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la respiration en soupirs qui rappelle un peu, si Ton veut, le tvpe de Cheyne-Stokes. Un violent effort d'inspiration triomphe pour un moment de la résistance des muscles et détermine un fort sou-
pir, après ce soupir la respiration diminue et cesse même complètement dans l'abdomen ; elle augmente peu à peu dans le thorax jusqu'à un nouveau soupir qui secoue le thorax et l'abdomen. On peut se demander si, dans ce dernier cas, le spasme du diaphragme ne joue pas le principal rôle. Ce spasme du diaphragme intervient évidemment, dans certains cas il existeseul, comme si les sujets avaient un tic qui consiste à pousser continuellement de gros soupirs. Mais dans d'autres observations, et en particulier chez les sujets qui ont fourni les graphiques précédents, ce spasme du diaphragme semble secondaire, puisqu'il disparaît dès que l'on supprimela contracture des muscles droits de l'abdomen.
En même temps que ces modifications de la mécanique respiratoire, on constate des changements notables dans les phénomènes chimiques de la respiration.
Dans des expériences que je poursuis depuis deux ans avec M. Charles Richet, je constate
que ces malades expirent beaucoup moins d'acide carbonique que l'homme normal, i20cc, par exemple, par kilo et par heure, au lieu de 25occ que l'on pourra observer sur le même sujet quand
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Fia. 5o Respiration dan- an cas de spasm - des muscles du thorax cl de l'abdomen chei Iv. I es observations de ces deux malades Si. el [y. seront données dans le second volume île cet ouvrage,je me borne à rapprocher ici ce trouble de la mécanique respiratoire des précédents.
dissement et d'anesthésie ou dans l'état de sensibilité eomplète. Nous ne pouvons donc insister ici sur ces faits qui se rattachent plutôt à l'étude de la nutrition chez les hystériques.
Quant aux spasmes et aux tics des muscles du tronc ils peuvent s'accompagner de toutes les perturbations possibles île la respiration. Il sullit de donner deux graphiques lig. 'nj et oo comme
exemple de ces tracés fantaisistes que donnent les appareils appliqués sur le thorax et l'abdomen de ces malades1. Ces tracés ne correspondent pas uniquement a la respiration mais enregistrent toutes ces secousses bizarres du tronc que déterminent les spasmes. Ces tracés sont pris sur deux malades qui seront étudiées avec plus de détails dans le second volume de ces travaux public en collaboration avec M. le professeur Raymond. Le second graphique (fig. 5o) a été pris chez une jeune fille de 25 ans qui, à la suite d'excès de masturbation, a conservé certains tics qui en reproduisent les mouvements malgré elle et à son insu. Les tics les plus intéressants sont ceux des jambes, mais les secousses de l'abdomen ne sont pas moins bizarres et elles déterminent la respiration que nous avons représentée ici.
5. — Modifications respiratoires dans la paralysie des muscles du tronc.
Nous ne pouvons tirer des conclusions aussi générales d'une seule observation, il faut seulement remarquer les faits qui dans le cas de Juliette ont accompagné la paralysie presque totale des muscles du tronc.
Nous retrouvons avec quelques modifications les troubles de la digestion. Juliette n'a guère de vomissements; elle cherche toujours à refuser les aliments, mais en réalité les digère quand elle les a absorbés. Les fonctions de l'abdomen sont bien plus troublées : la constipation est peut-être plus opiniâtre encore que dans les cas précédents; il n'y a plus jamais de selles spontanées et il faut de grands lavements d'huile poussés profondément dans une sonde de Xélaton pour obtenir une certaine évacuation. Il y a évidemment une paralysie de l'intestin qui accompagne celle de la paroi. A deux reprises, la même impuissance a porté sur la vessie et il a fallu sonder la malade ; je n'ai pas constaté à ce moment de paralysie vésicale, le jet d'urine par la sonde était normal. Mais ce fait a été rare, car d'ordinaire la miction n'était pas troublée.
C'est la respiration qui présente les modifications les plus inté-
i. On verra dans le second volume de cet ouvrage le graphique de la respiration d'une de ces malades qui paraissent faire rentrer leur paroi abdominale sous les côtes.
