‹ Névroses et idées fixesChapitre 89 sur 116 · Explication du délire et traitement · texte numérisé non relu

Explication du délire et traitement

Malgré le sommeil dans lequel Achille est plongé en apparence,, il entend nos questions et peut y répondre ; c'est un état somnambulique. Ce somnambulisme survenu pendant notre conversation avec le diable et à la suite d'une suggestion donnée à ce dernier n'a rien de bien surprenant. Dans le cours de sa maladie Achille a déjà présenté à plusieurs reprises des états analogues ; la nuitet même le jour il lui arrivaitd'entrer dans des états étranges pendant lesquels il semblait en délire et il se réveillait ensuite sans garder le moindre souvenir de ce qu'il avait fait pendant ces périodes. Le somnambulisme que nous observons est une forme du dédoublement de la personnalité qui s'est déjà présentée chez lui plusieurs fois et qui vient simplement de se reproduire. Quant au mécanisme de cette reproduction, il est aussi bien connu : le

I KPI II \ I ION 1)1 1)1 I ll'.l II III Mil Ml M

l - 1 1 1 1 • ] i - 1 1 1 < - 1 1 1 '!•• l.i pei lonnnliti lil d< |t quand If malade

pi , ,i,i ni .II- I Y. 1 1 1 ii 1 1 .m i om ii i.| h. , quand • peu ■ • l><

, ' - exprimaient u on n >ut le nom du diub upe

,1,- pensées subconsi îentci déjà i ' • et d<

p. i lonnalité noi mali I « nmplété, dé^ eloppi i l i

tiou el le somnambulisme qui n est que la lorm< complet! cet pensées subconscientes i e 1 1 constitué to u I e n t i e i

(ci étal présente ici un grand intérêt pratique on i I effet, quelle qu en s,»ii la raison, que pendant le somnambulisme le malade retrouve une mémoire sinj ulii rcment plus étendue que pendant la >. «-îll<-. Il peut .i ce moment, c'est un point ^m lequel i ai souvent insisté, retrouver le souvenir des délires qui ont déterminé «'i rempli ses attaques, des phénomènes subconscients qui ont provoqué une Poule d accidents et qu il ignorait pendant la veille. Pour le faire comprendre je rappellerai seulement une petite observation assez curieuse. I n jeune homme <!<• 25 ansque j'ai eu l'occasion «I»' soigner il \ a quelques années était ;iit<-ini d'un tic de la face, foutes les deux minutes il soufflait violemment par une narine 'n faisant force grimaces et ce tu- durait depuis six mis Bans que le pauvre garçon pût comprendre ce <|m déterminait ce mouvemenl déplorable el s;ms qu'aucun traitemenl ait pu avoir la moindre influence. Ce malade, ainsi que j'ai été amené à le constater, présentait de récriture automatique et «lu somnambulisme. |)rs qu'il fut dans cet état il s'expliqua tirs clairemenl : • Ma bien simple, dit-il. j ai une croûte dans le nez depuis un f<u t saignement de nex que j'ai eu il y a six ans, elle me gêne et je souffle pour la chasser. » Inutile de dire qu'il n'y avait pas de croûte dans le nez et qu'il s'agissait simplement d'une idée (i\e de forme subconsciente comme cela arrive si souvent chez les hystériques. Il suffit de modifier cette idée fixe pour faire disparaître le tic comme par enchantement. Sans parler de ce traitement et de cette guérison, constatons seulement que le somnambulisme rendait au malade le souvenir d'idées fixes qu'il ignorait pendant la veille.

Il en était exactement de même chez Achille, qui, une fois endormi, put nous indiquer une foule de détails qu'il ignorait ou ne comprenait pas précédemment. Dans cet état de somnambulisme.

I. Los actes inconscients. Replie philosophique, iSSb. T. ;idcnts men-

taux des hystériques, i8q3, s

il nous raconta sa maladie dune tout autre manière qu'il n'avait fail jusque-là. Ce qu'il nous raconta ainsi est bien simple et peut se résumer en un mol : depuis six mois il avait dans l'esprit une longue rêverie qui se déroulait plus ou moins «à son insu le jour comme la nuit. A la façon des gens distraits dont je viens de parler, il se racontait à lui-même une histoire, une longue et lamentable histoire. Mais cette rêverie avait pris chez cet esprit faible des caractères tout spéciaux et avait eu de terribles conséquences. En un mot toute sa maladie n'avait été qu'un rêve.

