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Méthodes

Avant d'indiquer les résultats de ces expériences il faut indiquer en quelques mots la méthode aussi simple que possible qui a été appliquée dans chacune d'elles.

J'ai dû pratiquer bien entendu la mesure du temps de réaction sur des sujets qui n'étaient aucunement préparés à cet exercice. On peut discuter sur la valeur des expériences faites sur les sujets

i. Patrizzi, La graphique psychométrique de L'attention. Archives italiennes de biologie, t. XXII, i'asc. a.

novices qui nie semblent cependant à bien des points de vue préférables aux sujets éduqués. Mais, dans le e;»s présent, je n'avais pas à choisir, je recherchais une méthode clinique qui aurait été tout à fait sans valeur si on n'avait pu l'appliquer qu'à un petit nombre d'individus après une longue éducation.

La mesure du temps est opérée soit avec l'appareil enregistreur de Marey et le diapason à ioo vibrations par seconde, soit avec le chronomètre de d'Arson val réglé aussi soigneusement que possible. Les erreurs portant sur des millièmes de seconde que Ion peut reprocher à ces méthodes surtout à la dernière, me paraissent de minime importance. Il s'agit ici de comparer des résultats nombreux les uns avec les autres et non d'accorder une grande valeur à une mesure isolée. D'ailleurs l'attitude des malades, leur indocilité, l'ignorance où nous sommes souvent de leurs pensées apportent de bien autres causes d'erreur. Il ne faut pas trop, à mon avis, se préoccuper de millièmes de secondes quand les dispositions morales des sujets peuvent déterminer des variations si considérables. Aussi, quoique cela puisse paraître bien peu précis, je me bornerai à compter par centièmes de secondes, saui quand il s'agit de certaines moyennes déterminées non par l'appareil, mais par le calcul.

Quand on essaie ce genre d'expériences, on remarque bien vite que l'on ne peut se contenter de mesurer un temps de réaction isolé. Sa longueur ou sa brièveté ne prouveraient absolument rien sur l'attention du sujet ; car un sujet quelconque, fût-il tout à fait aliéné, peut toujours fournir, ne fût-ce que par hasard, un temps de réaction très court, égal même à o, ou très long: le choix serait tout à fait arbitraire. Aussi a-t-on toujours observé qu'il fallait recueillir un très grand nombre de temps de réaction et les soumettre à de certains calculs. Ainsi, on détermine le temps moyen, c'est-à-dire le quotient de la somme de ces temps de réaction par leur nombre et la variation moyenne, c'est-à-dire la moyenne des différences entre le temps moyen et les réactions isolées. Cette dernière mesure montre la grandeur des oscillations et détermine le degré de régularité des temps de réaction.

Ce procédé me paraît présenter quelques inconvénients ; le temps moyen calculé sur l'ensemble des temps de réaction peut varier beaucoup suivant que l'expérience est plus ou moins prolongée et le nombre des chiffres obtenus plus ou moins considérable et ne nous indique pas assez les variations des temps de

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Chacun de ces temps de réaction était calculé, puis inscrit par la méthode des points sur un papier quadrillé au millimètre Buivant cette convention : chaque millimètre horizontal indique une nouvelle excitation, chaque millimètre vertical correspond à un centième de seconde. Ces points sont réunis par une ligne, la courbe des temps de réaction. Puis je calculai la moyenne de dix temps de réaction consécutifs et .je marquai cette moyenne sur 1< même graphique au milieu des dix temps de réaction et à sa hauteur en centièmes de seconde. Enfin ces nouveaux points sont réuni- par une ligne plus épaisse qui détermine la courbe des moyennes de dix en dix. Un graphique ainsi construit rend assez nettes les principales modifications des temps de réaction pendant dix, quinze minutes ou même plus, en rapport avec deux cents ou quatre cents excitations et permet de vérifier s'il existe une relation bien nette entre cette courbe des temps de réaction et l'attention du sujet.

