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Variétés de ces phénomènes

Ce tableau rapide ne présente les faits que dune manière un peu abstraite : ces différentes phases peuvent présenter chez les différents sujets et suivant bien des conditions de très nombreuses modifications. Je voudrais en rappeler seulement quelques-unes dont on aura à se souvenir pour interpréter certains états mentaux qui surviennent spontanément et qui me paraissent analogues à ceux-ci.

Ces phénomènes diffèrent d'abord par l'époque de leur apparition : d'ordinaire ils ne se manifestent guère après les premières séances d'hypnotisme; celles-ci, à supposer même qu'elles aient un résultat net, ne déterminent qu'un état somnambulique fort imparfait. La suggestibilité ne se manifeste que d'une manière incomplète, le sujet ne se montre guère disposé à abandonner ses idées fixes et on ne réussit que peu à modifier les anesthésies et les autres stigmates. Les transformations dont je viens de parler ne peuvent donc pas être encore bien nettes. D'une façon générale on les voit apparaître, au moins dans les cas que j'ai observés, au moment où s'accusent les caractères essentiels du somnambulisme. Ils apparaissent au moment où on observe les modifications de la sensibilité, la suggestion posthypnotique, les phénomènes subconscients, etc. Mais ce n'est pas là une règle absolue. Dans certains cas, ils n'apparaissent jamais, quoique le somnambulisme semble complet ; j'ai cru remarquer que dans ces cas fort rares les pratiques de l'hypnotisme n'avaient guère de valeur thérapeutique. L'apparition de l'influence et de la passion somnambulique, quels que soient les inconvénients qu'elles puissent présenter m'a semblé fort importante pour le traitement des malades; c'est à ce moment que le médecin s'est emparé de leur esprit et commence à le modifier. Quand ces faits n'apparaissent en aucune manière, c'est que la modification mentale déterminée par l'hypnotisme est tout à fait momentanée et que le sujet reste au fond ce qu'il était.

Dans des cas tout à fait inverses et d'ailleurs aussi rares, l'influence somnambulique est immédiatement complète. Wkb., jeune femme de 25 ans, est atteinte d'une maladie à bien des points de vue fort curieuse. Fille d'une mère hystérique, ayant présenté des convulsions dans l'enfance, réglée très tard à 17 ans, ayant toujours appris très difficilement, elle est de-puis longtemps prédisposée à l'hystérie. Celle-ci a pris chez Wkb. une forme au moins bizarre, qui consiste dans une haine insensée pour ses beauxparents. Ceux-ci, il est vrai, ont beaucoup tourmenté la pauvre femme, et le beau-père même, vieil ivrogne, aurait profité d'un évanouissement de sa bru pour abuser d'elle. La haine de celle-ci est donc justifiée et n'est pathologique que par son exagération. Wkb. pense à eux constamment, les voit devant elle partout, et à chaque instant commence des attaques et des délires dans lesquels elle hurle et agonise ses ennemis. Cette haine n'a pas été diminuée par la mort de la belle-mère ; au contraire Wkb. dès

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consolations et toutes les réprimandes. V.u réveil elle est un peu étourdie, comme étonnée de ce qui vient de se passer, puis au bout de quelques moments elle est entièrement métamorphosée La modification ne porte guère, en apparence, sur la sensibilité, «jui «Lui peu altérée, mais la malade est calme, tranquille, remplie de bonnes Intentions ; elle se met au travail, dort fort bien la nuit Bemble guérie pendant deux jouis. Une petite émotion, la lecture d'une lettre du mari, ramené tous les accidents. \\ kb de nouveau délirante veut se sauver pour déterrer sa belle mère et lui ai cher les veux. Mais le fait nouveau, c'est que la malade attend mon arrivée avec angoisse, tremble quand on parle de moi, se figure me voir entrer, se met à m'écrire une lettre pour me confiei des détails de sa vie que je ne lui demandais pas, en un mot me présente au plus haut point tous les caractères de la passion somnambulique. Ces laits ne sont ici curieux que par la rapidité de leur apparition qui semble il est vrai en rapport avec la perfection du somnambulisme qui est complet dès le début.

II n'en est plus ainsi dans d'autres cas où nous voyons cette influence prendre des proportions énormes, quoique le somnambulisme provoqué soit au contraire peu développé et peu net. Mais on observe ces faits en particulier chez des psychasthéniques obsédés et il ne s'agit plus tout à fait de l'influence somnambulique : il me semble bon de réserver un peu leur étude. Les faits précédents montrent suffisamment les trois variétés qui peuvent se présenter dans l'apparition des phénomènes.

Ceux-ci peuvent encore différer beaucoup les uns des autres

par leur degré ou leur développement. Ils peuvent naturellement être faibles et les différentes phases peu distinctes. Une diminution dans les idées fixes, une certaine confiance du sujet qui se sent rassuré, puis une rechute et un grand besoin de consolation, telle est la (orme que les choses prennent souvent surtout au début. Mais ce qui est plus intéressant à connaître ce sont les formes exagérées.