Le début de la maladie avait été une faute grave qu'il avait commise au printemps pendant son petit voyage. Pendant un instant, il avait un peu trop oublié son ménage et sa femme : il ne faut pas trop lui en vouloir, Mesdames, car il fut cruellement puni.

Le souvenir de sa faute l'avait tourmenté à son retour et avait provoqué la tristesse, la distraction que j'ai déjà signalée. Il était surtout préoccupé par la pensée de cacher à sa (emme sa mésaventure et cette pensée le poussait à surveiller ses moindres paroles. Il crovait, au bout de quelques jours, avoir oublié son inquiétude mais elle persistait toujours en lui et c'est elle qui le gênait, quand il voulait parier. 11 existe des esprits faibles qui ne peuvent rien faire à demi et qui tombent toujours dans de curieuses exagérations. J'ai connu une jeune femme qui, voulant aussi cacher une faute, se mit a dissimuler sa conduite et ses pensées. Mais au lieu de dissimuler sur un seul point elle se sentit entraînée à tout cacher, à tout altérer, elle se mit à mentir continuellement du matin jusqu'au soir, même à propos des choses les plus insignifiantes. Dans une sorte de crise, elle laissa échapper l'aveu de sa faute, obtint son pardon et cessa complètement de mentir. Chez Achille, c'est la même pensée d'une chose à cacher qui produit non plus le mensonge mais le mutisme complet. On voit déjà les premiers phénomènes de la maladie qui s'expliquent par la persistance du remords et par le rêve qu'il occasionne.

Déjà, les préoccupations, le rêve de jour et de nuit se compliquaient. Achille s'accablait de reproches et s'attendait à toutes les souffrances qui n'étaient que de légitimes punitions. Il rêvait à tous les désordres physiques, à toutes les maladies les plus effrayantes. Ce sont ces rêves de maladie, qui, à demi ignorés, provoquaient la fatigue, la soif, l'essoufflement, les souffrances que les médecins et le malade avaient pris successivement pour du diabète et pour une affection cardiaque. 11 faut d'ailleurs ajouter

I \| I [CATION M Dl I IHI II M! Mil Ml M

que I-' intorrogutoin 'I' m< deein l<

t.. m. ., Lui diagnostii I ment [)

li .m. . ,1 Vchille s<»n . pi ii di |.i malade , ii (l'ai 1)1 i pm u

. upol pei manente ai ail pei -lu on unité d<

lynthèse, il laissait les idées scmé< > en lu Aé

m en I et I es pa rôles de a médecin s va ie i o ni me '

j/esl ions.

I . ■ rêve continuait a ve< cette l og i q u v et cette I en te u i mi u 1 1 que nous avons remarquées dans l<s rêveries de I on

tinuellement au miliea de son travail, pendant qui! mangeait,

pendant qu'il semblait écouter ses i b, Vchille rêvait toujou

Son histoire de maladie se répétait Ban . mais en avançant

peu .i peu vers le dénouement fatal. Qui n -i p.i^ eu des n em«

blables et ({m n'a pas pleuré --m Bon triste sort en \<»\.mt propre enterrement. Ces rêves Boni fréquents chez les hystériq que l'on entend souvent murmurer tout l»;i-- ces belles lamei tions. Voici des Heurs... (1rs fleurs blanches, on va en faire des couronnes |><»ur mettre sur mon petit cercueil..., etc. Achille, malade et suggestible, allait plus loin, il réalisait malgré lui b< rêves, il les jouait. Aussi le voyons-nous dire adieu à sa femme et .i son enfadl et se coucher immobile. Cette léthargie plus ou moins complète qui avait duré deux jours n'était qu'un épisode, qu'un chapitre de ce grand i ê> e.

Quand on a rêvé qu'on est mort, que peut-on rêver encore Quelle sera la fin de l'histoire qu'Achille se raconte a lui-même depuis six mois ? La fin est bien simple, ce sera l'enfer. Pendant qu'il était immobile et comme mort, Achille que rien ne venait plus troubler rêvait mieux que jamais. Il rêva que, sa mort étant complète, le diable surgissait de l'abîme et venait le prendre. Le malade, qui pendant le somnambulisme nous raconte se> souvient parfaitement de l'instant précis pendant lequel eut lieu ce lamentable événement. C'était vers onze heures du matin, un chien aboyait dans la cour à ce moment, sans doute il était incommodé par l'odeur de l'enfer ; des flammes remplissaient la chambre, d'innombrables diablotins frappaient le misérable a coups de fouet ou se distrayaient à lui enfoncer des clous dans les yeux et par les déchirures de son corps Satan prenait pos- sion de sa tète et de son cœur.

