‹ Névroses et idées fixesChapitre 7 sur 116 · X PRÉFACE DE LA DEUXIÈME EDITION · texte numérisé non relu

X PRÉFACE DE LA DEUXIÈME EDITION

fixes qui se développent chez les hystériques pendant des sortes de somnambulismes. Nous étudions à ce propos divers accidents déterminés par ces idées fixes que l'on peut appeler subconscientes. des hallucinations, des délires, des actes impulsifs, des dipsomanies hystériques, des vertiges hystériques, certains cas d'incontinence nocturne d'urine qui se rattachent à cette même névrose. L'évolution de ces idées, les formes qu'elles affectent suivant qu'elles sont primitives, secondaires, dérivées, stratifiées, accidentelles, leur influence sur les différentes fonctions, l'émotion, la mémoire, peuvent être examinées à propos d'un grand nombre de faits. On note en même temps chez les malades des phénomènes d'aboulie, une inertie considérable des fonctions cérébrales qui peut aller jusqu'à la confusion mentale et nous avons discuté à ce propos un problème de pathogénie : faut-il considérer ces états d'aboulie comme consécutifs aux idées fixes, ou bien, comme nous l'avons soutenu, faut-il regarder l'abaissement des fonctions mentales comme le phénomène primitif sur lequel se greffent des délires par divers mécanismes ? Un de ces délires mérite une étude spéciale, c'est le délire de possession dont un cas remarquable a pu être analysé.

Ajoutons ici les recherches sur les modifications de la nutrition dans les névroses, les recherches sur l'hérédité (un tableau généalogique curieux d'une famille dégénérée a pu être établi d'une manière assez complète) et des études sur le développement des enfants névropathiques.

Beaucoup de recherches de thérapeutique ont été faites dans différentes directions et cet ouvrage indique exactement leur résultat.

L'hypnotisme et la suggestion ont permis de modifier nombre de délires, mais en déterminant des besoins de direction qu'il faut connaître pour en éviter les dangers. Dans l'éducation de ces malades on note des symptômes d'amélioration qui se présentent sous forme d'instants clairs avec augmentation passagère de la volonté et de l'attention. Il s'agit surtout d'une éducation, d'une gymnastique qui porte sur la sensibilité, sur la mémoire, sur l'attention. Beaucoup de traitements en apparence différents comme le massage des contractures se rapprochent plus qu'on ne le croit de ces éducations qui ont pour but de relever le niveau mental abaissé des malades névropathes.

Telles sont les principales études psychologiques et cliniques

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sur lesquelles ce volume apporte dei documents utiles II n

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toujours de grands systèmes entièrement tcrmin< il < | quel quefois utile de réunir dei matériaux encore passablemenf di p rutefl nui seront utilisés par lei théoricieni de l'avenir,

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INTUODUCTION

Les idées fixes qui se présentent su cours de tant de maladie nerveuses ou mentales constituent un des phénomènes les plus intéressants pour !<■ médecin h pour le psychologue. D'une] ni, il est trop évident que ces idées, qui se développent démesurément, dans l'esprit des malades, interviennent dans la plupart des perturbations mentaleset même physiques, qu'elles contribueraient beaucoup si on 1rs comprenait bien, h les expliquer.

D'autre part, il n'est pas une fonction psychologique et physiologique qui ne puisse présenter des altérations en rapport avec l'idée fixe: la volonté, l'attention, la mémoire, les émotions, (a respiration, la circulation, tous les phénomènes de la nutrition sont modifiés de tout (>s les manières chez ces malades. ('.es modifications sont tantôt le principe, le point de départ, tantôt la conséquence des idées fixes, quelquefois elles les accompagnent sans que nous puissions bien préciser la relation de dépendance des phénomènes ; mais detoutes manières elles sont très précises et réalisent souvent les plus belles expériences que le psychologue puisse concevoir.

Je suis convaincu que c'est par l'étude de ces expériences naturelles, plus que par les théories et les mesures mathématiques que l'on arrivera à mieux comprendre notre intelligence et notre action.

Aussi, depuis longtemps, ai-je été attiré par l'étude des malades tourmentés par des idées fixes. Ces malades me semblaient assez intelligents et raisonnables pour se prêter à toutes les recherches et d'autre part étaient assez atteints dans leur pensée pour nous montrer le mécanisme de bien des perturbations de l'esprit. Ils forment, après les hystériques proprement dits, des sujets de choix pour la psychologie expérimentale.