La période de fatigue peut, assez rarement il est vrai, présenter quelque gravité. M... après un somnambulisme, qu'il est cependant indispensable de provoquer chez elle, présente l\8 heures de véritable maladie, maux de tête, insomnie, vomissements, grandes souffrances abdominales (il est vrai que l'on a été obligé de défaire pendant le somnambulisme des contractures des muscles abdominaux), cet état de trouble est si net qu'il laisse sa trace dans une modification de la mémoire. Quoique M. . . ait été aussi bien réveillée que possible après la séance elle présente deux jours après comme un nouveau réveil, c'est-à-dire qu'au moment où elle se rétablit complètement elle perd le souvenir de ces deux journées de malaises. Elle entre alors dans la période d'influence qui est heureuse, malheureusement suivie au bout de 10 ou i5 jours de la période de passion somnambulique qui est également chez elle très exagérée et très grave.

En efï'et une quinzaine de jours après la séance, sous diverses influences, le plus souvent et c'est un fait sur lequel j'insiste, à la suite de quelque émotion, elle recommence a se sentir fatiguée et ennuyée, elle se laisse aller à des rêveries qu'elle ne peut arrêter, les insomnies surviennent, les maux de tête vont en augmentant, les anesthésies se rétablissent complètement sur tout le corps, et bientôt les vomissements sont de nouveau incoercibles. Mais ce qui est important à mon avis, c'est un état mental tout spécial. Elle se sent poursuivie par des rêveries bizarres : ce sont des idées de désespoir et de suicide ou bien des idées de promenades, de voyages insensés. Et ces idées malheureusement commencent à s'exécuter, M... se retrouve tout à fait hors de sa route, dans des quartiers qu'elle ne connaît pas; elle reprend conscience d'ellemême au moment où elle entre dans une gare de chemin de fer probablement pour partir en voyage. C'est comme on le voit le début, le germe des fugues hystériques. Ces rêveries sont favorisées par une diminution énorme de l'attention. M... ne peut plus lire, comprend peu ou point ce qu'on lui dit, et, surtout

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Ces modifications de la mémoire qui chez M ni les

diverses phases que nous étudions «'tant intéressantes, j'ai cru qu'il était bon d'insister sur ces phénomènes et j'ai essayé de les représenter par le même graphique dont je me suis servi pour M'1' D... (fig. 67 . Les conventions Boni les mêmes, mais ici les intervalles du papier quadrillé représentent des jours et non des mois. L'intervalle A.B représente une phase de passion somoambulique qui précède un sommeil provoqué, l'amnésie continue qui n'est pas très profonde a pris tout à fait le type qu'elle «avait pendant la guérison de Mmo 1) — les souvenirs des éi énements sont conservés pendanl la journée de A en C, ils sont effacés après la nuit el en définitive M... n'a aucune mémoire des faits survenus dans les quatre jours qui précèdent son arrivées. Elle est endormie de B à D, ou plutôt elle subit à ce moment une certaine modification cérébrale qui débute par un sommeil et qui donne à celte période l'aspect d'un somnambulisme. En elïet pendant cette période elle retrouve les souvenirs de toute sa vie, v compris ceux de la période amnésique précédente. Mais cet état laisse au réveil une amnésie correspondante qui semble se prolonger à l'avenir pendant toute la vie, au moins tant que la malade n'est pas complètement guérie. Suit une période bizarre de D en E, que j'ai

i. Voir L'amnésie rétrograde et continue de M'nc D... dans le chapitre in de cet ouvrage.

INFLUENCl S0M1S AMM'UQUE

appelée période de fatigue, parée que M... souffre encore des modifications de son état cérébral déterminées précédemment et se trouve dans un état pénible d'instabilité psychologique. Cependant la sensibilité est en partie rétablie et M... semble avoir une mémoire étendue qui porte sur toute la vie, sauf sur la période du somnambulisme précédent et sur les périodes analogues. Mais cette période de fatigue est suivie, comme on l'a vu, d'une sorte de réveil nouveau et d'une amnésie plus étendue que la précédente, puisqu'elle porte

Fie:. 67. — Schéma des modifications de la mémoire que l'on observe chez M. pendant le* diverses périodes qui séparent deux séances de somnambulisme consécutives. Les lignes du papier représentant des journées. BD somnambulisme provoqué. I période immédiatement consécutive au somnambulisme. Il période d'influence. III période de passion somnambulique.

non seulement sur le somnambulisme BD, mais aussi sur la période qui le suit DE.

Enfin en E commence ce que l'on peut appeler la période d'influence. Le sujet ne se plaint plus de souffrances, sans doute parce que la répartition de son activité cérébrale ne varie plus brusquement, parce que l'esprit semble dans un certain état de stabilité. La sensibilité est faible mais non abolie ; la mémoire est assez étendue sûr le passé et acquiert les souvenirs du présent, l'amnésie ne

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