C'en était trop pour cette faible cervelle : la personnalité normale avec ses souvenirs, sou organisation, son caractère qui avait

100 l'OSSKSSION KT K X < ) UCISME

jusque-là subsisté tanl h i < - 1 1 que mal, à côté du rêve envahissant sombra complètement. Le rêve jusque lit subconscient, ne trouvant plus do résistance, grandit et envahit tout l'esprit. Il se développa assez pour former des hallucinations complètes et pour se manifester pur des actes et des paroles. Achille a le rire des démons, il prononce des blasphèmes, il voit et entend les diables, il délire complètement.

Il est intéressant de voir comment se constitue ce délire et comment tous les symptômes qu'il présente peuvent s'expliquer comme la conséquence du rêve comme des manifestations de l'automatisme psychologique et de la division de la personnalité. Le délire n'est pas uniquement l'expression du rêve, ce qui constituerait un simple somnambulisme avec actions bien liées et sans désordre ; le délire est formé par le mélange du rêve et de la pensée de la veille, par l'action et la réaction de l'un sur l'autre. La bouche d'Achille profère des blasphèmes, c'est le fait qui tient au rêve lui-même ; mais Achille les entend, s'en indigne, les attribue à un diable logé en lui, c'est le fait de la conscience normale et son interprétation. Le diable parle alors à Achille et l'accable de menaces, l'interprétation du malade a augmenté et précisé le rêve. Achille pour lutter contre le démon essaye lui-même les procédés que l'on employait, d'après ce qu'il croit, pour reconnaître les possédés ; il se jette à l'eau les pieds liés, mais l'instinct vital le sauve et le ramène aux bords, voilà des faits qui dépendent de la veille. Le diable se met alors à ricaner et démontre à ce pauvre Achille qu'il est immortel et qu'il sera toujours la proie des démons, c'est maintenant la suite du rêve. Et ainsi indéfiniment, l'opposition des deux séries de pensées, leurs influences mutuelles amènent le désordre et le délire.

La psychologie pathologique peut même aujourd'hui expliquer les détails de ce délire. Ainsi les blasphèmes que prononce Achille à son insu ou malgré lui constituent un phénomène assez intéressant et bien connu. Le langage ne se compose pas seulement des images auditives des mots, des images visuelles, des lettres écrites, il comprend encore les images des mouvements d'articulation que nous laisons pour prononcer les mots. Ces images du sens musculaire, ces images kinesthésiques verbales peuvent se séparer de la personnalité et se développer malgré notre volonté. Au lieu d'éprouver des hallucinations auditives verbales comme le persécuté qui entend des voix, le malade sentira en lui-même

il l( \ NON 1)1 l Il M I l: Mil Ml

I, . îmngi J( mouvement! de la paroli commi > I parlai! n lemenl , Un di le plus et < onl pi

vementi réeli ol amener d< véritable paroi* <|n«- l< m i

tout «ii.ii né d'entendre • bouche p ont er. ( i pa

rolet automatique! toul •> fail identiquei dani leui

l'écriture automatique dea médiums, ainai <|u«- \

l'occasion <!«• le montrer. Les blaapbèmea >\ Vchillr dépi <l<-

tel automatiamc des ima^cn kineatbéaiquea verbales.

Faut-il rappclei lea troublea de I attention, et I incapaciti <l< comprendre ce « | « k il lit, de comprendre même ce qu <»n lui dit. La aynthèae nouvelle nécessaire pour grouper les mots lus ou entendua pour les comprendre eal elle poaaible dana un esprit auaai désn Ces lacunes d<- la perception aonl dea symptômes

