Etude des mouvements
Marcelle, quand on l'examine maintenant, est une grande et forte
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bouche; le lendemain, elle raconte qu'elle a voulu parler, mais n'a pu y parvenir. En un mot tous les mouvements volontaires des bras, des jambes, même ceux de la langue et des lèvres présentent la môme hésitation et la même impuissance.
En voyant une personne de ce genre parler intelligemment, se plaindre elle-même de son impuissance à se mouvoir, de cette résistance de ses membres à sa volonté au moins apparente, on pourrait peut-être songer un moment à une maladie physique des nerfs ou des muscles qui déterminerait ces troubles du mouvement volontaire. Mais il suffit d'observer combien les mouvements de Marcelle sont modifiés par les plus légères influences morales, comment l'attention, la distraction, les souvenirs de différentes espèces suppriment ou augmentent son hésitation pour écarter l'hypothèse d'une maladie de ce genre et pour chercher dans la pathologie cérébrale et mentale la raison de cette impuissance.
La maladie mentale, à laquelle on doit alors songer, a été bien décrite depuis quelques années dans les travaux de Morel, Westphal,Legrand du Saulle, J. Falret, Magnan, etc. C'est le délire du contact, dont Legrand du Saulle fait une phase particulière de la folie du doute, tandis que d'autres auteurs le décrivent comme un symptôme isolé. Les malades hésitent longtemps avant de faire un mouvement, parce que ce mouvement doit provoquer l'attouchement d'un objet, qui est devenu odieux. Par suite de telle ou telle idée fixe, ou conception délirante, ils se figurent malgré eux que cet objet est électrisé, empoisonné, en un mot qu'il est répugnant et dangereux. Reconnaissant eux-mêmes toute l'absurdité de cette conception, ils veulent lutter contre leur crainte et font effort pour avancer la main, qu'ils retirent bientôt par terreur. De là, des mouvements incoordonnés, des efforts, des hésitations tout à fait analogues à ce que nous observons chez Marcelle.
Nous avons soigneusement interrogé cette personne pour lui faire avouer une idée de ce genre, et elle nous a fait quelquefois une réponse en apparence favorable à cette supposition. « C'est, dit-elle, en parlant de ses hésitations, comme si cela me dégoûtait;... cet objet doit être sale. » On aurait tort, croyons-nous, d'accorder à cette réponse une grande importance. Nous nous trouvons ici en présence d'une des difficultés les plus communes de la psychologie expérimentale ou objective. Le sujet que l'on
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tudes d'hésitation en disant que cela doit lu di ooter, j«- ]>• qu'elle se trompe sur elle-même el qu'elle s'analyse mal.
En «'Met, je la surprends plusieurs lois dans ses plus forts moments d'hésitation, ci je lui demande si elle éprouve un réel sentiment de dégoût. Elle avoue qu'elle ne l'éprouve p quand on insiste ;i ce moment même, «'Ile convient qu'en réalité elle ne s;iit pas du tout d'où vient son hésitation. Ensuite l< délire du contact est ordinairement limité (du moins quand il est primitif à quelques objets qui ont frappé l'imagination du malade :
les boutons de porte ou les objets en enivre, les épingles, un
meuble, etc. (h-, Marcelle elle-même se plaint à moi qu'on l'accuse à tort d'avoir peur des boutons de porte. Son hésitation n'existe pas plus pour les portes, elle est générale et s'applique à tous les objets indistinctement.
lue petite expérience peut encore trancher la question. Les auteurs qui ont parlé du délire du contact ne me semblent pas distinguer assez dans leurs observations deux sortes de contact-: le contact actif et le contact passif. Il faut, il me semble, dans le délire de ce nom, constater l'altération de ces deux sortes de touchers, il faut que le malade non seulement ne puisse toucher lui-même l'objet, mais encore en redoute le contact si on l'approche de lui. Or, Marcelle ne m'a jamais paru présenter la moindre crainte du contact passif. Elle n'arrive pas a me toucher la main et elle hésite indéfiniment, mais elle ne bouge pas et ne se montre pas nichée si je lui prends moi-même la main. Elle ne peut toucher elle-même un papier, mais elle ne recule pas et ne se plaint pas si je lui mets le papier sur les mains. Souvent même, comme on vient de le voir, elle demande qu'on lui donne les objets. Le contact ne lui est donc pas odieux, et il n'y a pas de dégoût réel ; ce qui est troublé, c'est le contact actif, le fait d'accomplir un mouvement pour atteindre l'objet. Mais, dans ce plié-
8 l\ CAS D'ABOULIK ET D'IDÉES FIXES
nomène, l'élément principal est le mouvement lui-même et non le contact, qui ici n'est pas en jeu.
