Souques, op. cit., p
les souvenirs les plus anciens ets'ûrrêta à cette date du i/i juillet,, le dernier souvenir frappant qu'elle put retrouver. Cette remarque importe peu, puisque, en définitive, au bout de quinze jours l'amnésie rétrograde se fixa définitivement et que la malade resta incapable de retrouver dans sa mémoire aucun des faits survenus du i5 juillet au 28 août.
Mais ce n'était là que la première partie et la moins étrange de l'amnésie de Mme D... Les personnes qui la soignaient rentraient dans la chambre de la malade après en être sorties un moment; elles s'aperçurent que M,ne D... les recevait comme si elles entraient pour la première fois. On insista, on l'interrogea davantage et l'on vit qu'elle ne conservait plus aucun souvenir. Elle paraissait voir les choses et les comprendre comme à l'ordinaire, mais l'instant suivant elle avait tout oublié. Toutes les impressions glissaient sur elle sans laisser la moindre trace. Ce n'était pas seulement les petits événements insignifiants de la vie qui disparaissaient ainsi, mais les faits les plus intéressants, les accidents les plus dramatiques ne produisaient pas une impression plus durable. On lui fit faire un petitvoyage, elle oubliait tous les incidents de la route au fur et à mesure de leur production. Il lui arriva d'être mordue par un chien soupçonné de la rage, elle fut cautérisée à la main et fort sévèrement ; un moment après, elle ne savait plus ce qui venait de lui arriver. On la mena de sa petite ville de province a Paris, elle subit les inoculations antirabiques à l'Institut Pasteur : en sortant de l'Institut, elle demandait où elle était et se croyait encore à M... ; elle souffrait au côté, lieu des inoculations, et attribuait sa souffrance à de la fatigue. On la conduisit à la Salpêtrière voir Charcot, elle fut examinée et interrogée de toutes manières, puis elle sortit du cabinet de consultation sans aucune notion de ce qu'elle était venue faire, ni des personnes qui lui avaient parlé. Je n'insiste pas sur ces détails, je résume seulement l'impression d'ensemble.
Rien n'était plus curieux que de voir cet esprit, qui semblait fonctionner assez bien, totalement dépourvu de la faculté de la mémoire. Les personnes qui ont peu de mémoire ne gardent les souvenirs précis que pendant peu de temps, quelques jours par exemple, ou ne retiennent dans leur esprit que les événements les plus intéressants, ceux qui ont le plus vivement excité l'attention. M,ne D... n'a pas une mémoire faible, elle n'en a aucune. Elle
il IIVATIU
0Ubll6 l<»l .1 1. mi. m | un nom, nu Lut m innin I un uun
oor€ 06 qui e prolongi pendanl pri i d uni minute i i ' la i ce ption des objet < i il l cflorl rju elle temblc foi ri poui I i m pi eiiion initiale mais elle n a po di i |>i on
,hi , car ri le semble incapable d< reproduire une ima t nuis qu elle a lu eindre On a i emai qui qui dai
tains eut, des impression! très vives, très inti poui elle,
comme la vue d'une malade en crise h I Institut Pasteui ou la vi des grands magasins du Louvre avaient la ivenirs m
peu plus durables. ( mi considérait comme une merveille qu'elle pût encore en parles pendant cinq minutes sprè sortie. Je
crois qu ici encore, soit la conversation des autres personnes, soîl s.i propre parole intérieure avait prolongé la 'lune de l'événement primitif. Car il su (fi sa il de la distraire un moment lui un autre sujet pour effacer définitivement cette appa de souve-
nir. Disons t*>ut de suite que cette amnésie, si profonde et si rapide était continue et invariable, ce que nous n'avions pas nu dans les observations précédentes; à aucun moment M' ; I n'avait plus tic mémoire '. Disons aussi que cette étrange perturbation psychologique B*est prolongée sans variation jusqu'au mois de mai [892, qu «die a duré par conséquent sans modification neul mois complets, qu'elle a persisté ensuite d'une façon moins complète pendant des années, qu'enfin nousavons pu suivre l'histoire de ces modifications depuis 1891 jusqu'à aujourd'hui, et nonaurons montre que c'est là un des plus curieux cas d'amnésie continue qui, à notre connaissance, aient été signal)
Je dois insister encore sur le caractère essentiel de cette amnésie, plus net et surtout vérifié avec beaucoup plus de précision dans le cas de Miue D... que dans tous les autres, car ce caraet essentiel ne me semble pas toujours avoir été bien compris qui me frappe chez Mme D..., ce n'est pas qu'elle ait perdu le souvenir de neuf mois de sa vie, ce fait est assez connu, c'est que, au cours de ces neuf mois, elle n'ait jamais eu même pendant quelques minutes aucun souvenir des événements qui se présentaient et qu'elle semblait bien percevoir. Un individu après un violent traumatisme peut avoir une amnésie rétrograde et oublier par
1. Voir à ce propos de longues descriptions de la conduite de Mmc D. et des interrogatoires très curieux de cette malade que je ne puis reproduire ici, dans l'article de M. Souques, Revue de médecine, i8q2. p. 876, 079.
