Courbes paradoxal
Cette conclusion cepondanl me parait un peu précipité* je ne tardai pas .i observer un tri ind nombre de graphiq
du m- Interprétation fort embarrassante. Je lus en parti* uliei frappé par l'observation d'un graphique qui a étén produit plusieurs fois dans des expériences répétées sur un malade, Pk. Il i agit d'un homme de 28 ons, atteint de l'hystérie la plus grave : attaqu Bomnambulismes Bpontanés, délires bc prolongeant pendant plusieurs jours e-1 dans l'intervalle anesthésie tactile et musculaire presque complète sur la plus grande partie du corps, rétréci ment considérable du champ visuel, amnésie continue, obs< sions et rêveries permanentes. 11 est incapable non seulement de faire une petite opération arithmétique, tuais même de comprendre ce qu'il lit. Je le crois tout a fait dénué d'attention et de synthèse mentale, bien plus en tous cas que les malades qui ont fourni les graphiques des figures J, 5, s. et je m attendais à un graphique caractéristique. Il faut ajouter qu il perçoit faiblement les signaux tactiles car les impressions sont déterminées sur une région du bras qui est fortement hypoesthésique. Eh bien, l'expérience, conduite comme je l'ai dit, au lieu d'être arrêtée par la fatigue du sujet au bout de 10 ou de i5 minutes, a pu être prolongée sans difficulté jusqu'à la 3op minute et n'a dû être arrêtée que par la fatigue de l'opérateur. Cet individu a réagi à des excitations tactiles tout ii fait irrégulières il s'agit ici de la iro méthode pendant ces 00 minutes 680 fois ; quels ont été les temps de réaction ? Ils ont été jusqu'à la fin d'une brièveté et d'une régularité étonnantes. Le graphique est trop long pour être reproduit ici en entier, la figure 9 n'en donne que la première partie pendant i5 minutes en À et la dernière partie, de la a5e à la 00e minute en B; mais dans ces parties le graphique est à peu près identique, la courbe est plutôt
plus régulière et plus basse clans la dernière. On voit que le temps de réaction oscille de 10 à 20, qu'il dépasse rarement 25 et que la moyenne, qui est de i5, 17, ne dépasse pas une fois 20. Ces caractères s'observent d'ordinaire entre la 5° et la io° minute,
Fig. 9. — Courbo des temps de réaction simple à des excitations tactiles clic/. Pk. A commen. cément de la courbe pendant i5 minutes. B fin du graphique de lu 20e à la 3o° minute.
mais à la 3oe minute ils sont surprenants, et, ne l'oublions pas, ce graphique a été obtenu chez un homme extrêmement malade et qui paraissait n'avoir aucune attention.
Ces graphiques paradoxaux s'observent a mon avis très fréquemment. Cam., une femme hystérique de 32 ans, est plongée depuis deux ans dans un état d'hébétude causée par un état émotif permanent en rapport avec une image obsédante de la mort de ses deux enfants. Elle a des hallucinations visuelles et auditives, voit ses enfants, des corbillards, des fossoyeurs, etc. Elle n'a pas, au moins au moment de l'expérience, d'anesthésies proprement dites, mais elle ne comprend pas ce qu'elle lit, répond mal aux questions, ne veut ou ne peut faire aucun travail. C'est a peine si elle m'a semblé comprendre ce que j'exigeais d'elle quand je l'ai approchée de l'appareil et cependant voici la courbe que j'obtiens en réponse à des excitations auditives pendant i3 minutes (fig. 10).