Ce qui rond l'observation encore plus nette, c'est que l'on peut constater la même difficulté clans les mouvements seuls, isolés de tout contact. Marcelle hésite pour se lever, pour marcher, pour parler comme pour prendre un objet. On provoque les mêmes efforts, les mêmes hésitations en lui demandant simplement de lever le bras en l'air. Nous sommes donc bien en présence d'un trouble psychologique qui porte sur la faculté motrice, sur les phénomènes présidant aux mouvements.
Il est vrai que dès maintenant elle commence à interpréter sa maladie en disant que les objets la dégoûtent. Il n'est pas impossible, si l'hésitation continue, qu'elle ne finisse par s'en convaincre et qu'un délire vrai du contact passif ne vienne un jour se surajouter au trouble actuel. Une distinction est en effet nécessaire dans les délires du contact ; les uns sont primitifs et ordinairement limités à un petit nombre d'objets. Ils se rattachent alors aux idées fixes accompagnées ou non d'angoisse et doivent être étudiés avec elles. Justine, par exemple, une autre malade que j'étudierai plus loin, ne peut toucher un fruit. C'est parce que ce fruit, par association d'idées, la fait penser au choléra et que la pensée ou même le nom de cette maladie, dont elle a une crainte continuelle et involontaire, lui cause des terreurs, des angoisses et même des crises de nerfs. D'autres délires du contact me semblent être secondaires ; ils s'appliquent à tous les objets indistinctement et dépendent d'un trouble primitif du mouvement; d'une sorte de paralysie qui les a précédés et qui en est la véritable explication. En un mot, il y a un délire du contact qui est une simple idée fixe et il y a un délire du contact qui est l'expression d'un trouble général de l'activité: on verra plus loin la même distinction importante à propos du délire du doute. Le trouble du contact que présente Marcelle rentre dans cette dernière catégorie, et nous amène à étudier chez elle l'altération des phénomènes moteurs.
S'agit-il d'une sorte de paralysie psychique, telle qu'elle se rencontre par exemple dans les monoplégies hystériques ? Peuton dire que cette jeune fille a perdu les images motrices, peut-on se borner à expliquer son état en disant que les circonvolutions motrices sont épuisées, engourdies? Il en serait peut-être ainsi,
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ries de mouvementi fort bien conservés. Poui i altération des actes il faut donc d abord procédei pai éliminai et exclure les mouvements qui sont conservéi i I • i mouvements physiologiques respiration, circulation, etc , non! jama chancres, ru inouïs J une manière grave el appan nte i I flexes sonl tout h fait normaux au genou, ;m\ yeux, > la 1 > * » • i < i elle tousse, cligne des yeux, etc. .»" Les mouvements qui, pai l'exercice, ion! devenus instinctifs son! également intacts; elle remue sur sa chaise, change <!<■ position, chasse une mouche du visage, se gratte, se mouche sans l'ombre d une hésitation. S I mouvements habituels se i<»m de même; elle fait quelques travaux a l'aiguille el exécute au crochel <l interminables ban» d'une dentelle <|wi est, il est bon de 1<' remarquer, toujours la même.