ï?0 L'AMNÉSIE CONTINUE
exemple un mois de sa vie ; mais pendant ce mois précédent il avait eu une mémoire normale et une heure avant l'accident, il aurait pu raconter ce qui s'était passé huit jours auparavant. Les personnes qui ont de longues périodes de somnambulisme ou de vigilambulisme, comme Félida, Mary Reynolds, etc., oublient en entrant dans l'état II les jévénements survenus pendant l'état I ; mais quand elles étaient dans l'état I elles gardaient les souvenirs de ce même état et avaient une mémoire étendue au moins sur quelques jours. C'est, d'ailleurs, cette acquisition des souvenirs pendant l'état de vigilambulisme qui permet la suggestion, le dressage, la constitution d'un caractère, d'une seconde existence pendant cet état. On peut supposer des sujets qui présentent des périodes très nombreuses et très variées de telle manière que toutes les heures par exemple ils changent d'état et oublient l'état précédent. Une maladie de ce genre a été observée quelquefois pendant quelques heures, prolongée pendant un an elle serait bien anormale. Mais, même dans cette supposition, les souvenirs seraient conservés pendant une heure. En un mot, le trouble de la mémoire de Mme D... ne peut guère être comparé aux amnésies localisées, c'est une disparition continuelle au moins apparente de l'enregistrement des phénomènes. Sans doute ce cas n'est pas unique, car aucun fait n'est unique, je viens d'en rapprocher des cas analogues, et on trouve des caractères du même genre dans les amnésies qui accompagnent les névrites périphériques et qui ont particulièrement été étudiées par M. Korsakoff, mais ce cas présente avec une précision remarquable le type d'une forme d'amnésie particulière qui demande une étude distincte.
En dehors de son amnésie, cette femme semblait avoir conservé une bonne santé et ne présentait aucun trouble organique. En particulier, sauf dans quelques rares moments de délire qui ne sont survenus qu'à la fin de la maladie, elle mangeait avec appétit et digérait fort bien. Ne se souvenant pas de ses repas, elle jugeait qu'elle avait mangé ou non par l'état de son appétit. Elle ne présentait pas non plus en dehors de l'amnésie d'autres trouble s intellectuels au moins bien apparents à un premier examen. Il est essentiel de remarquer un fait très important sur lequel j'aurai d'ailleurs à revenir, c'est qu'elle n'a jamais présenté aucune anesthèsie. La recherche des anesthésies a été faite un très grand nombre de fois et de toutes manières, car Charcot désirait vivement retrouver chez elle les stigmates de l'hystérie, elle a toujours donné un résultat
il OHSKHVATIO!
,hi \l " l> irait une ensibilité tactile cl mu culain normale .,,1 iiK.iii. en spparence, « - 1 1 < - entendait bien, elli I parfs
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M"" ])... \w semblait pas éprouver <lu fait de son amnésie une perturbation aussi grande qu'on aurait pu le supposer a priori, l'Ile vivait de la vie normale e1 semblait douée «I une résignation singulière: elle se laissait mener de tous côtés sans résistai elle répondait correctement a ceux qui l'interr< eut, quoiqu'elle ne réconnût personne; elle bc soumettait a la vie dei malades de la Salpêtrière, quoiqu'elle ne sût3 ni où elle était, ni pourquoi elle était là. En un mot, cette malade montrait une indifférence et une tranquillité que nous n'aurions pas eues, il nous semble, si nous avions été dans cette situation.
