UN CAS D'HÉMIANOPSIE HYSTÉRIQUE
do l'oreille. Détail particulier, les sons ainsi perçus par l'oreille droite semblent à la malade venir du côté gauche, il y a là, si on peut me permettre ce barbarisme, une véritable allochirie de l'oreille, analogue au trouble des sensations visuelles qui a été signale par M. Magnin et que j'ai étudié dans le chapitre précédent. Les autres sens sont aussi très fortement touchés, le sens musculaire est presque complètement aboli ii droite, le sens du goût et celui de l'odorat sont complètement supprimés des deux cotés.
Quant au sens visuel qui nous intéresse plus particulièrement, il a présenté et il présente à un haut degré les caractères hystériques. Les couleurs sont bien distinguées par les deux yeux, mais l'acuité visuelle est très faible. Avec correction de — i elle est de un tiers à gauche et de un dixième à droite. Il est vrai que l'examen de cet œil est difficile parce qu'il présente à un haut degré un spasme de l'accommodation qui sera étudié tout à l'heure.
Le champ visuel des deux yeux a toujours été extrêmement variable : dans les instants de santé morale il grandissait jusqu'à devenir presque normal. J'ai montré dans ces moments qu'il suffisait d'attirer plus fortement l'attention de la malade sur le point central pour déterminer un rétrécissement considérable de ce champ visuel en apparence normal1. D'ailleurs le plus souvent le champ visuel était rétréci concentriquement comme il l'est encore maintenant.
J'ai déjà insisté dans un précédent travail, auquel je vous renvoie2, sur une asthénopie curieuse que présentait autrefois cette malade. Elle ne pouvait fixer longtemps les yeux sur un objet, au bout d'une minute à peine, ses veux se brouillaient, se remplissaient de larmes, elle souffrait dans la tête surtout dans la région frontale, disait-elle, et cessait de voir. Le même phénomène, d'ailleurs, pouvait être observé quand elle essayait de prêter attention à un son faible, souffrance rapide et surdité passagère. Au bout de quelques instants, la vue ou l'ouïe se rétablissait pour disparaître de nouveau, si l'effort d'attention était continué.
Depuis l'époque où j'ai décrit ce symptôme, j'ai eu l'occasion d observer chez cette malade une autre forme d'asthénopie voisine
f. Op. cit., p. 1/1G et Stigmates mentaux des hystériques, p. 76. •à. 0/) cit., p. i45 et chap. iv de cet ouvrage.
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Fia, 3o. — A. les /eux de Justine à l'étal normal, d'après une pli ilo^rapliie, la pupille droite plus petite que la pupille gauche. B. aspect de? yeux île Justine au moment du spasme de la convergence, d'après une photographie des yeux à ce moment.
et s'éloigne démesurément, elle étend le bras pour le toucher bien au delà de sa position réelle. On admet en général, et c'est l'opinion soutenue par M. Parinaud que cette apparence d'éloîgnemenl et de petitesse, cette micropsie est liée à un spasme de l'accommodation, une contracture du muscle ciliaire. Nous notons donc trois phénomènes simultanés, strabisme interne, myosis et spasme de l'accommodation. Les yeux prennent alors un aspect bizarre dont on peut se faire une idée par la seconde partie de la figure 3o. Je remercie vivement M. le Dr Vincent de l'obligeance avec
laquelle il a bien voulu dessiner cette figure d après deux photographies.
KÉVKOSE9 ET IDÉES F1XIIS. 1. — l8
*7* UN CAS D'H^MI ANMl'Sli: UVSTK Kl QUE
M. Parinaud a surtout étudié le phénomène inverse, la paralysie de la convergence*, qui est fréquent chez les hystériques ; à propos de sujets qui semblent présenter de La paralysie de la divergence, il indique la possibilité d'une contracture de la convergence. Dans une autre étude2 il signale avec plus de précision des cas où cette contracture est manifeste : il insiste avec raison sur la diplopie binoculaire qui en résulte. Cette diplopie ne se manifeste chez notre malade que difficilement, d'abord parce que le strabisme est extrême et ensuite parce qu'elle fait abstraction des images fournies par un œil. Sauf sur ce point l'observation de Justine est analogue à celles publiées par M. Pariuaud, elle me semble seulement plus complète, car au spasme de la convergence qui est extrême s'ajoutent non seulement le spasme de l'accommodation mais encore le myosis.
11 est facile de remarquer que ces trois phénomènes existent chez l'homme normal qui fait un effort d'attention visuelle, les yeux convergent, les pupilles se contractent et le cristallin s'accommode; mais ici il y a une exagération énorme de ces phénomènes qui, une (ois commencés, se développent démesurément et persistent malgré la volonté du sujet. En effet, ce spasme peut persister chez elle, et nous l'avons vu se prolonger une demiheure. Tout d'un coup le malade sursaule, pousse un cri en portant les mains à ses yeux, c'est que le spasme s'est défait brusquement, et cette cessation cause une grande douleur dans les muscles de l'œil. Le même pliénomène oculaire se produit quand ilya attention auditive, ou même attention intellectuelle. Comme toujours on note dans l'hystérie une dissociation des centres et des fonctions qui s'exercent isolément l'une de l'autre, c'est la fonction de la convergence et de l'accommodation oculaires dans l'attention qui ont pris une sorte d'indépendance pour produire ce spasme de la convergence.
Le trouble précédent est loin d'être constant chez notre malade, il est plutôt rare, car d'ordinaire elle est bien loin de faire des efforts de convergence exagérés, elle présente au contraire un autre trouble de la vision tout à fait inverse que j'ai étudié autrefois sur elle avec l'aide de M. Parinaud.
i. H. Parinaud, Paralysis of the movement ofthe convergence of the ejes. Brain part. XXV, 1886.
a. II. Parinaud, Paralysie et contracture de la convergence, 1800.
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Quoi qu'il en soit, cette perte de la vision binoculaire i retenir, car elle explique un des caractères embarrassants del'hémiopie que nous considérons. En effet, vous avez déjà été frappés d'un fait curieux, c'est la contradiction au moins apparente entre le langage de la malade et l'examen objectif des champs visuels. La malade se plaint en entrant de ne voir que le coté gauche des objets, vous avez tout de suite pensé à une hémianopsie homonyme du coté droit et vous vous attendiez à trouver le schéma du champ visuel également rétréci des deux cotés droits. Au lieu de cela. c'est une hémianopsie nasale que nous présente le schéma. Je ne puis pas vous prouver le fait par un exemple, car les cas d 'hémianopsie nasale sont rares; mais je ne crois pas qu'une hémianops nasale donne au malade, quand les deux yeux sont ouverts, la sensation d'une hémianopsie droite. Le malade devrait bien plutôt, à