5° A ces diverses catégories de mouvements conservés, ilfanl en ajouter d'autres plus étranges. Ce sonl des mouvements compliqués, (jui non Beulemenl se font ;i son insu comme les mouve ments habituels, mais (jui, en outre, se font contre sa volonté. IV temps en temps, elle casse dos objets ou déchire des vête ments. Ses parents lui lont cadeau un jour d'un fichu de dentelle, qui lui plaît beaucoup ; elle ne peut s'empêcher do le déchire] : elle pleurait de rage en voyant disparaître sa belle dentelle el cependant elle n'a pu s'arrêter que les derniers morceaux n'aient été effilés. Quand elle tient un crayon sur du papier, elle commence à faire des traits, des gribouillages informes ; elle trouve cela ridicule, mais elle ne peut s'arrêter avant d'avoir couvert de ces traits t.out le papier. Elle a aussi la manie de se manger les ongles et en est arrivée à se faire saigner les doigts et à les déformer complètement ; elle trouve cela absurde, laid, douloureux et me promet de ne plus le faire ; mais elle recommence immédiatement. Si je lui fais beaucoup de reproches, elle se met à pleurer et continue a ronger ses ongles en murmurant : « Je ne peux pas. » D'autres mouvements impulsifs sont malheureusement beaucoup plus graves. Elle n'a jamais eu de violences contre d'autres personnes, mais elle cherche à se tuer, court dans un escalier pour se précipiter, ou cherche à se jeter dans une chaudière fnous reviendrons sur ces accès) ; il suffit de remarquer
maintenant que dans tous les actes de ce genre, il n'y a aucune hésitation. Elle qui s'arrête devant une porte pendant une demiheure sans pouvrir l'ouvrir, l'ouvre rapidement, comme avec fureur, quand il s'agit d'un de ses actes impulsifs.
6° L'expérimentation va nous montrer une dernière catégorie d'actes non seulement conservés, mais également exagérés. Si je demande a Marcelle, doucement et avec politesse, de faire un acte, elle répond : « Je veux bien », et essaye ; mais l'acte ne se fait pas. Si au contraire je me mets en face d'elle et lui commande brutalement de faire cet acte, elle s'étonne et refuse, en disant qu'elle ne veut pas m'obéir ainsi, mais cependant l'acte s'accomplit complètement et sans hésitation. En un mot elle est extrêmement suggestible. Cette suggestibilité pour les actes se manifeste de toutes les manières. On peut lui suggérer directement un acte qu'elle accomplira avec conscience, on peut le lui suggérer tout bas pendant qu'elle parle à une autre personne, et l'acte s'accomplira inconsciemment. Pendant qu'elle cause et ne s'occupe pas de moi, je lui lève le bras ; il reste immobile en l'air sans qu'elle s'en aperçoive, quoiqu'elle ne soit pas anesthésique (c'est une de ces anesthésies et de ces suggestions par distraction sur lesquelles j'ai déjà souvent insisté) ; quand elle se retourne, elle voit son bras en l'air et le baisse en disant: « Je ne m'en étais pas aperçue. » Je lui dis de même de cesser son ouvrage, de le reprendre, de se lever, de marcher, de prendre un coupe-papier sur la table. Elle accomplit tous ces mouvements sans le savoir, mais remarquons-le, surtout sans hésiter. On peut même, par ce moyen, lui faire prendre un crayon et du papier, écrire sous la dictée, ou même répondre à des questions simples, c'est le phénomène maintenant bien connu de l'écriture subconsciente. Il n'a jamais été, chez Marcelle, bien remarquable, et les messages de ce genre ne dépassaient pas deux lignes. Mais ce fait m'a été cependant utile pour connaître les idées qu'elle avait au fond de l'esprit. En tous cas, il est ici remarquable, car depuis deux ans, à cause de ses hésitations et de ses tremblements, elle est incapable d'écrire consciemment et elle écrit ainsi assez bien. On prévoit qu'il est très facile d'hypnotiser cette personne : tous les procédés réussissent facilement. Il est inutile de rappeler qu'elle est suggestible pendant l'hypnose, nous venons de voir combien elle l'était déjà pendant la veille. Mais la suggestion a effet posthypnotique, ce commandement donné pendant le sommeil pour être
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lui fait lu i ■ lion un ante I [uand je li app< rai ur la table, \nih prendre! ce ehapeau t\ voui mp6i I accroche] • un< p Cela dit, je la réveille bien complètement quelque temp i je l'interpelle comme pour lui demandai un petit lervicc M moiaelle, voua dcvriei bien enlever ce chapeau qui me génepoui écrire et le mettre sur une patère .!«• ne demande p. «s mi< dil elle. Et la voici qui essaye «le se l<^< i tue, étend les
bras, a des mouvements incoordonnés, n rassied, recommence Je l.i laisse travailler ;n n^i vingt minutes, sans qu'elle pui accomplir cet acte ai simple. Puia je frappe un coup sur la table. ViiNsitôt, elle bc lève brusquement, prend le chapeau, I et revient s'asseoir. L'acte est fait par Buggestion en un instant, il n'avait pu être fait par volonté en vingt minutes.