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amples el plus rapides. Cette exagération des mouvements respiratoires, d'abord passagère, devint peu h peu constante surtout quand les attaques eurent cessé. Aujourd'hui on remarque tout d'abord que les mouvements respiratoires sont extrêmement exagérés, la poitrine et le ventre exécutent de grands déplacements, se soulèvent
330 Ml SCLES DU TRONC CHEZ LES HYSTÉRIQUES
avec violence et retombent. En outre, ces mouvements sont remarquables par leur vitesse, on observe constamment pendant la veille delà malade le chiffre énorme de 90 à 1 10 respirations par minute (fig. 5i). C'est une polypnée considérable qui s'est prolongée plus de deux ans. Cette polypnée ne gêne pas beaucoup la parole, qui est nette, quoique la voix soit faible et que la malade ne puisse ^rier, les grands mouvements du thorax s'arrêtent un peu pendant la parole ; le rire très faible et de peu de durée existe
Fig. 5a. — Respiration thoracique et abdominale de la même malade, Juliette. Les styles enregistreurs ont été rapprochés l'un de l'autre pour montrer l'antagonisme des deux respirations, de là les arrêts que l'on note à la partie inférieure de la courbe supérieure à la fin des inspirations. Petite vitesse du cylindre.
à peine; des soupirs et des bâillements, sur lesquels je reviendra» interrompent fréquemment la polypnée Les hoquets, qui étaient très fréquents au début de ces troubles respiratoires et qui formèrent de véritables crises, ont complètement disparu depuis que la respiration a définitivement pris cette forme.
Il est important de rechercher si les battements du cœur subissent des modifications parallèles. Malheureusement, un ensemble de raisons, les secousses continuelles du corps, l'obésité, font qu il est extrêmement difficile soit d'écouter le cœur, soit même de compter le pouls. Plusieurs personnes que j'ai priées de faire cette recherche n'ont pas réussi mieux que moi au moment de la plus
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quand on prend le graphique de cette respiration avec les méthodes précédentes. Déjà sur la figure 52 prise avec la petite vitesse du cylindre on observe que les tracés du thorax et de l'abdomen ne sont pas parallèles, mais qu'ils sont inverses 1 un de l'autre. Au moment où le thorax se dilate, l'abdomen se contracte
et réciproquement. Ce fait pouvait être difficilement apprécié avec certitude par la vue de la malade, à cause de la vitesse des mouvements, le graphique le met en évidence. Mais comme ce fait est très grave, j'ai tenu à l'établir avec certitude. Dans le graphique (fig. 52) à cause du rapprochement des lignes, une légère erreur dans la position initiale des styles pourrait produire cette apparence d'antagonisme des deux courbes. J'ai conservé la même disposition
de l'expérience en donnant seulement au cylindre une vitesse plus grande. L'écartement des lignes devient tel dans la figure 53 qu'une erreur due à la position des styles est impossible et par conséquent la respiration de cette malade est non seulement discordante, mais bien réellement antagoniste.
Comment interpréter ce phénomène inattendu? M. Paul Richer a constaté que ce fait se présentait chez des hystériques d'une manière passagère pendant certains états de Fin. 5'i. — Schéma de la respiration somnambulisme provoqué, et il
d'après les silhouettes de Hutchinson , , ., -, . ,
(\L\utJo]yet,PhysiologU humaine, heslte entre deax interprétations : 1889, p. 287); le trait pointillé repré- « Y a-t-il paralysie du diaphragme
sente l'inspiration, le trait plein l'ex- t 1 i 1 •
piration. A, respiration normale "l'an- OU spasme des muscles abdomi-
domen se gonfle en même temps que naUX1? » Oll Comprend en effet
le thorax, le diaphragme s'abaisse dans , i i 1 1 •
.,. . .• . >.,. 1 ,, • ,• au un spasme des muscles abdomt-
1 inspiration et s eleve dans 1 expiration. t. 1
B, représentation hypothétique d'un naUX peut donner lieu à des gra-
cus de respiration antagoniste déter- * • " 1 î 1 i r\ i r
/ ,D, . , phiques semblables. Dans la n^ure
mine par des spasmes de la paroi ab- ri o
dominaie : l'abdomen se rétracte au 54, A, qui représente la respiration
ai' mient où le thorax s'agrandit, le dia î î j • l » u *
. . ° ... : j normale, le diaphragme s abaisse
phragme a peu près immobilise garde A O
une position moyenne dans l'inspiration dans l'inspiration et pOUSSe l'abdo-
et dans l'expiration. . j , 1 . u
1 men en avant pendant que le thorax
se dilate par l'action des muscles élévateurs. C'est ce qui produit le graphique normal avec concordance (fig. 42). Si l'abdomen se contracte juste au moment de l'inspiration il pourra contre-balancer Faction du diaphragme et diminuer le ventre à ce même moment (fig. 54, B). J'ai de la peine a croire qu'un spasme de ce genre
î. Paul Richer, La grande hystérie, i885, p. 760.
