Tentative d'interprétation
Il est bien probable que les cas d'amnésie continue, comme les
il \ l \ 1 1\ i D'INTI Kl'lll MM' i
de |i.i i .il \ .h i»u de toul .mii i • 1 1 1 1 » i • • 1 1 ■ • im pourront p , i , ,. interpréta • exactement de la même manière le mrme ph< nomcn< apparent peut être le P( ultal de bien d< rii , h Ht i . -ii ir \ m i le « it de Marcelle n'< I ps loul ii fail identiqui .m \ .mii es, puisque I on ne peul chei cette n trace dei louveniri lubconscienti On note chei elle que l'am- 1 1 « • b i < • continue oal liée .1 de grandi trouble 1 1 1 1 • avec eux. Il eal probable que ce qui fail défaut c'est la linon, l.i lyatématiaation des images qui est définitivement absente | que l.i ivnthèse mentale na pas été effectuée su moment de la perception* Si nous Usons un h\i<- chinois lani le comprendre nous ne pouvons évidemment pas conserver le lôuvenir des idée contenues dans ce livre. L'amnésie continue ic rattache don< ici au trouble de la perception. En est-il ainsi dans les autres cas? Evidemment non, «I abord parce que I on ne retroui \>>ches ers malades I «s mêmes troubles <!<■ la perception, quelqu unes perçoivent très bien et comprennent même ce <jn ailes lisent, si on les interroge immédiatement. Les systèmes d'images semblent donc dans ces cas avoir été constitués. D'ailleurs, comme on l'a vu, ces amnésies ne sont pas aussi absolues que dans 1«- premier cas el ont des caractères spéciaux,
11 faut tenir compte de tous ces caractères si Ton veut essayai de se représenter la nature générale de cette perturbation psychologique. Cherchons quelle partie de ta mémoire est détruite chez ces malades: il ne s'agit évidemment pas d'un trouble apporté dans les opérations intellectuelles qui se joignent à la mémoire, comme la reconnaissance et la localisation. Un trouble de ce genre donne lieu à des illusions, à des délires plutôt qu'a de véritables amnésies, et nous n'avons ici rien de pareil.
11 nous faut considérer, dans la mémoire, des opérations plus élémentaires: la première de toutes est appelée depuis longtemps la conservation des souvenus ; ce mot n'est que la description d'un lait et non son explication : les phénomènes psychologiques qui se sont produits une fois ne disparaissent pas complètement : ils laissent des traces, comme on disait autrefois, c'est-à-dire qu'ils laissent dans le cerveau une certaine modification fort inconnue qui leur permet de se reproduire. En un mot, un phénomène psychologique est conservé quand il peut de temps en temps être reproduit; il n'est plus conservé quand sa reproduction est devenue définitivement impossible. Peut-on dire qu'il v a ici un défaut de
conservation des images par paralysie, par épuisement de certains centres? Il est trop évident qu'une pareille maladie suppose une altération cérébrale et en particulier une altération des cent tes corticaux, mais il faut éviter les explications prématurées qui en l'absence d'analyses histôlogiques ne peuvent être que philosophiques et déductives, et il (aut chercher par l'analyse précise et expérimentale du trouble lui-même à préciser sa nature, afin de faciliter plus tard l'interprétation des lésions cérébrales que l'on découvrira. Peut-on donc affirmer qu'une amnésie de ce genre nous indique la suppression d'un centre sensoriel déterminé qui ne pourrait plus conserver les conditions ou les traces nécessaires pour la conservation des images? D'un côté il faudrait que cet engourdissement cérébral fût bien étendu, puisqu'il supprime absolument tous les souvenirs aussi bien auditifs que visuels ou kinesthésiques, d'autre part on pourrait s'étonner qu un épuisement si considérable n'amène aucun trouble du mouvement et ne s'accompagne même, chez M,no D. .., d'aucune cuiestlièsie. D'ailleurs nous n'avons pasà hésiterici, il est certain que la conservation des souvenirs est absolument intacte dans tous ces cas: pendant le sommeil naturel, pendant le somnambulisme, tous les souvenirs renaissent sans difficulté : les traces en étaient donc conservées. Les psychologues décrivent alors un autre phénomène essentiel dans le souvenir : c'est la reproduction des images. Par un mécanisme, que nous n'avons pas à étudier et dans lequel l'association des idées joue le plus grand rôle, les phénomènes psychologiques primitifs qui se sont conservés à l'état latent réapparaissent un peu moins forts, moins complets surtout, mais à peu près avec les mêmes caractères que la première fois. On les appelle alors des images et on comprend que la renaissance des images au moment opportun soit une condition essentielle du souvenir complet. Estce ici que nous allons trouver l'explication de l'amnésie continue ? Cela semble au premier abord très vraisemblable : MmeD..., par exemple, semble ne pouvoir reproduire les images qu'en rêve, pendant le sommeil, et ne pas pouvoir les reproduire quand il le faut, suivant les besoins de la veille. Je crois même que cette opinion renferme une partie de la vérité : le cerveau fatigué dune manière particulière ne reproduit les images qu'avec difficulté et dans des conditions spéciales, mais cela est loin d'expliquer tous les faits. A mon avis, les souvenirs peuvent se reproduire, et se reproduisent plus qu'on ne le croit, même pendant la veille,
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duction réelle de tous ces sinivi'inrs même pendant la veille, au
moment OÙ nous les dési i ions.
