Traitement
Sans prétendre indiquer la thérapeutique si difficile et si variable de ces accidents hystériques, j'indiquerai seulement quelques remarques sur le traitement qui peut être essayé dans des cas de ce genre et qui a facilement réussi chez quelques-unes des malades que je viens de signaler.
On pourrait dans certains cas user des procédés que fournit la suggestion. On peut commander au sujet de respirer tort, de sanglo-
ter, de secouer le ventre : j'ai indiqué autrefois comment je réussissais facilement à arrêter un accès d'asthme hystérique en commandant a la malade de copier ma propre respiration. Cependant le plus souvent la douleur que provoquent les tentatives de mouvement, quand il existe des contractures, arrêtent les malades et la suggestion pure et simple sera presque toujours insuffisante.
Dans certains cas particuliers on peut user d'un procédé fort curieux. J'ai montré souvent que dans certains états des hystériques que j'appelais des somnambulismes complets, quand la sensibilité tactile et musculaire réapparaît complètement, les paralysies et les contractures disparaissent1. De tels états que les anciens magnétiseurs, comme Despine d'Aix, obtenaient au moyen de leurs passes prolongées, que l'on a constatés plus tard après l'application des plaques métalliques de Burq, d'aimants, de courants électriques, peuvent être déterminés par toutes sortes de procédés purement psychologiques, qui tous ont pour but de réveiller l'attention du malade et de la diriger successivement sur les différentes parties du corps, jusqu'à ce que la sensibilité soit partout complète. Dans mes dernières observations je constate également que ces états se produisent spontanément et sont même, il me semble, plus durables et plus efficaces à la suite de sommeils prolono'és. On peut chercher à mettre les malades dans ces états, où tous les stigmates de l'hystérie disparaissent, où le sujet revient pour un moment à un état de veille normale, et les contractures disparaîtront alors très facilement. C'est par ce procédé que l'une des malades étudiées dans ce travail a été traitée en i883 par M. le Dr Jules Janet. Cette méthode n'a pas amené la guérison, puisque encore aujourd'hui M... présente de temps en temps des contractures de tout le tronc et des viscères. Mais il a permis et permet encore de les faire disparaître pour un temps plus ou moins long, il a permis d'alimenter la malade et d'empêcher une mort probable.
Chez M..., en effet, le phénomène est frappant et il a été constaté dès le début de l'observation il y a dix ans. Quand cette malade est dans son état maladif et malheureusement habituel elle est absolument anesthésique sur tout le corps; elle n'a aucune sensibilité tactile ou musculaire, en outre elle semble avoir perdu toutes les sensibilités viscérales. En effet, elle n'a aucune sensation des
i. Automatisme psychologique, 1889, p. 347- Accidents mentaux des hystériques, 1892, p. 209.
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aliments qu'elle avale, elle n i i inemenl le réflexe pi
elle ne seul rien ni dans l'estomac, m J.m . I ml. ||. i, ..
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iq faisait elle même, «•II"1 avail développé uni 1 tit< qui 1 étail .m» n ne me ni seul ic ri qui ne le manifestail que pai la purulem e de urines. En même 1 <* m j >^ que cette anestnésie complète, la malade présenta il toutes les contractures des muscles du tronc que 1 ai dé erites el un grand nombre <!<• spasmes viscéraux tan toi pai un spasme de l'œsophage elle rendait le lait immédiatement op lavoir absorbé, suis même qu il fût caillé, tantôt pai un spasme de l'estomac elle le rendail caillé, quelques instants après I avoii absorbé. En même temps elle avait une telle contracture de 1 urètre que pendant des années elle n'urinait que par la sonde, Eh bien, quand cette malade a été profondément endormie pendant quelque temps, quand son attention ;» été ensuite exci sur les différentes parties de son corps et sur 1rs différents viscèn elle ent ie dans un étal absolument différent; elle peul retrouver la sensibilité absolument complète sur tout le corps et ne pins présenter aucun stigmate hystérique. A ce moment la bouche et le pharynx sont sensibles et le réflexe pharyngien est rétabli. À ce moment aussi, elle peut manger sans aucune difficulté, elle ne vomit plus et digère parfaitement. En même temps la sensibilité vésicale est si bien rétablie que la malade souffre de sa cvstite, mais elle peut uriner sans difficulté; en un mot, dans cette observation curieuse faite il y a dix ans, il suffisait de rendre la sensibilité tactile et musculaire pour que la malade retrouvât la liberté de ses mouvements et supprimât elle-même complètement ses contractures1.