Bile avait conserve, du moins nous avons cru le remarquer, la notion vague du temps écoule. Par exemple, elle avait conservé un souvenir exact du i\ juillet et elle en p. niait (-omme d'un événement éloigné, elle savait bien que nous n'étions pas au lendemain du i4 juillet, Mais ce qui rend cet examen diflicile, c'est qu'elle suppléait presque toujours à l'absence de mémoire par le raisonnement ; elle devinait le mois de l'année d'après l'aspect du ciel, d'après les feuilles des arbres ; elle jugeait de l'endroit où elle se trouvait d'après l'apparence de la maison.» Nous devons être en automne, disait-elle, les arbres perdent leurs feuilles ; ce doit être ici un hôpital, et ce n'est pas celui de M... Je ne connais pas ces vêtements que j'ai sur moi, maison a du me les acheter, certainement je ne les aurais pas volés. » Enfin elle se rendait compte de sa maladie et avait imaginé de suppléer à la mémoire absente par l'usage de l'écriture. Elle portait constamment un petit carnet sur lequel elle écrivait, dès qu'ils se produisaient, les événements les plus saillants, les notions les plus utiles. Elle écrivait par exemple: « Je suis à Paris, à la Salpètrière, j'ai vu ce matin M. Charcot. » Quand quelqu'un l'interrogeait, par raisonnement
ou par un acte instinctif, que nous comprendrons bientôt, elle cherchait son calepin et lisait la phrase. Elle écrivait aussi les renseignements indispensables pour se conduire dans la maison. (c Pour aller du cabinet du médecin à la salle, aller tout droit, rentrera, la première grille à gauche, etc. )) Dès qu'elle sortait du cabinet, elle tirait son carnet et marchait en lisant les indications ; elle arrivait ainsi sans encombre à rentrer chez elle. Dans son ménage, elle arrivait à faire la cuisine, en écrivant mot à mot tout ce qu'elle faisait: « J'ai mis de l'eau... j'ai mis du sel, etc.» (irâce à sa résignation, au raisonnement et au calepin, elle pouvait se conduire à peu près comme tout le monde et ne manifestait pas trop au dehors le trouble étrange de sa mémoire.
Pour faire comprendre avec précision un cas de ce genre, il serait intéressant de pouvoir le représenter d'une manière graphique, mais nous nous heurtons au problème assez difficile et curieux de la représentation graphique des amnésies. Charcot et Souques ont déjà essayé de représenter par un symbole le cas précédent et nous reproduisons leur dessin dans la figure 16.
Le schéma de Charcot (fig. 16) fort simple ne permet guère de préciser les détails psychologiques et n'est intelligible que par le commentaire. Je me suis souvent servi de la figure suivante (fig. 17) pour représenter les amnésies des somnambules, on peut l'appliquer au cas actuel. La ligne horizontale AB représente le cours de la vie du sujet et les bandes parallèles représentent la mémoire ou plutôt les diverses mémoires que le sujet peut avoir de ces événements. Pour trouver représentés les souvenirs que le sujet pouvait avoir à une époque donnée, il faut rechercher cette époque sur la ligne inférieure, par exemple, juin 1891, élever à ce point une perpendiculaire jusqu'à la' bande qui représente la mémoire que l'on considère, puis lire les dates que cette bande recouvre du côté gauche de la figure, les espaces noirs représentent les périodes d'amnésie, les espaces clairs, les souvenirs des événements sous-jacents. On voit ici la première mémoire 1 se prolonger normalement jusqu'au 28 août, puis s'interrompre définitivement, une autre forme de la mémoire est représentée en 2, elle ne s'étend que jusqu'au i4 juillet et n'existe plus davantage, l'amnésie continue à partir du 28 août, est représentée par les bandes noires; on verra plus loin la troisième mémoire que représente la ligne 3.
M l.liVATIi
Ligni di II rii di M D. dtpnl ilan léotmï
Période normale (prêt de 84 ans de durée de lanai
s. mer du l 'j | aille! i8q i ■
|; [4 juillet 1891 roheuresdu
Période d'amnésie rétrograde
(i5 juillet-28 août 1891 .
Période de la crise d'hystérie, amnésie de la crise ,s .i«»ùt
3i août 189 1).
Période d'amnésie antérograde (3i août- 2 2 décembre 1891).