Mais où donc chercher cette altération «1<- la mémoire qui doit bien exister quelque part pour produire des résultat aiani-
festes? Les psychologues, dans leurs descriptions, n'admettenl l».is d'autres phénomènes élémentaires dans la mémoire, ea de! dt1 la conservation et de la reproduction. Je crois qu ils ont t « » i » et que la maladie décompose el analyse mieux la mémoire < j u«* n'a pu faire la psychologie. II ne sullii pas, ainsi que beaucoup d'études précédentes nous L'ont appris, qu'une sensation simple isolée soit produite dans l'esprit pour qu'elle soit par cela même appréciée par le sujet. Il faut, pour la conscience complète d'une sensation qui s'exprime par le - je sens . qu'une nouvelle opération s'ajoute à la première.
11 faut qu'une sorte de synthèse réunisse les sensations produites et l<>s rattache à la masse des idées antérieures, des sentiments passés et présents, de la cœnesthésie actuelle dont L'ensemble constitue la personnalité. Eh bien, il doit en être de même pour les images; il ne suffit pas, pour que nous avons conscience d'un souvenir, que telle ou telle image soit reproduite par le jeu automatique de l'association des idées, il faut encore que la perception personnelle saisisse cette image et la rattache aux autres souvenirs, aux sensations nettes ou confuses, extérieures ou intérieures, dont l'ensemble constitue notre personnalité. Que l'on appelle cette opération comme on voudra, que l'on forge pour elle le mot de « personnification » ou que l'on se contente des termes vulgaires que nous avons toujours emplovés : a perception jwrsonne! le des souvenirs », ou « assimilation psychologique des images». il faut toujours constater son existence et lui donner une place dans la psychologie des souvenirs comme dans celle des sensations.
136 L Wl\l>li; C0NTIN1 E
Cette opération est si simple, si facile chez nous, que nous ne soupçonnons môme pas son existence. Mais elle peut être altérée et supprimée, tandis que les autres phénomènes du souvenir, conservation et reproduction des Images, subsistent intégralement, et son absence suffira pour produire chez les malades un trouble de la mémoire qui sera, pour eux, une véritable amnésie.
Pour établir que l'amnésie continue dépend bien d'un mécanisme de ce genre, on peut remarquer d'abord quelle ressembleà un phénomène de distraction. Il en est de même d'ailleurs pour tous les stigmates hystériques, en particulier pour l'anesthésie, ainsi que je l'ai montré souvent1. En effet, il y a des distractions de mémoire comme des distractions de sensations etelles amènent des oublis comme les premières produisent des anesthésies. Ou pourrait même dire que, pendant les rêves et dans le somnambulisme, l'attention, n'étant plus distraite par les impressions extérieures, se retourne plus facilement vers les images du souvenir". Mais cette remarque n'est qu'une première approximation, il faut expliquer en quoi consiste cette distraction singulière, comment les phénomènes du souvenir persistent subconsciemment pendant la veille, pourquoi l'attention semble devenir plus facile pendant les somnambulismes. En un mot, il faut étudier la nature de la distraction et en particulier la nature de cette distraction extraordinaire de l'hystérique, ce qui n'est possible, à notre avis> qu'en examinant le rôle de la notion de personnalité dans les souvenirs comme dans les sensations.