Ce phénomène très intéressant pour la théorie de l'hystérie a pu être observé sur un certain nombre d'autres malades2; il peut
1. On a vu des remarques du même genre dans le chapitre vi où j'étudie l'ail jcilirie de cette même malade. Dans mon étude publiée par la France médicale du G décembre iSq5 et que je reproduis ici, j'étudiais ce phénomène à un autre point de vue et montrais comment la restauration de la sensibilité tactile et musculaire fait disparaître les paralysies et les contractures.
2, Voir en particulier la communication de M. Jules Janet à la Société de psychologie physiologique, obligeamment résumée par M. Sollier, « du sommeil hypnotique, du sommeil naturel et du sommeil chloroformique ». Bulletin médical, 16 mai 188S, p. G5o, et Revue scientifique, iS8S"-i, GiG.
350 MUSCLES [>1 rRONC CHEZ LES HYSTÉRIQUES
servir de point de départ à une méthode thérapeutique qui est, comme je L'ai vu souvent, très utile sinon toujours, au moins clans certains cas d'hystérie.
Un procédé qui est, beaucoup plus qu'on ne le croit, voisin du précédent, m'a paru très pratique dans le traitement de ces contractures du tronc, comme d'ailleurs de beaucoup d'accidents hystériques. Il s'agit du massage, dont Charcot a (l<j;i signalé l'importance et qu'il interprétait fort bien à mon avis en disant qu'il ressemblait quelquefois à un hypnotisme local1.
Je ne parle pas du massage des muscles antagonistes qui a été proposé, mais qui ne me paraît avoir sa place que dans des cas très spéciaux chez des sujets particuliers, et qui d'ailleurs serait peu commode quand il s'agit des contractures du tronc. Je parle du massage portant directement sur le muscle contracture ; sans faire de ce procédé une méthode générale, je crois utile d'indiquer les phénomènes que j'ai constatés chez un assez grand nombre de malades, au moment du massage des muscles contractures.
Ce massage semble au début impraticable chez quelques malades à cause de l'hyperesthésic cutanée, il faut commencer par calmer les appréhensions du sujet, car cette hyperesthésie est presque toujours de cause morale. On peut laisser quelque temps la main immobile sur la région ou pratiquer des efïleurages légers, puis on ne commence le massage des muscles que lorsque le malade est suffisamment rassuré et la sensibilité anormale très amoindrie.
Le massage des muscles est au contraire presque indolore au début, et, du moins dans mes observations, il devient douloureux quand le muscle commence à se décontracturer. Quand le massage d'un muscle contracture ne produisait pas de douleurs, c'est qu'il était inefficace et que la contracture ne cédait pas. Chez une malade, Gk. (obs. 1.), dont les contractures pouvaient quelquefois disparaître spontanément, j'ai observé que les muscles ordinairement indolores quand ils restaient contractures devenaient également très douloureux quand la contracture diminuait spontanément. L'apparition des douleurs aiguës était le signe de la guérison. En effet, quelques instants après cette période de douleurs, le muscle cède, et devient souple sous les doigts. A ce moment, presque toujours, le sujet cesse de se plaindre et les pressions
i. Charcot, OEuvres, III, 3o,5.