On peut considérer le graphique de la figure 2 comme représentant à peu près ce qui se passe chez l'homme normal d'intelligence et d'attention moyenne sans éducation préalable. Il s'agit de réaction simple à des excitations tactiles. L'expérience a été prolongée jusqu'à io minutes et je ne reproduis ici faute de place que la dernière partie du graphique. Au début et jusqu'à la 8e minute les temps de réaction simple oscillent entre 7 et i5 cen-

tièmes de seconde et restent en général au-dessous de 20 centièmes il<- seconde, la moyenne de dix en dix est, comme on le voit, de 10 et 12 centièmes de seconde. Ce n'est pas une réaction bien rapide, il s'agit d'un sujet faisant bien attention mais nullement éduqué. A partir de la 8e minute on voit que les temps de réaction sont plus irréguliers, ils oscillent entre 10 et 3o centièmes de seconde et la moyenne plus élevée atteint i5 et 20 centièmes de seconde. Ces caractères restent les mêmes jusqu'à la i5e minute, si ce n'est que nous avons des irrégularités plus grandes encore, des temps de f\\ centièmes de seconde. On peut

Fig. 2. — Courbe des lemps de réaction simple à une excilalion tactile mesurés par le chromètre de d'Arsonval, inscrite par la méthode des points. Toutes ces courbes se lisent de gauche à droite, le temps est inscrit sur le côté gauche en centièmes de seconde. C courbes des temps de réaction inscrits chacun isolément. M courbe des moyennes calculées pour 10 temps de réactions consécutifs et inscrits de 10 en 10. Ces figures sont reproduites ici, avec une forte réduction par la photogravure, mais la réduction est la même pour toutes les figures du même genre qui représentent des courbes des temps de réaction, des pvoces&igrammes, par conséquent toutes ces courbes sont facilement comparables.

prendre ce graphique comme le type de la plupart de ceux que j'ai obtenus dans des circonstances normales et on peut lui comparer ceux que présentent les malades placés dans les mêmes conditions.

Dans d'autres cas je me suis servi d'une autre méthode pour inscrire les courbes, la méthode de M. Patrizzi. Le cylindre de Marey tourne avec une vitesse moyenne (M. Patrizzi semble se servir de la grande vitesse, celle-ci n'est pas applicable à mes sujets dont les temps de réaction dépassent souvent une seconde), il entraine avec lui le chariot de Marey portant le signal électrique de Desprets, de manière que le signal avance à chaque tour et décrive une ligne spirale ; c'est cette ligne spirale qui forme sur les graphiques obtenus par ce procédé, par exemple sur la figure 3, les fines lignes verticales très rapprochées l'une de l'autre. A chaque tour une tige de cuivre fixée sur le cylindre , en touchant un contact, ouvre un courant électrique; celui-ci fait d'une part sonner un timbre, ou remuer un signal, ou détermine un léger choc sur la main du sujet, et d'autre part il fait mouvoir le

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inscrits sur chacune des lianes vert icales, c est ce qui constitue but les graphiques La ligne E E , ou ligne des excitations. Puis on réunit également par un trait trace à la main ions les points 11 qui indiquent les réactions et qui sont situés à des distances variables de la ligne EE .

La réunion de ces points constitue une ligne brisée RR qui représente la courbe des temps de réaction.

L inscription du diapason à ioo vibrations par seconde se fait en D et permet de mesurer le temps de

réaction ER. D'ailleurs des lignes parallèles EE' tracées toutes les dix vibrations du diapason permettent de lire plus facilement le temps en dix centièmes de seconde. La figure 3 prise avec un sujet normal qui prête une extrême attention à un signal auditif peut servir de type et permet de comprendre ces processigrammes.