Tous (M1 s acte s conservés, en effet, du premier au dernier, si» ni , avec des degrés de complication croissante, des actes qu'on appelle automatiques, et les actes qui sont perdus, comme il est facile de le voir maintenant, sont les actes volontaires. La volonté, en effet, semble supprimée ou du moins extrêmement amoindrie dans toutes ses manifestations. Nous ue parlons ici que des actes et des mouvements. La volonté a disparu comme faculté <!<• décider un acte d'avance, de se résoudre;» un mouvement. Marcelle depuis fort longtemps ne se décide jamais à rien, même pour les plus petites choses. Elle ne sait si elle doit sortir dans la cour ou rester sur sa chaise, et, en présence de cette question grave, elle reste immobile toute la journée en murmurant. « Que faire.1 mon Dieu, que faire ? » On rencontre souvent des personnes qui répètent une phrase de ce genre : « Que faire ? » ou « Comment donc faire ? » Ces expressions ne sont pas insignifiantes ; elles dénotent un état psychologique particulier, dont nous vovons chez Marcelle la dernière exagération. La volonté est également perdue comme faculté de produire un mouvement déterminé. Le pouvoir moteur des images kinesthétiques ou même des images visuelles n'est pas disparu chez cette malade. Quand je me mets en face d'elle en balançant mon bras, il suffit qu'elle voie le mouvement pour le répéter. Mais elle ne sait plus disposer, synthétiser ces images de manière à produire un mouvement déterminé et utile. La volonté enfin est perdue comme pouvoir d'arrêt des
mouvements, car les actes automatiques, soit naturels, soit suggérés, sont non seulement conservés, mais énormément exagérés. Toute image d'un acte de ce genre devient impulsive et n'est pas arrêtée par la volonté impuissante. Le symptôme essentiel de cette maladie mérite bien le nom de perte de la volonté, ou à? aboulie.
On croit d'ordinaire entendre facilement le sens des mots : automatUjue et volontaire et la nature de leur opposition ; mais il faut cependant profiter de toutes les occasions pour préciser des idées de ce genre. Analysons encore les actes de cette personne, car sa maladie réalise une expérience remarquable de psychologie. Au lieu de considérer chez elle, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, les actes complètement conservés et ceux qui sont entièrement perdus, examinons les degrés intermédiaires.
L'hésitation et l'impuissance de cette malade sont en effet très variables et changent suivant les degrés de la maladie à différentes époques. Mais, si on l'étudié un même jour, l'hésitation se modifie aussi suivant la nature des actes à accomplir, qui ne semblent pas tous aussi difficiles l'un que l'autre. J'essayais un jour d'exercer Marcelle aux mouvements volontaires : pour y arriver, j'avais étalé sur une table différents petits objets et je la priais de les prendre un à un et de me les remettre. Elle consentait volontiers à cette sorte de jeu et s'appliquait à bien faire. Or, malgré sa bonne volonté, elle réussissait assez bien à prendre certains objets et très mal à en prendre d'autres. Ainsi il y avait sur la table un crochet qui était à elle et que j'avais pris dans son ouvrage et un petit porte-mine qui était à moi et que j'avais tiré de ma poche. Elle prenait toujours assez bien son crochet avec une ou deux minutes d'hésitation seulement, mais elle mettait dix minutes ou un quart d'heure pour prendre mon crayon. Je fis différentes théories pour comprendre cette différence que je voulais d'abord rapprocher de l'électivité des somnambules. La véritable explication du fait ne me fut donnée que peu à peu en répétant l'expérience.
