Accidents mentaux chez les hystériques, p
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seul , (h- la diplopic binoculaire qui, ell< • A bien i • « 1 1plus mtéroifantci poui I tnalj t p i lioln mm d<
l lui nul Justine a lei deux y tut ouverts, elle \ <>i i deux in <loii i chacune est i»ni i m u ji.i i m n h 1 1 , nu |k h i i en i ur< \ i .mi u n ni I il u n verre coloré] 1 uu< îles m i .1 n dis que I autre reste blunche. * ette diplopie i I < I < i < - en pu .m défaul <lf convergence dei nxei optiquei el • " un véritable sii.ibisme momentané. Mais ce défaut de convergence el i ibisme
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uement, «!<• synthèse des diverse! images fournies par lei deux veux1. Ce caractère esl très général chei lei hystériques, mail il le dissimule fréquemment comme cela arrivait d'ailleurs chez lui t iii**. En effet, les malades l«»iii bientôt abstraction des ima fournies par un œil, elles les laissent subconscientes, et quoique ayant les deux yeux ouverts, elles qc voient consciemment qu avec un seul œil. Biles substituent instinctivement la vision monoculaire à la vision binoculaire. Il est facile de s'en assurer par une petite expérience bien simple : pendant qu'elles lisent un livre, un crayon placé verticalement devant leurs deux yeux <»uverts les empêche de lire certaines lettres, cela n'arriverait pas si elles voyaient avec les deux \eu\. Celte Déffliffence des SCH
tions d'un œil me parail dans bien des cas l'origine de l'amaun unilatérale. On peut, comme M. Parinaud l'a montré si élégamment, remarquer que la vision binoculaire est proprement humaine et considérer sa pertecomme une dégradation et un retour
à la vision monoculaire des animaux. On peut surtout remarquer que ce trouble de la vision confirme complètement les idées que nous avons toujours exprimées sur les sensations de ces malades, le défaut de synthèse, la dissociation des fonctions s'accuse ici d'une manière peut-être plus précise que partout ailleurs".
Telles sont, sommairement résumées, les perturbations princi-
1. Consulter sur ce point le rapport si intéressant de M. Parinaud sur le traitemont du strabisme, iSq3.
2. Nos éludes sur la psychologie des hystériques nous ont amené à exprimer sur leur vision des idées en très grande partie analogues à celles de M. Parinaud. L'opposition apparente ne tient, croyons-nous, qu'au langage employé. M. Parinaud exprime les faits en langage anatomique, nous croyons devoir nous borner à décrire ces laits lois qu'ils sont actuellement connus, c'est-à-dire à les décrire en langage psychologique.
pales que nous constatons clans la volonté, clans l'attention, dans la mémoire, dans la sensation de notre malade. Ces troubles des diverses fonctions se combinaient, comme on peut le supposer, pour produire une altération générale du caractère et de la personnalité. Justine elle-même s'en apercevait, et elle répétait sans cesse la phrase stéréotypée : « Je suis changée, je ne me reconnais plus... » Son caractère dans son ensemble était surtout enfantin : cette femme de quarante ans a des étonnements, des naïvetés de petit enfant, elle veut que l'on joue avec elle, qu'on l'amuse, elle se dispute indéfiniment pour des vétilles comme un enfant de dix ans. Mais elle présente en outre bien des bizarreries souvent inexplicables, toutes les contradictions qui caractérisent la conduite et l'attitude des hystériques. Son esprit a de la finesse, des délicatesses qui surprennent, et il est cependant stupide, incapable de comprendre les choses les plus simples ; la sensibilité semble profonde, l'affection, le remords, tous les sentiments semblent exaltés et cependant l'indifférence et l'insensibilité sont aussi absolues. Cette femme s'étonne elle-même de son caractère : « Comment puis-je fondre en larmes pour un morceau de musique et avoir le cœur aussi sec ! je suis très bonne au fond, je veux du bien à tout le monde et je n'en fais à personne... » Nous avons déjà essayé bien des fois d'expliquer ces contradictions, nous avons peut-être indiqué quelques éléments de la solution, la différence entre l'intelligence passée et acquise et l'intelligence présente, entre le fonctionnement automatique et le fonctionnement personnel et conscient de l'esprit. Mais en regardant de près ces caractères toujours intéressants, nous voyons sans cesse des difficultés et des questions nouvelles.
Nous ne pouvons terminer cette étude sans signaler les troubles physiologiques qui accompagnaient ces perturbations mentales, ils sont aussi bien caractéristiques et se retrouvent chez la plupart des malades du même genre.
Nous n'insisterons pas sur les troubles digestifs, bien que, au premier abord, ils puissent paraître considérables; Justine qui mangeait très irrégulièrement avait des digestions pénibles, des vomissements, des alternatives de diarrhée et de constipation extrêmement tenace. L'estomac cependant n'était pas dilaté et ne présentait pas d'altérations notables ; ces troubles semblent se rattacher très directement à l'émotion relative au choléra et au
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i i . troubles de la nutrition •■• n< rnl< i taienl au contraire (orl curieux : doui voyons d abord, comme «lu-/ Marcelle, la p<
lu- .i pulvérulente, le i on i lanl le cheveux nui to bent, etc. Mais nous sommes (rimnéi en outre pai une ob< singulière . cel embonpoint est Variable, il nte dani riodes de m.il.nlir grave et diminue quand Justine renom idéei fixes et reprend quelque volonté ,-t quelque ardeui au travail. Il en i été ainsi, <■< ne on le verra, depuii l'enfance de |.(
malade '.
I es troublea circulatoires et surtout lei troubles des fonctions vaso-motrices sont des plus nets. Des ecchymoses apparaissent sur le* membres h la suite «1rs contractures déterminées par des rêves, des taches rouges sont Fréquemment marquées sur la poitrine e1 sur la figure, des congestions de la face alternent avec
des pâleurs subites, ele. Ces plaques rOUgeS BUT le ne/. SUr les oreilles, sous les veux sont Mrs fréquentes elle/ tous les psychas-
théniques et contribuent à caractériser leur physionomie. Mais
ehez Justine elles étaient si mobiles qu'elles semblent en rapport
avec les émotions perpétuelles de h» malade.
Depuis longtemps la menstruation est fort difficile et insuffisante ; cette époque d'ailleurs B'accompagne toujours d'un redoublement formidable de tous les Bymptômes. Non seulement les idées fixes anciennes revenaient à chaque époque avec intensité, mais encore c'est surtout à ce moment que le malade prenait le germe des idées fixes nouvelles. On ne saurait assez insister sur la suggestibilité énorme des femmes au moment des règles. C'est, à mon avis, le point de départ méconnu de bien des maladies nerveuses et mentales.
