévenu est en moyenne </253, il devient chez un sujet prévenu c/'oyô. Si le bruit est faible, le temps de réaction est pour le sujet non prévenu (/26G, pour le sujet prévenu 0^175 J. Ces études furent reprises par un grand nombre d'auteurs. Signalons les recherches de Mosso2, de von Tschisch3, d'Obersteiner4, de Mùnsterberg surtout qui montre les modifications du temps de réaction sous l'influence de l'attention dans une foule de circonstances variées6.
En 1886, un élève de Wundt, L. Lange0, ajouta une notion nouvelle : il soutint que la réaction est plus lente quand le sujet fixe son attention sur la sensation qui sert de signal et plus rapide s'il la fixe sur le mouvement à exécuter. La différence pourrait être de 10 centièmes de seconde. Beaucoup d'études récentes de Cattell, de Bartels, de Bliss, de Baldwin ont surtout porté sur la discussion de la théorie émise par Lange. Quelques-unes de ces études me semblent heureusement résumées et complétées dans le travail de M. Mark Baldwin7 et dans celui de M. Th. Flournoy8. Cet auteur renonçant, à mon avis avec infiniment de raison, aux recherches sur les individus trop exercés à ces travaux de laboratoire et expérimentant sur des novices, montre surtout, comme M. Mark Baldwin d'ailleurs, qu'il y a des types de réaction différents suivant le type sensoriel du sujet et qu'il est difficile de donner à cette loi de Lange une grande généralité.
En examinant ces recherches n'est-il pas naturel de penser qu'il y a un lien étroit entre la brièveté du temps de réaction et la force de l'attention, si bien que l'un puisse être considéré
1. Wundt, Psychologie physiologique, trad. fr., II, 226. Paris, F. Alcan.