Autre exemple: Justine, cette femme de l\o ans, obsédée par lidée du choléra et qui fait l'objet d'une des études de cet ouvrage, semble, comme on le verra, être un type d'aprosexique. J'ai même dû instituer une longue éducation pour lui rendre quelque faible degré d'attention que je jugeais indispensable pour lutter contre
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Fia. 10. — Courba dei lempi de 1 lmpl« .'1 dei excitation audiih I un.,
pendant 1.! minai
jusqu'à ,'>o minutes, ce qu'il ne m';i |>;i s été possible de faire toujours, si on se borne h des graphiques de 10 et i5 minutes, on obtient souvent chez des Bujets 1res malades des courbes tout .1 fail comparables à celles que j'ai données comme normales (6g. a et 3), J'ai recueilli un 1res grand nombre de graphiques de ce genre, bue je nomme paradoxaux, une cinquantaine jusqu'à présent ; je ne pu is les décrire, ni surtout les reproduire tous ici.
Je suis, je l'avoue, extrêmement embarrassé par ce paradoxe
expérimental et j'en ai essayé diverses interprétations. Faut-il croire que je me suis trompé en appréciant le degré d'attention de ces malades et sont-ils en réalité fort capables d'un effort d'attention prolongé ? Il est difficile de l'admettre toujours en songeant à tous les faits qui démontrent leur rêverie perpétuelle, leur impuissance pour faire le moindre effort intellectuel.
D'ailleurs certains malades seraient a ce point de vue encore plus embarrassants, car tantôt ils nous fournissent des graphiques analogues h la figure \ et tantôt ils nous donnent des graphiques semblables a celui de Pk. (fig. 9). Et ces différences peuvent survenir à un quart d'heure d'intervalle dans la même séance quand on opère de la même manière en déterminant les excitations tactiles au même endroit du corps, en enregistrant les réactions produites par la même main. Leur maladie de l'attention peut -elle disparaître et réapparaître aussi vite ?
!/i L'ATTENTION ET LE GRAPHIQUE DES TEMPS DE RÉACTION
Peut-être dans certains cas, s'agit-il d'un effort, d'une fixation momentanée et de la concentration passagère d'une attention faible sur un point déterminé : cela est quelquefois possible. Il me semble qu'il en est ainsi pour les graphiques obtenus avec Justine; cette malade, extrêmement disposée aux idées fixes, remarque ellemême qu'elle s'absorbe dans ce travail au point de ne plus rien voir, de ne plus rien entendre en dehors. En réalité elle devient anesthésique totale pendant l'expérience sauf au point excité et nous voyons là un fait analogue au rétrécissement du champ visuel par l'attention. Peut-on dire qu'il s'agisse là d'une véritable puissance de l'attention ? La mesure d'une attention qui se présente de cette manière demanderait au moins à être discutée. Mais cette explication même n'est pas admissible pour tous les sujets dont l'esprit ne se concentre aucunement sur l'expérience.
On peut se demander si ces différences dans les graphiques de l'attention ne s'expliquent pas par des modifications de l'état de conscience analogues au somnambulisme. Pk., par exemple, aurait été dans un état second, un somnambulisme pendant le graphique de la fig. 9. Je ne crois pas qu'il en ait été ainsi dans ce cas particulier, mais j'ai cherché à vérifier si l'état de somnambulisme modifiait nettement les graphiques et les rapprochait de la fig. 9.
Dans quelques cas, les sujets endormis sont moins distraits par les circonstances extérieures qu'ils ne l'étaient pendant le veille et le tracé est plus régulier. Mais le plus souvent cela dure peu, au bout de quelques minutes on observe chez ces malades même endormis les mêmes phénomènes de fatigue, et beaucoup de tracés, recueillis pendant le somnambulisme, ont tout à fait le type des figures 4 et 5. Il est vrai que de temps en temps chez quelques malades on observe le type différent analogue à la figure 9 et 10, mais ce n'est pas la règle, et l'état de somnambulisme ne suffit pas pour les expliquer. Si les interprétations précédentes sont insuffisantes, il faut donc revenir à l'étude psychologique des sujets et chercher les phénomènes moraux qui accompagnent et déterminent l'une et l'autre forme de ces graphiques des temps de réaction.