■ s aoûl 1891 [événement caus >i , début de l'attaqued'hystérie .
3l août lin do l'attaque d'hystérie .
E — 22 décembre 1891 jour de la leçon de Charcot sur cette malade .
Fie iG.
(clic représentation a ses avantages, surtout quand il s'agit de représenter les diverses mémoires de certains somnambules. Mais
il est ('vident qu'elle ne se prèle qu'imparfaitement à l'expression de ce cas compliqué el surtout à l'expression des modifications curieuses, des disparitions et des réapparitions de l'amnésie que nous verrons à propos du traitement de Mme D... L'année dernière, un des auditeurs de mon cours au Collège de France, M. Bernard Leroy, externe des hôpitaux, a eu l'obligeance de me signaler le principe d'un procédé curieux pour représenter les amnésies.
Mai 1391 Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Fig. 17. — Représentation schématique de l'amnésie de Mme D.
■Ce procédé, fort ingénieux, à mon avis, peut sembler un peu compliqué quand il s'agit de cas simples, mais il doit rendre des services en l'appliquant avec de légères modifications à des cas complexes comme celui de MmeD... Soit (fig. 18 une ligne horizontale OX représentant la vie du sujet, la succession de ses événements. A cette droite, au point 0, j'élève une perpendiculaire OY qui représente encore la succession de ces mêmes événements, mais considérés en tant que souvenirs. Le temps se eompte sur les deux lignes à partir de À dans le sens des flèches. Pour représenter d'une manière complète un souvenir, S, il faut tenir compte du moment où il se produit et du moment passé auquel il correspond, il sera . Q n . , .. 1 . représenté par le point qui se trouve à
Ïig. 18. — uepivsentation sche- r I r 1
matique par la mémoire des l'intersection de deux perpendiculaires
coordonnées. , 1 , n ■ < *i 1 •'. 1
élevées, 1 une au point ou il se produit, le point 3 par exemple, l'autre au point qu'il reproduit, le point 2 par exemple. On verra facilement qu'avec cette convention l'ensemble des souvenirs d'une mémoire complète doit être représente par le triangle XOD. En effet il chaque point de la ligne OX qui représente le cours de la vie on peut élever une perpendiculaire EF qui par sa longueur représente la quantité totale des souvenirs qui peuvent être évoqués à ce moment puisqu'elle correspond à
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la crise du •» N août i ' - * > ■ en E, l'amnésie rétrograde II qui se i c.luit rapidement .i I i( i puis i| h i reste permanente, la mnésie roui inue il»* E a I ) qui englobe le souvenir d'événements de plus en plus nombreux tandis que la mémoire qui ne s enrichil plus reste absolument Btationnaire. Si on admet que la personnalité est
au moins en partie COnstituéepar Fio. i | Représentation graphique <lo
i i i . i •. • i , l'amnésie réti i ootinue di M I '
l accumulation Bi 1 assimilation . .
régression et arrèl de construction de
des SOUVenirS au fur «I B mesure la personnalité par la méthode des coor-
II li' 1 (ion ii
e la production des événements,
la figure montre assez bien, par une représentation matérielle que la personnalité s'étendait en hauteur depuis la ligne horizontale OX jusqu'au point E, puis qu'après L'accident elle ne s'étend plus que jusqu'au point F ou au point G, en un mot qu'elle a diminué, rétrogradé; la ligure montre aussi qu'à partir du point (î la personnalité eesse de s'accroître comme elle le Taisait de O en I ■'. . qu'elle reste stationnaire. Ce n'est là qu'une image mais elle me semble utile pour préciser des faits psychologiques assez complexes.
Cette dernière observation ainsi précisée complète heureusement les précédentes, elle grossit en quelque sorte les phénomènes et nous permet d'étudier plus facilement la nature de l'amnésie continue.
120 L'AMNESIE CONT1M E
2, - Analyse des caractères psychologiques.
