I. Ferrier, Case of alloeluria. Brain, . 1SS2, p. 3Si
l\ CAS D'ALLOGHIRIE
Lasègue, c'est-à-dire qu'elle présente des catalepsies partielles. (les attitudes cataleptiques persistent dans le membre que l'on touche et que l'on déplace et non dans l'autre.
Il en est encore de même pour les mouvements instinctifs et habituels qui sont restés normaux. Je m'explique par un exemple: M. .. vient d'entrer, elle n'est aucunement prévenue que je l'observe et debout, penchée d'un coté, elle se débarrasse de son chapeau et de son manteau. Ses jambes font des mouvements très corrects pour soutenir son corps en rapport avec la sensation que le sol donne à l'un ou l'autre pied, avec le poids inégal du corps penché d'un coté ou de l'autre. Ses mains, cherchant à enlever le chapeau, sont toutes les deux levées au-dessus de la tête et tàtent d'un côté et de l'autre pour trouver les épingles. La main droite rencontre la tète d'une épingle et immédiatement la tire très correctement. Est-ce que le chapeau pourrait jamais être enlevé, si c'était la main gauche qui tirait, quand c'est la droite qui trouve l'épingle ? Je pense également qu'il en est ainsi chez la plupart de ces malades, car, et c'est là une remarque qui n'a pas été assez faite, s'il en était autrement ils ne pourraient ni marcher, ni agir.
L'allochirie ne se manifeste donc chez M... qu'au moment où nous commençons h l'interroger, ou, ce qui revient au même, quand elle s'interroge elle-même. Ce caractère est maintenant bien connu, je l'ai mis en évidence pour une foule de troubles hystériques. Il indique une perturbation des fonctions cérébrales les plus élevées qui président il la conscience personnelle et à l'attention. Ces fonctions peuvent être réunies dans un centre unique ou peuvent être disséminées et constituer le degré supérieur du fonctionnement de chaque centre cortical. Je n'ai pas à le rechercher maintenant, je constate seulement que ce sont des phénomènes distincts de la sensation et du mouvement élémentaires. C'est donc dans l'étude de ces fonctions supérieures qu'il faut rechercher l'interprétation de l'allochirie.
Les philosophes ne nous ont pas appris grandchose sur la distinction du côté droit et du côté gauche. Il semble au premier abord que cette distinction soit facile et puisse se faire simplement par la vue, puisque dans une salle de dissection on reconnaît parfaitement au premier coup d'œil, même en les voyant isolés, un bras droit ou un bras gauche. Cependant, cela n'est pas tout à fait exact; l'élève d'anatomie reconnaît un membre ou
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ruer nos deux côtés i un procédé analogue ii celui qu emploie notre sujet, Le bras droit est pour nous le bras qui remue !«• plus facilement, le bras qui tient la plume, le bras qui i crit C< pendant nous ne procédons pas comme M . et nous ne cherchons ps écrire dans la rue pour distinguer les cô lue M . s besoin
pour faire cette distinction d exécuter réellement les mouvements, ilf les sentir et de les voir, tandis que nous nous contentons <l<faire cet essai en imagination. Le lo.is droit es! le I » i .i -^ que n pouvons I»' plus facilement nous représenter en mouvement : nous apprécions la différence d'une représentation, tandis que M apprécie seulement la différence d un mouvement réel I i Lte hypothèse, toute plausible qu'elle soit, ne me satisfait p.is entièrement, car pour essayer, pour comparer la représentation «le nos deux I) ras nus eu mouvement, il faut déjà que les représentations de bras se distinguent par quelque chos
11 faut donc supposer en second lieu qu'il y a une sensation particulière qui distingue les deux côtés, o Mous distii nous-mêmes notre droite de notre gauche, par un sentiment naturel et ees deux déterminations de notre propre étendue nous présentent bien alors une différence de qualité, c'est même pourquoi nous échouons à la définir1. » Je préciserai en rappelant les théories de Lotze et de YYundt sur les signes locaux, ces dilïcrentes nuances de la sensation qui varient suivant I< - Ions du corps. Nous sommes donc amenés, disent-ils. à admettre une coloration locale des sensations tactiles, coloration qui se modifie continuellement sur toute la surface cutanée. » Wundt va même plus loin et exprime certaines théories qui semblent s'appliquer par avance exactement au cas que nous décrivons: oc II faudra admettre, dit il, que dans les régions symétriques des deux parties du corps les signes locaux sont très analogues sinon identiques néanmoins,
i. Bergson, Données immédiates de la conscience, i88q, p. 90. Tari?, F. Alcan.