Voyons, en effet, ce qui se passe chez Mme D..., que l'on peut considérer comme le type de ce genre d'amnésie par maladie de la personnalité. Dans quelles circonstances le souvenir est-il absent chez elle ? Quand on l'interroge directement en l'appelant par son nom, ou bien quand elle s interroge elle-même de la même manière? En un mot, le souvenir semble disparaître toutes les fois que sa personnalité est en jeu, toutes les fois où il faudrait
1. Les actes inconscients et la mémoire pendant le somnambulisme. Revue philosophique, 1888, I, 2^9. Automatisme psychologi<iue, 188g, 3o-. Archives de neurologie, 1892, 343.
2. Au Congrès de Londres, M. le Pr Ebbinghaus, de Berlin, avec une obligeance dont nous le remercions, a ajouté quelques explications à notre communication. Il insistait sur ce rôle de la distraction, qui nous paraît, en effet, essentiel, mais qui ne nous semble pas fournir une explication complète.
ii \i \ ii\ i D'INTI IlI'M rATK ,1, , ,. | i,- m. • louvien lu contraire h ou enii emhl< |
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l,N ,,,,1,1 jqu6| Ici .i< t.- . m i . il. . lu . I . . i ii m . et la pai ol< ol pendant <|n«" la malade eal distraite pai quelque sutre opération , onteiente. loi, onooi e, il y a uo caractère < mmini n . l .,,• ni .-.i h i . « | « i . 1 1 1 < 1 l.i cons< i« ii< i claire et pei onnclli nt<
quand le souvenir est isolé, lani rapport avec la vit complète d< la malade. Cela est bien yisible dans ^<»n lomnambulisi eflet, cet état est chez M I » toutparticuliei cen'i I p i comme clic/ d'autres malades une seconde forme «I existent i p ^cholocrique, avec des louveniri qui lui soient propres « I la formation d'une seconde personnalité Non,c « si chei M I >. un sommeil pro fond dans lequel <■ 1 1 « d ■• aucune réflexion, aucune spontanéité, je dirais presque aucune personnalité. Et quand <m • pendant le somnambulisme, «I»' constituer une personnalité, de relier par le souvenir les divers somnambulismes provoqués, <»n \<->it que la mémoire disparait <lr nouveau, !.<* souvenir n'exii même pendant le somnambulisme, que si la malade ne se rend compte de lien et répond automatiquement aux questions pai association mécanique des idées >.ms réfléchir, sans avoir la perception personnelle de ce qu'elle fait.
Le même caractère est particulièrement net, ;i notre avis, m l'on examine les souvenirs qui se manifestent par l'écriture ou par la parole automatiques. Ces deux expériences intéressantes sont très difficiles à reproduire sur cette malade, et elles échouent souvent. Pourquoi ? DèsqueM"eD... fait attention ii son écriture, tlès qu'elle sent ou entend sa propre parole, tout s'arrête et il n'est plus possible de manifester le souvenir. L'attention consciente, loin de faciliter récriture automatique, comme cela arriverait chez un simulateur, la supprime absolument. Le souvenir, en un mot, ne se manifeste qu'à L'insu de la personne, il disparaît quand la personne doit parler ou écrire en son propre nom, en sachant elle-même ce quelle fait. Ce caractère de la mémoire existe quelquefois même chez l'homme bien portant ; nous ne pouvons quelquefois retrouver l'orthographe d'un mot qu'en laissant notre- main écrire toute seule. Ce qui, chez nous, est accidentel, est presque général chez l'hystérique: «Je ne sais plus retrouver mes affaires, me disait une malade ; pour les retrouver, il ne faut pas que je songe à les chercher, je n'y parviens pas. Il taut que je laisse ma main marcher toute seule, elle trouvera
138 l- àMNÉSIE CONTINUE
l'objet mieux que moi. » Chez les malades dont nous avons parlé, <•(• caractère a pris un développement énorme et nous croyons que pour résumer leur état on poul dire: «Les choses se passent comme si ces malades étaient devenues incapables d'avoir la perception personnelle de leurs souvenirs, d'assimiler à leur personnalité présente les images qui continuent à se conserver et à se reproduire automatiquement dans leur esprit, comme si leur personnalité arrêtée définitivement à un certain point ne pouvait plus s'accroître par l'adjonction, l'assimilation d'éléments nouveaux. » Ce qui nous encourage à soutenir cette hypothèse, qui n'est qu'une pure représentation des faits, c'est que nous avons déjà éprouvé sa valeur en