L'influence somnambulique et la passion
somnambulique.
Pour préciser l'analyse de ces faits, il me semble nécessaire de distinguer plusieurs états dans lesquels entre successivement le sujet que l'on vient de réveiller, de diviser en plusieurs parties la période plus ou moins longue qui s'étend entre le réveil et le début d'un nouveau somnambulisme. 11 s'aoit bien entendu de séances de somnambulisme dirigées correctement, pendant lesquelles on a réellement rendu service au sujet en restaurant son attention et ses lonctions intellectuelles par des pratiques œsthésiogéniques,. en le débarrassant de ses émotions persistantes, en un mot en le guérissant. L'état d'esprit est loin de rester le même pendant toute la période qui sépare deux somnambulismes de ce genre et, sans tenir compte de petites variations accidentelles, il y a trois états
psychologiques dont deux particulièrement importants qui se succèdent régulièrement dans cette période.
Immédiatement après le réveil, on note souvent un état particulier de trouble, une période de fatigue qui est surtout marquée chez les personnes dont on a combattu les idées fixes, dont on a modifié les paralysies, les amnésies, les anesthésies pendant le somnambulisme. Cet état n'est pas sans intérêt au point de vue médical, car, s'il est d'ordinaire assez court, il peut quelquefois, malgré toutes les précautions, se prolonger un ou même deux jours ; mais il n'a pas grand intérêt pour notre étude actuelle. Après cet état de transition commence la deuxième période beaucoup plus importante que je propose d'appeler Période d'influence soinnambulique: ce nom pourra, je crois, se justifier par l'analyse de cet état.
Cette période, d'une durée très variable, de quelques heures à plusieurs semaines et même plusieurs mois, est surtout caractérisée par un état apparent de santé et de bien-être. C'est à ce moment que le sujet, si malade qu'il fut auparavant, semble se rapprocher le plus de l'état normal. Marguerite1, une malade hystérique qui a régulièrement une ou deux attaques par jour, va rester huit jours et même quinze jours sans attaques après un somnambulisme provoqué ; Lz..., qui avait tous les jours un somnambulisme spontané, ne s'endort plus pendant huit jours ; Gu..., quia constamment le bras contracture en flexion, va pendant deux jours en garder le libre mouvement ; M..., qui vomissait tout ce qu'elle mangeait, va pouvoir s'alimenter, car pendant trois semaines elle ne vomira pas; Vel... n'a plus son tic qui lui secoue le nez ; F... tient sa tète droite et n'a plus le spasme qui la jetait de côté ; L.... qui était muet, peut parler à haute voix; Wk..., atteinte d'incontinence nocturne continuelle, n'urine plus dans son lit pendant dix nuits; Ky..., qui ne pouvait faire un pas, car ses jambes se dérobaient sous elle, marche maintenant d'une façon régulière, etc., etc. Ce sont surtout les idés fixes qui semblent avoir disparu comme par enchantement : Justine ne rêve plus au choléra, Du... a renoncé à tuer son mari, Rou... ne pense plus
i. Je conserve tes désignations qui ont servi à caractériser les divers sujets dans mes études précédentes, en particulier dans mon travail sur « l'état mental des hystériques ».
LA r\ iSION m\i\ wini i i
constamment .1 ic sauver, poui en i ■ i comme ma qui
ilrh-i iiiiii.mI ses fugues pci pél il. I |{
En même temptque la disparition d< c< phénomèn< |».iili<»l«. i mes, "H observe dani cette période un développement rei quable dei fonction! intellectuelles; j'ai toujoui
t. ni (loiii ('.i! déjà rapporté bien dei exemple <|u un grand
nombre de malades hystériques, bu i éveil d'un somnambulisme I conduit je suppose toujours <|u<- Ion attend la fin de la période intermédiaire de fatigue), n'onl plus d'anesthésiei si présentent un notable élargissement du champ visuel. La mémoire le développe également ; il est vrai « j u<- les sujets conservent l'amnésie du somnambulisme lui même, mais ils retrouvent les souvenirs de la
veille qu'ils oubliaient autrefois à peu près complètement. M D
atteinte d'une amnésie continue si remarquable, oubliait constamment tous les faits au bout de quelques instants, iprès le somnambulisme, pendant la période qui nous occupe, elle conserve le souvenir d'une journée entière. L'attention surtout se modifie d'une façon remarquable : les malades peuvent travailler, comprendra ju'ils lisent, écrire une lettre, faire des comptes, toutes chos dont ils étaient auparavant bien incapables. Quoique tous progrès soient surtoul appréciables pour un observateur extérieur, les malades s'en rendent compte, ils se sentent plus intelligents et plus maîtres d'eux mêmes, ils retrouvent leur état cœnesthésique antérieur : « Enfin, disent-ils, je me retrouve moi-même, je me reconnais tel que j'étais » ; ils ont plus de force et de courage et de toute manière se sentent plus heureux. On peut dire en abrégé, ce n'est bien entendu qu'un résumé et une traduction des faits dans un autre langage, que les fonctions cérébrales se sont réveillées de leur engourdissement.
