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Traitement et évolution de la maladie

Guidé par les considérations précédentes, j'ai cherché à modifier l'idée fixe persistante pour voir si on n'atteindrait pas par là indirectement l'amnésie continue. Pendant huit mois, aucun procédé n'avait pu modifier cette amnésie, les souvenirs personnels et conscients de Mme D... s'arrêtaient toujours exactement au i^ juillet 1891, quelques mots seulement lui avaient pu être appris à force de suggestions. Les excitations de la sensibilité périphérique, qui d'ailleurs semblait être intacte, par les douches, l'électricité, le massage, les suggestions relatives à la mémoire elle-même, à la sensibilité, au fonctionnement cérébral, aux efforts d'attention n'avaient eu pratiquement aucun résultat. Au lieu de m'attaquer directement à l'amnésie elle-même, ce qui n'avait produit aucun effet, je ne me suis préoccupé que de l'idée fixe, ou, si l'on préfère, de l'émotion persistante. Jugeant impossible de la supprimer radicalement par suggestion, je me suis borné à la modifier en y introduisant par suggestion des hallucinations différentes, bien moins émotionnantes que les anciennes1. Je n'insiste pas sur les difficultés de ce travail. La thérapeutique psychologique, on aurait grand tort de l'oublier, en est encore à la période des premiers tâtonnements. Toujours est-il que, en quelques jours, j'avais modifié cette idée fixe. MmeD... rêvait toujours, mais l'homme qui lui apparaissait l'effrayait beaucoup moins maintenant, car il était transformé. 11 avait pris ma propre figure et, au lieu de sa phrase terrifiante, il disait simplement: a Mrae D..., préparez un lit, car je désire coucher chez vous à M... » Cette modification de l'hallucination se fit en quelques semaines au début du mois de mai 1892. Elle eut très rapidement un résultat des plus remarquables que l'on n'avait pu obtenir en huit mois de traitements divers. MmeD... tout éveillée et consciemment eut des souvenirs vagues de son

1. Voir dans le chapitre suivant « Histoire d'une idée fixe » quelques détails, sur ces procédés de suggestion thérapeutique.

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d **l >« » h i et même délirer quand elle rentrait en possession d'un groupe important de souvenirs. Ces symptômes l'atténuaient et disparaissaient quand les souvenirs étaient définitivement acquis Cette douleur dans la tetc n est pas une douleur superficielle dépi dant d une hyperesthésie du cuir chevelu, c est une sensation de douleur profonde. Ce phénomène, Bans être absolument général, est fréquent chez les hystériques : je l'ai constaté au début des attaques, à la fin dos somnambulismes provoqués, au moment où j'excitais les malades à retrouver la sensibilité <>u le mouvement d'une partie importante du corps, en un mot toutes les fois qui produisait une grande modification de leur état psychologique. Quand la modification est devenue habituelle, chez un sujet fréquemment misen somnambulisme, parexemple, cette douleurne se produit plus. Elle parait accompagner les modifications psychologiques considérables et inattendues. La place de cette douleur m'a semblé peu variable : les sujets désignent d'ordinaire la partie supérieure du front ou le vertex, plus rarement une partie plus reculée sur la ligne médiane. Il faut se défier de la suggestion involontaire, quand on interroge les sujets sur cette douleur, car ils arrivent très vite par une sorte de dressage à la localiser au gré de 1 opérateur en des points variés. Cette douleur doit évidemment correspondre à un certain travail cérébral, a une modification de la circulation dans le cerveau ou dans les méninges, à un changement de pression du liquide céphalo-rachidien ou à quelque changement inconnu de l'état des cellules. Il faudrait être bien hardi pour préciser davantage.

Les mêmes essais furent naturellement continués, je cherchai a diminuer encore l'idée fixe, je fus forcé de lutter contre une idée fixe nouvelle, étroitement liée d'ailleurs à la précédente, qui

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s'était déjà manifestée pendant la grande crise délirante du début et qui avait ensuite persisté à l'état subconscient sans qu'on la connût, celle du suicide. Cette idée, comme cela arrive souvent, avait grandi énormément depuis la disparition de l'idée fixe principale ; elle était devenue impulsive tout en restant subconsciente et provoquait souvent le jour et surtout la nuit des actes dont la

Fig 20. — Représentation graphique de l'élal de la mémoire personnelle de M"

pendant !\ années.

malade ne se rendait pas compte, mais qui n'en étaient pas moins dangereux. MmeD... n'a point eu des idées fixes nombreuses comme Marcelle, elle n'a jamais eu que ces deux idées liées ensemble : l'image de la mort de son mari et l'impulsion au suicide par désespoir. Mais, je ne veux pas insister maintenant sur cette question des idées fixes et sur ces problèmes de thérapeutique ; je signale seulement en quelques mots de quelle manière se fit le retour graduel des souvenirs.

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