‹ Névroses et idées fixesChapitre 60 sur 116 · IN CAS D'HÊMIANOPSIE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

IN CAS D'HÊMIANOPSIE HYSTÉRIQUE

recherchei dans ce cas d'hémianopsie les deux caractères que j'ai autrefois décrits comme essentiels dans les anesthésies hystériques. Ces anesthésies, disons nous, sont mobiles et, au moins en apparence, contradictoires. En premier lieu, les anesthésies disparaissent sous différentes influences, les attaques, les somnambulismes, les suggestions, les efforts d'attention, etc. Ce premier caractère de la mobilité n'a pu être vérifié encore dans le cas présent : d'abord la malade n'a plus d'attaques et je n'ai pas l'intention de chercher à les faire réapparaître. Elle a, il est vrai, des somnambulismes très faciles à provoquer, mais, par une fâcheuse circonstance, il m'est impossible de lui faire ouvrir les yeux en somnambulisme ; il faudrait pour obtenir ce résultat toute une éducation qui ne serait pas sans inconvénients et dont les résultats au point de vue expérimental manqueraient de précision. 11 est vrai que la malade est très suggestible et que cette hémianopsie, si elle est hystérique, doit disparaître par suggestion. C'est tout à fait mon avis, et je vous dirai môme que je suis à peu près sur qu'il va en être ainsi très rapidement. C'est afin de pouvoir vous la présenter aujourd'hui que je n'ai pas fait de suggestions dans ce sens, qui ne tarderaient pas à modifier les phénomènes l.

Quant au deuxième point, le caractère en apparence contradictoire de cette hémianopsie, c'est au contraire un fait essentiel dont l'importance me paraît ici tout à fait prépondérante. Vous

I. Le traitement de cette hémianopsie a été commencé aussitôt après la conférence et il a confirmé pleinement nos hypothèses. Le champ visuel, même du coté interne, était mohile et pouvait être déplacé par diverses causes d'ordre moral, l'attention, l'association des idées, la suggestion. Cette mobilité a permis d'obtenir la guérison en quelques jours. Cette guérison a été accompagnée de phénomènes intéressants. La malade s'est plainte de souffrances violentes dans la tète au moment où se produisit cet élargissement du champ visuel. J'ai déjà insisté sur ses douleurs étranges qu'éprouvent plusieurs malades au moment où l'on triomphe de leurs idées fixes, au moment où l'on modifie gravement leurs anesthésies ou leurs amnésies, c'est-à-dire la répartition de leur activité cérébrale. Malheureusement, je n'ai pas pu constater chez cette malade plus que chez les autres de localisations bien précises de cette douleur. Cette douleur semble chez cette malade siéger toujours dans la partie antérieure et médiane du crâne quel que soit le phénomène provoqué. Au moment où la vue gagnait en étendue, elle a semblé perdre son acuité : le champ visuel était plus grand, mais la vision était devenue plus trouble. C'est encore un exemple de ces équivalences si curieuses qui se manifestent quand on déplace les phénomènes hystériques et qui sont le point de départ des transferts. Actuellement, l'hémianopsie a disparu, le rétrécissement concentrique du champ visuel persiste seul, car on ne peut supprimer ce dernier symptôme que d'une façon momentanée*

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tendu, la contradiction présentée par ces observations n qu'apparente : la sensation est supprimée pour la perception personnelle, elle persiste diminuée, et surtout incompl< te d une manière subconsciente.

C'est cette dernière expérience que je me propose <!<• répéter pour déterminer définitivement la nature hystérique de I hémianopsie de notre malade. Profitant de son extrêmi restibilité,

j'ai BUggéré à cette malade pendant le somnambulisme deux choses: [° elle doit lever le bras malgré elle, quand je lui pince la main; '2° elle doit également lever la main quançl elle voit un papier sur mon Iront. C'est là une suggestion à point de repère qui s'exécutera comme vous le savez par le mécanisme de l'asa ciation des idées, au moment où la sensation tactile du pincement. la sensation visuelle du papier sur mon Iront existera d'une manière quelconque dans L'esprit de la malade.