Enfin le trouble général du système nerveux se manifeste par des symptômes physiques que nous croyons devoir signaler. On sait que, en général, l'anesthésie et la paralysie hystériques n'altèrent pas les réflexes, car elles ne sont le plus souvent que des symptômes psychologiques ; mais indépendamment de l'anes-
I. Nous n'avons pu, dans ce cas, analyser les urines d'une manière assez précise, la malade était en dehors de l'hôpital et ne nous donnait que d'une manière imparfaite le volume des urines de la journée. Nous avons seulement constaté qu'elles ne renfermaient aucune substance anormale.
192 HISTOIHK D'UNE JDi^E FIXE
thésie et de la paralysie, il peut exister, croyons-nous, chez ces malades, des altérations des réflexes en rapport avec l'épuisement
général du système nerveux ou même avec l'épuisement de certains centres (jui, après avoir fonctionné isolément, fonctionnent d'une manière anormale et insuffisante. Non seulement Justine a perdu le réflexe pharyngien, ce qui est fréquent, mais elle présente des réflexes patellaires très diminués, presque nuls. En outre, les pupilles sont inégales, celle de droite bien plus resserrée que celle de gauche et cette inégalité me paraît due à la lenteur et à l'insuffisance du réflexe pupillaire à gauche. Si l'on ajoute que le malade ne peut pas se tenir debout les yeux fermés, qu'elle a des vertiges et des troubles de la mémoire très précis que nous avons décrits, il est incontestable que bien des personnes seraient disposées à affirmer un diagnostic très grave. Ce serait cependant une erreur, ainsi que nous avons pu nous en convaincre par une longue observation. Ces altérations des réflexes sont variables et, chose étonnante, les pupilles redeviennent égales dans les instants où les idées fixes sont dissipées et où l'esprit est raffermi. D'ailleurs, comme on le sait, rien n'est plus facile à confondre que ces états hystériques ou neurasthéniques et la paralysie générale au début. Il n'est donc pas inutile de rappeler encore par un exemple que les troubles mêmes des réflexes et l'inégalité pupillaire peuvent ne pas être des signes décisifs.
Nous ne cherchons pas lesquels de ces troubles psychologiques et physiologiques sont primitifs et déterminent les autres, c'est là une dispute tout à fait oiseuse. Tous ces phénomènes sont aussi importants les uns que les autres, ils forment un ensemble dont il ne faut rien retrancher, ils sont tous des manifestations d'une altération fondamentale des fonctions vitales qui probablement nous restera encore longtemps inconnue. La seule chose qui nous paraisse importante à remarquer, c'est qu'il y a dans tous ces troubles un caractère commun, la dissociation des fonctions, la perte de l'unité, la diminution de cette synthèse continuelle qui fait la vie et la pensée.
C'est précisément ce caractère général qui explique la suggestibilité et la pullulation des idées fixes. Les idées fixes ne se développent complètement que parce qu'elles se développent isolément. L'esprit et le corps tout entier ne viennent plus comme chez l'homme normal prendre part à chaque phénomène; la dé-
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ttton amené le ni.i 1 1 • | lie 'I équihbn • | |( d< '• !"(• i ,1 une pni lie qui dt\ icnl ann l
/ Êduc&tiou de l'esprit
l.i connaissance îles faits précédents doit modifie! nos idé< |<« traitement de Ifl maladie Sans doute noui pouvons plui ou moins facilement modifier ou même nippi imer telle ou telle id< i (ixe, mais nous luxons subsister un état cérébral profondément dangereux, orrace auquel d autres idées h\<-^ en nombre ni<l<lmi et quelquefois plus dangereuses <|u<' la première vont le développei ci remplacer celle que nous aurons supprimée. La puissance même de nos suggestions qui nous parait heureuse est une marqnede la profonde désagrégation de (esprit, et plus la guérison est en apparence facile, plus I esprit est en réalité malade. Continuer a supprimer les Idées fixes les unes après les autres à mesure quelles apparaissent, c'esi se condamner a un travail interminable et .\poser le su|et à tous les dangers. En même temps <pie L'accident local qui est l'idée fixe, il faut traiter l'état général de la pen qui permet la formation des idées hxes et qui produit la -
tibilite.
11 ne faut pas se faire d'illusions sur la puissance fort médiocre delà thérapeutique, et il faut constater que nous saxons fort mal comment traiter ces épuisements nerveux qui sont les sources tant d'accidents. Les traitements proposés sont innombrables et leur nombre ne prouve1 pas leur valeur. Sans doute divers traitements toniques peuvent dans certains cas être utiles, mais dans le cas présent, nous remarquons que depuis vingt ans la malade a use et abusé de tous les traitements possibles et que, en outre. L'usage des médicaments augmente ses prédispositions hypocondriaques. L'effet utile des médicaments ne compensant pas, à notre avis, leuv mauvaise influence morale, nous les avons tous supprimés. Nous n'avons conservé que l'hydrothérapie dont nous avons toujours apprécié l'heureuse influence dans des états de ce genre. .Mais Justine reçoit des douches depuis l'âge de quinze ans sauf être guérie, et il ne faut pas attendre de cette médication autre chose qu'une aide très relative.
Est-il plus facile de traiter cette insuffisance mentale par des procédés psychologiques et, en particulier, peut-on se servir ici
NÉVROSES ET IDÉES FIXES I. — l3
comme précédemment des procédés fournis par le somnambulisme et la suggestion? 11 en est quelquefois ainsi quand l'esprit, débarrassé dune idée fixe, reprend spontanément son activité ; mais quand l'esprit reste encore profondément malade après la disparition de l'obsession, nous ne croyons pas que des suggestions puissent le guérir. Certains auteurs pensent que l'on peut suggérer la volonté et la liberté; il y a là, à notre avis, une erreur de raisonnement et d'observation que nous avons souvent signalée1. Le malade suggéré fera semblant de vous résister par obéissance, mais il ne sera pas véritablement libre ; au contraire, la suggestion développe l'activité automatique et subconsciente et diminue les derniers efforts volontaires. Les sujets prennent bien vite une habitude singulière et dangereuse : ils ne s'étonnent plus de rien, ils acceptent les hallucinations, les mouvements subconscients, les bouleversements les plus bizarres. C'est qu'ils ont dans leur magnétiseur une confiance absolue et qu'ils le croient maître et responsable de tout ce qui se passe dans leur esprit. Cette indifférence, cette renonciation à tout contrôle personnel est des plus dangereuses, et elle ne contribue pas peu à augmenter l'aboulie fondamentale de ces malades. En un mot, la suggestion, comme tout médicament dangereux, est utile dans certains cas, elle peut servir à atteindre et à supprimer des idées fixes devenues subconscientes, sur lesquelles le sujet n'a plus aucun pouvoir et qui empêchent toute restauration de l'activité mentale ; mais en dehors de son rôle, elle est extrêmement nuisible, car elle ne peut qu'augmenter la désagrégation mentale, principe de tous les accidents.