Certains caractères sont très simples et très évidents, ils apparaissent même dans la description sommaire du phénomène; d'autres sont plus délicats et ne peuvent être mis en évidence que par certaines recherches. Il faut cependant y insister, avant de chercher a comprendre cette forme singulière d'amnésie:
i° La maladie, a l'inverse des autres amnésies, ne porte pas uniquement sur les souvenirs des époques antérieures à l'accident ou au début de la maladie. Marcelle et Justine n'ont aucune amnésie relative aux périodes antérieures de leur vie ; Maria et Mrae D. .. joignent, au faitquenous étudions, une amnésie localisée rétrograde, chez l'une très courte et ne portant que sur les quatre jours de l'attaque dipsomaniaque, chez l'autre plus prolongée, et remontant du 28 août au i4 juillet. Mais, en dehors de ces courtes périodes d'oubli rétrograde, elles peuvent, comme les premières, faire revivre leurs pensées et raconter exactement tous les détails de leur vie passée. C'est même cette conservation des souvenirs anciens qui leur permet de se conduire aujourd'hui d'une manière intelligente.
2° L'amnésie porte sur les souvenirs actuels, sur les événements que le sujet perçoit au dehors et en lui-même depuis qu'il est malade. Que nous interrogions le sujet, ou qu'il s'interroge luimême sur ces faits d'aujourd'hui, il ne peut en retrouver dans sa conscience aucun souvenir. Plus il fait d'efforts, plus il s'embrouille, moins il peut saisir l'image qu'il cherche.
3° Ces deux premiers caractères étaient évidents. En voici d'autres moins connus. Ces souvenirs du présent n'existent-ils en aucune manière ? Leur trace est-elle définitivement effacée ? Il y a ici une distinction a faire parmi ces malades. Chez les unes, comme chez Marcelle, par exemple, il semble en être ainsi. Le plus souvent on ne pouvait retrouver chez elle aucune trace des événements oubliés : ils ne réapparaissaient ni pendant le sommeil ni pendant le somnambulisme.
Mais chez les autres malades il est loin d'en être toujours ainsi. Une remarque accidendelle faite sur Mmo D... vint confirmer des expériences que nous avions faites sur les autres malades et nous
W M \ Ul \. III.
h i rer que cet oubli n était pu ibsolu M I >
, I m < - temp i, dans 1< ervici quand on vint pi ■ ■■ enii M ' haï i
d'un lui nouveau I lie i u m. ni la nuil et quelquefois parlait t<
li.i ii i dan i ion '-«mu mmi I l . voi nn( i avaient écouté i • qu elle di
ri .i\ nient entendu cei taini mofi ignifu itii tell qui
a Oh! le vilain chien jaune il m'a mordu M Pasteur, M. Cl
à la Salpêtrière... Oh! t<»us cei méd< n tabliei blanc I i
chien enracré. M Paateur, M. Charcot, voilà des rhu
dont elle semblait avoir complètement perdu le louvenir, et dont
cependant elle parlait en i ôi e.
Cette remarque le trouvait «I accord avec une observation que j'avais souvent répétée sur les autres malades. Justine et Mai avec leurs anesthésies, leurs amnésies naturelles, leur prédisposition aux idées fixes, étaient dans les conditions pathologiques qui favorisent les changements d'étal de conscience, qui rendent possibles les somnambulismes naturels et artificiels. Maria avait des (;tais Bomnambulismes spontanés; toutes deux pouvaient être mises facilement dans un étal de somnambulisme provoqué
Dès qu'elle est mise dans cet état, Justine b< souvient d< achats an marché, elle sait quand et commenl le piano lui s été donné par son mari, enfin elle nous récite sans faute sa pièce de vers, U en est tout à fait de même pour Maria. D'abord, comme on s'\ attend bien, elle peut, pendant le somnambulisme, nous raconter minutieusement l'emploi de son temps pendant la ci de dipsomanie ; c'était une chose curieuse que de voir avec quelle précision elle relatait tons ses actes et tons ses délires, tandis que, pendant la veille, elle ne savait absolument rien de ce qui s'était passé du lundi au jeudi ; mais c'est là un fait connu dans les amnésies localisées de ce genre. Ce qu'il faut ajouter, c'est que l'amnésie continue se comportait de la même manière: une fois endormie. Maria retrouvait tous les souvenirs des événements récents.
Ainsi, elle récitait très facilement ses chansons, qu'elle semblait n'avoir pas pu apprendre, et elle savait par cœur la première pag de son roman. Dès qu'elle était éveillée, elle retombait dans son amnésie et relisait la première page du roman comme si c'était pour elle une chose toute nouvelle. C'est toujours en réalité le même fait si souvent constaté et si incomplètement expliqué : un grand nombre de phénomènes hystériques: anesthésies, amnésies, paralysies, tics, chorées, hoquets, troubles respiratoires, etc., disparaissent pendant le sommeil et quelquefois pendant le somnambulisme.