Durant cette période de bonheur relatif le malade n'éprouve guère le besoin de revoir son médecin et ne songe aucunement a se (aire hypnotiser de nouveau. Il pense beaucoup h son magnétiseur, comme on le verra, mais cette pensée est loin de le troubler et de déterminer un désir passionné.
Au bout d'un certain temps les choses se modifient profondément et l'on voit commencer la troisième période, que je propose d'appeler période de la passion somnambulique. On voit d'abord, soit lentement, soit tout d'un coup, à la suite de quelque petite «motion, recommencer la plupart des accidents hystériques qui
avaient disparu, les attaques, les tics, les contractures, etc. : les idées fixes sont de nouveau développées. Mais un fait surtout est bien manifeste chez un grand nombre des sujets : c'est le trouble intellectuel. Les stigmates hystériques sont de nouveau faciles à constater : les anesthésies de la peau, des organes des sens, des muqueuses se sont reproduites, les amnésies s'étendent de nouveau sur des périodes de temps plus ou moins longues et il existe chez beaucoup de ces personnes une obnubilation de l'esprit toute particulière. M..., qui a été calme pendant huit jours, devient irritable et colère, elle me comprend plus ce qu'on lui dit et se demande sans cesse si on l'a insultée ou menacée ; Marguerite a « la tète toute vide, sans pensées, il fait nuit dans sa cervelle... », elle est incapable de rien faire et même de parler, car elle pense à tout à la fois et à rien de déterminé, « il y a de nouveau un voile devant ses yeux qui l'empêche de voir les choses ». C'est surtout un ennui profond et incompréhensible qui les accable, dont ces personnes, sont incapables de sortir et qui leur cause un véritable désespoir. On peut dire encore dans l'autre langage que les fonctions cérébrales se sont de nouveau engourdies, quoique nous ne sachions guère encore en quoi consiste cet engourdissement et que nous ne puissions guère le caractériser autrement que par ses manifestations psychologiques.
Mais à ce moment les malades savent parfaitement ce qui leur est nécessaire pour sortir de cette pénible situation. Ils se souviennent du bien-être que leur a causé le somnambulisme précédent et ils n'ont plus qu'une seule pensée, c'est d'être endormis de nouveau. Quelques malades voudraient être hypnotisés le plus tôt possible par n'importe qui, mais le plus souvent il n'en est pas ainsi, c'est leur hypnotiseur, celui qui les a déjà endormis fréquemment, qu'ils réclament avec une impatience croissante. C'est avec peine qu'ils attendent le moment du somnambulisme : Leq., depuis huit jours, est complètement insensible, elle n'a plus sa tête à elle, elle a des hallucinations de scènes anciennes qui se reproduisent, des mouvements incoordonnés, des aboiements, des contractures, elle ne parvient plus à dormir la nuit; elle pense tout le temps à son rendez-vous à la Salpêtrière et a peur de le manquer. Une autre, Berthe, ne peut tenir en place, a besoin de parler, d'entendre les autres lui parler, quoiqu'elle n'écoute pas et ne comprenne pas ; elle devance l'heure, arrive à peine habillée. Wk... ne peut attendre le jour fixé et imagine toujours des prétextes nou-
\ Util II » 1)1 CI 1*111 MiMI M m
veaux pour devancci le rendes vou f*ou • n un mot, « • r « t un bi ioi n i ii" N l mi de revoit celui qui l< i endormi et de parlei avec lui . et je "«' puu mieux d< i i ire i i be toin qu en le i ompai à une | i.i .m m dont lei yrmptômei sont bien connu , le morphino iii.inir. I. hystérique qui attend !<• lomuembuli i ble pei
bien des pointe du morphinomane qui attend o piqûre, quoique peut-être son angoisse .ni un en. m i< re plus moral el un peu mo ph) tique
Qu arriverait il si on ne cédait pai h leur déeir, li on ne l< endormait paa? Le plus louvent les maladea, après quelquei je de souffrances pendant lesquels ils maudiraient leur hypnotiseur, arriveraient assez facilement s l'oubliei et •< renoncei au lommeil hypnotique, Léonie, que j'étudiais autrefois au Havre, était malade une quinzaine de jours <|u;ni<l elle quittait la ville du Havre cette maladie n était autre chose que le besoin pressant du somnambulisme. M;ns elle oubliait peu ;i peu ce besoin et se ré1 blissait. En un mot les malades, comme p* l'ai souvent obseï retourneraient s l'état dans lequel ils se trouvaient avant le premier sommeil en conservant même quelquefois une petite partie de l'amélioration obtenue. Dans d'autres cas, cependant, il n'en est pas ainsi : ces malaises peuvent grandir et déterminer , comme on le verra, une véritable maladie. Mais dans tous l<-s <\is l<- remè le est tout indiqué et d'ordinaire d'une application facile.
En effet, il sullit presque toujours de traiter ces malades de la même manière que précédemment pour laire disparaître les symptômes de ce mal, surtout quand il n'a pas pris de grands développements, ce qui est rare. Après un somnambulisme ces malades rentrent pour quelque temps clans la période heureuse de l'influence somnambulique et le cycle des phénomènes recommence.