Nous ne pouvons guère ici appliquer le traitement ingénieux qui a été proposé autrefois par bien des auteurs et pour traiter des cas de paralysie ou de contracture des membres, d'anorexie hystérique, de spasmes des viscères et qui consiste à exciter, à réveiller la sensibilité tactile et musculaire des membres ou des viscères. Ce procédé a sa raison d'être dans l'étude si souvent faite pas nous-mêmes des relations entre l'anesthésie et les accidents hystériques. Mais dans le cas actuel l'anesthésie, d'ailleurs très variable, n'avait pas une aussi grande importance, elle pouvait disparaître momentanément et laisser subsister d'autres troubles plus profonds.
Automatisme psychologique, p. !\56 et passim.
! Dl I ITION DE l/l i i.u
Moiii tommes doni obli^û de clierclici un traitement ■ iciue nui |>"i te iui le point 6 entiel , qui uu^meutc In pu ,1, ii nthèse mentale el lei (acuités qui en déi >nt< le
jiicrement, l'attention I icistt il dei méthodei qui résultat? Les péclu o ucs ont-ils institué de traitement d< tention ' Mou ttom de ne pa lei .i\ <mi connut et nou
été réduit .i Faire appel au procédé le j » I u ^ banal poui dévelopi une I . i « • 1 1 1 1 < • insuffisante, I « • « 1 1 1 < . 1 1 1 < 1 1 1 i • i 1 1 > a y m n a tique.
Le travail cérébral chei les aliénéa aoulève un |» i « » I »!•• rn«- quelquefois t » » 1 1 déli( .h I >n est souvent disposé ;> croire <|u<- < <■ i prits fatigués, surmenés, mit besoin <!«• repos et on leur permet une inaction absolue qu'ils acceptent très volontiers. ( ette opinion peut rhe souvent fort | u ^t «• «-t dans bien des cas de neurasthénie déterminée évidemment par nu travail cérébral excessif, la préparation d'un concours par exemple, le repos 'In cerveau aussi complet * i u <* possible deviendra nécessaire. Mais en est-il ainsi chez ces neurasthéniques chroniques qui, en réalité, ne font rien depuis bien îles années ? Est-ce qu'une inertie cérébrale ;m^i prolongée n'est pas au^i dangereuse que l'immobilisation indéfinie d'un membre après une entorse ou une fractun que
nous avons pense et ce que nous avons \nulu vérifier par l'expérimentation. Depuis bien des années nous avons é <!«• soumettre plusieurs malades h en particulier Justine à une méthode de t rai le m (Mit qui consiste ;i les faire travaill* bralemenl d'une manière régulière comme des enfants au collège. Des méthodes de ce genre ont été souvent proposées, en particulier par Legrand du Saulle, qui avait aussi constaté les effets du travail cérébral sur les douleurs et les obsédés, mais cette méthode était, si je ne me trompe, autrement employée et autrement comprise. Legrand du Saulle considérait le travail comme un moyen de distraire les malades de leurs obsessions et il cherchait à leur remplir l'esprit de spectacles variés et intéressants. De là cette recommandation des voyages qui nous parait bien souvent un préjugé: des spectacles trop souvent nouveaux fatiguent l'attention de ces personnes et ne sont plus perçus consciemment. Xous considérons le travail non comme une distraction, mais comme une gvmnastique qui accroît par l'exercice la puissance de svnthèse mentale, seule capable de s'opposer efficacement à la suggestibilité et aux idées fixes.
Aussi nous voudrions éviter les travaux qui peuvent s'exécuter
machinalement et sans attention ; nous voudrions ne faire faire
aux malades que des travaux de jugement et de composition. .Vous voudrions aussi graduer ces travaux, d'après la durée de l'attention exigée et d'après le nombre des éléments qu'il faudrait synthétiser. Peut-être pourrait-on aussi élargir le champ de la conscience, donner à l'esprit le pouvoir de maintenir plusieurs idées simultanées ; de les combiner ensemble et de les opposer les unes aux autres.
Il y a toujours, et surtout quand on se place au point de vue médical, une différence énorme entre la théorie et la pratique. Nous renonçons a faire comprendre les difficultés que nous avons rencontrées dans cette entreprise singulière qui consistait à ramènera l'école une femme aliénée âgée de quarante ans. Il était difficile de trouver un travail, plus difficile de le lui faire accepter. Puis le travail s'exécutait tout autrement qu'il ne fallait, il se faisait automatiquement sans résultat utile : Justine lisait sans comprendre, ne pouvant réciter qu'en somnambulisme ce qu'elle avait appris, etc. Le travail était-il assez bien fait, il devenait extrêmement pénible, provoquait des maux de tète ou des accidents graves, des attaques, des sommeils, des stupeurs se prolongeant 48 heures, ce qui ne rassurait pas les témoins sur l'efficacité du traitement. Il fallut un véritable entêtement pour continuer cette expérience pendant deux ans. D'un coté, j'usai de toutes les ressources de la suggestion, qui reprenait ici son rôle, pour contraindre la malade a faire ces travaux; de l'autre, le mari de Justine, qui était un homme fort intelligent et dévoué à cette pauvre femme, a mis une grande patience et une grande habileté à exécuter cette singulière ordonnance médicale.
Nous avons pu obtenir ainsi d'abord quelques minutes d'attention conscients sans accident, nous avons pu amener la malade à expliquer quelques lignes, à faire une addition, etc. Puis le travail put être prolongé une demi-heure, une heure par jour sans inconvénients. Des anciens souvenirs qui semblaient effacés réapparaissaient tout d'un coup et facilitaient la besogne ; après quelques jours d'efforts infructueux, Justine découvrait tout d'un coup qu'elle savait faire une multiplication. De petites compositions littéraires purent être faites et les leçons, grande merveille, pouvaient être récitées à l'état de veille. Sans doute, il arrivait de temps en temps des malheurs, Justine tout à coup devenait stupide, ou bien oubliait de nouveau tout ce qu'elle venait d'apprendre
EDL'I \ I ION m
pendant troii mon ol i I fallait rccommci un no
travail que nous lui avoni (ait entreprendra eu! un r< ultal
lMi i I m ■ i m'- sv mit ii I. n i « -lu ..II.-, et du piano rma
pour la musique I attenl ion nat urellc dont parle M. liilmi vint se joindre h "attention commandée (| I in de grandi progrès.
progri - se "-oui présentés <l une manière m qn.
nous avons déjà décrite cnei une autre malade : ils n onl | graduels el continus, mais au contraire brusques et commi soubresauts. I s malade avait un jour quelques heures de bienêtre, pendant lesquelles elle comprenait tout, n éprouvait p aucun malaise et se déclarait entièrement firuéric le me retrouve comme j'étais dans mon enfance, il j a des années que je n'ai été comme cela. » Puis tout retombait brusquement pour un tei
| > 1 il — ou moins 1 o 1 1 j; . (1rs périodes ^ont tout i lui anal hi\
instants clairs o de Marcelle et elles me paraissent avoir une certaine importance au point de vue dû diagnostic et «lu pronostic, le les constate de nouveau chez plusieurs malades du m< inre
et elles me semblent caractéristiques «les états abouliques en voie de guérison. Chez Justine elles se sont répétées, prolongées pi .huit des heures, puis pendant des journées. Bientôl ces il clairs durèrent chez elle au moins trois semaines el ne disparurent que pendant la période des règles.