25i UN CAS D'ALLOCIIIKIE
d'après les distinctions réelles que nous pouvons faire, et d'après les différences de structure qui se présentent, malgré une analogie si grande, nous concluons que les signes locaux ont une certaine différence dans les parties symétriques et analogues1. » Cette différence dépend, comme le dit Wundt, de bien des choses, de la structure des organes périphériques, de l'exercice différent des muscles, de la disposition même des conducteurs nerveux, de certaines différences dans les centres auxquels ils aboutissent, mais en résumé elle doit exister. Mais il faut remarquer aussi que cette différence entre les sensations fournies par les parties symétriques du corps ou, en abrégé, entre les sensations symétriques doit être faible, et en tous cas plus petite que la différence qui existe entre les signes locaux des autres sensations. En un mot, il y a plus de différence entre un signe local du bras et un de la jambe qu'entre les signes locaux des deux bras.
Ces remarques sont confirmées par tous ces phénomènes qui montrent une substitution facile des images psychologiques d'un membre aux images symétriques et que l'on observe dans les faits dits de transfert. Les phénomènes de transfert, que je ne puis aborder ici incidemment, ne peuvent se comprendre que par ces études sur les sensations, les images symétriques et leurs relations.
Un autre fait expérimental confirme ces notions. Dans les études sur le sens du lieu au moyen de l'œsthésiomètre on a cherché quelle était l'influence de l'exercice longtemps continué. Volkmann et après lui Dresslar ont constaté non seulement une augmentation de la finesse du sens du lieu dans la partie de la peau exercée, mais aussi une augmentation du même genre dans les parties symétriques, augmentation bien plus nette que celle qui peut se présenter dans les autres régions de la peau2. Je ne crois pas que le fait puisse s'expliquer par des modifications périphériques, mais je pense, comme le disait très bien M. V. Henri, « que l'on s'est habitué à discerner avec beaucoup de précision des sensations ayant une qualité semblable, tandis que l'on ne s'est pas habitué dans la même mesure a analyser les sensations provenant des autres parties de la peau et qui sont de qualité bien différente. » Cela prouve encore que les sensations symétriques
i. Wundt, Psychologie physiologique, trad. fr. Paris, F. Alcan, II, 29. 2. Voir Victor Henri, op. cit., 322, 326.
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Vf uis rien oc venue mieux cett< théorie |- ychnlu ique quf les l . 1 1 1 > p. ii hologiquei de I *allo< hiri< pn ent< pai no1 rn particuliei II prenii< pe formé du phénomène qui a i sons le nom a sllochirie iimple. ( <■ trouble ic |»i faut
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constant. Quelle que smi I online <\>- I anesthésie, tabès, intei ruption de conductibilité médullain tous lei allochi-
riques sont plus ou moins des intestin 1 < | > t • M en résulte que dune manière générale ils localisent mal. M Bro< q le remarqu propos de plusieurs observations qu il léfectu<
de ce caractère. Mus I allochirie, ou moins l'allochirie simple n'est rien d'autre qu'une forme pai liculière de localisation imi faite dur ;i une sensibilité insuffisamment délicate. Ls précision de la localisation crott chez notre malade avec le degré de la sensibilité; parvenue à un certain point elle senl assi / bien poui distinguer les BÎgnes locaux de son bras, d<- ceux de -.1 jambe ou même de son poignet, mais elle ne sent pas assez, ne discerne p;is suffisamment les nuances de la sensation pour distinguer les signes locaux de son bras droit de ceux de snn bras gauche oui
sont très semblables. Cette différence des signes locaux e( des sensations semble exister chez elle comme chez nous tous, puisqu'elle dirige les mouvements habituels et subconscients. Mais
cette différence ne parvient pas à la conscience personnelle, .i quand M... essaye de faire attention à une sensation, elle n'a l'idée d'un côté du corps plutôt que île l'autre.