128 L'AMNÉSIE C0NTIN1 E
]1 était naturel tic chercher si le phénomène ne se produirait pas chez MraoD... Quand M. Souques essaya de l'hypnotiser sur la proposition de Charcot, il constata d'abord une première chose importante, c'est que cette personne était fort hvpnotisable, ce qui n'est pas à nos yeux un caractère indifférent. Dans ce somnambulisme, peu développé chez elle, la malade restait inerte, couchée sur une chaise, les yeux fermés, ne remuant et ne parlant que si on l'interpellait vivement. Mais, quand elle se mettait ;i parler, elle répondait à toutes les questions, racontait tous les événements survenus depuis le i4 juillet et ne montrait plus aucune trace d'amnésie. La distribution des prix de sa petite fille au mois d'août, l'émotion du 28 août, le voyage du mois de septembre, le chien enragé, l'Institut Pasteur, le service de Charcot, tout était décrit avec la dernière précision : la mémoire était parfaite. Mais réveillez maintenant la malade, rendez-la à la vie normale, et tout est fini. Elle ne sait plus où elle est et consulte son carnet afin de pouvoir rentrer dans la salle.
Tout en tenant compte de l'exception présentée par Marcelle^ retenons donc ce caractère important de l'amnésie continue : elle ne consiste pas en une destruction complète des traces laissées par les souvenirs, puisque ces mêmes souvenirs peuvent dans certaines circonstances réapparaître. Ces circonstances favorables sont le sommeil, le somnambulisme, ou un certain rêve accompagné de mouvements et de paroles, qui ressemble fort au somnambulisme lui-même.
[\° Mais, pendant la veille même des malades, au moment même où elles déclarent ne conserver aucun souvenir, n'y a-t-il vraiment aucune mémoire, les images des événements présents ne se représentent-elles d'aucune manière ? J'en ai toujours douté. Ces malades sont trop raisonnables, trop tranquilles, trop résignéespour n'avoir aucune notion de la situation présente. Toutes s'adaptent parfaitement à la vie de l'hôpital, elles ont l'attitude et les mœurs qui conviennent à ce milieu ; cela ne serait pas possible s'il y avait amnésie complète. Chez Mme D... elle-même, dont l'amnésie était la plus profonde, j'ai relevé un certain nombre de petits faits en contradiction avec l'oubli complet. Au début de l'amnésie, au réveil de l'attaque, elle n'avait aucun souvenir de l'homme qui l'avait efïravée, et cependant on remarqua qu'elle frissonnait de terreur toutes les fois qu'elle passait devant la porte par laquelle
\\ M \ M: \« i III P '»• il IIQI I
cet individu était entré \ la Salpétrière ni le ne connu ii nit j lonne j mais, quand elle sortait dani II cour, elle nllail pontanémenl s'asseoir supr< de nu ra< malade Chaqu* i i qu elle rencontre un chien, lut il le plui inouensil ell< chanl sa figure el en poussant dea orti de terreur. Il oc uflfit de dire qu elle ;< peur dei chiena, car, m ou I mteri I us se elle doui affirme qu autrefois, même au mois de juillet, elle n'avait pas peur de cei animaux el jouai! volonti< eux
D où vient ce changement ' Evidemment de la morsure qu un chien enragé lui ■• faîteau mon deseptembre et dei cautérisation consécutives. Mais actuellement, li oc I interi Ile ne
vient pas de cet accident et ne s;nt pourquoi elle o peur; ce souvenir se reproduit donc aujourd hui s son insu.
Il faut essayer «le manifester par «les expériences cette reproduction des souvenus, même pendant la veille. Le procédé le plus simple consistera d'abord à étudier les suggestions post-hypnotiques, c'est-à-dire les suggestions faites pendant le somnambulisme, mais dont L'exécution est reculée jusqu'à une échéance plus
OU moins lointaine. Par exemple, je dis a Marcelle : " Quand je frapperai sur la table, tu prendras mon chapeau... » ou bi< « Tu t'endormiras quand je lèverai la main en l'air. Eh bien, la première suggestion s'exécutait fort bien plusieurs heures an
le réveil, et la seconde s'exécutait encore plusieurs semaines plus tard. Il est important de remarquer ce fait chez Marcelle, qui ne manifestait pas aussi bien <pie les autres le souvenir pendant le
somnambulisme: elle conservait même pendant la veille quelque souvenir persistant des événements nouveaux.