Maintenant que ces périodes <le santé moi'. île se sont étendu* on peut mieux constater le résultat général de l'éducation. Justine a acquis quelque instruction, elle peut faire les comptes d'une petites maison de commerce, et elle déchiffre d'une façon passable des morceaux de piano faciles, ce sont des résultats dont elle est très fière, mais sur lesquels nous n'avons pas à insister. Le fait vraiment intéressant, c'est que la plupart des symptômes L'aboulie se sont profondément modifiés. L'activité physique et intellectuelle est en grande partie rétablie : la malade travaille continuellement dans sa maison, se rend utile et, dans les heures consacrées au travail cérébral, cherche à résoudre des problèmes d'intérêt, tandis qu'autrefois elle ne pouvait pas comprendre trois lignes d'un journal. Les doutes ont disparu, la mémoire est normale et les anesthésies ne peuvent plus être constatées que très rarement. Le champ visuel se rétrécit encore un peu sous l'influence de l'attention, mais beaucoup moins qu'autrefois, et la
diplopie n'existe plus. Ln malade s'aperçoit bien de tous ces changements et s'étonne de se rendre compte des choses qu'elle ne comprenait plus depuis bien des années, elle se sent plus capable d'affection et, de toutes façons, plus heureuse.
Ce qui est plus surprenant, c'est que la santé physique se ressent de ces modifications morales. La voici qui mange et qui digère de la façon la plus correcte et cependant, quoiqu'elle mange bien plus qu'autrefois, elle maigrit : de 197 livres, elle a passé à 169, en quatre mois elle a diminué de 27 livres. Ce fait, peu explicable, semble confirmer notre remarque précédente: c'est que son obésité était en relation avec des phénomènes nerveux pathologiques1. La peau n'est plus sèche et le teint est tout différent. On pourra sourire de ces remarques et trouver au moins singulier que les cheveux de cette femme repoussent parce qu'elle fait des rédactions littéraires et joue du piano. Nous répondrons simplement que nous relatons des faits et qu'un fait n'est jamais ridicule. En outre, on pourra remarquer que d'une part cette femme était dans un état de délire continuel, présentait sans cesse des congestions et des troubles vaso-moteurs en rapport avec des perturbations émotionnelles, ne dormait plus et mangeait d'une façon très irrégulière, que d'autre part son cerveau était envahi par un engourdissement de plus en plus grave. Aujourd'hui nous avons pu lui imposer, grâce au travail cérébral, une hygiène parfaitement correcte, une vie tout à fait calme; en même temps son cerveau a été réveillé de sa torpeur. Est-il bien étonnant que sa santé physique et sa nutrition générale ressentent le contre-coup de ces modifications ?
Ce qui est plus intéressant a étudier et ce qui faisait particulièrement l'objet de nos recherches, c'est le phénomène de ia suggestibilité et les idées fixes. Que sont-ils devenus au milieu de tous ces changements ? Les modifications de la suggestibilité sont difficiles à apprécier, car le sujet peut sentir à notre façon de suggérer si nous désirons ou non être obéi, il peut désobéir par obéissance. Nous avons essayé cependant d'expérimenter correctement. Nous n'avons jamais laissé soupçonner nos recherches au
1. Esquirol signalait autrefois un fait à peu près du même genre : « La terminaison des accès de délire, dit-il, chez une malade intermittente s'annonce par un grand et rapide amaigrissement, tandis que le retour des accès a lieu quand la malade a repris beaucoup d'embonpoint. » Esquirol, Des maladies mentales, i838, I, 83.
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moment des règles, par exemple, la >tibilit< i i peu p
aussi forte qu outre fou M. us dam lei pé les plui favorabl
le suggestibilité •• énormément diminué et In plupart dei lions « ne prennent plus i., mjet accomplit l'acte d< rman mais par obéissance volontaire, .i\<<- consentement personnel non par un mouvement automatique* Si Justine reste encore en partie susceptible d être suggestionnée par nous qui avons oatu rellement pris sur son esprit nu grand empire, elle a, au con traire, une tout autre résistance quand il b agit des idées inspii par d'autres personnes. Elle n'est plus expos.,- ;) êtr< donnée par n'importe quelle parole, n'importe quel incident. Elle sent une idée li\c qui commence et sait l'arrêter elle-même : bien souwni une page de lecture ou un morceau de piano ont dissipé uVs obsessions qui, autrefois, auraient amené un mois de délire. Depuis un an, elle n'a <ui qu'un seuil accident sérieux, et enc< il est presque excusable. Un petit chien qu'elle aimait beaucoup a été écrasé sous ses yeux, elle a perdu connaissance et a reproduit une de ses anciennes attaques avec idée fixr et délire : mais l'attaque n'a pas eu de conséquences et tout était dissipé le len main. Cette guérison, même partielle, nous semble s'accorder avec l'opinion qui rattachait la suggestibilité aux troubles de l'aboulie et de la désagrégation cérébrale et mentale.
Il semble donc que l'éducation sévèrede l'esprit ait eu une heureuse influence : elle n'aurait pas pu effacer les anciennes id< fixes et tenaces, mais elle a diminué la suggestibilité et a empêché de nouvelles idées de se développer. Le résultat momentané est satisfaisant, mais nous avons eu déjà trop de déceptions pour avoir une trop grande confiance, et il nous reste à apprécier et à réduire à sa juste valeur cette guérison apparente. C'est ce que nous essayerons de faire en jetant un coup d'œil d'ensemble sur l'évolution de cette maladie.
5. — Evolution de la maladie. — Antécédents personnels et héréditaires.
Pour bien comprendre un fait, il f;iut essayer de remonter à son origine : quel est le point de départ, la cause d'une maladie comme celle que nous venons d'étudier? Une partie considérable des symptômes dépendaient au début de L'idée de choléra : d'où venait cette idée ? D'une émotion, comme nous l'avons vu, qu'a éprouvée Justine en allant avec sa mère ensevelir des morts et en voyant deux cadavres de cholériques. Faut-il considérer cette réponse comme une explication ? Toute cette maladie si longue, toute cette transformation de l'esprit dépend-elle de ce simple petit accident ?