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douleur que la pression provoque, les muscles encore partiellement contractures. Il faut les masser encore, cai ces contracture | BÎstantes trônent le mouvement. le rendent douloureux et détei minent une immobilité, une fausse position <|m <•->! le point de départ de nouvelles contractures générales. Pendant la journée qui suit le massage, le sujel éprouve une courbature ; il doil éviter les mouvements brusques qui détermineraient une rechute.
Il serait intéressant d'étudier ici comment agit le massage, je crois que son action sm- les contractures hystériques dépend <I<causes fort complexes qui ne sont |>;is encore complètement analysées. En dehors de son action physique sur les muscles, le m m'a paru avoir dans ces cas une action morale évidente. Certaines malades ont essayé de pratiquer elles-mêmes ce mai lans aucun succès; j'ai vu certaines personnes masser indéfiniment une. contracture hystérique sansarriver à la défaire, tandis que la personne qui avait pris quelque autorité sur le sujet y parvenait très facilement. Enfin, quoique ce massage puisse parfaitement réussir pendant la veille, j'ai toujours remarqué qu'il était infiniment plus efficace pendant l'état somnambulique. Il est donc probable que ce massage a une certaine action morale, analogue à celle de la suggestion. A mon avis, quand le sujet est docile et obéit quelque peu à la personne qui agit, le massage attire son attention sur des sensations musculaires dont il avait perdu la conscience, il rend à l'hystérique la notion de ses muscles et lui permet de reprendre la direction de ses mouvements. En un mot, le massage reproduit simplement et dune manière quelquefois plus facile ces états de restauration de la sensibilité dont je parlais précédemment '. C'est par un massage de ce genre que la
t. Ces remarques sur l'action du massage sur les contractures hystériques que je
plupart des sujets que j'ai décrits ont été guéris, du moins que la
liberté des mouvements du thorax, des lombes, de l'abdomen leur a été rendue.
Il ne suffit pas de faire disparaître momentanément un accident hystérique, il est plus important et souvent plus difficile d'empêcher son retour. Chez quelques malades comme Can. (obs. V) dont les contractures étaient consécutives à l'attaque, le traitement par le massage était suffisant, les contractures étaient disparues au moins jusqu'à la prochaine attaque. Mais pour la plupart des autres malades il n'en était pas ainsi. La contracture défaite par le massage réapparaissait très vite en quelques jours, quelquefois en quelques heures. C'est que, chez ces malades, les contractures du tronc étaient, comme on la vu, sous la dépendance d'émotions persistantes, de véritables idées fixes qui entretenaient et reproduisaient sans cesse la désagrégation mentale.
Il était donc nécessaire, dans toutes nos observations, de se préoccuper de l'état mental des malades, de rechercher par tous les moyens les états émotifs persistants d'une façon consciente ou plus souvent subconciente et il fallait traiter ces phénomènes et chercher à les faire disparaître. Je ne puis revenir incidemment sur cette question des idées fixes chez les hystériques et de leur traitement. Il me suffit de montrer comment cet accident tout particulier de l'hystérie, les contractures, les spasmes du thorax et de l'abdomen, se rattache aux autres phénomènes de la névrose et comment son traitement doit être dirigé par les notions que nous avons acquises sur l'état mental de ces malades.
Il est malheureusement impossible d'insister autant sur le traitement des paralysies des muscles du tronc que j'ai eu beaucoup moins souvent l'occasion d'étudier. Les procédés précédents qui en définitive ont toujours réussi à supprimer les contractures dans les cas que j'ai décrits, n'ont eu, il faut l'avouer, sur les paralysies de Juliette qu'une influence médiocre. Le massage est resté sans efîet; la restauration des sensibilités par divers procédés n'est peut-être que superficielle et incomplète : elle ne modifie pas le graphique de la respiration. Le seul procédé qui ait
publiais en 1895, me semblent compléter un peu mes études antérieures sur le rôle que joue la désagrégation mentale, la perte de la conscience personnelle des sensations et des images kinesthésiques dans ces phénomènes encore très incomplètement expliqués.