Mais je me suis aperçu bien vite que l'étude des idées fixes,

précisément parce qu'elle touche à tous les points essentiels de la psychologie et de la physiologie, était extrêmement complexe et qu'il m'était encore bien difficile de l'aborder dans son ensemble sans supposer résolus immédiatement et a priori bien des problèmes. C'est pourquoi j'ai essayé d'appliquer à ces études une méthode empruntée à la clinique médicale et qui me semble très bien appropriée aux recherches de psychologie expérimentale, celle des observations individuelles. Pour celui qui, comme moi, avoue ne pasbien comprendre les théories générales des idées fixes, chaque malade est intéressant en lui-même et demande à être analysé isolément. J'ai pris soin, pour élargir cette enquête sur les idées fixes, de choisir des malades aussi différents que possible les uns des autres. Aussi le mot « idée fixe » est-il nécessairement pris dans un sens fort large. Il ne s'agit pas uniquement d'idées obsédantes d'ordre intellectuel, mais d'états émotifs persistants, d'états de la personnalité qui restentimmuables, en un mot, d'états psychologiques qui une fois constitués persistent indéfiniment et ne se modifient plus suffisamment pour s'adapter aux conditions variables du milieu environnant. Les solutions générales se dégageront probablement d'une manière toute naturelle de ces recherches particulières. Ce sont ces études particulières sur un certain nombre de malades analysés individuellement et, quand cela est possible, rapprochés d'autres sujets analogues que je réunis dans ces volumes avec l'espoir de pouvoir un jour les condenser dans un travail d'ensemble.

Chacune de ces observations étant déterminée parla nature d'un malade plus que par une recherche bien précise sur un point donné, il est difficile de les classer régulièrement.

On peut admettre d'une manière générale qu'un premier groupe, constitué par les trois premiers chapitres, se rapporte principalement aux troubles psychologiques généraux qui accompagnent les idées fixes, c'est-à-dire les troubles de la volonté, de l'attention, de la mémoire et aux méthodes qui permettent de les étudier. Un second groupe porte sur l'analyse de quelques idées fixes considérées en elles-mêmes, sur leurs caractères, sur les lois de leur développement. Dans une troisième partie sont réunies des observations sur quelques accidents plus particuliers, sur des troubles spéciaux de la sensibilité, du mouvement, des fonctions physiologiques qui semblent se rattacher à telle ou telle idée fixe. Enfin

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quelques chapitres constituent une dernière partie <t particulièrement de certains procéda ac traitement qui ont pu ,i\ oir dans quelque oai une neureu 0 influence I si -ii1 1 dernière partie une observation d'ane th< ie chirurgicale pai la

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quera « | u «- la plupart des malades étudw dan cet ouvi quelques exceptions, présentaient outre leurs idées Bx< symptômes hystériques En rai <»ii peut-être de mes études antérieures, j«" suis disposé 1 croire que I hystérie rend plu*, faciles l'étude et l'interprétation des troubles de I esprit, que I intelli ti ce de cette curieuse maladie doit servira introduction h I étude Jr l'aliénation. Nous pourrons mieux comprendre plus tard les idées lixes présentées par les autres malades li nous avons d'abord compris celles que présentent les hystériques.

Ces études sont réunies sous le nom de travaux «lu laboratoire de psychologie de la clinique à la Salpêtrière et cela me semble juste, car c'est a ce petit laboratoire que je dois d'avoir pu continuer mes recherches de psychologie expérimentale. C'est Chan qui m'a reçu dans son service avec tant de bienveillance et qui m'a permis de fonder ce petit laboratoire un peu spécial dans un grand service médical. Mon excellent maître, M. l<i Pr Raymond, en a compris l'utilité et l'importance et il a bien voulu m'aider a le conserver cl à le développer. Grâce à lui, j'ai pu réunir les appareils nécessaires à quelques mesures et donner à certaines de ces études un peu plus de précision. Bien mieux, pour montrer tout l'intérêt qu'il prenait à ces études, pour les associer aux autres travaux de la clinique d'une manière plus étroite, M. Raymond a bien voulu collaborer aux recherches contenues dans le second volume de cet ouvrage. Qu'il me soit permis de lui en exprimer ici toute ma reconnaissance \

Paris, 2$ juillet 1897.

