Les idées fixes
Après avoir analysé les mouvements de cette personne, cherchons à pénétrer davantage dans sa pensée et à connaître les idées quelle peut avoir. Pour cela, il est nécessaire de ne plus observer du dehors pour ainsi dire, mais de gagner la confiance de la malade et de causer souvent avec elle. On remarque alors tout de suite des dispositions d'esprit bien différentes dont il est important de tenir compte. On ne la trouve pas toujours dans le même état; tantôt elle parle bien, s'exprime assez gaiement ; tantôt elle est sombre et reluse de dire un mot. Quand j'arrive auprès d'elle pendant un de ces mauvais moments, elle ne semble pas s'apercevoir de ma présence ; elle regarde fixement en bas sans bouger les yeux; si je la secoue vivement elle ne réagit pas, ou fait entendre un grognement de colère. Le lendemain, je la trouve de bonne humeur et très disposée à causer avec moi : « Dites-moi d'abord ce que vous aviez hier contre moi pour me recevoir aussi mal. — Hier, mais vous n'êtes pas venu ! — Pardon, je suis resté une demi-heure près de vous. — Je ne vous ai pas vu. — A quoi donc pensiez-vous ? — Je n'en sais rien » Ces paroles indiquent déjà que nous avons affaire à un état important qui ne laisse pas de souvenirs. Il est nécessaire de le bien comprendre d'abord, car sa connaissance nous permettra de comprendre mieux les pensées ordinaires de cette malade pendant les intervalles qui séparent deux attaques.
Nous avons pu un jour, par hasard, voir une attaque bizarre de ce genre commencer et finir devant nous. Marcelle causait avec assez d'animation ; elle montrait dans sa physionomie une mobilité suffisante; elle remuait les yeux de côté et d'autre, quoique, suivant sa mauvaise habitude, elle ne voulut pas regarder les gens en face. Tout d'un coup, sans préliminaires bien appréciables, elle cessa de parler et demeura absolument immobile, la figure
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.1 découvrir et ii comprendre ce qui avait lieu dans son esprit
pendant que le nuage passai t
Cette étude du nuage a présenté de grandes difficultés, pendant la crise elle ne répond pas, et après la crise i Ile semble avoir tout oublié. Cependant pou h pou j ai pu recueillir quelques renseignements par diverses méthodes. t° Dana certains ac irès légers el transitoires, je suis arrivé à obtenir d'elle quelques mots et quelques signes; •»" à la fin de l'accès dans cette péri< de transition caractérisée souvenl par des pleurs, elle a assez de souvenirs pour donner quelques indications qu'elle oublie l'instant suivant ; 3° en l'endormanl assez profondément, on parvient a reproduire des riais analogues su nuage par plusieurs caractères, mais dans lesquels elle reste en rapport avec moi et peut me répondre ; \° enfin l'écriture automatique qui, ainsi que nous l'avons dit, existe chez ce sujet, nous a fourni différents rens gnements que par aucun procédé nous ne pouvions obtenir o lement.
En groupant ces divers renseignements, nous dirons que le nuage est une sorte de crise d'idées si on peut ainsi dire, C une période de durée très variable qui peut ne pas dépasser un quart d'heure ou bien se prolonger pendant des jours ou même des semaines; pendant cette période, la malade semble plon dans un état de sommeil traversé par des rêves, elle n'est plus du tout en relation avec le monde extérieur, ne sait plus rien de ce qui se passe autour d'elle et s'abandonne entièrement à 1 automatisme de certaines idées à peu près toujours les mêmes, qui se déroulent régulièrement dans son esprit. Supposons une crise
d'hystérie dont on aurait supprime les mouvements convulsifs, en ne conservant que h's idées délirantes et nous aurons une idée de cette crise de Marcelle. Certains petits signes justifient d'ailleurs cette comparaison. Il y a, en. cherchant bien, quelques petits mouvements convulsifs des paupières et des yeux, une légère constriction de la gorge au début de l'attaque ; il y a des soupirs et des pleurs à la fin. En un mot, les phénomènes convulsifs de la crise d'hystérie sont atténués au point de disparaître presque complètement et les phénomènes moraux du délire subsistent seuls. Mais les convulsions peuvent reparaître comme nous le verrons plus tard, et légitimer notre comparaison du nuage avec les formes frustes de la crise hystérique.
Les idées qui envahissent l'esprit à ce moment ont toujours un même caractère. Elles se présentent sous la forme d'images extrêmement vives ou complexes qui ne sont contredites par rien et qui donnent a la malade l'illusion complète de la réalité. Remarquons-le bien, car c'est un point important pour la théorie de cette maladie: Marcelle n'a jamais aucun doute, aucune hésitation sur les idées, même les plus absurdes, quand elle est plongée dans le nuage. Ces idées ne sont pas alors des pensées plus ou moins values sur lesquelles le sujet s'interroge lui-même ; elles s'accompagnent toujours de véritables hallucinations.
Je crois nécessaire d'insister sur ces hallucinations dont l'existence a été contestée chez les malades obsédés et qui me semblent au contraire fréquentes et importantes.
Passons en revue quelques-unes de ces hallucinations en commençant par les moins fréquentes. Marcelle n'a jamais eu, je crois, d'hallucination du goût, de l'odorat, ou du tact. Elle a quelquefois des hallucinations de l'ouïe et .me dit entendre des bruits, de la musique. Quelquefois elle sursaute, tourne la tète de coté et paraît écouter ; c'est qu'elle s'entend appeler dans le lointain, mais cela est rare et n'arrive que dans les très grandes attaques.
Beaucoup plus souvent elle a des hallucinations visuelles : elle voit des bêtes noires s'agiter devant elle ; elle croit son lit couvert de souris qui veulent lui ronger le poignet. Elle voit de côté des gens qui la poursuivent, qui veulent la tuer ; ils ont des figures horribles et elle a une grande peur sans pouvoir cependant bouger. Depuis plusieurs mois elle a une crise d'hallucinations visuelles beaucoup plus importante et plus caractéristique. Il y a à peu près six mois, pendant une courte sortie quelle fit hors de