Eh bien, je lui pince la main droite, la main anesthésique comme vous savez, et le bras se lève brusquement. Quoique la malade déclare n'avoir rien senti ni de la sensation, ni du mouvement, ce qui s'explique par son anesthésie tactile et musculaire; nous pensons cependant que cet acte subconscient a dû être déterminé par une sensation également subconsciente. La persistance de cette sensation, malgré l'anesthésie apparente de la main

1. Anesthésie et dissociation. Revue philosophique, 1887, 1. ï 7. 3. Archives de neurologie, mai iSc>2.

IN CAS D'HÈM] Wni'SIK HYSTÉRIQUE

droite, nous démontre qu'il s'agit lii d'un trouble de la pereept on personnelle, d'une anesthésie d'assimilation, en un mot, d'une anesthésie hystérique'.

Eh bien, les choses se passent exactement de la môme manière pour les yeux. Les deux yeux ouverts, la malade me regarde et déclare ne voir que le côté gauche de ma figure (par rapport à elle), « le côté droit, dit-elle, est invisible ». J'approche doucement, ou bien une autre personne approche un petit morceau de papier blanc de mon front. Au moment où ce papier touche mon front a droite, le bras de la malade se lève quoi qu'elle déclare n'avoir

Fig. 33

Limite du champ visuel conscient, visuel subconscient.

Limite du clump

rien vu. C'est la même expérience et elle a, à notre avis, la même conclusion.

Cette expérience peut être faite avec plus de précision en usant du périmètre. Grâce à des suggestions appropriées qui déterminent des mouvements subconscients quand des papiers blancs ou même de couleur sont visibles sur le périmètre, on peut déterminer chez cette femme le champ visuel subconscient et il est intéressant de le mettre en parallèle avec le champ visuel conscient qui est, comme vous savez, hémiopique (fig. 33).

Cette expérience est démonstrative, elle nous montre la persistance des sensations subconscientes malgré l'anesthésie rétinienne et démontre la nature hystérique de cette hémianopsie.

Une notion importante résulte donc de cette longue démonstration. De même que l'hémianopsie peut se présenter dans la neurasthénie (Déjerine et Vialet), elle peut aussi se présenter

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5. Influence des idées sur le i bam/j riaueJ I fixe du fcro uJMe unilatéral de le vision.

Cherchons «loue maintenant, en restant dam le domaine dei phénomènes hystériques, • " expliquer pai quel mécanisme no tel symptôme .1 pu être réalisé. S il m d une hémiopie ho-

monyme véritable, <»n serait justement tenté de cherche] une explication anatomique et de rattacher le symptôme ï un épuisement particulier de I un des lobes occipitaux, épuisement fonctionnel qui ne supprimerait pas la sensation élémentaire comme ferait une destruction de ce lobe, mais qui supprimerait la conscience, la perception personnelle. Cette hypothèse et ^a discussion pourraient être intéressantes. M. us j'avoue que dans ces 1 en présence d'une hémîanopsie nasale de cette nature, une localisation anatomique du trouble singulier qui préside à - 1 formation me paraît bien audacieuse. Remarquez en effet que les troubles affectant une moitié du champ visuel n'ont jamais été chez cette malade homonyme pour les deux yeux, la moitié atteinte a toujours été la moitié droite pour l'œil gauche, la moitié gauche pour l'œil droit ou bien tout le champ visuel pour l'œil droit. Il v 9 probablement un trouble dans le fonctionnement des cent occipitaux, surtout dans l'hémisphère gauche; mais quel est-il .' Comment peut-il produire les phénomènes que nous constatons? Commençons par exprimer les faits avec le plus de précision possible dans le langage psychologique, c'est-à-dire par les décrire tels qu'on les observe; il sera toujours facile plus tard de les traduire en langage anatomique. 11 est surtout utile pour préciser les faits de bien déterminer ce qui, dans chacun d'eux, dépend des idées, des interprétations du sujet qui jouent, comme vous le savez, un si grand rôle. En éliminant ces apparences surajoutées qui, chez les hystériques surtout, compliquent toujours les symptômes, nous réduirons les faits à leurs caractères essentiels et nous préparerons leur localisation anatomique.

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