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1 î ~ - — JL — - = W5 — MO r H C i

84 L'ATTENTION ET LE GRAPHIQ1 I. DES rEMPS DE REACTION

Cette méthode est élégante, elle n'est pas sans quelques difficultés et quelques inconvénients. Klle demande une installation assez délicate, sujette à se déranger quand on désire s'en servir, elle n'est pas dune précision bien rigoureuse, car (au moins avec mon installation imparfaite] il est difficile d'obtenir une ligne des excitations EE' bien correcte. Mais le plus grand inconvénient, à mon avis, n'est pas là ; il consiste en ce que les signaux se font entendre trop régulièrement, ils sont avec mon dispositif de huit par minute. Il faut par divers artifices rompre cette régularité dans la plupart des expériences. On y arrive en mettant dans le circuit un nouvel interrupteur à la disposition de l'expérimentateur, ou plus simplement en ne fixant pas les tocs d'entraînement du cylindre; l'adhérence suffit à l'entraîner d'un mouvement très régulier, et l'expérimentateur n'a qu'à toucher du doigt le cylindre, et ii l'arrêter quelques instants avant le signal pour modifier la régularité de ces signaux. C'est dans ces conditions, en modifiant les signaux par l'une ou par l'autre méthode surtout par la première, ou, le plus souvent, en les laissant se succéder régulièrement, que j'ai obtenu un certain nombre de courbes moins précises peut-être que les précédentes mais également intéressantes.

4. — Conformité de ces graphiques avec les autres mesures de l'attention.

Je ne puis étudier ici tous les détails de ces courbes, ce qui serait entrer dans l'étude détaillée des temps de réaction. Je désire seulement remarquer ce qui dans ces courbes s'accorde ou ne s'accorde guère avec les notions acquises par d'autres procédés sur l'attention des sujets.

Il est évident qu'un certain nombre de ces courbes sont à ce point de vue tout à fait correctes, par exemple les deux figures précédentes nous présentent des courbes ayant deux caractères bien nets, elles sont basses et assez régulières. La courbe 3 nous présente des réactions à des sensations auditives répétées au nombre de 200 à peu près pendant 20 minutes, elles ne dépassent guère 20 centièmes de seconde et les oscillations sont rarement plus considérables que 10 à i5 centièmes de seconde. La figure 2 représente des réactions à des sensations tactiles au nombre de 33o à peu près pendant i5 minutes, la moyenne atteint rarement

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d'accoutumance du sujet il ne faut pas oublier qu'il s'agit de sujets se prêtant à celte expérience pour la première lois s'abaissent ensuite quand le sujet est plus exercé et se relèvent à la fin sous l'influence de la fatigue. Or ces deux courbes ont été obtenues sur deux hommes, l'un de oo, l'autre de 5o ans, en pleine santé

physique et morale. On peut donc remarquer la coïncidence de ces trois caractères de La courbe; moyenne peu «levée, oscillation peu étendue, relèvement minime de la courbe seulement au bout de i5 à 20 minutes. On peut supposer en effet que c'est la puissance de l'attention toujours dirigée sur l'attente du signal et sur le mouvement à exécuter qui a donné à la courbe son peu d'élévation et sa régularité.

Cette remarque semble se confirmer par une observation inverse de la précédente. Je constate sur plusieurs courbes des caractères tout à fait opposés aux précédents. Voici (fig. 4) une courbe bizarre qui a cependant été prise tout à fait dans les mêmes conditions que la courbe (fig. 3). La réaction R à une excitation auditive E est, on le voit, très élevée en général de 70 à 90 centièmes de seconde, en outre elle présente des oscillations énormes de plus d'une seconde de durée, enfin on note même sur la courbe des interruptions en I correspondantes à des périodes assez considérables, quelquefois d'une minute presque entière, pendant lesquelles le sujet a oublié de réagir, quoique le signal continuât à se faire entendre régulièrement. Or je constate que cette courbe est prise sur une malade fort curieuse. 11 s'agit d'une jeune fille, Sa., de 19 ans, atteinte depuis trois mois d'un hoquet hystérique incessant pendant la veille, qui ne disparaît que pendant le sommeil. L'observation de cette malade Sa, sera donnée d'une manière plus complète dans le second volume de cet ouvrage. Je remarque seulement maintenant qu'elle présente un état d'esprit tout particulier ; autrefois très émotive et même très anxieuse pour la moindre des choses, elle est devenue depuis le début de ce hoquet tout à fait indifférente, elle ne s'émeut, ne s'afflige ou ne s'inquiète de rien. Quoiqu'elle réponde assez correctement aux questions précises, elle reste en général sans rien faire et prétend ne penser à rien, avoir la tète vide. Il semble que toute l'attention soit concentrée sur le hoquet et se soit retirée de toute autre chose. On peut rapprocher cet état mental de la courbe précédente et expliquer par cette absence d'attention l'élévation et l'irrégularité de la courbe.