l'appliquant à d'autres phénomènes. Nous avons pu démontrer depuis 1887 que l'anesthésie hystérique n'est souvent qu'une distraction du même genre : elle n'existe ni dans les somnambulismes, ni dans les actes subconscients, elle n'est qu'un rétrécissement du champ de la conscience, une faiblesse de la personnalité incapable de synthétiser toutes les sensations. Quand nous avons étudié l'aboulie en 1891, nous avons retrouvé exactement les mêmes caractères : conservation des actes anciens déjà svnthétisés autrefois, perte du pouvoir d'effectuer consciemment des actes nouveaux, conservation de tous les actes subconscients sans rapport avec la personnalité. La même lésion se manifestait autrement, le sujet devenait incapable de synthétiser les images motrices, de les rattacher à sa personnalité pour faire un acte volontaire qui fût personnel. Nous croyons que l'amnésie continue, se manifestant chez les mêmes malades, doit être du même genre. Il s'agit ici d'une grande fonction psychologique, l'assimilation des phénomènes élémentaires, sensations, images motrices, images du souvenir à la personnalité, et il s'agit ici d'une grande maladie psychologique dont les manifestations sont diverses, mais qui reste au fond toujours la même, la faiblesse du pouvoir de synthèse personnelle, l'arrêt plus ou moins complet de la construction de la personnalité. Nous ne pouvons étudier ici la localisation anatomique de ce trouble cérébral aujourd'hui encore bien hypothétique, nous ne pouvons qu'indiquer deux suppositions: l'engourdissement, la diminution de la vitalité, du pouvoir de construction organique peut porter sur les centres sensoriels eux-mêmes. Il laisse subsister en partie, sauf dans des cas particuliers, leurs fonctions essentielles, mais il supprime ce qui constitue le dernier terme, l'achèvement de ces fonctions, la possibilité de les asso-
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non Est il utile de forger un rnol plu ou moini nouvi considérer cette maladie comme une pêycha&thènic t ui ihrif psychologique ; son résultai sera toujoui un fail réel el bien connu : l.t désagrégation <l<' l'espvii
4. — Pathogénie. Rôle de Vidée fixe, influence dissociante de l'émotion*
Il est bien difficile de remonter ru delà el de rechercher pourquoi et eommenl m* produit cette faiblesse de synthèse psychologique. Le plus Bouvenl la désagrégation psychologique el lei défauts dé la perception personnelle nous semblent être des phé nomènes primitifs, primitifs au point de uic physiologique, bien entendu. Ils sont la première manifestation (rime faiblesse, d'une imbécillité cérébrale qui se développe dans des conditions physiologiques particulières. C'est l'opinion que nous avons jusqu'à présent soutenue pour l'anesthésie hystérique el pour l'aboulie : les autres phénomènes présentés par ces malades, comme certains troubles moteurs et la suggestibilité, nous ont paru secondaires aux premiers. Il doit en être souvent de même pour l'amnésie ci linue, et, si l'on considère surtout ses formes atténuées, on la rencontrera dans la plupart des épuisements cérébraux. Il en est ainsi pour Marcelle et en partie pour Maria, chez qui l'amnésie continue se rattache à des troubles de perception et à un grand engourdissement cérébral, déterminé chez Tune par la fièvre typhoïde, chez l'autre, en partie au moins, par l'intoxication alcoolique.
Mais cette explication simple n'est pas suffisante pour tous les cas qui sont souvent plus complexes. On constate quelquefois chez ces malades d'autres altérations mentales qui semblent en rapport avec l'amnésie.
Plusieurs de ces malades, en effet, comme Justine, par exemple, avaient en même temps des idées fixes sous la forme obsédante ou sous la forme impulsive. Ces idées étaient quelquefois visibles et avouées par le sujet lui-même qui se plaignait d'une obsession con-
iiO . L'AMNESIE CONTINUE
tinuelle ; quelquefois elles n'étaient pas exprimées clairement par le sujet, mais se manifestaient par des mouvements ou des attitudes significatives; souvent enfin elles étaient très difficiles à découvrir, la malade semblant n'en avoir ni le souvenir ni même la conscience claire, et il fallait user de toutes sortes de procédés psychologiques pour découvrir ce rêve permanent1.