Évidemment non, nous avons vu que les idées fixes ne germent dans l'esprit que grâce à un état tout particulier de suggestibilité ; et nous savons que cette suggestibilité n'existe pas constamment chez tous les hommes bien portants. Sans doute la première idée fixe va bouleverser l'esprit et laisser à sa suite une suggestibilité bien plus grande, mais déjà au début il fallait une certaine faiblesse pour que la première idée pût se développer. 11 faut donc remonter au delà de cette idée de choléra et chercher l'explication de la sujrgeslibilité même et de la faiblesse de synthèse de cet esprit.
Nous rencontrons une second réponse qui contient aussi une partie de la vérité et qui aujourd'hui tend à prendre de plus en plus d'importance. Justine, dira-t-on, a eu la lièvre typhoïde: or les maladies infectieuses, celle-là surtout, ont très fréquemment pour résultat d'altérer profondément le système nerveux et le cerveau en particulier; elles provoquent des convulsions, des délires et donnent souvent naissance pendant la convalescence à ces états de stupeur qu'on désigne sous lenom de confusions mentales. Ces états ont précisément pour caractères essentiels tous les symptômes de l'aboulie et de la désagrégation de l'esprit portés au plus haut degré. Le mécanisme de ces perturbations cérébrales n'est pas connu, quoique l'on soupçonne une action des poisons, des toxines sécrétées par les microbes et probablement une désorganisation de certaines cellules de l'écorce analogue à celle qui est décrite dans les beaux travaux de M. Marinesco, mais les faits
ÉVOLUTION Dl LA MAI uni
sont incontestables N cst*il pas raisemblable que - • maladie i n fecl ieu ei puissent dan ù Icui suite une
stupeur irioins compli te en appan in i mai d< plu Ion ru< tl .1 que ces empoisonnement cet altération! cellulaire rln I cérébrale soient 1 origine do la di iition de IN prit el nob-
lement dei idées \w< , ( i i rin.ii < 1 1 1 . > soni probablement tri vraies ; pa r une singulière coïncidence, tous les main i Justine el o Marcelle que nous avons étudiés avaient eu la fi< typhoïde. Il faut toujours rechercher la fièvre typhoïde el lei autres grandes maladies infectieuses dans les antécédent*! de raboulique el de l'obsédé, comme la syphilis dans les antécédents del'ataxique el «lu paralytique général, En />utre, il esl certain, I après I observation même de notre malade, que tous les symp tomes n ont pris un grand développement qu'après In fièvre typhoïde et se sont exagérés encore plus tard après une influei Le rôle de ces maladies infectieuses «-si indéniable.
Cependant nous ne croyons pas que ce soit encore une explication complète. D'abord parce que les maladies infectieuses n'ont pas, ;i notre avis, cet effet chez tous 1rs individus, mais seulemenl chez quelques-uns qui présentent par lents antécédents des prédispositions spéciales. En outre, pour lecas qui nous occupe, ! obsession du choléra, la parole automatique, le dédoublement le la personnalité avaient certainemenl commencé deux ans avant la fièvre typhoïde. La suggestibilité, la disposition aux idées E existaient déjà dans la jeunesse de Justine et l'étude de cette première période de sa vie nous prouvera qu'il faut remonter bien plus loin que la fièvre typhoïde de dix-neuf ans, pour trouver s'il «*st possible l'origine de la maladie.
Justine fut, au début de sa vie, une enfant prodige ; très précoce en tout, elle étonnait par sa sagesse et son intelligence. Jamais d< eolères ni de pleurs, elle avait un caractère extrêmement doux et aimable, elle était même trop raisonnable, et Ton prétend qu'à cinq ans elle parlait sérieusement comme une petite femme. Nous acceptons assez volontiers ces récits, car nous avons pu voir à l'hôpital de ces enfants prodiges absolument étonnants. Une petite fille surtout nous a frappé : à neuf ans, elle dirigeait une maison, et parlait sérieusement des soucis que lui causait la conduite de son frère aîné. En même temps elle commençait les anorexies et les délires qui présageaient la fin de cette intelligence
HISTOIRE D'UNE IDÉE FlXi:
trop hâtive. Il en fut de même pour Justine : vers six ou sept ans se place un phénomène très important que, à notre grand regret, nous ne pouvons pas connaître avec assez de précision. L'enfant présenta des phénomènes cérébraux qui rappelaient ceux de la méningite, des malaises d'abord et une pâleur livide de la face, puis de violentes douleurs de tôte provoquent des cris aigus, convulsions de temps en temps, déviation des globes oculaires, vomissements, état de stupeur. Mais ce qui est embarrassant, c'est que ces accidents ne duraient que peu de temps, deux jours au plus, et se répétaient à peu près toutes les semaines. Il serait important de savoir si ces phénomènes s'accompagnaient d'une élévation de la température: Justine prétend que le médecin constatait de la fièvre. Ces renseignements sont fort vagues. S'agit-il dune véritable infection encéphalique, qui aurait préparé l'aliénation, ou bien n'était-ce pas déjà un état de méningisme, de la pseudo-méningite hystérique préparée par des symptômes précédents qui n'ont pas été remarqués ? L'évolution ultérieure de cette malade rend cette dernière hypothèse bien vraisemblable.
Ces accidents se sont répétés très fréquemment pendant plusieurs années, et en même temps on nota un bouleversement total du caractère. L'enfant restait très intelligente et apprenait tout ce que l'on voulait, mais elle était entêtée, émotionnable et extrêmement colère. Cette exagération des émotions montre déjà un certain défaut d'équilibre dans les fonctions cérébrales, un défaut de la puissance d'arrêt et par conséquent de la synthèse mentale dans les opérations psychologiques. Certains sentiments étaient chez elle tellement exagérés, qu'ils semblaient déjà des idées fixes et provoquaient des accidents redoutables ; je n'en citerai que deux exemples. Justine avait horreur des animaux rampants, des vers, des limaçons et avait une passion démesurée pour d'autres animaux, en particulier pour les chats. Pour la guérir de ces terreurs, le médecin de la famille conseilla un remède au moins étrange : sur ses conseils, on profita d'une promenade pour placer dans le cou de l'enfant, alors âgée de neuf ans, une grosse limace rouge. L'effet fut merveilleux : Justine tomba à la renverse sans connaissance et entièrement contracturée. Elle revint à elle fort difficilement et pendant plusieurs mois resta absolument obsédée par le souvenir de la limace ; elle se frottait le cou comme si elle sentait le contact et suivait des yeux les mains des personnes qui l'entouraient pour voir si elles ne cachaient rien. Huit jours après
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L autre sentiment, la passion poui les chats, donna lieu h la seconde attaque grave Justine ovoil un petil chai qui lut 1*1.