Les suggestions ont exactement le même résultat chez Justine et chez Maria ; il faut faire quelques remarques sur la façon dont elles s'exécutent chez Mm0 D... Prenons d'abord le cas le plus simple: pendant l'état somnambulique on lui commande de répéter au réveil un certain nom, par exemple celui de sa voisine dans h. salle, Mm0 P..., et on lui commande de bien se souvenir de cette dame. Au réveil, Mme D... conserve en effet ce souvenir et parle de Mme P... C'est, il faut le remarquer, une parole et un souvenir conscients qui ont été provoqués par suggestion. Ce souvenir dure très peu, huit à neuf minutes au maximum, ainsi qu'on l'a vérifié plusieurs fois ; au bout de ce temps tout paraît oublié. Mais la suggestion est-elle réellement effacée, maintenant que Mme D... n'en a plus le souvenir conscient ? Je ne le pense pas.
NÉVROSES ET IDl'ÉS FIXES. I. Q
Pendant son somnambulisme, je lui commande de lever ses bras en l'air quand je frapperai dans mes mains. Au réveil, l'oubli est rapidement complet, mais cependant, plusieurs heures et même plusieurs jours après, il me suffit de frapper dans mes mains pour qu'elle lève en l'air ses deux bras sans se rendre compte de ce qu'elle fait.
On peut faire mieux: je suggère à Mmf> D..., toujours pendant le somnambulisme, de quitter la salle où elle couche le lendemain matin à ioh. 1/2, de traverser les cours et de venir me rejoindre au parloir. Une pareille demande, faite pendant la veille et adressée à la personnalité consciente de Mme D..., serait absolument irréalisable, puisque tout est oublié l'instant suivant. Pourtant le lendemain à 10 h 1/2, Mmc D... se lève brusquement et se précipite hors de la salle, les infirmières l'arrêtent en lui demandant ce qu'elle veut faire, et, comme la malade ne peut donner aucune explication, elles l'empêchent de sortir. J'ai recommencé cette expérience un autre jour en prévenant les infirmières de laisser sortir Mrae D..., et de se contenter de la suivre. Le lendemain, à l'heure dite, la malade est sortie, elle a fait tout le chemin sans consulter son carnet une seule fois et elle est venue me rejoindre. Ce trajet, nous lavons déjà dit, ne peut être accompli avec conscience que si la malade consulte a chaque instant son carnet où tous les détours sont indiqués. Nous voyons donc bien par ces faits et bien d'autres du même genre que les souvenirs des événements récents existent même pendant la veille, mais qu'ils existent d'une manière toute particulière ; ils semblent sinon inconscients, du moins subconscients, c'est-à-dire en dehors de la conscience des malades.
Nous savons depuis longtemps qu'il y a des procédés, dont les principaux sont empruntés aux pratiques des spirites, pour manifester les pensées subconscientes quand elles existent. Nous avons souvent montré comment l'écriture automatique permet d'obtenir chez les hystériques, pendant la veille, la manifestation de bien des souvenirs oubliés l. Ces malades sont, comme on sait, très faciles à distraire; c'est là un trait fondamental de leur
1. Les actes inconscients et le dédoublement de la personnalité pendant le somnambulisme provoqué. Revue philosophique, 1886, II, 590. Automatisme psychologique, 1889, 263.
\\ \M I 10 l m: \' Il I , ,
sonstitul psychologiqw Quand ell< « m une |
onne qui attire i 1\ emen I leui attention ntcnl plu »
M.ii, ne s p perçoive ni plu de ru n Si I "ii i sppro< lie d\ 1 1 • interrompre leui conversation, on peut leui lani
l.i main droite, leui commanaei décrire, leui po << toul ba d< questions, el leui m. un Fera lei mouvements, écrira mémi i « • | « i » 1 1 s i • •> s , 1 1 1 s 1 1 1 1 c I . i 1 1 1 . 1 1 , i , l . • 1 1 • do ut e • 1 1 • « t < 1 1 1 1 i . m t .1 m., • qu'elle interrompe ^.i conversation, il rsi impossible d <;tuciiei maintenant ce fail en «li-i.nl, il faudrait rappeler toute la théorie de la désagrégation des phénomènes psychologiques chez ! rique. Chei les premières malades, surtout chez Maria, !«• phénomène se produisait très facilement, et l'on constatait ainsi, m< pendant la \ « - 1 1 1 < * , les mêmes souvenirs que pendant le iomnambu« kisme, tous les souvenirs des événements récents.