î. Je désire signaler ici une erreur qui s'est glissée dans la reproduction d'une des figures de cet ouvrage. Dans la figure 10, page 98, la ligne droite inférieure est trop élevée par rapport à la courbe. Dans son ensemble la courbe tout entière doit cire supposée plus élevée de 7 centièmes de seconde.

Cl I A IM 1 H I PREMIER

l \ I \- D'ABOI I II II D'IDÉES I l\l - !

t Antécédents de ta maladie. — i Etude dee mouvementé. — 3 \ Les p rceptiom - J. Evolution de la maladie.

La plupart dos auteurs (pu ont étudié la psychologie ont toujours reoommandé l'étude des maladies mentales: ils pensaient, et avec raison, que les perturbations des phénomènes moraux permettaient de mieux comprendre certaines opérations de 1 • --

prit qui sont d'ordinaire peu distinctes. Si ce conseil a été rarement suivi, c'est <pfil faut pour cette étude être placé dans <!• conditions toutes particulières. Je dois tous mes remerciements aux médecins qui ont bien voulu diriger mes premières études sur l'aliénation, et en particulier à mon eminent maître M. le Dr Jules Falret qui ma permis d'étudier sous sa direction et de publier cette observation recueillie dans son service à la Salpètrière. Ce ■cas, en effet, me semble intéressant et peut justifier Futilité de la méthode clinique dans les études de psychologie. D'un côté, il montre au psychologue des modifications curieuses et instructives de certains phénomènes mentaux, de l'autre il montre au médecin comment l'analyse psychologique permet d'interpréter des troubles singuliers qui caractérisent un groupe assez net de malades. La personne que nous avons choisie pour objet principal de cette étude est une jeune fille de vingt-deux ans que nous dési-

I. Cette étude a déjà été publiée dans la Revue philosophique de M. Th. Ribot en mars 1891, p. 208-287, et avr^ I^9I» P- 382-407. Je la reproduis presque sans modifications.

gnerons, tout a fait par convention, sons le nom de Marcelle. Elle présente, pour le dire d'abord en un mot, une disparition, une abolition presque totale de cette faculté, qui a bien quelque importance et qu'on appelle la volonté. C'est une personne absolument sans volonté, une aboulique, comme on les appelle. Nous allons voir chez elle comment se manifeste, comment se prouve cette suppression de la volonté et nous y parviendrons surtout par l'étude de ses mouvements. Mais nous insisterons surtout sur les conséquences qu'une pareille altération de l'esprit peut avoir sur les actes qui sont supprimés ou altérés, sur les idées, sur la mémoire et même sur la perception. Cela nous permettra d'abord de bien comprendre le rôle de la volonté qui est beaucoup plus étendu qu'on ne le croit et ensuite peut-être de nous (aire une idée un peu plus précise du fait psychologique qui mérite particulièrement le nom de volonté, car c'est ce fait principal qui, chez notre malade, se montrera particulièrement altéré. Enfin cette étude pourra peut-être préciser un peu ce phénomène si important de Y aboulie qui se rencontre presque toujours chez ces malades que l'on désigne tantôt sous le nom d'hystériques, tantôt sous celui de neurasthéniques, de dégénérés, de phrénasthéniques, de psychasthéniques. Ce symptôme prend chez quelques-uns d'entre eux une importance si prépondérante qu'il leur donne une physionomie à part et permet de séparer, au moins au point de vue clinique, le groupe des abouliques.

i. — Antécédents.

Il est toujours assez difficile de recueillir dès renseignements précis sur la famille des malades, et nous n'avons obtenu sur celle-ci qu'un petit nombre d'indications qui ont cependant leur importance. Le père de Marcelle fut atteint de paralysie pendant les deux dernières années de sa vie, il mourut assez jeune, vers cinquante ans, sans avoir présenté ni troubles de la parole ni délire. Il est difficile de déterminer maintenant avec exactitude la nature de cette paralysie qui est toujours décrite d'une manière fort vague. Les parents du côté maternel sont un peu mieux connus : la grand'mère maternelle mourut dans un asile d'aliénés, elle était atteinte vraisemblablement de délire des persécutions. De ses deux fdles, l'une, la tante de notre malade,

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d'aliénation proprement dite, mai i « Ile i mblc faible d • i Ile