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Caire 1 • » 1 1 curieuse. < ) u « • I < 1 1 1 < * temps après on se • I . • < 1 1 1 . 1 mil. ctis 1 supprime! le malheureux chai devenu infirme. Ce lui poui Justine I occasion d'un bouleversement incroyable. Non leulem elle <'ui des attaques convulsives, et s la suite la jaunisse, mais elle changea entièrement de constitution, devint <>l" de pouvoir difficilement remuer. A <li\ ;m> et demi, elle pes j ni livres, [ci se place encore un phénomène peu connu et <hllicile à bien interpréter d'après des récits aussi lointains. Sur différentes parties du corps, principalement sur les parties saillant aux tempes, aux seins, au ventre, aux mollets apparaissaient des petits boutons pl.ic.s symétriquement des deux côtés du corps, puis des plaques de couleur bleuâtre, et la peau m1 sphacélait ; une petite plaie se creusait à peu près sans douleur et ne se comblait plus tard que très lentement : en un mot, trouble de la nutrition de 1» peau amenant le sphacèle des régions exposées au frottement. Les règles qui apparurent, sans grande difficulté, vers l'âge de quatorze ans, amenèrent une modification : l'obésité et les troubles trophiques d i s p a r u re n t .
Mais déjà à ce moment, sans doute à cause du métier de gardemalade exerce par sa mère, Justine était obsédée par la crainte des maladies et de la mort. Des migraines et même des délires qui semblaient inexplicables étaient provoqués par cette idée fixe que la jeune fille ne voulait pas encore avouer. La vue des deux cholériques donna le dernier coup à cette intelligence déjà fortement ébranlée et précisa la nature de la maladie qui devait s'installer dune manière définitive.
D'après ce récit bien abrégé, n'est-il pas évident que la maladie mentale remonte à la première enfance, qu'elle ne dépend ni de la fièvre typhoïde, ni de telle ou telle émotion particulière, mais d'une prédisposition générale de ce cerveau ? Pour trouver l'origine de cette prédisposition évidente il faut remonter plus haut que la vie
individuelle Je la malade et examiner la famille ;i laquelle elle
appartient.
T. a difficulté de recueillir des renseignements sur la famille des malades est très grande et il nous a fallu beaucoup d'efforts et de patience pour constituer le tableau ci-joint (fig. 27) qui est bien incomplet. Les renseignements sur les grands-parents sont tout h fait insuffisants et deux individus R... et S... ont disparu ou du moins ne sont pas connus par les personnes que j'ai interrogées. Malgré ses lacunes ce tableau nous paraît instructif. Le père de Justine, A.., était un ouvrier intelligent et laborieux, parvenu à établir une petite maison de commerce et à vivre avec une certaine aisance. Malheureusement il était ivrogne depuis sa jeunesse et à mesure qu'il avançait en âge, ce vice prenait de plus en plus les apparences d'une maladie. 11 restait sans boire pendant des semaines et des mois, puis après une émotion, surtout après un chagrin, il partait et se saoulait pendant huit jours complets. Sa mort ne nous intéresse pas, il a succombé à la variole ; mais son ivrognerie est-elle déjà de la dipsomanie, comme nous le verrons si nettement chez ses enfants ? 11 serait bien intéressant de savoir exactement ce qu'étaient ses parents et s'ils avaient déjà des troubles mentaux. On ne nous a rien dit de net sur le grandpère C..., mais on affirme que la grand'mère D... était une femme très peu intelligente et d'une saleté sordide. Jusqu'à présent la maladie mentale chez A... et chez ses parents n'existe évidemment qu'en germe. Malheureusement A... épouse une femme B... qui présente une prédisposition analogue ; elle tient de son père E... des colères extrêmement violentes; celles-ci étaient, paraîtil, absolument identiques chez le père et la fille. B... a cependant un peu compliqué les colères paternelles, car il lui arrive de perdre connaissance et de terminer ses rages par des convulsions; le vice paternel devient nettement maladif chez la fille et la brutalité se complique d'hystérie. Ces tares primitives sont en somme assez médiocres, mais elles ne sont pas restées isolées. L'union de ces deux personnes, l'une alcoolique et presque dipsomane, l'autre coléreuse et hystérique, aggrava énormément la prédisposition et amena la ruine, la mort de la famille.
Examinons en effet les descendants de ces deux personnes. Ils sont, au premier abord, très nombreux, car en un demi-siècle 46 personnes sont sorties de ce premier couple. On pourrait déjà
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remarquer In grande fécondité des femmes de celle famille qui ont 10 et 12 enfants; certains auteurs voient déjà dans cette grande fécondité un signe de dégénérescence. Mais la fécondité dépend de
trop de circonstances pour que nous insistions sur ce caractère, d'autres faits sont bien plus importants.
Nous sommes étonnés d'abord du grand nombre des enfants de cette famille qui meurent en bas Age, c'est-à-dire avant trois ans. 34 enfants sur 46, c'est-à-dire ^f\ pour 100 Jla moyenne étant audessous de 20 pour 100 ), n'est-ce pas une proportion énorme, d'autant moins explicable que nous ne voyons dans la famille, ni excès de misère, ni grandes maladies transmissibles, ni tuberculose, ni syphilis? Comment donc ces enfants meurent-ils? Il est bien difficile de le savoir et les symptômes ne peuvent être indiqués que d'une façon fort vague. Evidemment, sur ces 34 morts, on doit compter des infections diverses, des diarrhées, des méningites. Mais nous croyons cependant que l'infection ne joue ici qu'un rôle secondaire et nous ne trouvons pas ridicule l'expression vulgaire dont se servait Justine en parlant de ses petits-neveux: « Ils sont à peine vivants, ils restent un an ou deux tout maigres et tout blancs... et puis ils s'éteignent comme des chandelles. » Ce qui nous porte à croire que cette mortalité est due au vice héréditaire, c'est quelle n'apparaît pas une fois comme un accident, mais va en augmentant à chaque génération successive. Dans la descendance de A et B (ire génération de notre tableau) nous comptons 7 enfants sur 12 morts dans la première enfance, c'està-dire 58 pour 100, dans la génération suivante 19 sur 25, c'està-dire 66 pour 100, dans la dernière génération 8 sur 9,88 pourioo. Vraiment si la quatrième génération vient au monde, ce qui nous paraît douteux, on peut prévoir qu'elle ne vivra pas longtemps.
Considérons maintenant les descendants de A et B qui ont survécu. Dans la première génération, nous voyons que tous les enfants vivants sont atteints, à des degrés plus ou moins forts, de la même maladie que Justine; ils ont tous l'esprit désagrégé et sont tourmentés par des impulsions et des obsessions. Le contenu seul de l'obsession diffère; il s'agit, chez K..., d'idées fixes de jalousie, de colères aveugles et cruelles, chez J..., d'impulsion à boire. Ces dernières impulsions sont maintenant absolument pathologiques : le malheureux perdait conscience dès le début de l'accès, buvait tout ce qu'il rencontrait, couchait sous les ponts et dans les ruisseaux, et se réveillait au bout de huit jours, ahuri et sans souvenirs. îl
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déchue. I histoire de cette famille est absolument identique celles <|in ont Bervi b établir la théorie de More! sur les dégénë rescences définitives d une race, Heureusement, I évolution est i d'être toujours aussi fatale* Il semble vraiment que les famill aient des maladies comme les individus, maladies quelquefois p sagères et qui happent seulement une ou deux générations ou maladies graves qui, après quelques générations débiles, amènent la mort de la race. Dans te cas que nous étudions, les deux maladies qui étaient légères dans les deux familles primitives, se sont réunies ('t ont formé une maladie mortelle.