Mmfl D... rentrait précisément dans ce troisième cas : elle prétendait, quand on l'interrogeait sur ce point, soit pendant la veille, soit pendant le somnambulisme, n'être troublée par aucune idée, par aucun rêve, et avoir, sauf le manque de mémoire, l'esprit aussi libre que par le passé. La chose pouvait être vraie et cette amnésie continue pouvait être un fait primitif. Cependant, les exemples précédents, si analogues au cas de Mme D..., me montraient que les idées fixes, même subconscientes, pouvaient jouer un rôle et qu'il fallait les chercher.
Connaissant déjà les idées fixes subconscientes sur lesquelles je préparais depuis quelque temps un travail, j'ai pu remarquer certains faits significatifs: i° Mmc D... avait de temps en temps, rarement il est vrai, de petites crises d'hystérie. Durant ces crises, elle manifestait une grande terreur, et répétait sans cesse des phrases comme celles-ci : «Mon mari, mes pauvres enfants... cette pauvre Jeanne qui n'a pas de robe de deuil... Oh ! cet homme, le mésirable... etc...)) 2° La nuit cette malade se comportait dedeux manières fort différentes : quelquefois, et c'était le fait qu'on avait remarqué en premier lieu, quoiqu'il fût en réalité le plus rare, elle s'endormait assez profondément d'un sommeil calme et alors rêvait des incidents journaliers : t< la Salpêtrière. .. M. Charcot, les médecins en tablier blanc...)) Mais le plus souvent elle .ne dormait pas du tout et voici pourquoi : dès qu'elle s'assoupissaitun instant, elle se réveillait en sursaut toute tremblante, avec une fraveur terrible 2. Elle ne se rendait pas compte de ce qui l'avait effrayée, mais elle regardait de tous côtés comme si elle avait l'idée vague que quelqu'un venait d'entrer. Cette terreur recommençait dès qu'elle s'assoupissait de nouveau, si bien qu'elle préférait garder les yeux ouverts et ne pas dormir. Ses voisines la croyaient endormie et ne s'apercevaient de rien. Pendant le som-
i. Voir dans le chapitre i les idées fixes subconscientes de Marcelle, p. 16. 2. Voir dans le chapitre ix de cet ouvrage ce qui a rapport à. l'insomnie par idée fixe subconsciente.
PATHOGI \n. 141
pimbuli imc profond elle m expliquait tri bi< ri c< I reui turnes ; .lis qu elle dormait elle avait une hallucination, \<» entrer l'homme qui I avait eiFi au moi d'août et enten
distinctement eei parolei i M'" D . pr< parei un lit on \<»ns amène votre mari < | >■ ■ eat mort. • 3* Pendant le ibmnambuli même, elle avait] quand <>n l.i laissait quelquetempi lii !!<•
même sans lui parler, des soubresauts <!«■ terreur. I ll« dressait ls tète comme si elle écoutait quelqu un et murmurait quelque! mots entre s<,s> dents; Oh! cet nomme, le misérable j'aimeraii mieux mourir, je me tuerai..., etc. o II n'était pas facile de la faire sortir de cet état de rêverie quand on I avait laissée i i enfoncer, car ;i ce moment elle devenait insensible, ce qui ne lui était pas habituel. V Même pendant la veille elle avait fréquemment des soubresauts | des cris étouffés quelle réprimait immédii ment, parce que, disait-elle, elle ne »,i\aii pas ce que cela signifiait. En un mot,, les remarques précédentes nous donnent à penser que l'événement terrifiant du 28 a<»ùt n'a pas disparu <lr l'esprit deMm,D...; il se reproduit sons forme d'hallucination beaucoup plus fréquemment qu'on ne le croit, il obsède l'esprit pendant la journée et il détruit le sommeil pendant la nuit*
\ joutons que la malade a encore d'autres idées Gx< - dérivi de la première par association, comme on l'observe si souvent, des idées de suicide extrêmement graves et même des idées d'homicide pour se venger. La nuit, dans certains états de somnambulisme, Mm* D... a cherché à s'enfuir de ta salle et a se bless Pendant certaines périodes, dont je montrerai tout a l'heure l'importance, elle est devenue obsédée par ces idées de suicide et d'homicide jusqu'à entrer dans un véritable délire. A ce moment on ne constatait que trop facilement L'idée fixe qui était restée bien longtemps tout a fait latente.