Les mêmes caractères plus exagérés encore se retrouvent dans la figure 5 prise sur une hystérique, Cor., peu de temps après une attaque. Cette malade conserve peu d'anesthésies persistantes si ce n'est un certain degré de rétrécissement du champ

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Fin. 5. — Courbe dos temps île réacUon «impie à une excitation auditive obtenue chez une hystérique Cor. pendant ia minutes une demi-heure après une attaque. Le sens de l'ouïe paraissait être normal.

malades. J'ai essayé d'obtenir la courbe des réactions à une excitation auditive chez une malade tort curieuse, Rachel, dont j'étudierai un jour l'histoire d'une manière plus détaillée. Cette jeune fille de 16 ans présente depuis l'âge de 9 ans une surdité verbale absolument complète, bien que tous les autres modes du langage

Boienl intacts. Je ne discute |»;is ici les caractères el l'interprétation de cette surdité verbale, je remarque seulement la forme de sa courbe de réaction a des excitations auditives. Otte courbe (fig. 0) est assez élevée (il ne faut pas tenir compte des premiers

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temps de réaction pendant lesquels le sujet s'accoutume à l'appareil), la courbe est ensuite irrégulière quoique moins que dans les cas précédents. Mais elle monte très vite au bout de sixà sep tminutes et la moyenne s'élève à peu près à 65 centièmes de seconde, ce qui est énorme. Ne pourrait-on pas, tout en remarquant que cette malade

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On peut admettre au moins comme hypothèse provisoire que cette irrégularité et eette aUgmentation des moyennes après

10 minutes, correspond à la fatigue rapide de l'attention chez eette malade en convalescence d'une mélancolie grave. Le même fait se constate, plus exagéré peut-être, chez des malades neurasthéniques et hystériques : les oscillations des temps de l'attention

1. Voir dans le second volume de cet ouvrage, l'observation de cette malade et d'autres courbes de son attention auditive et tactile.

l. ATTENTION ET LE GRAPHIQUE DES TEMPS DE RÉACTION

deviennent plus rapidement considérables, les temps tantôt sont de 20, tantôt de 100, et la moyenne s'élève à 70, et même chez une hystérique à ioo au bout de 1 2 minutes fig. 8 . Les dessins de ce -cure correspondraient donc à des attentions faibles, faciles à fatiguer.

Dans tons ces cas il semble qu'il y ait un accord suffisamment net entre les caractères de la courbe et les caractères de l'attention du sujet tels qu'ils nous ont été révélés par d'autres méthodes.

Fin. 8. — Courbe des temps de réaction simple à des excitations tactiles chez une malade hystérique. Les excitations sont faites sur une région de sensibilité normale. En a ascension brusque de la courbe déterminée par une distraction en rapport avec un bruit dans la

salle.

En présence de pareils résultats on comprend que plusieurs auteurs aient conclu à l'exactitude de cette mesure. C'est à cette conclusion que parviennent, je crois, MM. Victor Henri et Philippe dans leur mémoire que je n'ai malheureusement pu avoir à ma disposition sur les temps de réaction chez les hystériques1. La diminution de la sensibilité et de l'attention évidente chez ces

1. Philippe et Victor Henri, Recherches expérimentales sur l'influence de la distraction chez les hystériques. Arch. du lab. de psychologie de la Sorbonne, i893. •

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