Cette description sommaire ne nous a pas trop éloigné de notre sujet, car il nous semble que Justine devient bien plus intelligible quand elle est replacée dans son milieu. On ne peut plus sont à rattacher sa maladie à quelque cause accidentelle, émotion ou fièvre typhoïde, quand on voit tous ses parents qui n'ont pas eu les mêmes accidents, présenter les mêmes symptômes. Il est probable que la lésion cérébrale fondamentale est la même chez tous les membres de cette famille ; sous l'influence de l'intoxication alcoolique et de l'hérédité, les fonctions supérieures du cerveau, les fonctions de coordination de synthèse actuelle, diminuent et disparaissent, puis l'épuisement ou la malformation gagnent peu à peu des régions de plus en plus étendues du cerveau. L'état cérébral de Justine est une étape dans ce chemin conduisant aux imbéciles qui terminent la famille, et il n'est pas (aux de dire que l'origine dune semblable maladie, c'est la dégénérescence mentale.
Cette dégénérescence a pris une forme spéciale qui peut se rencontrer dans d'autres circonstances et que nous ayons appelée
la désagrégation de l'esprit. Enfin, il s'agit ici d'une variété particulière de désagrégation psychologique. Les phénomènes psychologiques mal synthétisés ont une tendance à se disposer en deux ou plusieurs groupes nettement distincts l'un de l'autre. Nous avons constaté des anesthésies, des amnésies, des actes subconscients, des somnambulismes, etc. Sans doute, la séparation n'est pas toujours absolument aussi nette que dans les cas typiques, mais elle est suffisamment marquée. Cette désagrégation mentale revêt ici la forme de l'hystérie. En un mot, nous avons affaire à une désagrégation mentale d'origine héréditaire à forme hystérique.
Nous pouvons aussi, d'après ces nouveaux renseignements, apprécier mieux les effets de notre traitement. Nous sommes loin de considérer ces maladies héréditaires comme incurables et désespérées. Les maladies de la race peuvent se guérir comme les maladies de l'individu et dans d'autres tableaux généalogiques, nous voyons la famille se rétablir après avoir été gravement atteinte pendant une ou deux générations. Mais nous savons du moins que la maladie dépasse l'individu, qu'elle a une évolution à longue échéance et ne peut guère être transformée par quelques remèdes appliqués momentanément à une seule personne. 11 n'est pas vraisemblable qu'une malade comme Justine puisse guérir complètement d'une maladie aussi ancienne et aussi profonde. Après avoir décrit les progrès énormes et incontestables de cette personne, il faut, pour apprécier sainement les procédés employés, constater les lacunes et les lésions qui subsistent.
Le véritable signe de la guérison d'une maladie, c'est le départ du médecin que Ion renvoie avec plaisir ; malheureusement ce signe n'existe pas chez les malades dont nous nous occupons, ils sont toujours incapables de renvoyer leur médecin. Tous les progrès que nous avons décrits dans l'état mental de Justine, ne sont obtenus et maintenus que par l'influence continuelle que nous exerçons sur elle. Cette influence exercée par le médecin, sur les malades, nous paraît capitale dans ces perturbations de l'esprit, elle forme un caractère pathognomonique de certaines aliénations. Sans étudier ici ce phénomène d'une façon générale l, rappelons seulement de quelle manière Justine peut arriver à paraître raisonnable.
i. Voir sur cctlc question le chapitre « L'influence somnambulique et le besoin de direction »,
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tous ces troubles dépendent en partie 'I un fail très grave sui lequel on ne Baurail trop Insister, le besoin «lu somnambulisme. D une part, le somnambulisme es1 analogue aux attaques el les remplace, il semble que la seconde existence doive nê< emenl
se développer sous quelque Forme, el comme on lui interdit une manifestation, elle tend à se produire sous une autre. D'autre part, ces bu jets si disposés ;i 1 habitude et a 1 automatisme onl j)i is L'habitude et par conséquent le besoin intense d'être endormis. Ce besoin, qu il ne faul jamais laisser naître sans nécessité médicalement constatée, nous semble tout aussi dangereux que le besoin de la morphine, et il provoque en partie les troubles que nous constatons chez la malade h son arrivée. Mais il y a, croyonsnous, encore un autre besoin « j u i se manifeste même chez les sujets de ce genre que l'on n endort pas, c'est le besoin d< confesser, d'être grondés, d'être dirigés. Ce besoin es1 d'une violence étonnante, il se retrouve au plus haut degré chez tous les hystériques, chez les neurasthéniques, chez les douteurs, les obsédés, etc., chez tous les individus dont la volonté personnelle est très affaiblie. Justine ne veut pas seulement être endormie, elle veut être suggestionnée, pour qu'une autorité extérieure domine et règle tous ses phénomènes psychologiques qu'elle sent incapable de diriger.
Après la séance employée à toutes les recherches et les opérations qui ont été décrites, quelques malades sont immédiatement rétablies. Il n'en est pas ainsi chez Justine : la lutte contre les idées fixes, les attaques plus ou moins arrêtées dans leur développement qui ont troublé le somnambulisme, les efforts d'attention que, suivant un procède décrit par nous depuis fort longtemps, nous exigeons des malades pour qu'ils retrouvent d'une manière aussi complète que possible la mémoire et la sensibilité l'ont
('puisée et malgré toutes sortes de précautions elle reste très fatiguée après la séance. Ce malaise se prolonge une demi-journée ou une journée entière ; ensuite, l'état de bien-être commence. Justine n'a plus d'idées fixes, se sent énergique, capable de volonté et d'attention ; elle travaille régulièrement, étudie avec attention et se sent pleine de confiance: « lime semble que l'on m'a mis un tuteur, je ne suis plus seule. » Ce sentiment d'un « soutien » répond à des faits psychologiques très nets que nous ne pouvons analyser ici et qui feront l'objet d'une étude spéciale dans cet ouvrage. Je remarque seulement qu'une semblable direction, même si elle a pour résultat la santé apparente, est encore un fait singulièrement pathologique.