d'une grande banalité qui caractériaent ces décompositions de l'eaprit, Quant h I însenaibihté <ln malade, .1 cea stigmates «lu diable, ils constituent un des phénomènes psychologiques que j'ai le pi us étudiés et < 1 1 1 <* 1 ai, je crois, aidé à comprendre. Il ne Buffil l>;is de due (|u il s agit là d une anesthésie hystérique : on mot, une dénomination ne sullit pas pour expliquer un phénomène. Il faut remarquer que cette anesthésie est extrêmement variable, qu'elle est très forte quand le bras, occupé à écrire pour le compte du diable, échappe au malade <%t qu'elle disparait quand Achille lait attention a son bras et en reprend la disposition. Il faut remarquer que cette anesthésie est en apparence contradictoii pendant que la main droite tient !<• crayon, je la pince violemment. D'un côté Achille que j'interroge répond avec tranquillité qu'il n'a absolument rien senti, mais de l'autre la main écrit qu'elle a été pincée et désigne l'endroit. Cette expérience décisive qui démontre la persistance de la sensation au moins d'une manière subconsciente a été exposée et discutée pour la première fois dans mon travail sur Tanesthésie publié en 1SS7 *• Des f'ut" contradictoires de ce genre avaient déjà été signalés par Chariot, Regnard et Parinaud à propos des troubles de la vue chez les hystériques, mais j'ai pu généraliser ces remarques et proposer une interprétation générale de ces anesthésies par défaut d'assimilation des phénomènes élémentaires à la conscience personnelle

1. L'anesthésie et la dissociation des phénomènes psychologiques. Revue philosophique, mai 1887. p. 46o. Cf. Stigmates mentaux des hystériques, p. 27.

quel que soit le phénomène, fatigue, épuisement cérébral, émotion

qui dissocie l'esprit. On peut dire dans le cas présent que la sensibilité d'Achille est loin d'être perdue; toutes les sensations existent affaiblies peut-être, et transformées par le fait de leur isolement, mais, par suite d'un épuisement cérébral déterminé ici par une émotion persistante qui amène un défaut de synthèse dans la perception personnelle, une partie des phénomènes est rattachée à la personne d'Achille et d'autres sensations sont rattachées à ce groupe de pensées qui constitue le diable. L'anesthésie est une des plus curieuses conséquences de ces rêveries émotionnantes et fatigantes et de ces divisions de l'esprit qui portent sur les sensations comme sur les mouvements.

Nous voyons donc toujours de l'ordre et des lois dans ce délire en apparence désordonné et tous les phénomènes qui le constituent sont le point de départ de recherches intéressantes et peuvent déjà être en grande partie expliqués grâce aux études de psychologie pathologique.

Cette connaissance plus complète de la maladie peut-elle nous guider dans le traitement et la psychologie pathologique nous permet-elle de pratiquer l'exorcisme d'une manière un peu plus rationnelle ?

Nous n'insisterons pas sur les traitements physiques, la plupart des traitements auxquels on a habituellement recours dans les désordres de la pensée avaient déjà été essayés sans grand succès. Nous ne connaissons pas encore l'Ellébore qu'il suffit d'avaler pour changer nos rêves, supprimer nos émotions, reconstituer notre personnalité. Ce sont là des choses délicates qui le plus souvent ont besoin d'un traitement moral. Une consolation, un bon conseil, un ordre ou même une menace, une punition sont plus efficaces dans bien des cas que toutes les drogues du monde. C'est ce que soutenait déjà un aliéniste très psychologue, Leuret, quand il voulait que l'on usât surtout de procédés moraux dans le traitement des aliénés. Mais Leuret réussissait rarement et aujourd'hui encore le traitement moral est bien souvent presque impraticable ou sans effet. C'est que ce traitement reste encore beaucoup trop vague, sans prescription précise appropriée à telle ou telle circonstance et qu'il dépend encore entièrement de l'autorité, du tact, de l'initiative irraisonnée et plus ou moins heureuse du médecin. Le traitement moral n'existera qu'au moment où sera

I \N |l \ I ION I" M I llll I ! I I. Mil Ml UN

fondée nui morale qui donnera lu rai I< l'emploi dis

irl ou i. I procédé qui ex pliquoi

I | psychologii put hologiquc en noui

donne <|'"' dei indical îoni i"i i i i i- ,

exemple, que Iq lésion principal c est dai Il pern

,1 tiit rêve émoi lonnanl qui exiete •" pai i de la ,|u m. il. nie. Nous lavons qu il ne suffit pas de idn ion ne du malade, de parlei u Achille lui-même, « ■> i le mal - i en dehors de lui. Il rst u peu près inutile de di cutci avec lui, d< I i horter, de le menacer. Les blasphèmes, les paroles et le du

< 1 1 . 1 1 » I « ■ s . ■ développent malgré 1 1 1 1 . < • 1 1 dehors de lui, et m é m < insu. Il faut savoir atteindre la lésion dans « es couches plus profondes delà conscience où elle siège Cel lest souvent fort difficile, ne non-, ne nous rendions pas bien compte des divisions qui se sont laites dans la conscience, soit que nous ne sachions pas atteindre le groupe de phénomènes psychologiques particulièrement altéi Dans le cas présent l'écriture automatique et le somnambulisme ni fournissent des procédés faciles pour atteindre ridée fixe en ellemême. C'est dans L'étal «le distraction en nous adressant au diable ou pendant 1 état de somnambulisme qu il faudi d agir.