En effet, ce jeu fut recommencé plusieurs fois et je m'aperçus que peu à peu elle prenait fort bien mon porte-mine, presque aussi bien que son crochet. Mais il suffisait de remplacer le porte-mine par un autre objet, un coupe-papier ou simplement un autre crayon pour provoquer de nouveau toutes les grandes hésitations
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de I 'aboulie . I'. n n n moi , elle prenait bien un objet connu et li il m i ii ri el m. il un objet nouveau oui d avait pa enco ét< pru l i difficulté du mouvement était en raison 'I' la non remarque une fou Faite, il me lui facile de lu vérinci dan tout* In conduite de Marcelle. Bile est totalement incapable d< avec un inconnu ; il lui i fallu deux mon pour i habituel î me parler; depuis elle me parle facilement. Je I emmenai • un joui d un autre cabinet <l observation où elle n avait pas en< 01 moi, Elle <'ui sur le seuil une crise <l aboulie interminable, tan qu'elle entrait toujours facilement avec moi dani la pièc< iccouiiiiiht. Ce oaractère est encore visible dans la façon dont elle marche. A-i elle adopte une direction, elle va précipitamment; mais qu'un obstacle surgisse ou mieux qu on I appelle et qu'elle soit forcée de changer de direction. «'Ile \;i rester immobile suis pouvoir se décider à partir. C'est toujours le débul de l'acte qui est pénible. Mais il est nécessaire de bien entendre ce que j'appelle ici le commencement d'un acte ; ce n'est pas le fait mat< nel de mettre les muselés en mouvement, quand ils sont en i ep
Ce fait existe ;iussi bien, quand il s'agit de mon poi le- mi ne et
quand il s'agil d'un coupe-papier. J'entends la formation d»1 cet ensemble complexe d'idées et d'images par lequel il est nécessaire
de se représenter l'acte pour prendre un objet déterminé. Cette synthèse n'est pas exactement la même pour unobjetque pour un autre, et c est la formation de cette synthèse qui est difficile chez Marcelle, tandis que la répétition de cotte même syntb quand elle a déjà été faite est facile. Pour reprendre les termes précédents, les actes automatiques sont les actes pour lesquels il suffit de répéter un ancien groupement d'images déjà liées ensemble, en un mot les actes déjà voulus autrefois ; et la volonté, nous le comprenons ici par sa suppression, est la formation de ces synthèses nouvelles. Un acte n'est volontaire que par sa nouveauté.
Cette conclusion, même en évitant les discussions générales et en restant dans l'observation de notre sujet, soulève plusieurs difficultés.
Si l'on propose à Marcelle d'aller chercher un objet qu'elle n'a jamais pris, elle ne reste pas immobile absolument, elle se lève, étend le bras, etc., parvient à faire, en un mot, une partie des mouvements utiles. C'est que cet acte n'est pas absolument et
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entièrement nouveau; il se compose d'une collection d'actes anciens qu'elle peut faire facilement.
Pourquoi donc, dira-t-on encore, dans certains jours de grave maladie, comme Marcelle en a trop souvent, s'arrête-t elle complètement et perd-elle même les actes les plus habituels ? Elle ne sait plus me parler quoiqu'elle m'ait parlé cent fois ; elle ne sait plus s'habiller, se lever de sa chaise, etc. Je répondrai par une affirmation peut-être paradoxale, à laquelle les psychologues n'ont pas fait une attention suffisante, mais que la clinique des maladies mentales met ici bien en évidence. C'est qu'il n'y a pas d'acte absolument ancien et qui ne renferme une petite partie de nouveauté. Se lever aujourd'hui de sa chaise, ce n'est pas tout à fait la même chose que s'être levé hier : le temps, la température, les circonstances extérieures, l'état du corps et de l'esprit ne sont plus exactement les mêmes. Parler, même à une personne très connue, c'est toujours une action nouvelle par quelque point. La personne à qui l'on parle, son costume, sa physionomie, le sujet du discours, tout cela change. On ne se baigne pas deux fois dans les mêmes eaux, disait le vieux sage : l'univers change incessamment et, quelle que soit l'identité apparente des circonstances dans lesquelles nous sommes placés, il y a toujours un changement, soit en dehors, soit en dedans de nous-mêmes, qui demande une adaptation nouvelle, un effort nouveau. Puisque l'avenir n'est jamais la répétition exacte du passé, un acte conscient n'est jamais un acte complètement automatique. Il faut toujours s'efforcer, inventer, vouloir un peu, même pour répéter l'acte le plus habituel. Et quand la volonté de Marcelle descend •à un degré vraiment trop bas, je ne suis pas étonné de lui voir perdre même les actes habituels.
