Un cas d'hémianopsie interne
La malade que nous allons étudier est une femme de quarantedeux ans que je connais et que j'étudie depuis très longtemps. En effet, et cela n'est pas indifférent pour l'étude des faits que je vous signale, il y a près de cinq ans que j'ai rencontré cette personne pour la première fois dans le service de mon éminent maître M. Jules Falret et que je continue à suivre régulièrement, sans interruptions, tous les incidents de sa maladie. J'ai déjà décrit cette malade sous le nom de « Justine » et j'ai exposé d'une façon assez complète la plupart des accidents qu'elle a présentés autrefois dans un article publié le printemps dernier parla Bévue philosophique1.
C'est avant tout une malade à idées fixes ; ce n'est pas là un diagnostic, si vous voulez, c'est au moins l'énoncé du symptôme pathologique de beaucoup le plus important qu'elle a toujours présenté. Pendant vingt années de suite, elle a été tourmentée par une idée fixe à la fois obsédante et impulsive, celle du choléra, et cette idée Lavait mise dans un tel état de délire que l'on vena't pour l'enfermer dans le service de M. Falret. Quand cette idée du choléra a été effacée de son esprit par des procédés psychologiques sur lesquels j'ai longuement insisté, j'ai vu surgir dans son esprit d'innombrables idées fixes nouvelles en rapport avec elle. Il semblait vraiment que cet esprit affaibli par l'idée fixe primitive ne fut plus capable de résister aux influences les plus légères qui provoquaientcontinuellement l'apparition d'idées fixes secondaires
î. Pierre Janet, Histoire d'une idée fixe. Revue philosophique, février 189'^ p. \2i et chapitre iv de ce livre.
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h ii véritable chaos, et la pluparl des i latsificatiom qui i d onl faites sont bon d être définitives. Il ne me semble pas suffisant d< \v^ distinguer <-n obsessions, impulsions ••! pli<>l>n ci lonl la des distinctions justes mais un peu superficielles «jui tiennent compir «lu contenu psychologique de I idée maladive, plusque de -.1 constitution el d<- ses lois I ne même idéechez lemêmemala peut passer par ces trois formes : il esl I sans doute, de les distinguer ; mais pour étudier la formation, pour détermine] le p Dostic ci la thérapeutique des idées fixes il faudra, j'- crois, préciser davantage. Sans chercher ;i classer pour le moment toutes Les idées fixes, je cherche a mettre .1 part un groupe assez net
Certaines de ses idées fixes non seulement se présentent chez des hystériques, mais encore possèdent elles-mêmes, dans leui nature, les caractères des phénomènes hystériques Ces i lé< - sont peu ou même point du tout connues par le malade lui-même qui n'en voit que 1rs conséquences ou les manifestations Kilo se manifestent complètement dans l'attaque d'hystérie, d le somnambulisme, en un mot pendant la durée de certains clans lesquels la conscience normale du malade est interrompue et <[ui ue laissent p;i> de souvenirs nets ; ou bien elles se manifestent sous la forme de phénomènes subconscients qui se développent parallèlement à la conscience normale, mais à son insu. Ce sont ces caractères psychologiques dont les conséquences sont fort importantes qui m'ont conduit à désigner ce groupe de phénomènes sous le nom « d'idées fixes de forme hystérique ».
les idées fixes de la malade que je vous décris se présentaient de cette manière sous forme d'attaques extrêmement curieuses, de somnambulismes, de contractures permanentes, d'écritures subconscientes, etc. A la suite d'un traitement moral assez prolongé, cette prédisposition aux phénomènes subconscients et aux idéss fixes diminua et, depuis deux ans, on peut dire que cette personne n'a plus présenté aucun symptôme appréciable.
Il était utile de vous rappeler ces faits pour vous faire mieux