Une autre remarque importante, c'est qu'il faut atteindre l'idée ou L'image fondamentale, celle qui est le point de départ du délîi Cela n'est pas toujours facile à reconnaître, car bien souvent médecin ne se trouve en lace que d< - fixes secondaires qui

dérivent de la première par une série d'associations plus ou moins compliquées1. Prenons, par exemple, cet individu dui avait le tic de souffler par une narine ; c'est en vain qu'on lui aurait sugde ne pas souiller, il aurait toujours recommencé. C'est à sa croûte dans le nez qu'il faut s'adresser, ou mieux au souvenir persistant d'un certain saignement de nez qui avait eu lieu dans des conditions particulières et qui l'avait beaucoup affecté. Ce souvenir effacé, le tic disparaissait tout naturellement.

Si nous voulons exorciser notre malheureux Achille, il est tout à fait inutile de lui parler de l'enfer, dos démons, de la mort. Quoiqu'il en parle sans cesse, ce sont choses secondaires et psychologiquement accessoires. Quoique le malade semble un possédé, son mal n'est pas la possession, c'est l'émotion du remords. Il

i. Pierre Janet, Histoire d'une idée fixe. Revue philosophique, février 189 'i. p. io'i, et chapitre iv de cet ouvrage.

en était de même pour bien des possédés, le diable n'était guère pour eux que l'incarnation de leurs regrets, de leurs remords, de leurs terreurs ou de leurs vices. C'est le remords d'Achille, c'est le souvenir même de sa faute qu'il faut lui (aire oublier.

Cette opération est loin d'être facile, il est plus difficile qu'on ne le croit généralement d'oublier quelque chose. Savoir oublie) est souvent une qualité aussi bien que savoir apprendre, car l'oubli est la condition de la marche en avant, du progrès, de la vie même ;

Oublions et marchons ; l'homme sur celle lerre, S'il n'oubliait jamais pourrait-il espérer ' ?

Une des découvertes les plus précieuses de la psychologie pathologique serait celle qui nous donnerait le moyen sûr de provoquer l'oubli d'un phénomène psychologique déterminé.

Dans mon dernier travail sur ((l'histoire d'une idée fixe » j'ai montré comment on pouvait parvenir approximativement à ce résultat par le procédé de la « dissociation des idées » et par celui delà ((substitution». Une idée, un souvenir peut être considéré comme un système d'images que l'on peut détruire, en séparant ses éléments, en les altérant isolément, en substituant dans le composé telle ou telle image partielle à celles qui existaient. Je ne puis ici revenir sur l'étude de ces procédés, je rappelle seulement qu'ils furent de nouveau appliqués a l'idée fixe de cet intéressant malade. Le souvenir de sa faute fut transformé de toutes manières grâce à des hallucinations suggérées. Enfin la femme même d'Achille évoquée par hallucination au moment convenable, vint accorder un pardon complet à cet époux plus infortuné que coupable.

Ces modifications n'avaient lieu que pendant le somnambulisme, mais elles avaient un contre-coup bien remarquable sur la conscience du personnage après le réveil. Il se sentait soulagé, délivré de cette puissance intérieure qui lui enlevait la libre disposition de ses sensations et de ses idées. Il devenait sensible sur tout son corps, il retrouvait tous ses souvenirs, bien plus il commençait à juger son délire. Au bout de peu de jours il avait fait assez de progrès pour rire de son diable et il expliquait lui-même

i. Guyau, Vers d'un philosophe. Paris. F. Alcan.

I \|-| H \ l ION ni IH I Nil l | il: Mil Ml

folii li ml qu il avait lu trop de i in \ c< moment il

l.mi i iiii.ii quoi ii" I H' cm [eu % : le d< li l ei p< nn*

l.i nuii \ i li illi- endoi mi gémi til el rêvait • • d<

m. il, fi |ei diables le foi aient mo/itei h une échelle nui i*ulln

j ii< |, li n un en I «I .m ho ut île I . i « 1 1 1 • • ! I • • >•■ h..ii\.nt ii h •.

bien ili s'amusaient encoi e à lui enfoncer d< clou ;

I , délii « existait au iti lani l'écriture ubcon cienti el le diabli

vantait ainsi de reprendre bientôt sa victim< Ci ■ • i<

un n s montrenl donc encore les dei nu i ■ 1 1 ace i du délire nui poui rail persister b notre insu. Il est bon 'I en tenir compte, car un malade abandonné h ce moment ne tarderait pai a retomber d les mêmes divagations.