Quel rapport faut-il établir entre ce fait, cette idée fixe subconsciente, persistant presque constamment, et cette amnésie continue qui persiste également depuis six mois ? Est-ce par une simple coïncidence que ces deux phénomènes se retrouvent simultanés chez ces quatre malades? Ce n'est pas vraisemblable, et ces deux faits doivent avoir de l'influence l'un sur l'autre.
Le rapport de ces deux faits pourra fort bien être différent suivant les cas, et je ne veux pas généraliser ; mais ici, si Ton tient compte du début et de révolution de la maladie, on peut
ii2 L'AMNESIE CONTINUE
dire, je crois, que c'est l'idée fixe qui est primitive et qu'elle amène L'amnésie à sa suite. Par quel mécanisme une idée fixé persistant ainsi empèchet-elle M"10 D... d'avoir la perception personnelle de ses souvenirs ? Je ne prétends pas le savoir complètement. D'abord, cette hallucination prive la malade de sommeil, ce qui est loin d'être insignifiant dans les maladies psychologiques. « La mémoire, disait le physiologiste Lesage, de Genève1, est la faculté intellectuelle que la privation de sommeil affecte le plus. » En outre, cette idée fixe, qui à chaque instant tend à réapparaître et à envahir l'esprit, comme cela arrive pendant les crises, doit empêcher tout fonctionnement normal, et amener un état de distraction continuel. C'est en effet ce qui arrive : MmeD... n'est pas précisément une aboulique comme était Marcelle, la maladie ne porte pas nettement sur les images motrices, c'est incontestable ; elle peut, quand on est près d'elle, quand on l'excite, faire quelques petits travaux intellectuels, très automatiques d'ailleurs, une addition ou une multiplication; mais en réalité sa volonté et son attention sont très altérées, elle est impatiente, énervée, susceptible au plus haut point, extrêmement suggestible, même à l'état de veille, incapable de comprendre ce qu'elle lit, d'écrire une lettre et d'assembler ses idées. Elle a perdu ses affections les plus profondes et elle est devenue tout à fait indifférente pour son mari et ses enfants. Elle n'est pas anesthésique, il n'y a même pas de rétrécissement du champ visuel, cela est, à mon avis, très étonnant et montre combien la désagrégation psychologique peut se localiser avec précision ; elle ne'porte ici nettement que sur les souvenirs et non sur les sensations. Mais cela n'empêche pas que ses rêveries ou le moindre travail ne puissent facilement la distraire à un tel point que pendantun moment elle ne sent plus le crayon dans sa main et qu'elle présente l'écriture automatique. L'anesthésie momentanée par distraction, comme je l'ai montré, est toute voisine de l'anesthésie hystérique. En un mot, il semble que la persistance presque continuelle de cette idée obsédante, trouble le sommeil, détourne l'attention et épuise le cerveau de manière à provoquer ce trouble continu de la perception personnelle que nous avons constaté dans les souvenirs.
i. Cité dans les noies de la traduction de Dugald-Slewart par Prévost. Genève, 1808, [I, 45o.
I'UII'h.i M|
Gei oxpl icn tioni ont cependant ei i in ufli int< d'abi
toui I' i "'' ■• ■ '• • n <»m pai doi amnésii omblabli
moini chei M "" 1 1 l \u oontiiiu< et m< nu n ! i u
il. s If début , i m n i< 'I i.ii i m» n i .i|u « i I .11 • idcnt, .1 un moment où il n'\ avail pas 'I idée fixe proprement dite L idée fixe, en dél< nui n. mi nuiourd nui I amnésie, ne fait que reproduire el • ntr< tenii un phénomène qui avait déjà été produit pai I événement initial elle don serve simplement l«-^ propriétés et les caractèrei de cet événement lui-même.