J'ajouterai encore une autre remarque pour montrer comment M... en est arrivée à négliger, à ignorer ces différences. Cette remarque doit être tirée de l'étude d'un caractère hystérique que cette malade continue à présenter au plus haut degré, même quand sa sensibilité est en partie réveillée, de l'étude du rétrécissement du champ de sa conscience. Elle n'est pas seulement distraite, comme sont d'ordinaire les hystériques ne pouvant s'occuper que de peu de choses à la fois, elle en est presque réduite à ne penser qu'un seul phénomène à la fois et se rapproche évidemment de l'état de conscience des cataleptiques. Ce caractère est surtout net quand on interroge sa sensibilité. J'ai dit qu'elle arrivait à distinguer assez bien les principales sensations; oui, mais à la condition de n'en sen-
156 I N CAS D'ALLOCHIRIE
tir qu'une seule a la (ois ; si on la pique, si on la pince à deux endroits à la (ois, elle ue perçoit jamais qu'une seule sensation. C'esl pour cela qu'il m'a été absolument impossible de mesurer la sensibilité à l'a'sthésiomètre. Même si on avait mis une pointe sur un bras et l'autre sur l'autre bras, ou bien une pointe au cou et l'autre au pied, elle n'aurait toujours senti qu'un contact. Il est intéressant de remarquer que malgré cette difficulté de la mesure des sensations tactiles par L'aesthésiomètre, elle conservait cependant une localisation assez précise. Cela confirme une remarque de M. V. Henry, dans le travail dont j'ai parlé : il ne faut pas confondre la localisation avec le sens du lieu donné par l'aesthésiomètre1. Celui-ci peut manquer par suite de diverses circonstances tandis que l'autre subsiste. Bien mieux si on fait éprouver à M... deux sensations différentes, une impression de chaud et un pincement, le contact d'un objet et une piqûre, elle ne sent encore, ou mieux ne perçoit qu'une seule de ces sensations. Il serait très intéressant de chercher comment elle choisit et pourquoi elle perçoit telle sensation plutôt que l'autre. Ce choix a une raison, car tout a une raison en pychologie, mais la rechercher serait revenir à l'étude de l'électivité chez les hystériques. Il suffit de savoir maintenant qu'elle ne prend conscience que d'une seule de ces sensations.
Si l'on essayait de traduire en langage anatomique les notions acquises sur la psychologie des hystériques, il faudrait tenir compte de ce fait et d'autres semblables. Évidemment l'écorce cérébrale de cette malade est engourdie. Mais peut-on dire que l'engourdissement porte uniquement sur tel ou tel centre sensoriel et détermine ainsi le rétrécissement du champ de la conscience, quand on voit ce champ de conscience se porter sur toutes les sensations possibles tout en restant cependant si petit, qu'il ne peut en contenir plus dune à la fois. Il y a la plutôt un épuisement général rendant difficile une fonction supérieure de tous les centres, ou bien portant sur des centres d'association dont la fonction serait de coordonner, de systématiser tous les autres. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses encore bien vagues les unes et les autres, bornons-nous à constater que, dans la période de l'allochirie simple que nous étudions, le champ de conscience de M... est encore énormément rétréci.
i. Y. Henri, op. cit., 298.
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perturbations de la sensibilité consciente •< peu h peu empêché M de percevoir les signes locaux délicats qui distinguent les ten sations symétriques et a déterminé !<• phénomène de l'allochiric Bimple. In un mot, I allochirie simple est un trouble <!<• la I" lisation qui résulte d un certain degré d'hypoesthésie, elle disparaît ou Be transforme si la sensibilité diminue ou si ell mente. En exprimant cette interprétation en is<i<> devant la Société de psychologie physiologique et dans la Revue philosophique, je remarquais que, s'il en esl réellement ainsi, le phénomène doit se produire assez souvent au cours des diverses maladies du systèm ! nerveux et, <mi particulier, dans l'hystérie, quand la sensibilité diminue graduellement et quand le malade parvient à ce degré particulier d'hypoesthésie. C'est ce que j'ai depuis vérifié à plusieurs reprises et, l'attention une lois attirée sur ce point, il sera probablement facile de le constater assez souvent.