( îràce b des pi océdés snalo derniei - furent • :

formés et bientôt ils disparurent complètement. I ai consta moment un lait Bur lequel j ai déjà Bouvenl attiré l'attention que les somnambulisraes et l'écriture automatique diminuèrent lussi en même temps. Le malade n'eut plus un oubli aussi complet après les somnambulismes, il n'étail plus aussi anesthésique pendant les écritures subconscientes. En un mot, après la disparition il»' l'idée fixe, l'unité de l'esprit se reconstituait.

Achille lut bientôt complètement guéri, le diable avait été chassé par un exorcisme moderne, plus délicat el moins infaillible peut-être que l'ancien, mais non sans intérêt et Bans utilité. I1 bon d'ajouter que le malade retourné dans son petit village m'a fréquemment envoyé de ses nouvelles et que depuis troisans.il conserve la santé physique et morale la pins parfaite.

Plusieurs auteurs, Moreau de fours ' en particulier, et plus récemment Chaslin, ont insisté sur le rôle du rêve dans l'évolution des délires. Notre observation, croyons-nous, est plus démonstrative encore. En effet, des procédés particuliers comrap l'écriture automatique et le somnambulisme nous fournissent le souvenir exact et minutieux des reves que nous avons pu à chaque moment de la maladie mettre en parallèle avec le svmptôme pathologiquo correspondant. Il s'agit donc bien ici d'une maladie par suite d'un rêve, d'une maladie du rêve. Le traitement a pn confirmer le diagnostic et l'interprétation des phénomènes en apparence sv bizarres présentés par le malade.

i Moreau (de Tours), Le haschisch, p. 3i, 120.

2 Chaslin, Du rôle du rêve dans l'évolution du délire, i>v;

Quelques théories de psychologie pathologique que j'avais essayé d'établir autrefois à propos des somnambules et des médiums ont pu être vérifiées par l'étude de ce délire tout différent, elles se sont montrées pratiques et utiles puisque c'est grâce à elles que j'ai pu transformer en quelques semaines l'esprit de cet aliéné. Ces résultats sont encore modestes mais ils nous permettent d'insister sur l'intérêt de semblables études. La psychologie objective ne tend pas à supprimer l'ancienne psychologie subjective qui reste indispensable au début des recherches sur la pensée humaine, elle n'a aucune ambition métaphysique ou religieuse et n'attaque aucune croyance respectable, mais dans son domaine restreint elle recueille des documents précieux pour l'étude de l'esprit humain et prépare pour l'avenir un art d'élever les esprits bien portants et de soulager les esprits malades.

si i; LA l>i\ i\ \ i h i\ i'\i; LES mm;' >IRS m LES il \i i • ■ '

i . Hlttoi Uiiw I ' ci Iptlon de l'otp» rîei bail i. —

i lui rpi étalion I pi m' in

MfiSDAMBS, MbSSIBURS,

La Société des Amis de V Université a bien voulu m'inviter à venir de nouveau \ou> adresser la parole: je la remercie <l<' l'honaeur «M du plaisir qu'elle me fait ;je suis heureux de revoir votre belle ville, de vous entretenir d'études qui me sont chères el dont, comme votre affluence le montre, vous sentez toute l'importance.

Il y a ileux ans, Messieurs, si vous vous en souvenez, je vous racontai les mésaventures d'un pauvre homme qui cohslituaien1 un eas curieux de possession au xix siècle2; et. à ee propos, je vous laisais voir combien nous ignorons souvent nos propres pensées, combien d'idées, de sentiments peuvent germer, se développer en nous à notre insu, et combien ces pensées latentes audessous de la conscience peuvent jouer un rôle considérable pour notre bonheur ou notre malheur.

Je voudrais reprendre aujourd'hui ce même sujet à un autre point de vue, non plus sur un exemple particulier, mais d'une manière plus générale, et vous dire quelques mots d'une méthode

i. Conférence faite à L'Université de Lyon, devant la Société des Amis île L'Université, le 28 mars 1S97, publiée d'après le compte rendu sténographique dans le Bu teint de C Université de Lyon, juillet 180,7.

Page 1