Sans doute, Justine arrive par le travail intellectuel à augmenter sa puissance d'attention, à synthétiser un peu mieux ses phénomènes ; mais ce résultat n'est obtenu qu'au prix d'un effort énorme et continuel. Elle est constamment, si nous pouvons faire une semblable comparaison, dans l'état où nous sommes nousmêmes quand nous avons à préparer un concours ou à écrire un ouvrage compliqué. Il lui faut pour la vie pratique, pour les perceptions banales, autant d'efforts qu'aux autres hommes pour faire une œuvre originale et difficile. Aussi est-il bien naturel qu'elle se fatigue et se décourage: « Je sais bien que si je cesse de travailler je vais devenir folle, mais c'est si fatigant et je n'en puis plus! » L'attention faiblit de nouveau, la volonté et la perception diminuent, les phénomènes automatiques envahissent 1 esprit, les amnésies et les anesthésies qui, chez cette malade, ne reviennent qu'à la fin, après les obsessions et les délires, réapparaissent ; le besoin de direction, d'encouragement est de nouveau aussi fort et il faut que Justine retourne chez son médecin.
Ce besoin continuel d'une direction morale peut prendre bien des formes différentes, ce sera la passion somnambulique des hystériques, le désir d'une affirmation étrangère chez les douteurs ou simplement le besoin d'une affection, la crainte de la solitude, etc. Son étude est fort intéressante, car il nous permet de pénétrer d'une façon presque expérimentale dans l'analyse des sentiments moraux, mais il n'en forme pas moins une des grandes difficultés de la thérapeutique mentale. Dans certains cas, on peut dire qu'il rend toute thérapeutique de ce genre absolument impossible. Bien des malades que nous avons connus peuvent théoriquement être guéris, mais il faut se dévouer à eux et les remonter continuellement au moins une fois par jour. De telles séances
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nombre de maladei que noui ayons pu abandonner r peu ; cojnplètemenl h eux-mêmes Chez quelques-uns, ••' chei Justine en particulier, le problème est partiellcmenl résolu, quand on arrive ^i espacer un peu 1rs \isihs «lu malade.
\u débul de mes études, il était nécessaire de vo\ .In si m.- h. quemment, plusieurs fois par semaine, puis une emaine
m pendanl longtemps été suffisante. Vous sommes parvenu, non sans peine, à n accorder h la malade qu une confession par mi et pendanl un an elle supporta bien ce régime. Il fut difficile d'aller pins loin: et après avoir essayé d'écarter I» ces de
m\ semaines, \hhi.- avons \n réapparaître bien des mauvais symptômes. Dans ces dernières années, l'étal de cette malade a continué a s'améliorer. Une modification heureuse accompagna surtout l'arrivée rapide de la ménopause. Depuis longtemps il n1 pins question d'idées fixes, sauf dans des cas tout spéciaux comme nu le verra dans le chapitre suivant, il snllil de lutter contre l'aboulie. J'ai pu écarter encore les visites de cette malade, mais non les supprimer. Il faut reconnaître cependant, que i - de
cette manière, les visites de Justine ne sont pas trop nombreuses. Que de malados atteints d'affections organiques ou d'infirmités ont besoin d'un chirurgien ou d'un médecin tous les deux mois ! M;iis il non est pas moins vrai que eette personne, en raison de sa faiblesse cérébrale héréditaire, ne se rétablit pas d'une manii complète, elle reste une infirme. Notre excellent maître M. Jules Falret nous a raconté une anecdote que l'on comprenait peu autrefois et qui nous semble s'éelaircir par ces études. Le grand aliéniste de Rouen, Morel, avait entrepris le traitement d'une femme aliénée par les procédés du magnétisme animal et par l'inlluence morale. Il réussit merveilleusement et put faire sortir la malade de l'asile, mais il la voyait revenir très fréquemment et n était pas mécontent de ces visites répétées qui lui permettaient de constater Je bon effet de ses soins. Morel vint à mourir, et quinze jours
après, la malade, complètement délirante, dut èlre do nouveau enfermée dans l'asile, cette fois d'une façon définitive. Nous espérons que pareil accident n'arrivera pas trop tôt à nos malades, mais nous voyons facilement que si pour une raison ou une autre elles étaient abandonnées, elles retomberaient très rapidement. Cette limite de l'action thérapeutique, cette impuissance où nous sommes de transformer définitivement la pensée des sujets vient confirmer nos études sur l'origine de la maladie. La lésion héréditaire est trop profonde, elle se forme au travers de plusieurs générations, elle ne peut aussi se réparer que lentement grâce à des générations nouvelles ; dans le cours de la vie individuelle, elle peut être plus ou moins palliée et non guérie.
11 est inutile d'insister sur ces remarques générales qui seraient mal justifiées par l'étude dune seule malade : nous n'avons voulu faire qu'une observation. Elle nous a permis de confirmer d'anciennes remarques sur les phénomènes hystériques et, en particulier, sur les phénomènes de l'aboulie. Elle nous a montré quelques détails nouveaux et non sans importance sur les idées fixes et leur traitement. Peut-être n'est-elle pas non plus sans intérêt pour la psychologie : la nature de certaines idées, leur systématisation, leur désagrégation, leur réduction à des phénomènes partiels et incomplets nous semblent s'appliquer à l'interprétation de l'esprit sain aussi bien qu'à celle de l'esprit malade. La pédagogie et la morale ne peuvent pas se désintéresser de ces faits qui nous montrent la puissance du travail intellectuel, le progrès de l'attention, le besoin de sympathie et de direction. C'est en réunissant des observations de ce genre que l'on parviendra à comprendre un peu plus l'esprit malade et l'esprit qui semble bien portant.
( il \li l i;l V i i - 1 1 • i i - FIXES l'i I 0RM1 HYSTI i;i< H i
I ' |..ii II ion i iquo«, I ' fixei ubconarienl , 1 1
Il V .
Messieurs, l«' professeur Raymond m'a chargé de voua >'\\ aujourd'hui quelques Dotions psychologiques, qui voui seront utilea pour comprendre quelques-una au moins des accidents que présentent les hystériques. Je dois vous parler dea idées fixes } qui jouent dans la pathogénie de ers accidents un rôle considérable, ;'i dont il faut -ans cesse se préoccuper quand on veut diriger le
traitement de ces malades.
Cette étude des idées fixes dans l'hystérie a commencé, comme vous le savez, avec 1rs travaux de Charroi sur les accidents ti matiques des hystériques. Dans aes leçons de i ss; '1-1885. il lit un»' analyse restée justement célèbre de plusieurs cas de monopb brachiale2: il montra que, pour les expliquer, il fallait éliminer toutes les lésions grossières des nerfs périphériques, de la moelle, de l'encéphale. Une seule supposition lui semblait rester possible, celle qui avait été indiquée par Brodie en 1887, et surtout par ttussel Reynolds3 en 1869. « 11 s'agit probablement, disait Charcot, dune de ees modifications transitoires des cellules de l'écorce cérébrale qui se manifestent sous la forme d'un trouble psychologique » Ce sont des paralysies qui dépendent des idées a dépendent of idea » Par le mot « idée », bien entendu, aucun de ces
1. Conférence faite à la Salpètrière,le 3 mai 1890 . publiée dans la Presse médicale, 1er juin i8q5.