Il fallait essayer d appliquer ce dernier pro< i i examen de
M D... Cette écriture est difficile à obtenir chez cette malade, peut-être parce qu'elle n'a pas une grande habitude de l'écrite mais surtout parce qu'il est nécessaire de la distraire complètement. Si elle lait la plus légère attention .i sa main, a son éi ture, nous avons alors de l'écriture consciente qui manifeste les mêmes oublis que la parole. Quand l'expéi ience est bien «li-po^ on peut lui parler tout bas, sans qu'elle interrompe Ba conversation et sans qu'elle paraisse entendre, .le lui dis de e* tte manièl
Ecrivez le nom tle l'interne de votre salle. » La main qui tient le crftvon se met en mouvement et écrit ce mot : « M. Lamv. » De la même manière je lui demande ee qu'elle s'est fait récemment a la main gauche, et elle écrit sans hésiter : « Je me suis coupée avec du verre. » En un mot, elle va répondre ainsi à toutes les questions possibles et manifester qu'elle possède sans le savoir tous les souvenirs des derniers événements.
Nous n'accordons pas, on le devine, à l'écriture une puissance merveilleuse pour ressusciter les souvenirs de Mme D... Non, on peut réussir à manifester ses souvenirs d'une autre manière encore, par la parole même de la malade qui restera cependant éveili Comment est-ce possible, puisque cette malade n'arrive jamais a les dire et puisque aucune suggestion n'a réussi à les lui faire conserver plus de quelques minutes? Sans doute, mais nous aurons recours à un procédé qui réussit quelquefois. Il faut encore la distraire, mais en évitant, cette fois, d'attirer son attention sur la parole. Je lui donne un livre à lire, ou mieux je lui donne une
multiplication à faire. Pendant quelle est bien absorbée clans son travail, nous remarquons les mêmes phénomènes de distraction, nous pouvons la toucher, lui parler à l'oreille, sans qu'elle se retourne. Je lui demande ainsi comment s'appellent les deux malades qui sont ses voisines dans la salle; ses lèvres remuent et elle murmure tout bas: « Mme C... et Mme P... » Cette expérience est fort difficile à bien réussir, elle échoue souvent ; mais à deux ou trois reprises, quand la malade était bien distraite, j'ai pu avoir avec elle une véritable conversation dans laquelle aucun oubli n'existait plus. Mme D... reste pendant ce temps éveillée et s'occupe de sa lecture sans se douter quelle parle et qu'elle raconte ce qui s'est passé la veille.
Nous nous étonnions au début de voir une malade atteinte d'une affection si étrange, ne conservant aucun souvenir plus d'un instant, vivre cependant d'une manière à peu près normale, sans avoir l'ahurissement que nous aurions supposé a priori. Nous comprenons maintenant que cette amnésie continue et antérograde n'est, chez Mme D... comme chez les autres malades, que très superficielle et permet à toutes les fonctions automatiques de s'accomplir très normalement.
En résumé, nous savons que, dans l'amnésie continue, les souvenirs du passé sont conservés et les souvenirs du présent perdus; mais nous avons appris que cette perte n'est pas continuelle et que les souvenirs des événements présents réapparaissent pendant les rêves et les somnambulismes et se manifestent même pendant la veille par des actes automatiques.
C'est ce fait de la persistance constante d'une troisième mémoire malgré les lacunes des deux autres que j'avais essayé de représenter par la bande pointillée 3 de la figure 17. C'est ce que l'on pourrait également représenter dans la figure 19, par exemple en répétant le triangle OXD au-dessous de la ligne AB, mais cette complication ne me semble pas ici avoir grand intérêt car le fait est fort net, c'est la conservation de tous les souvenirs d'une manière subconsciente malgré les amnésies apparentes.