RESPIRATION DANS LA PAU U I II Dl Ml lil.l m
puis-,,- ■ !• • ii ii. , i, ,,s ..,,,, ,■ ., un raphiquc inali . tlui
figure 53. Cette lutte entre l'action du diaphragme et celle des muscles abdommaux devrait se traduire en quelque manière par les
irrégularités de la courbe inférieure qui ne pourrait pas être si correctement l'inverse de la supérieure. C'est ce que nous voyons dans ce graphique (fig. 55), relatif à un cas de hoquet hystérique que je
n'étudie pas ici. D'une façon générale ce graphique représente encore une respiration antagoniste ou en bascule, mais cet antagonisme n'existe avec précision qu'au moment du hoquet. Au point H,
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du mu i ii> m l. i i |>liK|in' que I .1 1 "loini h .■ dilate pendant que h» ihumx se resserre. On peutexpliquei cett< G ur( d< la manière luivtnte il j h b ce moment un ipa une du diaphragme qui gonfle lubitemenl I abdomen, mail tfn même te m pi <• pa me du dia phragme augmente brusquemenl la < apa< ilé du ihoi i omme
l'air rentre mal .• came du spasme de la glotte, il ic produit un vide et un resserrement du thorax Mais dans I intervalle des hoquets, le ventre ne suif pas passivement les mouvements «lu thorax, il présente soit d< mouvements corrects, soit des mouvements indépendants et irréguliers manifestes sur la figure 5 ' et surtout sur la figure 56 prise sur la même malade .
Il me semble donc que, pour expliquer un graphique semblable à celui de la figure b,>, nous sommes forcés d'admettre une paralysie complète du diaphragme qui se laisse aspirer ou repousser h chaque respiral ion comme un voile incite fig. 0- . Dans celte hypothèse, le point de départ du mouvement pourrait encore se trouver dans l'abdomen
qui par sa contraction pousserait les viscères et
soulèverait le diaphragme inerte et le thorax. Ce
serait à la rigueur possible. Je (Mois plus juste (le mettre le point de départ du mouvement dans le thorax. On voit souvent les épaules de la malade participer au mouvement et une sorte de chorée de l'épaule accompagner la polypnée. Ce mouvement semble le développement de la contraction des élévateurs du thorax. Quant à l'abdomen il serait paralysé et suivrait passivement le mouvement. Un autre argument en faveur de la paralysie du diaphragme, c'est que cette malade n'a qu'une capacité respiratoire absolument minime. Elle ne peut aspirer dans un tube de verre plongé dans l'eau qu'une colonne d'eau de 8 à 12 centimètres, tandis que dans l'état normal on aspire une colonne de plus d'un mètre, en m o venue i3o centimètres ; elle ne peut également par le souffle élever la colonne d'eau que de quelques centimètres. Au spiromètre elle déplace difficilement i5o à 200 centimètres cubes d'air. Ces faits donnent peut-être en partie l'explication de la polypnée
F10. 07. — Il
sonlalion li\ pothétique d'une respi< ration antagoniste déterminée par la paralysie du diaphragme au moment ou le tlior.ix 9e dilate le d aphragme est aspiré et l'abdomen >e rétracte (ligne pointillée); au moment où le thorax se rétracte, le diaphragme est repoussé comme un voile inerte et l'abdomen est inondé (ligne pleine).
elle-même, qui semble compenser par la fréquence énorme des inspirations leur peu d'efficacité.
Quoi qu'il en soit, cette paralysie du diaphragme n'en reste pas moins bien étrange. Elle n'a été signalée que rarement et clans des cas bien spéciaux. Parrot, puis M. P. Régnard ont montré des graphiques antagonistes comme le nôtre dans l'agonie1, pendant le stertor épileptique 2, pendant certaines périodes de la crise hystérique. T. es physiologistes étudient naturellement des graphiques respiratoires de ce genre après la section des nerfs phréniques. On en verra des exemples très nets dans le bel ouvrage de M. R. Dubois sur la physiologie de la marmotte 3. Mais il s'agit ici d'un phénomène qui a duré deux ans entiers sans amener aucune
Fir,. 58. — Re piration de Juliette au début d'un sommeil léger, la malade est couchée sur le dos, la po'ypnée a beaucoup diminué, il n'y a plus que a3 respirations par minute, mais l'antagonisme des mouvements respiratoires persiste sauf pendant le soupir où il diminue.
grave conséquence. Pai pu prendre des graphiques de cette respiration a 3 mois d'intervalle et j'ai toujours obtenu la même figure. Il faudrait donc admettre que la paralysie du diaphragme a chez cette malade une signification beaucoup moins sérieuse. C'est probablement, comme il arrive souvent dans les phénomènes hystériques graves, qu'il y a certaines compensations, certaines précautions, pourrions-nous dire.
D'abord la respiration change beaucoup pendant le sommeil
i. P. Hégnard, Variations pathologiques des combustions respiratoires, 1879, p. 195.