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Cette famille eul <l'\ enfanta, dont tix sont i ncore vîvai trois iiU ...ni intelligents et travailleura, quoiqu'on leui r< | leur caractère entier, personnel <-\ égoïste, qui semble vraiment être de famille. Lei h<>is filles sont toutei bizarr< - Iatnéei présentent déjà, quoique •> un plus faible de( n lei tai morales qui ont constitué la maladie delà cadette. Elles ^mt | paresseuses et même inertes; elles ont toujours l'air de pen à autre choae quand on leur parle o, me diaail une de leui - .un la seconde surtout, qui est Pavant-dernier enfanl de la famille, » des périodes de distraction h de tristesse qui touchent singulu ment à l'aliénation : il lui arrive de rester une quinzaine de jours sans vouloir parler à personne. Marcelle enfin, la dernière enfant, semble réunir en elle, en les augmentant, ces différents défauts de la famille.

Marcelle eut une enfance régulière, sans aucun accident, elle était vive et assez intelligente: on se plaignait seulement de sou

mauvais caractère et vie son entêtement, l.a moindre contiaiila moindre résistance à ses caprices provoquait des boudei interminables et des scènes de colère assez violentes, qui se terminaient par des pleurs.

A l 'âge de quatorze ans, elle fut atteinte d'une fièvre typhoïde extrêmement grave, qui, ainsi que cela arrive fréquemment chez les individus prédisposés, provoqua surtout des accident cérébraux. Elle délira pendant plus d'un mois, ne reconnaissant personne et refusant énergiquement toute espèce de médicament. Cette maladie laissa des traces profondes, et c'est de ce moment que nous croyons devoir faire commencer la maladie actuelle.

Dès la convalescence, en effet, Marcelle présenta des changements de caractère et de conduite assez notables pour être remarqués même par des personnes étrangères. Elle n'était plus vive comme autrefois, mais paresseuse, remuait peu, hésitait à se lever de sa chaise et se montrait ennuvée de tout dérangement. Tandis qu'elle apprenait facilement avant sa maladie, elle ne pouvait plus maintenant se livrer à aucun effort intellectuel et n'ap-

prenait plus rien. D'ailleurs, sur le conseil des médecins, on ne tarda pas à lui interdire tout travail de ce genre. Elle était aussi fort triste, ne prenait plus plaisir à rien et repoussait tous ses anciens amusements. Enfin elle devenait très sauvage ; au lieu de causer comme elle faisait auparavant avec toutes sortes de personnes, elle fuyait complètement les étrangers, ne voulait plus parler qu'aux personnes les plus intimes, et encore se réfugiaitelle assez souvent dans sa chambre sans vouloir parler à personne. Cet état d'inertie et de mélancolie fut encore aggravé, d'abord par le chagrin que lui causa la mort de son père, survenue un an après cette fièvre typhoïde, puis par une passion amoureuse qui provoqua d'interminables rêveries et qui fut, je crois, le début de ses idées de suicide Si bien qu'au bout de quelques années, Marcelle, âgée alors de dix-neuf ans, était devenue complètement méconnaissable et commençait à présenter des symptômes plus inquiétants. Elle restait immobile pendant fort longtemps et semblait éprouver beaucoup de peine à se déranger, même pour les actes les plus simples. On s'étonnait, par exemple, qu'elle appelât ses frères ou sa mère pour lui donner un objet placé près d'elle, ou pour lui ouvrir une porte près de laquelle elle était debout. Lorsqu'on ne lui obéissait pas immédiatement, elle se fâchait et injuriait surtout sa mère qu'elle traitait fort durement. Dans d'autres moments, elle paraissait en proie h une agitation inexplicable, elle déchirait ses vêtements, elle frappait les meubles et criait. Un jour, on la trouva auprès d'une pile d'assiettes qu'elle cassait régulièrement les unes après les autres. Enfin au bout de quelque tempsMarcelle refusa absolument démanger et fit quelques tentatives de suicide qui nécessitèrent son internement à la Salpêtrière. Placée en 1889 dans le service de M. le Dr Falret, elle fut d'abord effrayée par le spectacle des malades et par la discipline de la maison, et elle se tint assez tranquille en dissimulant à tout le monde les pensées qui l'agitaient. Au bout de quelque temps, on crut à une certaine amélioration et on essaya de la rendre à ses parents, mais elle ne put rester chez elle et dut revenir a l'hospice cette année.

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