<>r quel •• été ce fait psychologique <|m .1 déterminé au débat l'amnésie et qui <'n ^c reproduisant la perpétue? Une très violente émotion, déterminée par la vue des cadavres pour Sch., I annonci de la mort de son mari pour M"" I)... Ce caractère émotionnant retrouve dans les idées fixes <\r ces malades qui ^<»ni n chaque ms tant angoissées et tremblantes, parce <[n<- leur rêve plus ou moins conscient reproduil 1 émotion primitive. Il en esl d<- même pour Justine <jui est continuellement dans un état <l<- peur en pensant au choléra. C'est là un lait important à retenir, l'amnésie esl m rapport étroit avec l'émotion. Peut-être pourrait-on sinon expli (|ucr cette relation, au moins la ramener ii une propriété plus nérale de l'émotion. Ouoimic l'on ait fait récemment un errant!
nombre d'études sur rémotion, on n'a pas assez insisté, à mon
avis, sur une «le ses propriétés psychologiques les plus curieus que j'ai déjà eu l'occasion de signaler autrefois. « L'émotion, disais-je, rend les gens distraits ; bien plus, elle les rend quelquefois anesthésiques soit passagèrement, soit dune façon permanente. Hack Tuke cite à plusieurs reprises des individus qui sont devenus aveugles ou sourds à la suite d'une forte émotion. J'ai constaté moi-même que chez des hystériques en voie de guérison, toute émotion subite ramène des anesthésies. En un mot, l'émotion à une action dissolvante sur l'esprit, diminue sa synthèse et le rend pour un moment misérable1. » Les émotions, surtout les émotions dites déprimantes, comme la peur, désorganisent, désagrègent les synthèses mentales; si l'on peut ainsi dire, leur action est analytique par opposition à celle de la volonté, de l'attention, de la perception qui sont des opérations synthétiques.
On verra dans le cours de cet ouvrage et en particulier dans le chapitre xi sur « le besoin de direction » bien des exemples
i. Automatisme psychologique, 1889, p. 407.
de ce caractère des émotions, et j'espère reprendre plus tard cette étude dune façon plus spéciale. Pour le moment je signale seulement quelques faits connus. Un individu de volonté faible, un aboulique a beaucoup de peine à se décider à une action nouvelle, ce qui, comme on l'a vu, exige une synthèse mentale : la résolution est cependant prise et, s'il n'arrive aucun incident, l'acte va être effectué. Survient une émotion, une surprise, une peur et non seulement l'acte s'arrête, mais la résolution est perdue. « J'étais décidée et c'est singulier, je ne le suis plus. » Autre exemple: Maria est absolument dépourvue de certains sentiments, elle a en particulier perdu totalement l'amour maternel1, j'arrive péniblement, par toutes sortes de procédés dont je ne peux parler ici, à raviver ce sentiment. C'est toute une construction de sensations, d'images, de souvenirs, de tendances qui se fait dans son esprit. La voici qui pleure ses enfants, qui veut les revoir, qui se dépouille pour leur envoyer quelque chose. Elle pourrait garder ces sentiments quelque temps; mais elle se querelle avec une malade, elle se croit insultée, se met en colère : immédiatement tout est fini. Elle ne peut plus retrouver d'affection pour ses enfants, elle a de nouveau « le cœur froid » parce que la synthèse s'est détruite. Enfin, en excitant son attention, vous forcez un malade anesthésique à reprendre la sensibilité, un paralytique à reprendre la possession des images kinesthésiques et le mouvement volontaire, vous les amenez à rattacher à leur personnalité certaines sensations et certaines images, ce sont des synthèses mentales. La moindre émotion va détruire tout ce travail et dissocier de nouveau de la personnalité ces sensations et ces images. Les exemples de ces faits seraient innombrables, il faudra les considérer en détail dans une étude sur l'émotion.
Mais jamais ce pouvoir de dissociation qui appartient a l'émotion ne se manifeste *plus nettement que dans son action sur la mémoire. Ces amnésies que l'on vient d'étudier ne sont pas des destructions mais des dissociations d'images. Le premier degré de cette dissociation et le plus fréquent c'est la séparation entre la personnalité et un groupe de souvenirs; dans d'autres degrés plus graves la dissociation pourrait porter sur les souvenirs eux-mêmes et en désagréger les éléments de manière à rendre tout à fait impossible leur évocation, comme dans le cas de Marcelle. Cette
i. Stigmates mentaux des hystériques, 1892, p. 217. ,
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