La troisième difficulté que je rencontre pour expliquer les actes de Marcelle m'embarrasse beaucoup plus. Pourquoi donc au moment où elle est incapable défaire un acte nouveau par volonté, le fait-elle si facilement par suggestion ? L'acte de prendre uu coupe-papier qu'elle ne connaît pas est pourtant tout aussi difficile, tout aussi nouveau, quand elle le fait h la suite d'une suggestion, au lieu de le faire de son libre consentement. Je suis, je l'avoue, fort embarrassé pour me rendre compte de ce phénomène bizarre. Voici l'explication qui me semble la plus vraisemblable : ces deux actes, malgré l'apparence, ne doivent pas être absolument semblables au point de vue psychologique. La conscience de l'état
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n'exige pas la ivnthèse de tous ces détails, parce qu il s;ins que tous ces détails loienl conscient Marcelle vient de prendre !«• coupc-papiei pai stion et p- I .- ■ I. h< m. « 1 • . ,
mouvements rapides: • Ce n est pas moi , dit elle 'I un ail bou (leur, et •'II»1 répète toujours << 'tte formule toutes u - fois <|n elle .1 fait un acte *!<• ce genre; «'II'1 na p;i^ rattaché < «i act< personnalité; * - 1 1 * - le constate Bans .< \ < » 1 1 eu la perception person nolle «les images nécessaires pour I accomplii Souvent <l ailleurs l'acte est absolument subconscient et Marcelle n en ;■ rien ^■•nii Il ne faudrait pas en conclure que l'acte soit accompli ici pai une Butre personnalité inférieure à la première, comme chez des bys tériques que j'ai décrites. Je n ai pas vu chez Marcelle la formation nette d'une Beconde personnalité simultanée : l'écriture automatique qui est restée rudimentaire ne présente pas ces chaînes continues de souvenirs subconscients <jin formenl 1<- dédoublement de la personnalité. Non, les images de eet acte n'ont été ratta ehées à aucune personnalité ; elles se sont produites isolément a propos des paroles du commandement. Dans cet acte suggéré il n'y a pas non pins notion de l'objet ni du but de l'acte. Quand Marcelle veut prendre le coupe-papier volontairement, elle sait que c'est un coupe-papier qu'il s'agit de prendre; que c'est pour nie le remettre, et dans le but de s'exercera des mouvements. Elle a pris le même objet par suggestion, et si je lui demande brusquement ce qu'elle tient dans la main, elle n'en sait rien. Je lui demande pourquoi elle prend cet objet, et elle ne sait que répondre. L'écriture subconsciente d'ailleurs ne répond pas mieux à ces questions. En un mot, si j'ose ainsi dire, l'acte exécuté par suggestion est un acte abstrait, dépouillé de toute notion de personnalité, d'objet, de but, qui entrent dans l'acte volontaire et en font la nouveauté perpétuelle.
Nous croyons donc malgré ces dillicultés pouvoir conserver nos conclusions précédentes. Marcelle est une aboulique, elle a une diminution considérable de la volonté avec conservation et exagrération de l'automatisme. C'est-à-dire qu'elle ne sait plus faire des actes nouveaux en rapport avec des circonstances nouvelles, mais
qu'elle se contente de répéter des actes anciens, d'une manière abstraite, sans adaptation aux situations et aux nécessités nouvelles. Telles sont les premières conclusions que nous pouvons tirer de l'étude de ses mouvements, rapides et impulsifs quand ils sont automatiques, hésitants et souvent impossibles quand ils sont volontaires.